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« Kirinyaga » de Mike Resnick

KirinyagaQuand un livre de science-fiction est présenté comme un chef d’œuvre équivalent à Demain les chiens de Clifford D. Simak ou aux Chroniques martiennes de Ray Bradbury, on est en droit d’être un peu dubitatif… mais curieux ! Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce recueil de nouvelles ultra primé (prix Hugo, prix Locus…) lors du partenariat Denoël de juin.

Dans un futur pas si lointain, le Kenya est devenu un pays riche et très industrialisé. Si la population s’en réjoui globalement, certains comme le Koriba ne se sentent pas ici à leur place : avec le progrès et l’occidentalisation des mœurs, le Kenya à perdu son âme. Il part donc pour une planète terraformé accompagné d’autres membres de la tribu des Kikuyu, eux aussi à la recherche de retour aux essentiels. Ici ils vont construire leur monde utopique kikuyu !
Nommé comme leur montagne sacrée sur terre, Kirinyaga, cet astre artificiel est le sosie du Kenya d’avant l’arrivée des blancs.
Ici Koriba va devenir le gardien des traditions kikuyus, le « mundugumu« … Et il ne sera pas toujours simple pour lui de garder son peuple sur le chemin tracé par leur dieu Ngai.

Ce livre est assez simple et rapide à lire, mais est assez complexe et puissant quand on y réfléchit. Si la quête de Kiruba et des créateurs initiaux du monde de Kirinyaga est assez compréhensible et plaisante au début, on voit vite les limites de cette utopie : sans progrès, elle ne reste une utopie que pour une poignée d’habitants.
Les relations hommes et femmes, la santé, l’éducation… sont des domaines dans lesquels les individus ont toujours l’envie de s’améliorer, et c’est tant mieux ! Finalement est-ce que Kiruba avec ses bonnes intentions de figer la société kikuyu dans un instant idéal éternel, ne la conduit pas à sa perte ?

Si ce recueil est sorti en 1998, la première nouvelle, Kirinyaga, a été écrite en 1987 pour un recueil d’un autre auteur Orson Scott Card, Eutopia. Son concept était de présenter la vision de plusieurs mondes utopiques bâtis sur une planète.
Juste après a voir fini cette nouvelle, Mike Resnick a du s’apercevoir du potentiel de son univers, et a commencé à écrire les neuf autres nouvelles de la série, formant un tout cohérent avec un prologue et un épilogue ouvrant et refermant l’histoire. Techniquement et stylistiquement rien à redire, j’ai été emballé par le récit, son rythme, ses personnages…
Si je devais avoir une nouvelle favorite, ça serait je pense Toucher le ciel, l’histoire d’une petite fille kikuyu assoiffée de connaissance… mais malheureusement pour elle, dans la société traditionnelle seul les garçons peuvent un jour espérer apprendre quoique ce soit de leur mundugumu…

Dans cette édition, un second recueil de nouvelle plus petit, Kilimanjaro, reprend la même hypothèse de monde utopique, mais cette fois mis en place par des masaïs. Ils s’appuient sur l’échec de la tentative kikuyu pour réussir leur propre expérience de monde idéal. Dans cette partie j’ai découvert des clés pour mieux comprendre Kirinyaga et les sources du fiasco de cette utopie… un excellent catalyseur donc.

coup de coeurUne belle découverte, que je vais agrémenter d’un coup de cœur ! Je pense lire d’autres livre de cet auteur, car j’ai vraiment apprécié cette expérience. Un livre qui vous fait réfléchir sur la société actuelle, ses extrémismes, les solutions pour évoluer, les écueil à éviter… je ne peux que l’aimer et le conseiller !

Sinon cette lecture me permet de remplir la mission titre en un seul mot du Petit BAC 2015 🙂

Kirinyaga. Une utopie africaine de Mike Resnick
Editions Denoël – Collection Présence
Traduction : Olivier Deparis
1998 – 336 pages

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« Herland » de Charlotte Perkins Gilman

herlandUn petit voyage dans un pays utopique avec ce roman de Charlotte Perkins Gilman datant de 1915 : HerlandEn anglais puisque ce titre n’existe pas en français. Qu’attendez-vous messieurs et mesdames les éditeurs ? 😉
Comme souvent ces temps ci, cette lecture m’a été proposée pour mon cours Coursera sur la littérature fantasy et SF ! Pour une fois je fini un peu en avance – c’est à dire pas le mardi soir , deadline pour les essais – youpi ! 😀

Imaginez un pays où ne vivent que des femmes… Un pays légendaire situé à un emplacement secret. C’est de ce pays que trois jeunes aventuriers entendent parler un peu par hasard… Ils n’ont plus qu’une hâte, l’explorer ! Ils montent à eux trois une expédition, et prennent la route en bateau puis en aéroplane… Et bientôt il découvrent ce lieu reculé, y atterrissent et partent en quête de ce qu’il pensent être un harem au milieu de la jungle, composé de femmes mesquines, jalouses, faibles, et j’en passe. Mais ils vont vite s’apercevoir qu’il n’en est rien : tous les à priori qu’ils ont sur les femmes vont s’avérer faux. Les femmes de Herland ont bâtit un pays et de magnifiques cités, organisé leur société, fait des enfants sans l’aide des hommes, depuis longtemps disparus de ces terres… Comment nos trois mâles américains vont-ils s’intégrer ?

Une belle utopie que voilà, loin des clichés sur les peuples des Amazones ! Dans Herland, tout est joie et harmonie. Plus de guerre, une économie raisonnée, pas de dieux mais un dogme fondé sur l’amour de ses prochains, l’éradication des maladies, et un taux de natalité record… Il faut dire que l’enfant est roi (ou plutôt reine) dans ce pays où les femmes donnent vies à des filles uniquement par parthénogenèse… Tout le savoir et l’art de ces femmes est tourné vers l’éducation des futurs habitantes de Herland, pour en faire des filles encore plus intelligentes et fortes qu’elle même. Un nivellement par le haut en somme.

Nos trois héros – Terry le riche séducteur et misogyne, Jeff le chevalier servant et Van le narrateur un peu entre les deux – vont vite s’apercevoir que ces femmes sont loin des concepts féminin de leur monde, aussi évolués que soient les Etats-Unis à leur époque !
Une femme est-elle encore une femme quand elle n’a jamais été en relation avec des hommes ? La féminité devient alors humanité… et tout les à priori sont balayés ! Dans Herland les femmes ne sont pas des hommes féminisés comme les Amazones, elles ne suivent pas un modèle ou un autre. Elle sont libres d’être ce qu’elles veulent, dans le contexte de leur société. Et ça, ça fait du bien !

Une lecture intéressante car elle passe au crible tout les poncifs sur la place de la femme au début du 20ème siècle… et finalement certains ont encore la vie dure, surtout en ce qui concerne la société actuelle. It’s a man world… définitivement 🙁
Une utopie intéressante, qui ne me fait pas rêver, mais amusante intellectuellement parlant… Et qui fait réfléchir sur le statut de la femme et de l’homme dans notre monde !

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