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« Une autre idée du silence » de Robyn Cadwallader

Une autre idée du silenceC’est la rentrée des partenariats littéraires ! Pour commencer cette nouvelle saison avec Denoël, j’ai choisi Une autre idée du silence, un roman australien de Robyn Cadwallader paru cette année. Cette fiction historique nous plonge dans le quotidien d’une recluse anglaise au 13ème siècle, une période et thématique qui me sont complètement étrangères.

A 17 ans Sarah fait le choix de se donner entièrement à Dieu, non pas en entrant dans un couvent, mais en  devenant une recluse. Dorénavant, elle ne fait plus parti du monde des vivants : elle vivra jusqu’à la fin de ses jours dans une petite pièce attenantes à une église, scellée comme un tombeau. Ici elle pourra se consacrer à la prière et oublier son corps de femme, objet de péchés. Pour lui permettre de vivre son ermitage, elle a deux servantes, Louise et Anna… Et un confesseur, le seul homme à avoir le droit de lui parler. Nous allons découvrir avec Sarah les raisons qui l’ont poussé à vivre isolée du monde… Sa foi, et sa volonté à fuir un monde où les femmes ne semblent être nées que pour souffrir.

S’il est question de religion dans ce roman, il est aussi et surtout question de la place de la femme dans la société médiévale anglaise en 1255. Elles sont encore considérées comme de créatures faibles, porteuses du péché, tentatrices et lascives. Bref, elles ne sont bonnes qu’à porter des enfants, obéir aux hommes et travailler. En se retirant du mondé Sarah espère échapper à ce destin, que sa sœur morte en couche a connu. Mais en écoutant les prières des villageoises et en conseillant ces femmes, elle va comprendre que les choses ne sont pas si simples pour elles… Comment leur apporter de l’aide alors qu’elle est enfermée dans une cellule et n’a rien connu de la vie ?

Les personnages qui gravitent autour d’elle sont assez secondaires, bien qu’ils rythment sa vie. Logique, puisqu’elle ne peut pas les voir. Le seul sur lequel un focus est vraiment fait est Ranaulf, son nouveau confesseur, qui est aussi moine copiste. Son regard critique et mysogine en fait un parfait représentant de l’église de son époque…
Le méchant de l’histoire, Sire Thomas, est le protecteur de Sarah, c’est à dire le seigneur qui accepte de l’entretenir sur ses terres. On regretterai presque qu’il ne soit pas plus extrême et caricatural pour donner un peu de piquant !

Une lecture pas désagréable, même si elle manque un peu de rebondissements, à se vouloir trop réaliste. Nous ne somme pas dans un récit d’aventure historique comme dans Les piliers de la terre, mais dans quelque chose de plus contemplatif. Une parenthèse culturelle au milieu de mes lectures habituelles, qui a eu l’avantage de me faire me pencher sur l’architecture médiévale (mais qu’est-ce qu’un hagioscope ?) et sur les rites autour de la réclusion religieuse.

Une autre idée du silence de Robyn Cadwallader
Editions Denoël & d’ailleurs
Traduction : Perrine Chambon et Arnaud Baignot
2015 – 398 pages

Au passage, ce livre va me permettre  de valider l’entrée musique pour le challenge Petit BAC 2015.

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« Dans les eaux du lac interdit » d’Hamid Ismaïlov

Dans les eaux du lac interditAvec ce court roman, je suis partie bien loin de mes habitudes de lecture, grâce au partenariat Denoël de l’été ! Entre conte et histoire contemporaine, nous voyageons aujourd’hui dans les steppes du Kazakhstan, avec ce roman écrit en 2011 par l’ouzbek Hamid Ismaïlov.

Alors qu’il voyage en train depuis des jours au milieu des plaines du Kazakhstan, le narrateur de cette histoire rencontre dans son wagon un jeune musicien de génie. Alors qu’il ne semble avoir que douze ans, il joue des airs classiques au violon qui ravissent tous les voyageurs. Mais ce garçon n’est plus un enfant, même s’il semble encore l’être… Il a vingt-sept ans et s’appelle Yerzhan, et va raconter au narrateur son histoire : sa naissance accidentelle, son enfance dans un relais de chemin de fer où ne vive que trois familles, son amour pour sa voisine Aisulu… et son don pour la musique ! Tout cela semblerait paradisiaque si ces steppes du sud de l’URSS n’étaient pas secouées par des essais de bombes atomiques, dans le but de surpasser en puissance les Etats-Unis !

Voici donc une lecture rapide, onirique sans être trop surréaliste… Et même parfois amusante quand on imagine l’envie de vaincre les USA que pouvaient avoir les soviétiques de toutes les provinces d’URSS. Mais à quel prix ? La steppe desséchée où règne un silence de mort après chaque essai de bombe, les villes pulvérisées, les lac rendus stériles, les zones interdites… et des familles entière décimées par des cancers et autres maladies. Ici si rien n’est explicitement décrit, on sent l’odeur de la mort et de la maladie, que nient ou ne ne voient pas objectivement les protagonistes de cette histoire… ce qui donne une petite impression de malaise. Et les bombes ne sont finalement qu’un secret entre tant d’autres, comme notre jeune héros le découvrira. Une famille où tous vivent les uns à côté des autres à forcément des zones d’ombre…

Ces petits désagréments sont cachés par la bonne humeur des enfants Yerzhan et Aisulu, leurs jeux, leurs trajet jusqu’à l’école avec leur mule… Ce portrait d’une famille à cheval entre tradition et modernité est assez intéressante, même si on reste sur des impressions, comme des touches de couleurs brossées ça et là.

Un court roman interessant, mais qui ne m’a pas plus emballé que ça. Trop court peut être ? Où alors je n’ai pas été séduite  par la poésie des plaines kazakhes ?

En tous cas, ce roman va me permettre d’avancer un peu dans le challenge Petit BAC pour la ligne lieu !

Dans les eaux du lac interdit d’Hamid Ismaïlov
Éditions Denoël
Traduction : Heloïse Esquié
2015 – 126 pages

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« Le fossoyeur » d’Adam Sternbergh

Le fossoyeurPour continuer à profiter du printemps sur une touche fraîche et ensanglantée, je me suis laissée tenter ce mois de mai par Le fossoyeur, proposé dans le cadre du partenariat Denoël. Ce roman est en fait le premier volume d’une saga débutée en 2014 aux États-Unis, qui se trouve aussi être le premier roman de son auteur Adam Sternbergh.
Si vous aimez les ambiance post-apocalyptiques urbaines matinée de violence à la « Bourbon Kid », dans la veine des roman d’anticipation, ce livre est peut être fait pour vous… Mais pour moi ?

Dans un futur pas si lointain, New-York est à peine le reflet de sa grandeur passée. Suite à une vague d’attentats et d’attaques chimiques par des groupes extrémistes, la plupart des habitants ont fuit la ville. Ne reste que quelques paumés, des bourgeois enfermé dans leurs appartements grand luxe et des citoyens encore attachés à de leur ville. Spademan n’est rien de tout cela. Contre rémunération il peut tuer qui vous voulez sur simple coup de fil. Sauf les enfants ! Il n’est pas un psychopathe quand même…
Quand un riche prêcheurs du sud des États-Unis lui demande de retrouver sa fille fugueuse et de l’assassiner, il accepte la mission. Mais la fuyarde Perséphone n’est pas si facile à coincer. Et une fois retrouvée une surprise va retenir la lame de Spademan… Mais s’il décide de la laisser en vie, il devient de fait son protecteur, contre son père et toute son armée !

Si je n’ai rien contre les ambiance de ville détruite et de population en errance, j’ai eu du mal tout de même à apprécier la première partie de ce roman… Un style très laconique, écrit à la premières personne, où Spademan le tueur à gage est le narrateur. Il y avait trop de similitudes avec Le livre sans nom et ses suites, sans son second degré et son côté fantastique qui me plait tant !
Ici le côté un peu fantasy est donné par le nouveau réseau de connexion dans un monde virtuel, un peu comme dans Les Extrêmes de Christopher Priest (ou le film Existenz). Allongé dans un lit, l’utilisateur est relié au réseau, où il peut virtuellement vivre les expériences de son choix pour la durée qu’il souhaite. D’abord un loisir, cette activité est devenue pour les plus riches un mode de vie, permettant d’échapper à la ville déliquescente. L’idée est bonne, quoique peut être pas assez exploitée.

Le problème dans ce récit c’est qu’on voit arriver les choses : on se doute bien pendant toute la période où l’assassin traque sa victime qu’il ne l’a tuera pas. On sait que quelque chose va arrêter le geste de Spademan, et que Perséphone va vivre. Et là, j’ai croisé les doigts pour que l’auteur nous fasse pas le coup du tueur amoureux de sa cible. Mais non, ouf !

Sur la seconde partie j’ai un peu mieux accroché. Peut être grâces aux personnages de Spademan qu’on apprend à mieux connaître, ou celui de son ami Mark. Et surtout parce qu’on se centre moins Perséphone qui est un personnage que je n’arrive pas à apprécier.

Bref, je suis pas franchement convaincue… Par moment je me disait « chouette il se passe des choses », à d’autre je trouvais ça plat… Bof bof.

Merci tout de même Denoël pour cette occasion de lire ce roman 🙂

Le fossoyeur d’Adam Sternbergh
Éditions Denoël – Collection Lunes d’encre
Traduction : Florence Dolisi
2015 – 272 pages

« Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés » d’Arto Paasilinna

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimésPour le partenariat Denoël du mois, nous partons en voyage dans les plus improbables dictatures du monde. Un moyen pour moi de découvrir Arto Paasilinna, prolifique auteur finlandais.

En plein milieu des années 80 en Finlande, Viljo Surunen est professeur de philologie et fréquente Immonen une musicienne, membre comme lui d’Amnesty International. Malgré leurs lettres de protestation auprès du dirigeant du Macabraguay, ce dernier refuse de relâcher leur filleul de combat, un professeur d’université, prisonnier politique depuis 6 ans.
Surunen va donc prendre les choses en main et se rendre en Amérique du Sud pour  aller libérer lui même le pauvre prisonnier. Son aventure va le conduire au Macaraguay, une sinistre dictature capitaliste soutenue par les Etats-Unis. Sur son chemin il passera aussi dans les territoires communistes tels Moscou et la Vachardoslavie. Combien d’opprimés Surunen pourra-t-il libérer ?

De part son humour à peine retenu et ses situations cocasses, voire surréalistes, ce livre m’a rappelé ceux de Tom Sharpe. Il faut par dessus cela rajouter une couche de critique sociales et politique, qui flirte parfois avec le symbolisme.
La trame de l’histoire n’est pas déplaisante. On s’amuse des situations folkloriques dans ces dictatures capitalistes et communistes… où forcément l’une n’est pas vraiment mieux que l’autre. Tout est une affaire de style  et de curseur !

Pas le gros coup de coeur, mais pas non plus une déception… je ne suis pas rentrée dans le délire du récit peut-être. Un bon livre pour passer le temps, qui ravive nos bons vieux souvenir des années 80 et des blocs idéologiques qui s’affrontaient en ce temps.

Merci Denoël pour cet envoi !

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés d’Arto Paasilinna
Éditions Denoël & d’ailleurs
Traduction : Anne Colin du Terrail
2015 – 336 pages

« Le maître des insectes » de Stuart Prebble

Le maitre des insectesVoici une nouveauté Denoël, acquise grâce au partenariat mensuel avec l’éditeur, qui ravira à coup sûr les amateurs de thriller !

Dans la banlieue de Londres, dans les années 60 – 70, Jonathan et Roger Maguire forment une fratrie inséparable, malgré le retard mental de Roger, le plus âgé des deux. Pour leurs parents, l’avenir de leur ainé est un vrai soucis… et son obsession pour les insectes et son insectarium n’arrangent pas les choses en grandissant.
Alors qu’il est parti étudier à l’université de Newcastle avec sa petite amie Harriet, Jonathan apprend brutalement la nouvelle : ses parents son morts dans l’incendie de la maison familiale… un malheureux accident… Et Roger s’en est sorti en se cachant dans son insectarium !
Dorénavant, la vie de Jonathan ne sera plus la même : comme promis à ses parents, il va s’occuper de son frère, au dépend des ses études, mais aussi de son couple. Si Harriet et lui sont amoureux, vivre à 20 ans un tel éloignement n’est pas chose aisée !
Jusqu’au jour où, un beau matin, il se réveille un tesson de bouteille à la main et le corps d’Harriet à ses côtés sans vie

J’ai apprécié dans ce roman l’écriture à la première personne, avec un ton qui laisse entendre un retour sur tous les évènements de toute une vie. On perçoit bien les sentiments du narrateur, Jonathan, on comprend la psychologie du personnage, son amour pour son frère, sa passion pour Harriet, sa jalousie envers les hommes qu’elle côtoie à la fac… le cocktail idéal pour un crime passionnel en somme !
En même temps on sent bien quelles questions l’auteur veut nous amener à nous poser. Il nous oriente vers des suppositions quant à la manière dont les parents sont morts (accident ou meurtre ?)… et à partir de là sur la réelle déficience mentale de Roger. Est-il si innocent qu’on veut bien le croire ? Est-ce un manipulateur pervers ?

Même si une de mes hypothèses c’est avérée juste quant à la résolution d’une des énigmes du livre, il y en a deux ou trois qui m’ont surprises et qui ont été bien amenées. La dernière page du livre notamment en écho avec le prologue est bien vu, et donne une explication de dernière minute assez élégante !

Une lecture très sympa, pas le thriller du siècle, dans le sens ou ça n’est pas un page-turner au suspense haletant.  Mais c’est un roman qui change de ce que j’ai pu lire ces derniers temps, et ça fait du bien.
Et au passage une lecture pour l’animal du challenge Petit BAC 2015 !
Merci Denoël pour cette découverte !

Le Maître des insectes de Stuart Prebble
Éditions Denoël collection Suspense
2015 – 352 pages

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« Petit joueur » de Jason Starr

Petit joueurPour le partenariat Denoël de février, pour une fois, je me suis laissée tenter par un roman noir. Je lis rarement ce type d’histoire, et c’est peut être bien dommage finalement ! Ce roman sorti aux États-Unis en 2003 m’a fais passer un bon moment en ce début de week-end.

En 1984 à Brooklyn, New-York, Mickey Prada travaille dur comme poissonnier pour se payer son entrée à l’Université, afin de réaliser son rêve, devenir comptable et gagner de l’argent. Il doit aussi aider son père qui est atteint par la maladie d’Alzheimer.
Son quotidien et ses plans vont changer quand il va rencontrer au magasin Angelo et accepter de d’avancer pour lui un pari chez son bookmaker. Mais comment refuser ce pari à 50 dollars à cet homme, qui semble faire parti de la mafia ?
A partir de cet instant, la vie de ce jeune homme sans histoires va basculer. Et les semaines qui vont suivre seront une longue descente en enfer : conflits, trahisons, délits… et même des morts…

La spirale infernale de l’échec, illustrée dans ce roman, m’a emballée : j’ai lu ce livre quasiment d’une traite hier. Il faut dire que le malheur à toujours un côté fascinant ! Et celui de Mickey Prada en est un bon exemple. Un mauvais choix, quelques mauvaises fréquentations, une chance qu’il ne saisit pas… Et voilà son avenir qui semble lui glisser ente les doigts !
Le personnage de Mickey ne m’a pas été particulièrement sympathique, je me suis donc demandé jusqu’où il allait bien pouvoir s’enfoncer. Comme le souligne la quatrième de couverture, le récit dresse le « portrait d’un jeune homme qui se noie ». On est tout à fait la dedans ! Quoi que Mickey fasse pour essayer de sortir du problème initial (le prêt de 50 dollars) et de ses conséquences,  il retombe un peu plus profond, inexorablement.
Et ce n’est pas sa rencontre avec la femme de ses rêves qui va arranger les choses… Son obsession pour elle va au final le conduire à sa perte. Mais bon, comme on dit, quand on touche le fond, on ne peut que remonter à la surface !

Une lecture sympa, rapide, bien écrite… Bref, une expérience à renouveler !
Je regrette juste de ne pas avoir eu par moment des notes du traducteur ou de l’éditeur sur certains jeux de mots (genre Mickey qui montre ses biceps quand une cliente lui demande des moules… Je pense qu’il joue sur les homophones « muscle » et « mussel » en anglais). Mais bon, je chipote !

Merci Denoël pour cette découverte !

Petit joueur de Jason Starr
Editions Denoël collection Sueurs Froides
2015 – 256 pages

 

« Le Paradoxe de Fermi » de Jean-Pierre Boudine

Le paradoxe de FermiPour bien commencer l’année avec les partenariats, les éditions Denoël m’ont envoyée un roman de SF post-apocalyptique signé par un auteur français, Jean-Pierre Boudine, et initialement paru en 2002 mais réédité en 2015.
Un livre court, mais qui m’a fait l’effet d’un coup de poing… !

En 2029, caché dans une grotte dans les Alpes, Robert Poinsot écrit un journal, où il raconte les dernières années de sa vie et les bouleversements qui ont détruit la société telle que nous la connaissons. Finalement ce n’est pas la pollution ou une maladie qui aura eu la peau de la civilisation, mais un krash économique qui aura mené à des guerres civiles.
Afin de fuir la violence des villes, Robert et quelques amis vont prendre la route pour rejoindre le nord de la France, puis sillonner l’Europe du Nord pour tenter de survivre. Malgré le peu de moyens de communication, les nouvelles qui leurs parviennent sont peu réjouissantes. Est-ce vraiment la fin de l’humanité ?

Forcément, à la lecture de ce roman, on pense à d’autres références du genre post-apocalyptique, telle La route de McCarthy. Mais ici, peut-être parce que les principales scènes s’ancrent dans mon quotidien parisien, j’ai été encore plus touchée. Pas de scènes crues de violence, mais des images de notre société qui se dégrade, aidée par une perte de confiance générale dans nos dirigeants, ce qui entraine une opposition de groupes de population et génère des attentats et guerres civiles partout dans le monde. Le processus commence avec l’arrêt des transports faute de pétrole, les débuts de la famine, puis le dynamitage de réseaux électrique… puis tout s’enchaine pour la mise en place naturelle de deux factions : les pillards composés de reclus de la société et les « sédentaires », tachant de sauvegarder un semblant d’humanité.
On se pose alors la question : si cela devait se produire demain, vaut-il mieux être dans le camp des « voyous » ou des « défenseurs » ? Des prédateurs ou des proies ? Et où aller pour survivre, si cela à encore un sens ?
Quoiqu’il en soit, l’auteur brosse un portrait peu flatteur, mais tellement réaliste de l’humanité… Et dans notre contexte actuel (attentat de Charlie Hebdo, crises financières, guerres en Ukraine, en Afrique, retour à la barbarie religieuse…) ce roman résonne comme une prédiction. N’oublions pas qu’il a été écrit il y a 13 ans, et que notre société mondialisée prend gentiment le chemin indiqué par Boudine. Flippant, je vous dis !

Voilà donc un très bon roman, qui pose bien la question de notre capacité à survivre en tant qu’espèce, et qui va je pense rester graver dans mon esprit un petit moment ! En attendant, je vais relire des petits traités survivalistes moi…
A noter que ma copine La chèvre grise a aussi lu et chroniqué ce roman, ici.

Le paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine
Editions Denoël collection Lunes d’Encre
2015 – 192 pages

« La Chica zombie » de Laura Fernández

La chica zombieAh la bonne lecture jubilatoire ! En demandant ce livre aux Éditions Denoël pour le partenariat de novembre, je ne m’attendais pas à autant m’éclater en le lisant ! La Chica zombie, premier roman édité en France de l’auteur espagnole Laura Fernández, est un concentré de dynamisme qui m’a laissé sur le cul.
Contrairement à ce que je pensais, il ne s’agit pas réellement d’un roman sur les zombies… et pas plus de littérature pour ados malgré le fait que ses héros soient des profs et des lycéens ! A la croisée des genres, voici un roman contemporain sous perfusion de grandes œuvres de l’horreur, mâtiné de culture pop américaine… Un vrai coup de cœur !

Pas facile d’avoir 16 ans, que ce soit à Elron dans les années 90 que partout ailleurs et en tout temps… C’est l’amère expérience qu’Erin Fancher, élève au lycée Robert Mitchum, va faire.
Elle vient de se taper un 0,5 en grammaire à cause de la prof remplaçante Velma Ellis, sa meilleure amie Shirley la « force » à sucer Reeve dans les toilettes du lycée… Et pour ne rien arranger, ce matin elle se réveille morte, putréfiée… zombifiée en somme ! Le plus grave, c’est que ni ses parents, ni Shirley, ni Reeve ne semblent s’en apercevoir ! Le seul qui remarque les vers qui courent le long de ses plaies sous ses tonnes de maquillage, c’est le paria du lycée, le psychopathe Billy Servant.
Comment Erin a-t-elle bien pu se transformer en zombie ? Pourquoi certains feignent d’ignorer son état ? Quelle relations va t-elle maintenir avec ses anciens amis après ce coup du sort ?

Derrière cette histoire de zombie, vous l’aurez deviné, se cache – à moitié – une métaphore de l’adolescence, des relations de domination au lycée qui finissent par décérébrer et stéréotyper le plus gentil des adolescents. Dans ce contexte, chacun a sa méthode pour exister ou survivre : devenir populaire comme Shirley, invisible comme Billy, violent comme Kirby… Et ceux qui se cherchent encore comme Erin finissent souvent par être les marionnettes de leurs camarades de classe.
C’est même toute la société qui est égratignée par Laura Fernández, en pointant par exemple les pressions sociales exercées sur tout un chacun : la chasse à l’obésité, l’obligation de se marier, … Entre jugement et regrets, pas évident d’être adulte non plus à Elron.

Le style de l’auteur et la manière dont elle a traité l’histoire m’ont vraiment emballé. Sa plume est pleine d’humour (noir) et m’a rappelé le côté « what the fuck ? » de l’auteur anonyme du Livre sans nom, ou de Tom Sharpe dans un autre registre… Le côté « hommage aux maîtres du gore » m’a aussi rappelé Thomas Gunzig et ses 10000 litres d’horreur pure… Que du bon, je vous dit !
Les personnages sont inénarrables, oscillant entre le ridicule et le lyrisme… Les plans du directeur du lycée, Sanders, pour séduire la prof remplaçante Velma sont grotesques. Et ceux qu’elle met en place avec un type qui se prend pour le génie de la lampe sont carrément énormes ! Le clou pour moi, c’est le cercle de parole où se réunissent les patients du docteur Droster. Outre Velma qui est harcelée par une robe de mariée toutes les nuits, on retrouve un gars qui se prend pour super Mario… Et une femme qui a déconnecté en se transformant en loutre, engloutissant des kilos de poisson cru.

coup de coeurC’est pour moi à la fois une belle découverte, qui c’est bien vite transformée au fil des pages en coup de coeur ! Outre le fait d’enfin entrevoir un lycée criant de vérité (je ne vais pas dire que je j’y étais… mais presque), les touches surréalistes et trash ajoutées par l’auteur m’ont beaucoup plu. C’est très rock en somme !

Merci Denoël, j’espère bientôt pouvoir lire d’autres roman de cet auteur ! J’en veux plus !

La Chica zombie de Laura Fernández
Éditions Denoël
Traduction : Isabelle Gugnon
2014 – 368 pages

« Le puits » d’Iván Repila

Le puitsGrâce au partenariat des éditions Denoël, j’ai pu sortir un peu la tête de mon marathon fantasy / SF de ces dernières semaines (fort sympathique au demeurant, mais il faut savoir varier les plaisir ;)). J’ai donc choisi un peu au hasard Le puits, premier roman d’un auteur espagnol, Iván Repila. Sur le papier, ce livre avait comme principal avantage d’être court, et ensuite de raconter une histoire de survie en huis clos, ce qui m’attire toujours.

Deux frères sont tombés dans un puits naturel profond, en pleine forêt. Le Grand est fort et est un adolescent, et le Petit est faible et est encore un enfant. Malgré tous leurs efforts pour essayer de sortir ou d’appeler les secours, ils doivent se rendre à l’évidence : ils sont bel et bien coincés au fond de ce trou, et vont devoir compter sur eux même pour survivre. Il y a pourtant bien le sac de provision de la mère des enfants qui est tombé dans le puits avec eux… mais le Grand interdit au Petit d’y toucher !
Ils vont donc devoir rester là et attendre, se nourrir de larves, boire l’eau des flaques ou mâcher des racines, braver les averses ou la canicule, faire fuir des loups… Et surtout ne pas tomber dans l’apathie ou la folie !
Comment vont-ils pouvoir survivre ? Pourquoi le Grand ne veut pas toucher aux provisions ? Quelqu’un viendra-t-il les aider ?

Je m’attendais avant d’ouvrir ce livre à une histoire en mode survivaliste, en huis clos, un peu comme dans le film Hole de 2001 ou bien le roman glauque Sukkwan Island de David Vann. En fait on est beaucoup plus dans une fable contemporaine à mon sens, bourrée de symboles et de métaphores… bref, dans du fantastique (le marathon continue !). Que ce soit l’image du puits- utérus, la mère destructrice et son sac à provisions, la forêt éloignée de tout, l’attaque par les loups, les fruits interdits, les relations entre ainés et cadets, l’impossibilité de dater ou situer l’histoire… On retrouve des motifs et des thèmes propres aux contes pour un récit à la limite du voyage initiatique.
Pourtant la manière dont l’auteur nous décrit la spirale de la folie qui étreint le Petit, ou les questions que se pose le Grand sont très réalistes. On plonge avec eux dans cette tension, qui tient plus de la rage que de la détresse !

Juste après ma lecture je ne savais pas trop quoi penser de ce roman. Mais finalement à y réfléchir depuis deux jours, je pense que je l’ai apprécié, même si j’ai été gênée par la confusion entre le délire due aux privations des enfants et la réalité… ce qui fait que la fin m’est apparue un peu trop sèche. Mais finalement, si on le considère comme une fable, ça passe… Avec ce parti pris, je ne cherche plus à savoir ce qui tient de la réalité ou de la fiction, et j’en apprécie que mieux ce texte !

Ce roman me permet aussi de cocher la case « bâtiment » du challenge Petit BAC 2014.

Merci encore aux éditions Denoël pour cette lecture !

Le puits d’Iván Repila
Éditions Denoël
Traduction : Margot Nguyen Béraud
2014 – 112 pages

Challenge petit bac 2014

« Les derniers jours du Paradis » de Robert Charles Wilson

Les dernies jours du paradisVoici un nouveau partenariat avec les éditions Denoël pour bien préparer la rentrée, avec un roman d’une des stars de la science-fiction de ses dernières années : Robert Charles Wilson !
J’ai déjà lu deux romans de cet auteur canadien d’origine californienne : Blind Lake et Les Chronolithes. Les derniers jours du Paradis est son dernier roman édité en France (à paraître le 4 septembre), mais paru en 2013 aux États-Unis.

En 2014, Cassie se prépare à fêter le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale. Grand moment, car depuis un siècle l’humanité connaît une paix sans faille. Pas une seule guerre, pas le moindre conflit… Et Cassie sait pourquoi, pour son plus grand malheur !
En tant que membre de la Correspondence Society, une société secrète, elle sait ce que peu de personnes peuvent imaginer : une entité extra-terrestre, l’Hypercolonie, telle un essaim d’insectes gigantesque enserre la planète Terre, dans la zone de l’atmosphère où passent les ondes radio. En manipulant les messages radios depuis 1914, ils ont pu orienter l’évolution de l’humanité au travers de ses communications. Résultat : plus de guerre… Un paradis artificiel mais efficace.
Mais à quel prix ? Afin de protéger son secret, l’Hypercolonie a envoyé il y a quelques années de cela des créatures humanoïdes tuer des membres de la Society, dont les parents de Cassie.
Et ce soir, l’un de ces monstres à forme humaine d’eux s’apprête à la retrouver… Cassie n’a qu’une solution, la fuite, avec son frère Thomas et d’autres membres de la Society.

Le sujet de cette SF avait l’air sympa, une uchronie où le XXeme siècle aurait connu la paix. Donc pas de fusées et de vols spatiaux, pas de bombes atomiques, pas de PC de bureau… Mais le traitement de cette histoire au final m’a assez déçu. J’avais bien aimé mes précédentes lectures de Wilson, mais là je n’ai pas retrouvé l’énergie et l’intérêt de ces deux autres romans cités en intro.

D’abord la présentation de cette société vivant dans la paix est trop anecdotique. Pas de détails sur l’histoire, la géographie, la politique, l’art, les technologies… L’auteur s’en sort en dépeignant des groupes de personnages baignés dans la paranoïa, qui n’utilisent pas du tout les moyens de communication contemporains (téléphone, TV…) afin de ne pas être repérés par les aliens. Par conséquent, je ne suis pas rentrée dans ce monde rêvé ou cauchemardé…
Ensuite les personnages… Entre ceux qui ne servent à rien comme le petit frère de Cassie, Thomas ; ceux qui sont caricaturaux comme le leader de la société secrète Beck qui cherche à monter une armée anti-alien ; la meilleure ennemie de Cassie, Beth qui est une vraie chienne ; son copain Leo le bad-boy qui va faire fondre notre héroïne après avoir joué la dégoutée… A aucun moment je me suis senti en empathie avec un personnage. Bref, peu crédibles je trouve. En je passe sur les amourettes perdues ou naissantes qui émaillent le récit, et m’ont lassé rapidement…
Les méchants, des extra-terrestres humanoïdes verts à l’intérieur, qui suinte la soupe d’herbe quand on les blessent passent finalement pas si mal si je compare au reste… Leur côté extra-terrestres « classique » à la mode de la série Les envahisseurs peut être vu comme une hommage je présume ! En revanche le concept de particules vertes parasitant la radiosphere terrestre ne m’a pas botté plus que ça, bien que la comparaison avec le monde des insectes sociaux et des parasites, qui m’évoquait les Borgs de Star Trek au début, avait tout pour plaire.
Pour ce qui est du fameux questionnement au cœur du roman, vaut-il mieux une paix factice qu’un monde de guerre bien humain… ? Et bien elle est assez vite éludée, même si elle peut peut-être nourrir un peu un lecteur en soif de réflexions sur le sens de notre vie sur Terre (libre arbitre, tout ça…).

Du coup une bonne idée un peu bâclée à mon avis, des personnages -gentils et méchants- peu crédibles, un manque de rythme (il commence à se passer des choses intéressantes 40 pages avant la fin). Moyen, quoi. Pas mauvais, mais je ne me suis pas éclatée.
Merci Denoël pour cette lecture tout de même. Je tiens à souligner que comme toujours, l’édition est très bien, une couverture qui attire l’œil, belles typos, belle qualité du livre… Le prochain roman sera bien meilleur je n’en doute pas 🙂

Ce livre me permet de remplir une nouvelle ligne dans le challenge ABC des Littératures de l’Imaginaire, pour la lettre W.

challenge de l'imaginaire ABC 2014

Les derniers jours du Paradis de Robert Charles Wilson
Éditions Denoël – Collection Lunes d’encre
Traduction : Gilles Goulet
2014 – 342 pages