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« Les derniers jours du Paradis » de Robert Charles Wilson

Les dernies jours du paradisVoici un nouveau partenariat avec les éditions Denoël pour bien préparer la rentrée, avec un roman d’une des stars de la science-fiction de ses dernières années : Robert Charles Wilson !
J’ai déjà lu deux romans de cet auteur canadien d’origine californienne : Blind Lake et Les Chronolithes. Les derniers jours du Paradis est son dernier roman édité en France (à paraître le 4 septembre), mais paru en 2013 aux États-Unis.

En 2014, Cassie se prépare à fêter le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale. Grand moment, car depuis un siècle l’humanité connaît une paix sans faille. Pas une seule guerre, pas le moindre conflit… Et Cassie sait pourquoi, pour son plus grand malheur !
En tant que membre de la Correspondence Society, une société secrète, elle sait ce que peu de personnes peuvent imaginer : une entité extra-terrestre, l’Hypercolonie, telle un essaim d’insectes gigantesque enserre la planète Terre, dans la zone de l’atmosphère où passent les ondes radio. En manipulant les messages radios depuis 1914, ils ont pu orienter l’évolution de l’humanité au travers de ses communications. Résultat : plus de guerre… Un paradis artificiel mais efficace.
Mais à quel prix ? Afin de protéger son secret, l’Hypercolonie a envoyé il y a quelques années de cela des créatures humanoïdes tuer des membres de la Society, dont les parents de Cassie.
Et ce soir, l’un de ces monstres à forme humaine d’eux s’apprête à la retrouver… Cassie n’a qu’une solution, la fuite, avec son frère Thomas et d’autres membres de la Society.

Le sujet de cette SF avait l’air sympa, une uchronie où le XXeme siècle aurait connu la paix. Donc pas de fusées et de vols spatiaux, pas de bombes atomiques, pas de PC de bureau… Mais le traitement de cette histoire au final m’a assez déçu. J’avais bien aimé mes précédentes lectures de Wilson, mais là je n’ai pas retrouvé l’énergie et l’intérêt de ces deux autres romans cités en intro.

D’abord la présentation de cette société vivant dans la paix est trop anecdotique. Pas de détails sur l’histoire, la géographie, la politique, l’art, les technologies… L’auteur s’en sort en dépeignant des groupes de personnages baignés dans la paranoïa, qui n’utilisent pas du tout les moyens de communication contemporains (téléphone, TV…) afin de ne pas être repérés par les aliens. Par conséquent, je ne suis pas rentrée dans ce monde rêvé ou cauchemardé…
Ensuite les personnages… Entre ceux qui ne servent à rien comme le petit frère de Cassie, Thomas ; ceux qui sont caricaturaux comme le leader de la société secrète Beck qui cherche à monter une armée anti-alien ; la meilleure ennemie de Cassie, Beth qui est une vraie chienne ; son copain Leo le bad-boy qui va faire fondre notre héroïne après avoir joué la dégoutée… A aucun moment je me suis senti en empathie avec un personnage. Bref, peu crédibles je trouve. En je passe sur les amourettes perdues ou naissantes qui émaillent le récit, et m’ont lassé rapidement…
Les méchants, des extra-terrestres humanoïdes verts à l’intérieur, qui suinte la soupe d’herbe quand on les blessent passent finalement pas si mal si je compare au reste… Leur côté extra-terrestres « classique » à la mode de la série Les envahisseurs peut être vu comme une hommage je présume ! En revanche le concept de particules vertes parasitant la radiosphere terrestre ne m’a pas botté plus que ça, bien que la comparaison avec le monde des insectes sociaux et des parasites, qui m’évoquait les Borgs de Star Trek au début, avait tout pour plaire.
Pour ce qui est du fameux questionnement au cœur du roman, vaut-il mieux une paix factice qu’un monde de guerre bien humain… ? Et bien elle est assez vite éludée, même si elle peut peut-être nourrir un peu un lecteur en soif de réflexions sur le sens de notre vie sur Terre (libre arbitre, tout ça…).

Du coup une bonne idée un peu bâclée à mon avis, des personnages -gentils et méchants- peu crédibles, un manque de rythme (il commence à se passer des choses intéressantes 40 pages avant la fin). Moyen, quoi. Pas mauvais, mais je ne me suis pas éclatée.
Merci Denoël pour cette lecture tout de même. Je tiens à souligner que comme toujours, l’édition est très bien, une couverture qui attire l’œil, belles typos, belle qualité du livre… Le prochain roman sera bien meilleur je n’en doute pas 🙂

Ce livre me permet de remplir une nouvelle ligne dans le challenge ABC des Littératures de l’Imaginaire, pour la lettre W.

challenge de l'imaginaire ABC 2014

Les derniers jours du Paradis de Robert Charles Wilson
Éditions Denoël – Collection Lunes d’encre
Traduction : Gilles Goulet
2014 – 342 pages

« Le Maître du Haut Château » de Philip K. Dick

Le maitre du Haut ChateauCe que j’aime avec les challenges, comme le challenge ABC – Littératures de l’imaginaire, c’est de m’auto-imposer des lectures de grands classiques que je n’ai jamais pris le temps de lire… et s’il y en a un qui peut bien faire partie de cette catégorie, c’est bien Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick, que beaucoup considèrent comme son plus grand chef d’oeuvre. Preuve en est, cette uchronie écrite en 1962 a reçut le prix Hugo, haute distinction dans le domaine de la science-fiction.

En 1962, quinze ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les puissances de l’Axe se sont divisées le monde, après leur victoire fracassante contre les Alliés. L’Allemagne occupe toute l’Europe, la Russie, l’Afrique du sud, le Japon possède la côte Ouest des Etats-Unis, et l’Amerique du Sud, l’Asie, et l’Italie le nord de l’Afrique… Mais les rapports entre ces trois protagonistes ne sont pas aussi simples. L’Allemagne après des folies d’holocaustes et d’expansions territoriales à tout va, a entamée la course vers les étoiles, Mars et Vénus. Le Japon quant à lui reste les pieds sur terre et autonome… et semble devenir une épine dans le pied du Reich.
Au travers l’histoire de trois groupes de personnages, nous allons apprendre comment se présente ce nouvel ordre mondial, et les tensions entre chaque pays, et entre chaque corps administratifs, militaires ou politiques du Reich.
Mr Tagomi à San Francisco attends la visite de Baynes, ingénieur suédois qui se trouve être un espion allemand ; Franck Frink est un ouvrier juif qui cache ses origines, et qui décide de se lancer dans la confection de bijoux, qu’il tentera de vendre à l’antiquaire Childan ; et son ex-femme Juliana Frink va suivre Joe, un routier italien dans une virée à Denver…
Ce qui les relie ? La lecture du livre interdit en Allemagne nazi, La sauterelle pèse lourd, uchronie écrite par Abendsen qui présente un monde où les Alliés auraient gagné la guerre… Et aussi la présence d’un autre livre, une force et un personnage en lui même, Le livre des transformations ou Yi-King, qui permet à chaque personnage de prendre conscience de l’état du temps présent, et d’anticiper l’avenir.

Voilà donc un livre bien difficile à résumer ! Pour commencer, je dois dire que j’ai pris réellement plaisir à livre ce récit. Avec Philip K. Dick, j’ai des relations plutôt houleuses (Deus Irae, Loterie solaire, Ubik,…), et là, j’ai vraiment apprécié ma lecture, son rythmes, sa thématiques…
Même la fin qui est assez énigmatique ne va pas arrêter de me titiller et de me poser des tas de question à mon avis !

Autre chose que j’ai aimé, c’est l’intégration du Yi-King dans ce roman… J’étais une utilisatrice de cet « oracle » au début de ma vie d’étudiante, et je m’amusais à écrire des histoires en tirant au sort des hexagrammes. Il faut croire que je n’ai rien inventé, comme le laisse présumer la fin de ce roman ! En tout cas j’ai bien envie de me replonger dans ce livre de divination millénaire !
Les jeux de miroirs entre réalité et vérité, fiction et réel, ce qu’on sait et ce que les protagonistes savent… font de ce livre un petit bijou de mise en abyme. Dans quel monde vivent vraiment ces personnages ? K. Dick est-il le véritable Maître du Haut Château ? Et nous, que fait-on la dedans ?

Un livre à lire, surtout quand on commence à s’intéresser à d’autres uchronies sur le thème de « ce que le monde aurait été si l’Allemagne avait gagné la Seconde Guerre mondiale », comme Le faiseur d’histoire de Fry.
Et pour ne rien lui enlever, un très bon moment de lecture !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

« Le Faiseur d’histoire » de Stephen Fry

Le faiseur d'histoireL’année commence de la meilleure des manières avec cette lecture commune avec Petite Fleur, qui me permet de valider la lettre « F » du Challenge ABC – Littératures de l’Imaginaire.
Ce roman de Stephen Fry nous plonge dans une aventure qui mélange humour, science-fiction et uchronie d’une main de maître, avec une touche de délire à l’anglaise qui n’est pas pour me déplaire.
Bref, je n’ai plus qu’une envie, découvrir d’autres livres de Fry, ce touche à tout britannique connu Outre-Manche en tant qu’acteur, humoriste, réalisateur, scénariste, présentateur TV, voix de livres audios,… et aussi écrivain ! Un vrai monument national là bas !

Michael Young est étudiant en histoire à Cambridge, à la veille de remettre sa thèse à son professeur. Après tant d’années de travail et de recherche, il est persuadé de réussir haut la main cette dernière étape de ses études… et il se voit déjà lui même professeur, sa thèse éditée, avec un avenir radieux pavé de gloire.
Mais cette journée où il doit rendre sa thèse se passe mal : sa petite amie Jane le quitte en emportant la voiture, il reçoit du courrier qui ne lui est pas destiné, il fait tomber sa thèse non reliée dans le jardin du campus… Une occasion pour lui de rencontrer le vieux professeur Leo Zuckermann, spécialisé dans la physique. Celui-ci l’aide à ramasser les feuillets et semble très intéressé par le sujet de la thèse de Michael : les jeunes années d’Adolf Hitler. Leo est lui même obsédé par le génocide des Juifs et la Seconde Guerre Mondiale. Quel secret cache-t-il ?

Nous voilà donc devant un sujet sérieux, traité d’un point de vu original avec un ton très fun et décalé.
Que serait le monde si Hitler n’étais jamais venu au monde ? Voici bien une question qu’on a tous du se poser au moins une fois dans sa vie… Notre société serait-elle meilleure ou pire ? La technologie serait-elle plus en avance ? Quelle chemin aurait pris l’humanité sans la présence de ce « monstre » pour pervertir l’histoire ?
Ou alors, un être encore plus intelligent, ou plus malin, ou plus stratège, ou plus fort… aurait-il pu émerger ? Et si ce leader qui n’a jamais vu son sacre avait été moralement pire que Hitler ?
Et si, finalement, un seul homme ne change pas profondément le cours de l’histoire ? Si la volonté d’un peuple et d’une société à un temps T créait son destin pour les années à venir ? Et si les passions des hommes mettaient  l’histoire d’une nation sur des rails,  tel un train en marche, et peut importe qui en est le conducteur ? En gros, que dans une Allemagne antisémite et humiliée par la défaite de 1918, n’importe qui ou presque aurait pu remplir le vide…
En revisitant l’histoire comme il l’a fait, Fry nous offre sa réponse, mais comme dans toute bonne histoire de SF, nous permet de nous poser des tonnes de questions !

Outre le fond philosophique du roman, j’ai beaucoup aimé le personnage de Michael, plein d’humour, très contemporain… Et le style de Fry est un vrai régal ! Le petit truc sympa dans la structure, c’est la manière dont l’auteur a alterné ses chapitres : l’histoire de Michael, celle de la jeunesse de Hitler… puis ça change un peu 😉

coup de coeurUn vrai coup de coeur, que je vous conseille cette lecture même si vous n’êtes pas branché science-fiction ! Maintenant il va falloir que je me trouve d’autres romans de Fry à mettre dans ma PAL ou ma wish-list !

challenge de l'imaginaire ABC 2014