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« Arslan » de M. J. Engh

ArslanLe hasard fait parfois bien les choses. Alors que je venais de finir Morwenna, où il est pas mal question d’ouvrage de SF « classiques », je me suis penchée immédiatement sur mon partenariat Denoël tout juste reçu, Arslan. Il se trouve que c’est un des livres abondamment cité par Morwenna dans le roman de Jo Walton ! Je vais tout de suite pouvoir découvrir cette dystopie qui a tant fait cogiter l’héroïne de ma précédente lecture.

Kraftsville, Illinois. Franklin L. Bond, proviseur du collège de la ville voit débarquer les troupes armées d’un dictateur Turkmène, Arslan. Ce jeune général vient prendre possession du secteur : il a conquis l’Amérique du Nord, l’a découpée en comtés autonomes occupées par ses forces, et compte faire de Kraftsville son quartier général. Les habitants de la paisible bourgade américaine vont alors connaître ce que vivent beaucoup de populations dans les zones de guerre : viols, occupation ennemie, couvre-feu, bordels institutionnalisés, justice expéditive, interdiction de la libre circulation… En mode un peu survivaliste au début, les habitants vont devoir se passer d’essence, d’électricité, de machines, de nourriture industrielle… et revenir à la culture de plantes qui demande peu d’entretien, et à la chasse. Jour après jour, l’ombre d’Arslan plane sur la ville, et sur le monde. Quel est son plan ? Asservir ou détruire l’humanité ?

Ce qui fait la force d’Arslan, c’est qu’il est terriblement actuel. Rien ne ferait penser qu’il a été écris il y a quarante ans… il aurait pu être édité hier ! La conquête du monde par la puissance du feu et des arrangements politiques, par un dictateur mue par une passion personnelle, n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons… Surtout quand on voit qu’Arslan vient du Moyen-Orient, et qu’il est soutenu par les Russes (communistes à l’époque) et la Chine… Comme un goût de déjà-vu.
Mais cela nous permet de nous questionner sur ce qui anime les hommes… et la guerre. Est-ce que son désir de destruction de l’humanité, pour soi-disant sauver la planète, est juste ? Pour ses fidèle oui, pour ses victimes certainement pas…
Le temps qui passe dans le roman, 16 années, montre aussi que l’homme est prêt à s’adapter à tout, même et surtout au pire.
La question est presque de se demander si on est dans de la science-fiction par moment. Outre la conquête des USA par un général venu de l’Est et la création d’un virus qui rend les femmes stériles, les situations  sont cruellement réelles. On a l’impression d’être dans de un vrai roman d’anticipation sociale par moment.

Le traitement avec deux points de vue permet de dresser un tableau assez véridique, quoique peu objectif, d’Arslan.
La vision de Franklin L. Bond, ancien proviseur, est aigre naturellement, mais assez raisonnée. Son écriture est claire et fluide, dynamique, axées sur l’action et le présent.
Le point de vue de Hunt, le garçon qu’Arslan viole devant Kraftsville et son armée le soir de sa conquête, et plus ambiguë. Pris en otage et violenté pendant des années par son persécuteur, il finit par l’aimer, et cela semble parfois réciproque. Son écriture ressemble à celle de Hesse dans Le loup des steppes (est-ce un compliment ?). Elle est poétique, contemplative, très axées sur le passé… J’ai eu plus de mal avec son style. Bref, un contraste pas désagréable.

Une belle découverte donc, que je vais conseiller à mes amis lecteurs fans du genre.
Merci Denoël pour ce partenariat !

Je vais au passage utiliser ce livre pour le challenge ABC des littératures de l’imaginaire, pour la lettre E.

Arslan de M. J. Engh
Traduit par Jacques Collin
Editions Denoël, collection Lunes d’encre  – 400 pages
Paru le 9 juin 2016

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« Les Mortes-Eaux » d’Andrew Michael Hurley

mortes-eauxAu hasard des lectures des partenariats, on découvre des petites perlesLes Mortes-Eaux, premier roman d’Andrew Michael Hurley publié en 2014, en fait partie. J’ai adoré l’ambiance sombre de la campagne anglaise qui hante ces pages, totalement intemporelle, où on se doute que tout peut arriver.

En 1973, une petite congrégation de Saint Jude’s à Londres part pour plusieurs jours en pèlerinage pascal. Direction une vieille maison en pleine campagne, sur les côtes anglaises du Lancashire, au Loney.
Ces quelques jours entre eux ont entre autre pour objectif de guérir par la prière Andrew, le fils des Smith handicapé mental et muet… Cette année, contrairement aux précédentes, ils espèrent bien y arriver en l’emmenant au « Lieu Saint ». Mais leur but est aussi de se recueillir autour de la mort du père Wilfried, décédé quelques mois plus tôt dans des conditions obscures. Lui qui les avaient accompagnés dans leurs foi pendant des dizaines d’années aurait certainement aimé les savoir encore ensemble, dans cette demeure fouettée par la pluie et le vent.
Mais cette fois-ci, c’est sans compter sur la présence envahissante des villageois… et de l’ambiance plus que lugubre qui hante les lieux.

Atmosphère gothique et pesante au rendez-vous dans ce roman qui flirte, mine de rien, avec le monde fantastique.
L’approche à la première personne -le roman étant rédigé par le frère d’Andrew- est très bien vue. Dès le début on sait que le dernier pèlerinage à confronté la congrégation à une situation étrange. J’ai imaginé lesquelles, sans trop me tromper… mais c’est tout de même avec délectation que j’ai découvert la vérité !
Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est que la religion catholique telle qu’elle y est pratiquée oscille entre Dieu et Diable… voir avec des rites païen et légendes locales… Une sorcière aurait vécue pas loin d’ici. Mais un Lieu Saint, où une eau miraculeuse jaillit, se trouve aussi dans les parages.
Cette tension permanente dans la croyance se retrouve dans les dogmes imposés par le père Wilfried, très friand de punition humaine et divine, et par la mère des enfants, Momon, dont la pratique du culte vire à la manie et à la superstition. Bien et Mal se croisent, jusqu’à ne faire plus qu’un.

coup de coeurUne super découverte qui mérite bien un coup de cœur ! Le livre va commencer dès aujourd’hui son petit tour de prêt auprès de mes proches 🙂
Merci Denoël pour ce partenariat !
Au passage, j’inscris ce roman dans le challenge ABC des littératures de l’imaginaire.

Les Mortes-Eaux d’Andrew Michael Hurley
Traduit par Santiago Artozqui
Editions Denoël, collection Gothic – 384 pages
Paru le 2 mai 2016

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« Vostok » de Laurent Kloetzer

VostokTrois ans après le très bon roman écris à quatre mains sous le nom L. L. Kloetzer, Anamnèse de Lady Star, voici Vostok, dont l’histoire se déroule dans le même univers. Monde dystopique, extra-terrestres, nouvelles technologies, et une Terre au bord du précipice… De bons ingrédients pour un roman de SF français !

Le chef d’un gang chilien, Juan, va pour se racheter face au chef du cartel local lui promettre l’accès au Vault, le réseau informatique des Andins,ceux qui contrôle le climat, l’économie, la société entière…et fait régner la terreur avec ses drones armés. Pour ce faire, il va embarquer sa jeune sœur Leo et une partie de son gang à Vostok, une base en Antartique abandonnée des russes voilà plus de 20 ans. Leur objectif : forer la glace sur plus de 2000 mètres pour atteindre un lac souterrain, où se trouverait la clé du Vault. Arriveront-ils à leur fin, dans un univers stérile et glacé ? Leo qui a été embarquée dans cette histoire de force pourra-t-elle supporter la vie à Vostok ? Comment le ghost de Leo, un extra-terrestre éthéré va vivre cette aventure ?

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui m’a semblé un peu plus accessible que son prédécesseur. On suit principalement Leo dans cette histoire, une jeune femme de 16 ans à peine, plongée dans l’enfer des guerre de cartels puis dans un huis clos plein de tension en Antartique. Le contraste entre les deux univers est évident, mais la souffrance et la rage de vivre est la même dans ces deux endroits ! Heureusement, elle a pour elle d’être très intelligente, et d’avoir à ses côté son ghost Araucan. Ce garçon apparaît et disparaît sans raison, a besoin de se nourrir de choses et de situations nouvelles, et ne peux pas contre-dire les humains auprès de qui il vit, jusqu’à en souffrir.

Le côté science-fiction est bien amené, et nous fait dire que le monde présenté ici n’est pas si différent du notre. Les moyens de communication sont plus évolués, le contrôle du climat existe vraiment, les drones font partie intégrante du paysage militaire… Le monde de demain en somme… Mais un monde proche de l’apocalypse : cyclones, pluies torrentielles, clivages sociaux, guerre informatique …

Une très bonne lecture, que j’ai dégusté à mon rythme, tout comme le premier tome. C’est un livre qui demande un peu de temps pour se plonger dedans, mais qui est fin et passionnant. Je le conseille, même si vous n’avez pas lu Anamnèse de Lady Star.

Merci aux éditions Denoël pour ce partenariat, qui me permet d’avance en plus dans mon challenge ABC des littératures de l’imaginaire.

Vostok de Laurent Kloetzer
Éditions Denoël, collection Lunes d’encre – 432 pages
Paru le 17 mars 2016

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« Nom d’un chien » d’André Alexis

Nom d'un chien

En voilà encore une belle découverte grâce au partenariat Denoël du mois dernier ! La quatrième de couverture avait tout pour me plaire : des dieux grecs et des chiens qui parlent, comme dans Demain, les chiens de Clifford Simak. Mais point de mondes utopiques ici, mais plutôt un conte philosophique bien ficelé.

À Toronto, Hermès et Apollon se saoulent et se disputent … Est-ce que les humains sont pires ou meilleures quelles autres êtres vivants ? Est-ce qu’un animal doté de l’intelligence humaine serait encore plus malheureux que lui ? Voilà un bon objet de pari pour les deux dieux : ils dotent quinze chiens d’intelligence, et si un seul meure heureux Apollon perdra…
On va donc suivre quinze chiens, d’abord enfermés dans une clinique vétérinaire, et voir ce qu’ils vont faire de cette intelligence. S’échapper et s’entre-aider, inventer un langage et communiquer, accepter ce changement ou le nier… Ce qui est certain, c’est que cet éveil n’est pas pour tous une réelle source de bonheur ! Mais un seul d’entre eux rendra-y-il son dernier souffle heureux ?

J’ai pris un réel plaisir à suivre les péripéties de ces personnages atypiques. La vision du monde au travers les yeux de chiens, leurs relations dans la meute, et aussi la manière dont ils interprètent les réactions et les jeux de domination humains sont vraiment enrichissantes… Les propriétaires de canidés feraient mieux d’en prendre de la graine 😉
Sur les quinze chiens, il y a forcément des héros auxquels on s’attache, ou sur qui le focus est fait, comme Majnoun le caniche qui va apprendre la langue des hommes, ou Prince le poète de la « langue de la meute ».  Il est d’ailleurs intéressant de lire les dernières pages du livre pour apprendre comment les poèmes canins de cet ouvrage sont créés, sur la base de l’Oulipo.
Jusqu’au bout j’ai espérés quel un d’eux trouve le bonheur… Pas évident pour des êtres tellement à part, voyant leur culture se réduire au rythme des décès dans la meute.

Il est aussi amusant de voir comment les dieux de tout l’Olympe vont prendre part de près ou de loin à l’histoire de ces chiens, comme dans les grands classiques de la littérature, rendant encore plus poignant cette tragédie où se mêlent toutes les passions : joie, haine, peur,…

Une belle découverte, que je vais rapidement faire tourner autour de moi 🙂

Au passage, ce titre va me permettre de remplir la lettre A du challenge ABC des littératures de l’imaginaire.

Nom d’un chien d’André Alexis
Traduit par Santiago Artozqui
Editions Denoël – 256 pages
Paru le 18 février 2016

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« Méthode 15-33 » de Shannon Kirk

Méthode 15-33Rarement avant de lire un roman je n’avais eu une mise en bouche pareille ! Durant trois semaines, j’ai reçu dans ma boite au lettres des courriers étranges, provenant du FBI ou signés par une jeune fille captive… Une lecture plus attentionnée m’a mise sur la piste des Éditions Denoël, et de la parution à venir d’un thriller américain, Method 15-33. Ça c’est du teaser ! Je n’en pouvais plus d’attendre, et la semaine dernière j’ai enfin reçu le dernier courrier… ainsi que le roman tant attendu ! Je me suis jetée dessus. L’attente valait le coup, ce livre est un vrai page-turner !

Une jeune fille de 16 ans enceinte est kidnappée et se retrouve séquestrée. Ses ravisseurs veulent lui voler son bébé à naître pour le vendre. Loin d’être terrifiée, Lisa met au point un plan d’évasion. Elle a du temps et des nerfs d’acier… Plus quelques items glanés au cours de sa détention. Et elle compte bien mettre son plan à exécution pour se sauver elle et son bébé, mais aussi se venger !

Un fille sans empathie, voire sociopathe, doublée d’une génie des sciences, qui décide non seulement de prendre sa libération en main mais en plus de se venger, voilà un personnage qui me plait ! On se demande comment Lisa va se sauver avec le peu d’objets qu’elle récupère… Surtout lorsque, cerise sur la gâteau de la communication de Denoël, j’ai reçu le jour où j’ai commencé ma lecture une trousse remplies des items qui vont servir à Lisa : des punaises, de la laine, un taille crayon… Difficile de deviner comment elle les utilisera !

Cette petite catharsis est agréable il faut bien l’avouer. On regrette presque qu’elle n’aille pas encore plus loin ! En tout cas on est vite pris dans le récit, qui alterne les points de vue de Lisa et de Roger Liu, un agent du FBI qui enquête sur la disparition de filles enceintes. Son coéquipier Lola m’a assez plue : elle mange comme cinq, est assez « nature » et est douée d’un flair -au sens littéral- exceptionnel. Apres ça reste un thriller assez simple dans la psychologie des personnages et dans la structure du récit, mais il est tout de même efficace.

Bref, un récit dynamique, une histoire pas désagréable, des personnages intéressants, et surtout l’attente de savoir ce qui se passe dans les dernières pages ! Une réussite dans le genre, que je ne serais pas étonnée de voir sortir en film dans pas longtemps.

Méthode 15-33 de Shannon Kirk
Traduit par Laurent Barucq
Éditions Denoël Sueurs Froides – 304
A paraître le 11 février 2016

« Mon chat Yugoslavia » de Pajtim Statovci

Mon chat YugoslaviaPour commencer la nouvelle année 2016 et ses nouveaux partenariats Denoël, j’ai joué la carte de la découverte avec un roman finnois d’un jeune écrivain de 24 ans, Pajtim Statovci… Je ne m’attendais pas à grand chose… peut être à un roman comme Les tribulations d’un lapin en Laponie, qui traite finalement du même thème, celui de l’immigration en Finlande. Mais il faut avouer que la comparaison s’arrête là ! Si le récit est décalé, ça n’est pas au service de l’humour et de la légèreté, mais plutôt de la folie.

Bekim est un jeune étudiant en philosophie en Finlande. Entre deux rencontres sur des sites gays, il fait la connaissance d’un « chat » dans un bar homo qui va bientôt partager sa vie et celle de son boa. En parallèle nous suivons le journal des années de mariage d’Emine, une kosovare qui épouse dans les années 80 un homme qu’elle connaît à peine, et qui s’avère être égoïste et violent. Lorsque ces histoires s’entremêlent, nous découvrons qun ces deux trajectoires sont celle de la mère et du fils, victimes à leur façon de leur déracinement de leurs terres en guerre, la Yougoslavie.

Si le récit d’Emine est assez classique, quoique poignant par son impression de réalité, celui de Bekim flirte avec le surréalisme et la folie. Il est question de chats qui prennent les traits et comportements d’humains, l’omniprésence des serpents, de névroses autour des arts ménagers, l’image d’un père absent… De qui tient-il le plus ? De sa mère pressurisée par un mari seigneur en sa demeure, où justement de ce dernier qui ne sait se faire respecter que sous un joug de peur et de violence ? Il y a de quoi décrypter, mais j´ai abandonné l’analyse des métaphores au court de ma lecture, pour me laisser porter par cette histoire qui m’a finalement bien plue.

Les réflexions autour de l’immigration de première et de seconde génération, et de leurs intégrations dans la société « occidentale » sont intéressantes. On prend le temps de réfléchir sur les mécanismes qui pousse une famille à quitter son pays en temps de guerre, de l’intérêt et de la haine pour une autre culture, du rejet ou de l’acceptation des cou types de l’autre… Pas évident comme plongée dans la réalité sociale, aujourd’hui que l’histoire semble se répéter.

J’ai apprécié ce livre, qui est à la fois facile à lire et pas si simple à saisir, par ses contrastées constants. Une belle découverte, loin de mes goûts habituels !

Mon chat Yugoslavia de Pajtim Statovci
Traduit du finnois par Claire Saint-Germain
Éditions Denoël & d’ailleurs – 336 pages
Paru le 25 janvier 2016

 

 

« Gorilla Man » de Robert Graysmith

Gorilla manVoilà un petit moment que je n’ai pas publié de post, vacances obligent ! Avant de partir j’ai reçu pour le partenariat Denoël Gorilla Man, de Robert Graysmith… Celui là même qui a écrit Zodiac. Comme j’aime bien les histoires de serial-killer, je ne me suis pas posée de questions en choisissant ce livre, qUi m’a donc accompagné en vacances au Japon !

Dans les années 20 et 30, un homme à l’allure de gorille, sème la mort à San Francisco. Ses bras longs, ses mains immenses, son dos voûté, et son rire nerveux inoubliable vont hanter la cité californienne, puis le reste des Etats-Unis. Malgrè les meilleurs policiers et technologies pour le traquer, il va rester de longues années en liberté pour commettre ses crimes. Les choses deviennent plus difficile quand on s’aperçoit que le Gorille a fait des petits : plusieurs hommes correspondants à la description physique du Gorille surgissent et laissent derrière eux des victimes, toutes tuées de manière effroyable. Dans une ville rongée par la corruption de la Police, les forces de l’ordre arriveront-elles à résoudre l’énigme de l’identité du Gorille ?

Pas de doute, on est bien dans une enquête ultra documentée, comme Zodiac (que je n’ai pas lu). Histoire de me remette l’histoire en tête, je l’ai regardé dans l’avion à mon retour de vacances : malgré un fond passionnant, je lui trouve les mêmes défauts que Gorilla Man et j’ai un peu mieux compris ce qui me gênais dans ce livre.

Le problème majeur est que même s’il est en parti construit et traité comme tel,  cet ouvrage n’est définitivement pas un roman. Par exemple les personnages sont un peu travaillés pour nous les rendre sympathiques, comme l’enquêteur principal Dullea, mais ils ne sont pas spécialement des protagonistes centraux. Ils vont en viennent. Par moment on commence à accrocher sur l’histoire et les traits d’un tueur… mais c’est fugace, car ils défilent à une vitesse écoeurante. Bref, dans le récit on tarde à avoir l’apogée, le climax. On croit que ça arrive… mais non. Et puis sans vouloir trop en dévoiler, j’ai aussi été assez déçue de la fin, qui tombe un peu comme ça.

L’auteur est exigeant avec ses lecteurs, il faut rester concentrer sur les dates, les recoupements… Pas évident quand on a pas des heures devant nous pour lire d’une traite. Il nous brosse un tableau du San Franciscso des années 20 avec les meurtres qui ont fait les gros titres de l’époque, les systèmes de corruption mis en place dans la police, le plan du quartier du port quand la ville n’était pas reliée au continent… C’est bien pour se mettre dans le bain, mais très long, surtout au début de la lecture du livre. Ca m’a donné comme un effet de trame décousue.  J’ai donc eu beaucoup de mal à avancer, et il m’a fallut la perspectives de dizaines d’heures de voyage pour enfin terminer ce livre.

Bref, je suis pas hyper emballée même si je reconnais à l’ouvrages des qualités d’écriture, de documentation, d’enquête… Mais je pense que ce genre n’est pas fait pour moi ! Merci tout de même à Denoël pour le partenariat !

Gorilla Man de Robert Graysmith
Traduit par Emmanuel Scavée
Collection True Crime – 464 pages
Paru le 15 octobre 2015

« Une autre idée du silence » de Robyn Cadwallader

Une autre idée du silenceC’est la rentrée des partenariats littéraires ! Pour commencer cette nouvelle saison avec Denoël, j’ai choisi Une autre idée du silence, un roman australien de Robyn Cadwallader paru cette année. Cette fiction historique nous plonge dans le quotidien d’une recluse anglaise au 13ème siècle, une période et thématique qui me sont complètement étrangères.

A 17 ans Sarah fait le choix de se donner entièrement à Dieu, non pas en entrant dans un couvent, mais en  devenant une recluse. Dorénavant, elle ne fait plus parti du monde des vivants : elle vivra jusqu’à la fin de ses jours dans une petite pièce attenantes à une église, scellée comme un tombeau. Ici elle pourra se consacrer à la prière et oublier son corps de femme, objet de péchés. Pour lui permettre de vivre son ermitage, elle a deux servantes, Louise et Anna… Et un confesseur, le seul homme à avoir le droit de lui parler. Nous allons découvrir avec Sarah les raisons qui l’ont poussé à vivre isolée du monde… Sa foi, et sa volonté à fuir un monde où les femmes ne semblent être nées que pour souffrir.

S’il est question de religion dans ce roman, il est aussi et surtout question de la place de la femme dans la société médiévale anglaise en 1255. Elles sont encore considérées comme de créatures faibles, porteuses du péché, tentatrices et lascives. Bref, elles ne sont bonnes qu’à porter des enfants, obéir aux hommes et travailler. En se retirant du mondé Sarah espère échapper à ce destin, que sa sœur morte en couche a connu. Mais en écoutant les prières des villageoises et en conseillant ces femmes, elle va comprendre que les choses ne sont pas si simples pour elles… Comment leur apporter de l’aide alors qu’elle est enfermée dans une cellule et n’a rien connu de la vie ?

Les personnages qui gravitent autour d’elle sont assez secondaires, bien qu’ils rythment sa vie. Logique, puisqu’elle ne peut pas les voir. Le seul sur lequel un focus est vraiment fait est Ranaulf, son nouveau confesseur, qui est aussi moine copiste. Son regard critique et mysogine en fait un parfait représentant de l’église de son époque…
Le méchant de l’histoire, Sire Thomas, est le protecteur de Sarah, c’est à dire le seigneur qui accepte de l’entretenir sur ses terres. On regretterai presque qu’il ne soit pas plus extrême et caricatural pour donner un peu de piquant !

Une lecture pas désagréable, même si elle manque un peu de rebondissements, à se vouloir trop réaliste. Nous ne somme pas dans un récit d’aventure historique comme dans Les piliers de la terre, mais dans quelque chose de plus contemplatif. Une parenthèse culturelle au milieu de mes lectures habituelles, qui a eu l’avantage de me faire me pencher sur l’architecture médiévale (mais qu’est-ce qu’un hagioscope ?) et sur les rites autour de la réclusion religieuse.

Une autre idée du silence de Robyn Cadwallader
Editions Denoël & d’ailleurs
Traduction : Perrine Chambon et Arnaud Baignot
2015 – 398 pages

Au passage, ce livre va me permettre  de valider l’entrée musique pour le challenge Petit BAC 2015.

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« Dans les eaux du lac interdit » d’Hamid Ismaïlov

Dans les eaux du lac interditAvec ce court roman, je suis partie bien loin de mes habitudes de lecture, grâce au partenariat Denoël de l’été ! Entre conte et histoire contemporaine, nous voyageons aujourd’hui dans les steppes du Kazakhstan, avec ce roman écrit en 2011 par l’ouzbek Hamid Ismaïlov.

Alors qu’il voyage en train depuis des jours au milieu des plaines du Kazakhstan, le narrateur de cette histoire rencontre dans son wagon un jeune musicien de génie. Alors qu’il ne semble avoir que douze ans, il joue des airs classiques au violon qui ravissent tous les voyageurs. Mais ce garçon n’est plus un enfant, même s’il semble encore l’être… Il a vingt-sept ans et s’appelle Yerzhan, et va raconter au narrateur son histoire : sa naissance accidentelle, son enfance dans un relais de chemin de fer où ne vive que trois familles, son amour pour sa voisine Aisulu… et son don pour la musique ! Tout cela semblerait paradisiaque si ces steppes du sud de l’URSS n’étaient pas secouées par des essais de bombes atomiques, dans le but de surpasser en puissance les Etats-Unis !

Voici donc une lecture rapide, onirique sans être trop surréaliste… Et même parfois amusante quand on imagine l’envie de vaincre les USA que pouvaient avoir les soviétiques de toutes les provinces d’URSS. Mais à quel prix ? La steppe desséchée où règne un silence de mort après chaque essai de bombe, les villes pulvérisées, les lac rendus stériles, les zones interdites… et des familles entière décimées par des cancers et autres maladies. Ici si rien n’est explicitement décrit, on sent l’odeur de la mort et de la maladie, que nient ou ne ne voient pas objectivement les protagonistes de cette histoire… ce qui donne une petite impression de malaise. Et les bombes ne sont finalement qu’un secret entre tant d’autres, comme notre jeune héros le découvrira. Une famille où tous vivent les uns à côté des autres à forcément des zones d’ombre…

Ces petits désagréments sont cachés par la bonne humeur des enfants Yerzhan et Aisulu, leurs jeux, leurs trajet jusqu’à l’école avec leur mule… Ce portrait d’une famille à cheval entre tradition et modernité est assez intéressante, même si on reste sur des impressions, comme des touches de couleurs brossées ça et là.

Un court roman interessant, mais qui ne m’a pas plus emballé que ça. Trop court peut être ? Où alors je n’ai pas été séduite  par la poésie des plaines kazakhes ?

En tous cas, ce roman va me permettre d’avancer un peu dans le challenge Petit BAC pour la ligne lieu !

Dans les eaux du lac interdit d’Hamid Ismaïlov
Éditions Denoël
Traduction : Heloïse Esquié
2015 – 126 pages

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« Le fossoyeur » d’Adam Sternbergh

Le fossoyeurPour continuer à profiter du printemps sur une touche fraîche et ensanglantée, je me suis laissée tenter ce mois de mai par Le fossoyeur, proposé dans le cadre du partenariat Denoël. Ce roman est en fait le premier volume d’une saga débutée en 2014 aux États-Unis, qui se trouve aussi être le premier roman de son auteur Adam Sternbergh.
Si vous aimez les ambiance post-apocalyptiques urbaines matinée de violence à la « Bourbon Kid », dans la veine des roman d’anticipation, ce livre est peut être fait pour vous… Mais pour moi ?

Dans un futur pas si lointain, New-York est à peine le reflet de sa grandeur passée. Suite à une vague d’attentats et d’attaques chimiques par des groupes extrémistes, la plupart des habitants ont fuit la ville. Ne reste que quelques paumés, des bourgeois enfermé dans leurs appartements grand luxe et des citoyens encore attachés à de leur ville. Spademan n’est rien de tout cela. Contre rémunération il peut tuer qui vous voulez sur simple coup de fil. Sauf les enfants ! Il n’est pas un psychopathe quand même…
Quand un riche prêcheurs du sud des États-Unis lui demande de retrouver sa fille fugueuse et de l’assassiner, il accepte la mission. Mais la fuyarde Perséphone n’est pas si facile à coincer. Et une fois retrouvée une surprise va retenir la lame de Spademan… Mais s’il décide de la laisser en vie, il devient de fait son protecteur, contre son père et toute son armée !

Si je n’ai rien contre les ambiance de ville détruite et de population en errance, j’ai eu du mal tout de même à apprécier la première partie de ce roman… Un style très laconique, écrit à la premières personne, où Spademan le tueur à gage est le narrateur. Il y avait trop de similitudes avec Le livre sans nom et ses suites, sans son second degré et son côté fantastique qui me plait tant !
Ici le côté un peu fantasy est donné par le nouveau réseau de connexion dans un monde virtuel, un peu comme dans Les Extrêmes de Christopher Priest (ou le film Existenz). Allongé dans un lit, l’utilisateur est relié au réseau, où il peut virtuellement vivre les expériences de son choix pour la durée qu’il souhaite. D’abord un loisir, cette activité est devenue pour les plus riches un mode de vie, permettant d’échapper à la ville déliquescente. L’idée est bonne, quoique peut être pas assez exploitée.

Le problème dans ce récit c’est qu’on voit arriver les choses : on se doute bien pendant toute la période où l’assassin traque sa victime qu’il ne l’a tuera pas. On sait que quelque chose va arrêter le geste de Spademan, et que Perséphone va vivre. Et là, j’ai croisé les doigts pour que l’auteur nous fasse pas le coup du tueur amoureux de sa cible. Mais non, ouf !

Sur la seconde partie j’ai un peu mieux accroché. Peut être grâces aux personnages de Spademan qu’on apprend à mieux connaître, ou celui de son ami Mark. Et surtout parce qu’on se centre moins Perséphone qui est un personnage que je n’arrive pas à apprécier.

Bref, je suis pas franchement convaincue… Par moment je me disait « chouette il se passe des choses », à d’autre je trouvais ça plat… Bof bof.

Merci tout de même Denoël pour cette occasion de lire ce roman 🙂

Le fossoyeur d’Adam Sternbergh
Éditions Denoël – Collection Lunes d’encre
Traduction : Florence Dolisi
2015 – 272 pages