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« Le puits » d’Iván Repila

Le puitsGrâce au partenariat des éditions Denoël, j’ai pu sortir un peu la tête de mon marathon fantasy / SF de ces dernières semaines (fort sympathique au demeurant, mais il faut savoir varier les plaisir ;)). J’ai donc choisi un peu au hasard Le puits, premier roman d’un auteur espagnol, Iván Repila. Sur le papier, ce livre avait comme principal avantage d’être court, et ensuite de raconter une histoire de survie en huis clos, ce qui m’attire toujours.

Deux frères sont tombés dans un puits naturel profond, en pleine forêt. Le Grand est fort et est un adolescent, et le Petit est faible et est encore un enfant. Malgré tous leurs efforts pour essayer de sortir ou d’appeler les secours, ils doivent se rendre à l’évidence : ils sont bel et bien coincés au fond de ce trou, et vont devoir compter sur eux même pour survivre. Il y a pourtant bien le sac de provision de la mère des enfants qui est tombé dans le puits avec eux… mais le Grand interdit au Petit d’y toucher !
Ils vont donc devoir rester là et attendre, se nourrir de larves, boire l’eau des flaques ou mâcher des racines, braver les averses ou la canicule, faire fuir des loups… Et surtout ne pas tomber dans l’apathie ou la folie !
Comment vont-ils pouvoir survivre ? Pourquoi le Grand ne veut pas toucher aux provisions ? Quelqu’un viendra-t-il les aider ?

Je m’attendais avant d’ouvrir ce livre à une histoire en mode survivaliste, en huis clos, un peu comme dans le film Hole de 2001 ou bien le roman glauque Sukkwan Island de David Vann. En fait on est beaucoup plus dans une fable contemporaine à mon sens, bourrée de symboles et de métaphores… bref, dans du fantastique (le marathon continue !). Que ce soit l’image du puits- utérus, la mère destructrice et son sac à provisions, la forêt éloignée de tout, l’attaque par les loups, les fruits interdits, les relations entre ainés et cadets, l’impossibilité de dater ou situer l’histoire… On retrouve des motifs et des thèmes propres aux contes pour un récit à la limite du voyage initiatique.
Pourtant la manière dont l’auteur nous décrit la spirale de la folie qui étreint le Petit, ou les questions que se pose le Grand sont très réalistes. On plonge avec eux dans cette tension, qui tient plus de la rage que de la détresse !

Juste après ma lecture je ne savais pas trop quoi penser de ce roman. Mais finalement à y réfléchir depuis deux jours, je pense que je l’ai apprécié, même si j’ai été gênée par la confusion entre le délire due aux privations des enfants et la réalité… ce qui fait que la fin m’est apparue un peu trop sèche. Mais finalement, si on le considère comme une fable, ça passe… Avec ce parti pris, je ne cherche plus à savoir ce qui tient de la réalité ou de la fiction, et j’en apprécie que mieux ce texte !

Ce roman me permet aussi de cocher la case « bâtiment » du challenge Petit BAC 2014.

Merci encore aux éditions Denoël pour cette lecture !

Le puits d’Iván Repila
Éditions Denoël
Traduction : Margot Nguyen Béraud
2014 – 112 pages

Challenge petit bac 2014

« Le monde selon Garp » de John Irving

Le monde selon GarpIl fallait vraiment que j’apprécie La Chèvre Grise pour accepter cette lecture commune avec elle : Le monde selon Garp de John Irving, un livre qu’on a plus besoin de présenter à en croire son nombre de fans ! Je ne peux pas parler de ce livre sur Twitter ou au bureau sans que quelqu’un rapplique pour lancer « C’est mon roman favori ! », « J’adore cet auteur »… Et moi de répliquer que j’ai été traumatisée par  les ours de L’hôtel New Hampshire l’année dernière…

Dans ce roman nous suivons les pérégrinations et réflexions de S. T. Garp, depuis sa procréation… Sa mère Jenny Fields, infirmière célibataire endurcie, était déjà un personnage assez atypiques dans les années 40. Mais son fils Garp va avoir lui aussi une vie peu ordinaire !
Pour plaire à la fille de son entraineur de lutte au lycée, Helen, qui est une dévoreuse de livres, il décide de devenir écrivain. Et il y arrive ! Entre épopée familiale, drames, moment beaucoup plus légers, les affres de la création, le tout sur fond de luttes féministes et de problèmes de couples… et de bien d’autres choses encore. Garp va croiser toute une panoplie de personnages sympathiques ou antipathiques, qui vont rendre sa vie riche et pleine de rebondissements… et surtout lui inspirer ses romans.

Bonne nouvelle, j’ai apprécié les aventures de Garp, même si le personnage en lui-même m’exaspère. Grosse avancée par rapport à mon dégout de la famille de L’hôtel New Hampshire ! Mais un ou deux trucs me gênent tout de même…
D’abord le côté auto-fiction ou autobiographique de Garp par rapport à Irving… Je ne savait pas si Garp était son « avatar » dans ce récit, mais le choix d’utiliser des motifs déjà vus dans L’hôtel New Hampshire m’ont fortement laissé penser cela : Vienne, les ours, les prostituées, les relations hommes / femmes, le viol, les morts accidentelles… En plus Garp est écrivain, si ça n’est pas une projection 😉
Dans les faits ce récit semble effectivement mêler la réalité de la vie d’Irving et fiction. Comme Garp, Irving romance son quotidien, et se sert peut-être de cette histoire pour exorciser ses craintes et ses doutes.
Finalement j’ai souvent eu l’impression de lire un livre avec pour thème l’égocentrisme, que ce soit celui de Garp ou en poussant plus loin celui de John Irving…

Autre point qui m’a gêné, c’est que j’ai trouvé certains passages longs, voir trèèèès longs. Certes ce roman ne se lit pas vite, et la plume et l’humour de l’auteur s’apprécient lentement… 2 semaines et demie pour le lire, pour moi c’est rare ! Mais ce qui me dérange c’est d’avoir eu l’impression de buter et d’être embourbée dans des pans énorme du livre. En fait j’ai eu l’impression de vraiment commencer à l’apprécier à la moitié.

Bilan en demi-teinte pour moi… Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman, qui est très bien écrit, parfois drôle, parfois dramatique… et l’auteur saute de l’un à l’autre en un clin d’oeil ! Je comprends que beaucoup de lecteurs aiment cet auteur aussi, qui a une imagination débordante et fascinante… un rien baroque et excessif ! Mais le temps m’a parfois semblé long tout de même en compagnie de ces personnages… Bref, John Irving n’est peut être pas fait pour moi !

Au passage, je vais utiliser ce titre pour valider l’entrée « Prénom » du challenge Petit BAC 2014 ! 😉

Challenge petit bac 2014

« Les pommes d’or du soleil » de Ray Bradbury

Les pommes d'or du soleilOpération fin de challenge Petit BAC 2013 avec ce roman du maître de la SF, Ray Bradbury. Les pommes d’or du soleil termine ma liste, pour la catégorie Aliment / Boisson.
On est loin de la science-fiction ou fantasy classique avec ce recueil de nouvelles de 1953. Certes, on retrouve beaucoup de récit de SF, mais aussi des histoires qui nous raconte le vie de personnages qui pourraient être nos voisins.

Ainsi j’ai été assez touchée par le nouvelle Un vaste monde au-delà des montagnes, qui raconte la fascination pour une vieille femme analphabète devant le savoir de son neveu venu chez elle en vacances : l’écriture ! Le voir écrire est déjà un plaisir quasi-mystique pour elle… mais en plus il accepte de rédiger des lettres pour elle. Mais à qui les envoyer quand on vit loin de tous, à la campagne ? Qu’on ne connait personnes d’autres que ses voisins ? Son neveu va donc écrire à des entreprises faisant de la pubs dans les journaux pour recevoir des catalogues et échantillons gratuits. Et là, la magie commence !
Mine de rien cette nouvelle représente bien la fracture technologique qui pouvait exister entre une personne recluse et analphabète hier, face à un simple lettré… Et  cela peut être transposé aujourd’hui  avec quelqu’un qui n’a pas accès au Web face à une personne qui surfe un peu. Tout un monde, tout un réseau s’ouvre à celui qui découvre ces nouveaux savoirs et usages.

D’autres nouvelles plus dans le genre SF sont aussi très riches et ont certainement inspirées beaucoup d’auteurs ou réalisateurs de cinéma. Le meilleurs exemple dans ce livre est Un coup de tonnerre : dans un monde futuriste on sait voyager dans le temps. Le nec plus ultra pour les riches citoyens, partir en safari préhistorique pour tuer des tyrannosaure. Mais ces chasses sont très encadrées pour ne pas créer un effet papillon : tuer une créature ou une plante dans ces temps anciens pourrait changer irrémédiablement le futur… ou plutôt le présent. Un film est sorti en 2005, librement tiré ce cette histoire.

Bref, quelques nouvelles très sympas, d’autres plus quelconques… mais ça reste tout de même du Bradbury, donc de la grande qualité ! A réserver aux fan peut être ?

Challenge Petit BAC 2013

« American psycho » de Bret Easton Ellis

American PsychoJe me suis fait vraiment violence pour me replonger dans ce roman acheté à l’époque du franc (l’étiquette indiquant le prix dur la quatrième de couverture le prouve… 49,40F) et abandonné au bout de 30 pages… Presque 15 ans plus tard, après des années à me dire régulièrement qu’il faudrait bien que je lise ce monument de la littérature américaine, j’ai décidé de profiter du challenge ABC pour enfin le lire !

A 26 ans Patrick Bateman a tout du golden boy des années 80 : des costumes de grands couturiers, des cartes de visites très chics, une collections de produits de beauté anti-âges décadente, ses entrées dans tous les bars et restaurants hype de New-York, un métiers dans une entreprise cotée de Wall Street, une admiration sans borne pour Donald Trump… Sa vie n’est que luxe, luxure, entraînements au club de gym, coke, alcool, fête et un peu de travail pour la forme. Que ce soit lui ou ses amis, tout est dans l’apparence : on flambe, on ne discute surtout pas de sujets de fond… Comme pour exorciser cela, Patrick à une passion qui le dévore peu à peu : torturer et tuer.

Mon avis est assez mitigé je dois dire… Je comprend que lors de sa sortie en 1991 ce roman à fait scandale et est devenu de fait un best-seller. Mais aujourd’hui, je trouve qu’il a un peu vieillit malgré la plume élégante de son auteur.

En positif, forcément, l’écriturej’ai aimé le style de Bret Easton Ellis. Même si le concept du livre veut que ce soit répétitif, axé sur la description, parfois lourd… La plume de l’auteur rend tout ça compréhensible, et nous plonge dans la folie de son personnage de manière intelligente. Malheureusement avec la traduction on doit perdre énormément des jeux de mots et allitérations qu’on devine au détour des méandres des pensée de Patrick Bateman… De plus il est a noté de nombreuses coquilles dans cette édition du roman.
La plongé dans l’esprit pervers et complètement dérangé du héros est aussi intéressante, car sa monomanie est assez amusante à la longue. Le coup de la sueur froide devant les cartes de visites de diverses nuances de blanc est une référence en terme de blagues au boulot, une private joke entre « ceux qui connaissent » via le film ou le livre.
Le personnage en lui même, ainsi que son entourage, est encore plus écœurant que les crimes les plus outrageants de Bateman : s’amuser des larmes des clochards en leurs faisant miroiter des billet d’un dollar, traiter les femmes comme des jouets sans cervelles (et de fait, elle n’en on vraiment pas dans le livre), considérer la classe populaire comme de la merde… Une population nombriliste qu’on est bien content d’avoir disparaître ces dernières années (en tout cas on les montre moins comme des exemples de réussite).

Les petit moins… l’ennui et la monotonie, qui est je pense voulue par l’auteur. Des descriptions sans fin de ce que portent tels ou tels personnages, à coup de marques de luxe (que je ne connais pas), ou encore le portrait par le menu des fonctionnalité de la meilleure chaîne Hi-Fi… et pour tout c’est comme ça. Sur le même ton, le rapport détaillé de ses parties de jambes en l’air, suivies de séances de tortures et de meurtres. On comprend bien comme ça que Bateman est un sacré sociopathe, mais à la longue on s’emmerde un peu quand même :-/
Et puis le fait qu’il me semble très surestimé aussi ce roman. Mais cela peut venir à mon avis de plusieurs choses.
D’abord que j’ai vu le film à sa sortie au cinéma… du coup je me souvenais un peu de la fin, beaucoup plus claire que dans le livre, et du coup la chute de cette histoire tombe un peu à plat.
Et aussi parce que beaucoup de gens autour de moi font l’éloge de ce livre en mode intello fans de psycho, bardé de petit commentaires sur les scènes de cul ou les moment gores « trop dégueulasses » dont les images seraient indélébiles… Bof :s
Comme me le disait Petite Fleur, on est peut être plus insensibilisés à ce genre d’images que dans le début des années 90, après des décennies de thriller reprenant cette recette… Mais ces scènes sont assez aseptisées finalement et m’ont assez peu marquées.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, mais j’ai un petit arrière goût amer de déception tout de même… Je n’ai pas eu la « claque » que certains ont reçu en le lisant. Enfin au moins, cette fois, je l’ai ouvert et terminé !

challenge ABC

« Le fait du prince » d’Amélie Nothomb

Le fait du princeÇa faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman d’Amélie Nothomb, après une quasi indigestions ces dernières années.
Bonne nouvelle, Le fait du prince, édité en 2008, est assez plaisant à lire. On est pas dans une autobiographie de l’auteur, mais dans une fiction qui reprend ses motifs classiques : le mensonge, les secrets et les complots, l’usurpation d’identité, la femme rédemptrice sans identité, et bien entendu la mort.

Baptiste Bordave voit sa vie changer lorsqu’un homme sonne à sa porte et lui demande d’utiliser son téléphone pour appeler quelqu’un pour dépanner sa voiture… Cet homme qu’il n’a jamais vu s’effondre, mort. Baptiste a peur d’appeler les secours : un inconnu décédé chez lui, c’est louche, et il pourrait être accusé de meurtre.
Pour lui la solution s’impose d’elle même : cet homme, nommé Olaf, à la même taille que lui, la même couleur de cheveux, et le même âge. Et s’ils échangeaient leurs vies ? Baptiste serait libéré de son existence sans saveur et sans attaches, et pourrait prendre la place d’Olaf qui à l’air riche.
Baptiste-Olaf va donc partir à Versailles, et prendre pied doucement dans la vie fastueuse d’Olaf… Existence rehaussée par une superbe femme qui s’étonne à peine de voir cet inconnu chez elle.

Un Amélie Nothomb assez classique, très court, dans une ambiance de huis clos qu’on lui connait bien maintenant. Mais bon, sans être exceptionnel il n’est pas désagréable à lire, même si je n’ai pas trop adhéré aux personnagesBaptiste s’impose, et ne manque pas de culot… toujours à la limite de l’arrogance et de l’insolence. La femme d’Olaf, surnommée Sigrid, passe pour une alcoolique et anorexique, avec un fort penchant pour l’indolence et le champagne glacé.
Bref, comme d’habitude, c’est plus la situation pleine de mystères et de secrets, qui joue le premier rôle pour moi…

Une lecture idéale pour les dimanche gris ou les trajets en train… vite fermé, vite oublié j’en ai bien peur… Mais après tout, les œuvres servent aussi à cela, passer le temps.
En tout cas une lecture de plus pour mon challenge ABC ! La fin est proche !

challenge ABC

« Le bruit et la fureur » de William Faulkner

Le bruit et la fureurPour valider la lettre « F » du challenge ABC, je me faisais une joie de découvrir un nouveau roman de William Faulkner, que j’avais découvert l’an dernier avec Lumière d’août. J’avais entendu dire que Le bruit et la fureur était un grand classique de l’auteur, admiré par des écrivains comme Sartre… Mais assez difficile d’accès. Mais je n’ai peur de rien ! 😀
Et bien c’est assez vrai ! J’ai eu du mal à rentrer dedans, mais une fois la moitié du roman passé, on fini par retrouver le fil de l’histoire et vraiment plonger dans le cœur de cette œuvre et s’apercevoir comment le passé peut teinter le présent.

L’auteur nous conte l’histoire de la décadence de la famille Compson, sur trois générations, en faisant un focus sur la fratrie centrale : Caddy, Benjamin, Jason, et Quentin. Ils vivent dans le sud-est des Etats-Unis, près du Mississippi, dans le comté imaginaire de Yoknapatawpha. A leur service, toute une famille de serviteurs noirs, reliquats des anciens esclaves des plantations originelles de la région.
Au travers le regard des trois frères sur deux périodes distinctes (1910 et 1928), et celui d’un narrateur extérieur, on va retracer leur histoire de leur enfance à leur maturité… Un drame familial qui tourne presque exclusivement autour de la sœur Caddy, à la fois un être chéri et aimé, mais aussi celle qui jette l’opprobre sur le nom des Compson.

J’avais donc apprécié Lumière d’août, mais il faut avouer que Le bruit et la fureur m’est un peu plus hermétique… et surtout beaucoup plus complexe. Je suis donc finalement assez contente de ne pas avoir découvert l’auteur avec ce roman, j’aurai été un peu effrayé et plus réticente à lire d’autres de ses œuvres.
Ici on est dans l’analogie, la métaphore, la libre association, l’impression, la poésie, le détachement à toute normes d’écriture… Bref, ça n’est pas vraiment un roman de gare ou de métro ! Et par dessus cela des ruptures de styles, des phrases sans ponctuation sur plusieurs pages, des sauts dans le temps d’un paragraphe à l’autre… Il faut suivre et s’accrocher !
Enfin cela reste tout de même un roman à lire : j’ai apprécié l’ambiance, où une riche famille vivant dans un univers fossilisé se retrouve face à ce qu’ils appellent leur malédiction : les temps changes, les gens aussi… et la naissance d’un idiot, une fille au mœurs légère, un père plongeant dans l’alcoolisme et le suicide d’un des enfants est suffisant pour mettre en place des schéma qui se répètes sans fin et finalement épuiser cette lignée.

Par contre un gros bof pour la préface de l’édition que j’ai lue… Ce texte de Maurice Edgar Coindreau est bien entendu très intéressant et donne de vrais clés de lecture du roman… Mais comme spoiler on ne fait pas mieux. Si bien que j’ai arrêté de la lire pour ne pas me gâcher des surprises sur l’histoire. Certes, on est dans un roman où le style et l’ambiance prévaut peut être sur le scénario, mais quand même !

Voici donc un grand classique à découvrir, pas mon roman favori, mais tout de même prenant par l’ambiance de rage et de haine qui se diffuse au fur et à mesure de l’avancée dans l’inspection du passé et du présent de la famille Compson.

challenge ABC

« La terre des mensonges » de Anne B. Ragde

La terre des mensongesLa terre des mensonge est un cadeau que m’avait offert Petite Fleur lors du SWAP de Noël de 2011 : il était temps que je le lise ! Heureusement le challenge ABC est là pour me faire avancer dans ma PAL 😉
Enfin j’ai tout de même été bien bête de laisser reposer aussi longtemps ce roman dans mon étagère, car il m’a bien plu… Il a ce petit côté malsain que j’aime dans les relations familiales des personnages de fiction 🙂

Dans la ferme des Neshov près de Trondheim en Norvège, Tor élève des cochons, auprès de sa vieille mère Anne et de son père. Son frère Margido, gérant d’une entreprise de pompes funèbres n’a pas mis les pieds ici depuis plusieurs années… Et que dire du cadet Erlend qui a déserté la ferme pour vivre au Danemark parce que sa mère n’acceptait pas qu’il soit homosexuel ?
C’est dans ce climat étrange, quelques jour avant Noël, qu’Anne tombe gravement malade et est hospitalisée. Tor va devoir prévenir ce qu’il lui reste de famille de la nouvelle : ses frères et sa fille que sa mère n’a jamais acceptée, Torrunn. Une drôle de réunion de famille va se mette en place autour de la matriarche dans le coma à l’hôpital. Elle qui a tout régit autour d’elle pendant un demi siècle laisse planer comme une odeur de mystère autour de la ferme

Ce que j’ai apprécié dans cette histoire, se sont bien entendu les personnages et leurs problèmes ! Ils sont ni tout blanc, ni tout noir… ce qui laisse une grande part à la pitié ! Mais on en vient tout de même à rapidement détester le personnage de la vieille mère qui veut maîtriser son petit univers et fini par étouffer ses enfants. On sent rapidement qu’il y a quelque chose de pas net dans ce qui était le huis clos familial des jeunes années des garçons à la ferme… qui bien des années plus tard va amener la mère à rejeter tout ce qui pourrait bousculer ses habitudes : une épouse potentielle pour Tor ou sa fille déjà en route, l’homosexualité de son fils, la mort du grand-père… Et la ferme fini par devenir comme figée dans un temps révolu…

Tout ces non-dits, ces secrets… Forcément on essaye de chercher ce qui c’est passé dans le passé des Neshov ! J’ai un peu deviné sur quoi le mystère reposait, mais l’auteur a quand même réussi à me surprendre dans les toutes dernières pages !
Du coup je n’ai qu’une envie : découvrir la suite de cette série, La ferme des Neshov !

challenge ABC

« Lâchons les chiens » de Brady Udall

Lâchons les chiensPour remplir mon contrat sur la lettre U du challenge ABC j’ai fait un peu d’archéologie dans ma PAL et j’ai ressorti une lecture qui aurait pu faire partie du challenge « 50 états, 50 billets » ! On plonge dans ce recueil de nouvelles paru en 1997 dans les Etats-Unis du Sud-Ouest, dans ces états mythiques où ses habitants rivalisent d’originalité.

Car c’est bien aux personnes que l’auteur s’intéresse dans ces histoires, et pas qu’aux paysages grandioses d’Arizona ou de l’Utah ! Chaque nouvelle est comme une rencontre avec des personnages qui ont un je ne sais quoi de… complétement fou !
Beaucoup d’entre eux vivent dans une certaine solitude… Face à leurs émotions, leurs pensées, il n’y a pas toujours un interlocuteur adapté. Dans ces nouvelles ils vont bien souvent se mettre en phase avec quelqu’un d’autre, pouvoir réellement échanger, même pour un temps très court. Bref, je le vois un peu comme un recueil autour de l’idée de la rencontre, autant pour nous lecteur que pour les personnages de ces fictions !

Je ne vais pas détailler chacune des nouvelles, mais j’ai quelques préférences pour certaines d’entre elles qui m’ont touchées plus particulièrement : La ballade du boulet et de la chaîne présente la descente aux enfers d’un homme qui voit son ami mourir à la suite d’une petite blague lors de son enterrement de vie de garçon, au travers les yeux de sa petite amie. Un peu flippant, mais avec de telles pointes d’humour qu’on en vient à sourire !
La perruque est une nouvelle très très courte, mais assez intense et très imagée, où un père revoit dans son petit garçon coiffé d’une perruque blonde sa femme disparue…
Dans Le contraire de la solitude un homme va découvrir les joies de la vie dans une communauté de freaks, en tant que gestionnaire d’une sorte d’asile pour personnes en difficulté… Il en ressort une sacré galerie de personnages, mais aussi un joli conte sur la manière d’aborder la vie en faisant table rase du passé !

Avec ce livre on fait des rencontres, on voit du paysage…  bref, on voyage ! Une bonne petite lecture pour passer le temps, penser à autre chose, sourire et voir même rire ! Certaines images sont franchement désopilantes !
En plus le style est direct, on est directement mis dans le bain… Un vrai plaisir à lire 🙂

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« Kitchen » de Banana Yoshimoto

kitchenPour le Y du challenge ABC je m’étais creusé la tête, mais je n’avais pas d’auteur dans ma PAL dont le nom commençait par cette lettre… Un petit tour sur Internet et je suis tombée je ne sais comment sur cette auteur, décrite comme une référence pour la génération des 80’s japonaise… Il fallait que je vois ça ! Kitchen est le premier roman publié de Banana Yoshimoto, sorti en 1988 au Japon. Dans mon édition, cette histoire est accompagnée de la nouvelle Moonlight Shadow.

Kichen raconte l’histoire de Mikage Sakurai, jeune étudiante qui vient de perdre sa grand-mère, la dernière famille qui lui restait. Alors qu’elle sombre peu à peu, ne pouvant plus dormir que dans sa cuisine(son lieu fétiche), elle est recueillie par Yuichi. Ce dernier est aussi étudiant et travaille comme aide-fleuriste. Il propose à Mikage de venir loger chez lui et sa mère, Eriko… qui est en fait son père, qui a choisi de changer de sexe.
Les semaines passant, au milieu de cette famille peu conventionnelle, elle va se reconstruire et choisir sa voie : la cuisine.

L’histoire de Moonlight Shadow tourne aussi autour de la mort, du deuil et de la reconstruction après la perte d’un être cher : Satsuki perd son petit ami Hitoshi dans un accident de voiture. Plutôt que de se laisser totalement aller à la dépression, elle décide de se mettre au jogging et va courir tous les matin jusqu’au pont où elle l’a vu pour la dernière fois… C’est ici qu’elle va rencontrer une jeune femme étrange, Urara, qui à sa manière va l’aider à remonter la pente.

Voici deux histoires très bien écrites, sensibles sans tomber dans la sensiblerie, poétiques sans m’être ennuyeuses, avec une pointe d’humour et de fantaisie… Et on sent bien la touche japonaise ! L’extrême modernité avec Eriko le père-mère qui travaille dans un bar de nuit, les traditions quand on voyage dans les monastères et auberges avec Yuichi et Mikage, les légendes qui semblent prendre corps dans Moonlight Shadow où les morts reviennent faire leurs adieux aux vivants… Et surtout l’omniprésence de la cuisine et de la nourriture ! Tempura, sashimi, katsu-don, ten-don, bouilli de riz et tofu, thés de toutes sortes… et des équivalents plus junk-food comme les sandwichs KFC ! Kitchen le bien nommé en somme, où amour et cuisine s’entremêlent !

Une découverte sympathique assez loin de mes lectures SF du moment, qui a en plus l’avantage d’être court ! Pas le temps de se lasser en somme ! Je ne dis pas que j’en lirai des tonnes mais là ça m’a été 🙂
Les amateurs de littérature japonaise devraient se régaler en tous cas, la version française me parait bien traduite et est un vrai plaisir à parcourir !

challenge ABC

« Avenue des Géants » de Marc Dugain

avenue-des-geantsJe n’ai aucune idée de la manière dont j’ai bien pu entendre parler de ce livre… Tout ce que je sais, c’est que je me suis motivée à le lire pour le challenge ABC, et aussi et surtout que j’ai adoré cette lecture !
Moi qui suis passionnée d’histoire de serial-killer, et qui aime histoire qui se passent dans le Grand Ouest Américain, je suis bien servie avec Avenue des Géants ! Et pourtant, l’auteur à qui ont doit ce roman est Français ! Marc Dugain, que je découvre pour la première fois, est spécialisé dans les histoires reprenant des éléments de biographies de personnages célèbres, comme Staline ou Hoover… Dans ce roman paru en avril 2012, il s’inspire de la vie du tueur en série Edmund Kemper.

Entre une mère qui le maltraite et un père qui veut se débarrasser de lui pour refaire sa vie, Al Kenner, 15 ans, se retrouve à vivre chez ses grands-parents en Californie. Du haut de ses 2,20 mètres et de son QI supérieur à celui d’Einstein, il supporte mal l’oppression de sa famille… Malgré son aversion pour la violence, il va un jour prendre un fusil et abattre sa grand-mère qui l’étouffe, puis son grand-père pour lui éviter la peine d’un deuil. Ça n’est pas qu’il soit particulièrement empathique, mais Al à le sens pratique…
Enfermé en hôpital psychiatrique pour soigner sa supposée schizophrénie, il va collaborer avec les médecins, profiter de ce temps pour comprendre ses pulsions et rêves de décapitations, et étudier la psychologie. Au bout de 5 ans il ressort libre, en plein dans l’époque du Flower Power et de la guerre du Vietnam
Va-t’il oser revoir ses parents ? Pour lui une nouvelle vie est-elle possible ? Lui et la société peuvent-ils oublier et pardonner le fait qu’il a brisé le tabou du meurtre, à une époque où la mort est rationalisée par les guerres ?

Je me suis trouvée aspirée par ce roman qui est vraiment bien écrit, passionnant, et qui passe comme du velours malgré l’horreur de la vie d’Al Kenner.
La comparaison avec le serial-killer de La cache du Diable que j’ai fini il y a quelques jours est frappante, même si Vassago et Al ont la même pathologie : schizophrénie, sociopathie, manque d’empathie… Le portrait de Al en tant que tueur en série est crédible, réaliste… Vassago à côté en prend un coup avec son traitement symbolique. Al fait vraiment « humain« , avec un je ne sais quoi qui le met en décalage : son manque d’empathie empêche réellement tout attachement ou projection pour moi, sans pour autant l’avoir en aversion comme qu’est Vassago.
L’idée de l’héritage du mal est une des idées qui forme la trame de fond du roman, et construit le personnage d’Al. Ce qui fait qu’il est ce qu’il est vient de multiples facteurs : sa famille jusqu’à des générations avant lui, la nature humaine pervertie à la base,… La psychologie est un peu l’excuse qui le conforte à tuer, comme d’autres choisissent d’écouter la voix d’un démon dans leur tête…

La manière dont l’histoire s’articule ménage le suspense jusqu’au bout : on suit à la fois l’histoire « chronologique » des 15 ans d’Al jusqu’à ses 20 et quelques années… et en parallèle ses rencontres en prison au parloir avec Susan, alors qu’il a 50 ans. Celle-ci lui apporte des romans à lire et dicter pour les aveugles, pour des maisons d’édition.
Même si on se doute bien qu’il a fait quelque chose de terrible pour finir en prison et surtout y rester si longtemps, on espère pendant tout son récit qu’il ne passera pas à l’acte qui le démange… même si tous les indices qui jalonne son histoire nous font penser le contraire.

coup de coeurUne super découverte et un coup de cœur ! Je le conseille vivement, pour la bonne surprise que j’ai eu en le lisant… Un roman récent et français, rien ne me laisser envisager que j’allais autant aimer cette lecture 🙂

 

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