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« Quatre chemins de pardon » d’Ursula K. Le Guin

Quatre chemins de pardonL’an dernier j’avais découvert Ursula K. Le Guin avec un roman de SF en anglais, The left hand of darkness. Son propos sur la différentiation des sexes et la monstruosité m’avait assez intéressé… même si je n’avais pas pu apprécier la plume l’auteure à sa juste valeur, maîtrisant personnellement peu l’anglais.
Quatre chemins de pardon, paru en 1995, semblait être un must-read de l’auteure, ayant gagné le Prix Locus du meilleur recueil de nouvelles… Je ne me suis donc pas trop posée de questions sur la lecture qui me permettrait de continuer ma découverte du cycle de l’Ekumen !

La planète de Yeowe vient juste de se libérer ! Composé d’esclaves originaires de la planète de Werel, le peuple asservi de Yeowe a fait la guerre aux propriétaires, connu la famine, la maladie, les tensions politiques… Pour aujourd’hui être menée par des hommes libre !
Mais c’est bien là qu’est le problème : des siècles de systèmes tribaux dirigés par des hommes ont généré une discrimination au sein même du peuple libre de Yeowe : les femmes ne sont encore que des objets, des esclaves d’anciens esclaves.
Au travers quatre récits, nous allons apprendre comment la guerre de Yeowe a changé la vision de l’esclavagisme sur la planète-mère Werel, comment l’histoire et le savoir pourront changer le statut des femmes, et surtout comment l’amour et le respect seront la clé d’une société nouvelle !

J’ai adoré cette lecture qui présente de quelles manières une société peut devenir inégalitaire par les jeux de pouvoir, l’ignorance, les coutumes obsolètes… et comment cela peut être contré, tout en sachant que c’est un combat jamais gagné d’avance. Un vrai reflet de notre société !
Loin des propagandes féministes, on prend ici une belle leçon de combat non-violent, axé sur le besoin d’apprentissage des enfants pour les rendre plus ouverts que leurs parents, sur le pardon aux ennemis d’autrefois pour avancer… Placé sous le signe de l’histoire, des mots écrits ou récités, on se rend compte que l’étude du passé est ce qui formera l’avenir de Yeowe. En cela, ce roman m’a rappelé le cycle de Fondation d’Assimov, ou les Chroniques du Pays des Mères d’Elisabeth Vonarburg.
Ursula K. Le Guin a créé une société cohérente, où chaque région d’une même planète peut avoir ses spécificités culturelles… Chaque histoire est locale ! Ainsi on comprend facilement comment et pourquoi des populations ont choisie telle ou telle voie, sans jugement. Par exemple, au début de la colonisation de Yeowe, les seuls esclaves ont été pendant des siècle des mâles, qui ont monté des sociétés tribales pour s’organiser dans les plantations. Lorsque les femmes esclaves ont finie par arriver pour la reproduction, elles ont été reléguée au plus bas rang possible, esclaves d’esclaves. Ecoeurant, mais logique…
Côté ambiance, on pense forcément à la Louisiane du 19ème siècle : quelques maîtres, cinq fois plus d’esclaves, des femmes sans droits… Sauf qu’ici la classe dominante est noire-bleue, et les esclaves blancs ou métissés.

Ce qui est très intéressant, c’est que les personnages principaux des quatre nouvelles ont un vécu différent : l’un est un soldat werelien, un autre ambassadeur Ekumen, l’autre une ancienne esclave en quête de spiritualité, l’autre un ancien chef tribal chassé de la vie politique de Yeowe,… Mais les destins de ces personnages vont s’entrent-croiser sur les terres de Werel et Yeowe !

coup de coeurUn coup de coeur de plus.. Cette fin d’année en est remplie ! Fans de SF ou non, je pense que vous apprécieraient ces fables sur la tolérance et la liberté.

Au passage, mon avant dernière lecture pour le challenge ABC des littératures de l’Imaginaire. J’en vois presque le bout à une semaine de la deadline !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

« Une porte sur l’été » de Robert Heinlein

Une porte sur l'étéQue c’est bon de lire un roman de science-fiction classique, mais de grande qualité ! En plus je ne m’étais jamais attardée sur l’écrivain Robert Heinlein, à part pour lire le assez moyen Marionnettes Humaines. Mais comme je l’avais dis à l’époque, je savais qu’il fallait que je m’attarde un peu plus sur Heinlein… et bien je n’ai pas été déçue ! Un vrai coup de coeur que ce roman de 1956 !

Daniel Davis vit en 1970 et est un inventeur de génie… Il vient juste de créer le robot de maison, un vrai aide-ménagère et garde d’enfant. Ingénieur et complétement geek, il a pour l’aider à tenir son entreprise son ami commercial Miles et son assistante et petite amie Belle. Les affaires sont florissantes… sauf qu’un beau jour Miles et Belle l’escroquent et lui prennent tout ce qu’il a… à l’exception de son chat Pete.
Que faire pour surmonter cette trahison ? Daniel choisi la fuite : il envoient ses dernières actions de sa boite à la belle-fille de Miles, Ricky et décide de se lancer dans un voyage en 2001, en s’endormant d’un long sommeil cryogénique pendant 30 ans ! Est-ce que le futur lui réserve de meilleurs moments ? Pourra-t-il réparer ses erreurs du passé ? Et pourra-t-il se venger de Belle et Miles dans les années 2000 ?

Voici donc un roman de SF très riche, qui traite de concepts classiques mais efficaces : la cryogénie, les voyages dans le temps, la robotique… De quoi nous poser des foules de questions autour des paradoxes temporels entre autres !
Ce que j’ai aimé, c’est aussi la manière dont Heinlein a imaginé les années 2000. Pas de voitures volantes, mais plus de rhumes (là il c’est un peu planté, snif…), des chéquiers qui permettent de retirer de l’argent dans toutes les banques (il a inventé la carte de retrait et le guichet !), les robots qui font le ménages, dont un aspirateur autonome et intelligent (on y est presque !)… et surtout une urbanisation galopante et une explosion démographique, qui oblige à se nourrir de viande artificielle. Et oui, la vrai viande est tellement chère que les scandales alimentaires autour d’elles sont alors légion (toute ressemblance avec notre quotidien est vraiment fortuit :))  !

Le personnage principal et narrateur, Daniel, m’a beaucoup plu. On le rencontre au début du roman déprimé et alcoolisé 24/24h avec son chat, et on le retrouve combatif, résolument tourné vers l’avenir au fur et à mesure des chapitres… oubliant jusqu’à se venger !
Son chat Pete, diminutif de Petronius le Sage, est génial ! Il boit du ginger ale et a un vrai caractère de chat : indépendant, boudeur, bagarreur… mais tellement attachant ! On sent que Heinlein ne devait pas être indifférent au charme des félins, ce qui me le rend résolument sympathique 😉
C’est d’ailleurs le comportement de Pete qui donne son nom au roman : en hiver il gratte à toutes les portes de la maison pour demander à sortir… mais refuse d’aller dehors tant qu’une porte ne s’ouvre pas sur autre chose que de la neige… Bref, Pete cherche une porte qui donnerait sur l’été. Un peu comme son maître, qui en voyageant dans le temps recherche un monde meilleur pour lui et ceux qu’il aime : Pete et Ricky.

coup de coeurUn coup de coeur que ce roman, qui peut paraître classique et vu et revu en terme de concepts de base… mais j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Daniel et de son chat. Il va falloir que remette ça avec cet auteur l’an prochain en tous cas !
Une bonne lecture pour le challenge ABC des Littératures de l’Imaginaire !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

 

 

« Rendez-Vous avec Rama » d’Arthur C. Clarke

Rendez-vous avec RamaPour le challenge ABC des littératures de l’imaginaire, le choix était vite fait pour la lettre C !
Bien que j’ai déjà lu quelques romans de cet auteur classique de la SF, je connais assez mal Arthur C. Clarke. Rendez-vous avec Rama, écrit en 1973, est considéré comme un de ses chefs d’oeuvres et c’est donc imposé de lui même.

En 2130 les êtres humains ne vivent plus uniquement sur la Terre, mais ont colonisé la plupart des planètes et satellites de notre système solaire. C’est avec surprise qu’ils voient arriver des confins de la galaxie un astéroïde, nommé par les scientifiques Rama. Celui-ci s’avère être un cylindre métallique de 50km de long ! Un vaisseau extra-terrestre ?
Pour en avoir le cœur net, la « Commission des Planètes Unies » envoi un vaisseau, l’Endeavour, opérer un « rendez-vous » avec Rama… c’est à dire s’accrocher au cylindre et tenter de pénétrer dans celui-ci.
Le commandant du vaisseau, Norton, et son équipage vont vite se transformer en explorateurs : si le vaisseau cylindrique semble dépourvu de toute forme de vie, le monde à l’intérieur de Rama est plein de surprises pour les chercheurs. Une atmosphère, une apesanteur, une mer, des soleils, des semblants de ville… Mais le temps presse pour visiter Rama, car il se dirige doucement mais sûrement droit vers le Soleil…

L’intérêt du roman ne réside pas vraiment dans ses personnages, mais dans l’univers que Clarke nous dépeint au travers de Rama : un monde à l’inverse de notre conception d’une planète. Par exemple, le sol de Rama est disposé tout autour de l’intérieur d’un cylindre… Donc quand on lève les yeux vers le ciel, on voit le sol en face. Tout est fait par trois… ce qui diffère avec le symétrisme terrien, et qui laisse songeur sur la forme des créateurs de ce vaisseau. Ce roman fourmille de détail sur tout les aspect de Rama, qui sont parfois expliqué, et d’autre fois non… et laisse une belle part à notre imaginaire.

J’ai trouvé cette lecture très agréable et surtout accessible pour le la SF spatiale. On est finalement plus devant un roman d’aventure et d’exploration, où Rama se dévoile tout doucement… Et nous laisse avec plus de questions que de réponses ! D’où les 4 séquelles parues par la suite : Rama II, Les jardins de Rama et Rama révélé. Voilà quelques lectures pour les prochaines années 😉

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« Solaris » de Stanislas Lem

SolarisSi un bon livre de science-fiction doit avoir une qualité selon moi, c’est celle de me faire réfléchir à la condition humaine… Et s’il doit avoir encore une autre qualité, ça serait celle de me projeter dans un univers cohérent. Le très classique Solaris de l’auteur polonais Stanislas Lem écrit en 1961 a ces deux qualités, et après une piètre lecture, ça fait bien plaisir de ravoir confiance dans la SF !

Kris Kelvin, psychologue, décolle de la Terre pour rejoindre la base de Solaris, une planète très éloigné du système solaire.
Cette planète un peu étrange à plusieurs particularités. La première, c’est qu’elle gravite autour de deux soleils, un rouge et un bleu. Ensuite, la planète est recouverte entièrement d’un océan qui après des décennies d’études, s’avère être « vivant ». Non pas qu’il contient la vie : cette masse gigantesque serait le seul et unique habitant vivant de cet astre. Le seul objectif des chercheurs alors, c’est de communiquer avec lui, pour confirmer l’hypothèse qu’il est bien un être vivant et intelligent.
Plusieurs générations de chercheurs se sont essoufflés à tenter de communiquer avec cette pseudo-créature… mais elle reste muette. Les seuls preuve de son « intelligence », sa capacité à créer des formes d’écume, souvent colossales, qui prennent l’apparence de structure abstraites rappelant des cathédrales… ou alors imitant grossièrement des objets proposés par les chercheurs solaristes. Forcement, le peu d’enclin qu’a la forme extra-terrestre à communiquer a fini par lasser les humains, et peu de scientifique maintenant s’intéressent aux recherches sur l’océan de Solaris.
En atterrissant à la station de Solaris, Kelvin voit immédiatement que quelque chose ne va pas : aucun des trois chercheurs n’est là pour l’accueillir. Rapidement, il rencontre Snaut, un collègue désespéré…  Qui lui apprendra que le physicien Sartorius refuse de sortir de son labo, et que son ancien professeur Gibarian c’est suicidé quelques jours auparavant !
Mais pourquoi un tel climat de désespoir s’est installé sur cette base spatiale ? Pourquoi Gibarian c’est donné la mort ? Et surtout, les choses qu’il « voit » et qui ne devraient pas être sont elles des hallucinations dues aux gaz de la planète, les prémices de sa folie… ou existent-elles réellement ? Est-ce bien Harey, sa femme suicidée il y a dix ans que Kelvin peut voir et toucher, là ?

Classique oblige, je m’attendais à quelque chose de fouillé… et je n’ai pas été déçue !
On est vraiment dans un roman d’ambiance, un huis clos étouffant où on comprend facilement pourquoi certains protagonistes ont préféré sombrer dans la folie ou le suicide… Ici l’enfer n’est pas les autres, mais bien soi-même !
Ce que j’apprécie, c’est que l’auteur détaille parfaitement Solaris et l’histoire des recherches, théories, hypothèses… autour de cette planète et de son océan vivant. Il amène ça au fur et à mesure, l’air de rien, ce qui fait que c’est très digeste, et surtout passionnant ! On se questionne alors, comme Kelvin : est-ce que l’océan est vraiment vivant ? Est-il plus intelligent que nous ? Sait-il que l’homme est là ? Et surtout comment attirer son attention pour qu’il accepte de « parler », de réaliser ce premier contact avec l’humanité, friande de pouvoir communiquer avec le seul extra-terrestre jamais découvert… et pourquoi pas d’y découvrir un frère, un maître… ?!
Au fur et à mesure, on se rend compte que l’homme se trompe peut-être dans ses interprétations, et qu’il recherche son propre reflet dans l’océan… Et dans cette volonté de contact à tous prix, l’homme ne chercherait-il pas non pas une réponse scientifique, mais une expérience mystique : se créer un nouveau dieu, aussi muet que ses prédécesseurs ?

Pour les fans de SF, et pourquoi pas pour les autres, je conseille vivement cette lecture ! A noter que je n’ai pas vu le film sorti en 2002 tiré de ce livre, et je ne compte pas le regarder (je ne vois pas comment adapter un roman comme celui là en film)… Donc que vous ayez apprécié le film ou non, sachez que le livre, lui, est très très bon 🙂

Ce roman me permet de lire la ligne « L » du challenge ABC des littératures de l’Imaginaire.

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« Axiomatique » de Greg Egan

AxiomatiqueÇa faisait un bon moment que j’avais entendu parler de Greg Egan, un des papes de la « Hard Science-Fiction« … Rassurez vous, rien de sale la dessous 😉
Dans la Hard Science-Fiction, les théories scientifiques (biologie, physique, informatique, psychologie cognitive…) utilisées dans le récit correspondent bien à l’état actuel de nos connaissances… Ce qui rend ces histoire encore plus inquiétantes, car l’auteur joue vraiment avec les limites de notre savoir.
J’ai donc mis un peu de temps à me lancer, mais j’ai enfin lu un de ses livres ! Axiomatique, un recueil de nouvelles paru aux Etats-Unis en 1995, et en 2006 chez nous. Une lecture parfaite pour le challenge ABC des littératures de l’Imaginaire !

Difficile de se focaliser sur quelques une des dix-huit nouvelles de ce livre pour résumer le style de l’auteur. Celles qui m’ont le plus marquées sont celles où l’auteur nous brosse un portrait de l’humanité futuretoutes les prouesses scientifiques sont possibles… Pour le meilleur, mais aussi pour le pire quand elles touches à l’eugénisme ou au désirs névrotiques.

Par exemple dans Le P´tit-Mignon un homme cherche à combler ses besoins de paternité en faisant commandant un bébé synthétique, censé vivre 4 ans et ne jamais dépasser l’âge mental d’un nouveau né. Mais a-t-il bien fait d’acheter une version taïwanaise contrefaite du P´tit-Mignon, pour économiser quelques dollars ?
Un amour approprié est vraiment flippant… Pour sauver la vie de son mari victime d’un grave accident, et en attendant que son corps cloné soit prêt, une femme doit le porter le cerveau de son conjoint dans son ventre deux ans, comme un foetus. Tout cela à cause d’un contrat d’assurance au rabais… Une histoire très perturbante, où on en vient à se poser des questions sur ce qu’on serait prêt à faire pour sa tendre moitié…
D’autres histoires sont plus positives, comme Eugène, où un super enfant censé être le joyau de la manipulation génétique revient dans le passé pour empêcher sa propre conception !
Le coffre-fort est assez troublant, l’histoire d’un homme qui « glisse » d’un corps à l’autre dans sa ville depuis son enfance. Il n’a pas d’identité propre, pas de vie à lui… Il emprunte celle de ses hôtes pour une journée, et glisse dans un nouveau corps le lendemain. Qui est-il en réalité ? A-t-il jamais été humain ? D’où vient cette malédiction ?

Globalement, ces nouvelles tournant autour de la présence de l’autre, de l’image de soi… m’ont beaucoup plu. Les concepts scientifiques manipulés par Egan sont pointus, cohérents, et c’est ce qui fait la force et l’intérêt de ses histoires. Entre la manipulation des gènes, les voyages dans le temps, l’immortalité grâces à des cerveaux synthétiques, les implants neuronaux pour changer les comportements… Il y a des dizaines de concepts avec lesquels s’amuser !
Personnellement j’ai eu plus de mal à comprendre et apprécier des récits avec des altérations de l’espace-temps, comme L’assassin infini où des villes entières glissent de dimensions en dimensions…

Globalement, voici un très bon ouvrage de science-fiction, très riche, avec un humanisme assez présent derrière les théories scientifiques… Contrairement à ce qu’on peut entendre sur la hard science-fiction qui s’attacherait plus aux sciences qu’au personnages dans les romans.
Je le conseillerai donc volontiers aux amateurs de SF et de formats courts !

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« L’invention de Morel » d’Adolfo Bioy Casares

L'invention de MorelGrâce au challenge ABC – Littératures de l’imaginaire, je continue ma découverte des classiques de la SF.
Avec ce roman de l’argentin Adolfo Bioy Casares, écrit en 1940, on touche finalement à un monstre sacré : c’est ce récit qui a inspiré à Alain Resnais le film culte des étudiants en art ou en cinéma, L’année dernière à Marienbad (que je n’ai personnellement pas compris quand je l’ai vu il y a dix ans !).

Afin d’échapper à une condamnation de prison à perpétuité, le narrateur de cette histoire s’enfuit sur une barque pour une île du Pacifique, où personne n’ose accoster, et encore moins vivre. En effet, les marins du coin pensent qu’une peste qui fait tomber la peau, les ongles, les cheveux, et qui fini par tuer, est transmise par l’air de l’île. Le lieu idéal pour une retraite, pour un homme qui n’a plus rien à perdre !
Mais alors qu’il pense être seul, le narrateur découvre que des personnes vivent sur les hauteurs de l’île, des touristes, dans un bâtiment qu’il pensait abandonné !
Entre peur et méfiance, il va finir par se rapprocher d’une femme, qui aime se promener seule le soir et admirer la mer… Faustine. Et bien entendu, il va tomber amoureux d’elle ! Malgré ses tentatives d’approche, elle ne semble pas le voir. Essaye-t-elle de le faire enrager ? Ou alors aime-t-elle Morel, le beau parleur français ? Ou alors, n’est-elle vraiment pas de ce monde ? Le narrateur est-il mort, ou bien est-ce ce groupe de touriste qui hante l’île ? Et si la réponse n’était pas dans la psychologie des personnages, ni dans le monde du paranormal, mais bien dans la science ?

Mine de rien, ce livre est un vrai monument ! On est pas sans penser à L’île du Docteur Moreau quand on démarre cette lecture. Un narrateur paria en fuite qui témoigne de son expérience sur une île bizarre… Surtout avec un scientifique qui s’appelle Morel (le singulier de Moreau ? ;)).
Ensuite, quand on commence à se poser des questions sur la nature des « touristes » (fantômes, personnes vivants dans une autre dimension, groupe d’acteurs venus piéger le fuyard… ?), on ne peut que penser à la série Lost !
Mais quand on s’aperçoit que les « touristes » sont des hologrammes enregistrés par Morel sur une machine de son invention, on pense au théoricien de l’art Walter Benjamin, et sa question de l’art à l’heure de la reproductibilité technique… Si l’art rend l’artiste et son sujet immortel, Morel a fait encore mieux en donnant forme, corps et peut être même une âme à ses hologrammes ! Et tout cela pour un seul spectateur, un homme condamné par la justice et la société… Étrange communauté que celle de l’île de Morel !

J’ai adoré le style, on se demande toujours si le narrateur sombre dans la folie ou l’hyper-lucidité… Et avec lui on se pose des questions très juste sur l’homme, la société, l’art, … Avec au final une vraie pépite de la science-fiction !

Je vous conseille donc vivement cette lecture, que vous soyez ou non branché par les romans de science-fiction !

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« Le silence de la Cité » d’Elizabeth Vonarburg

Le silence desla CitéSuite à la lecture des Chroniques du Pays des Mères d’Elizabeth Vonarburg j’ai eu envie de lire le roman qui l’a précédé, Le silence de la Cité, et quoi de mieux que le Challenge ABC – Littératures de l’Imaginaire pour s’en donner l’occasion ?
Tout comme son prédécesseur, on est dans de la science-fiction qui flirte avec le roman d’anticipation, dans une Europe post-apocalyptique.
Une superbe histoire, qu’il me tardait de découvrir après mon engouement pour les Chroniques du Pays des Mères, un de mes coups de cœur de l’année dernière.

La Cité, enfouie sous terre, a été le moyen pour une partie de l’humanité d’échapper au Déclin et à ses plaies : radiations, inondations, pollution, guerres, mutations génétiques… et surtout le virus T qui tue les enfants et fait naître dix fois plus de filles que de garçons. Mais après plusieurs siècles de séparation, les humains qui se sont enfermés dans la Cité n’ont plus grand-chose à voir avec ceux qui ont survécus sur la surface du globe. Ceux de l’Extérieur ont muté et ont surtout régressé au niveau technologique et social, livrés à eux même dans un monde devenu hostile…
Mais les humains des Cités sont victime d’une malédiction : il n’y a plus de naissance depuis des dizaines d’années, et le nombre de survivants se compte en dizaines.
Paul, un scientifique de la Cité, va sillonner le monde Extérieur, pour trouver des êtres humains dont les gènes pourraient combattre le virus T… A force de recherches et de tests, il finit par créer Elisa, bébé éprouvette  aux pouvoirs de régénération extraordinaire ! Grâce à la maitrise de son corps, aucune maladie, aucune blessure ne peut avoir raison d’elle ! Plus que la dernière humaine de la Cité, Elisa est bel est bien la première d’une nouvelle race, celle par qui l’humanité devrait pouvoir être sauvée !

Difficile de résumer ce livre tant il est riche au niveau de la narration, et touche des dizaines et des dizaines de problématiques posées par les sciences et les nouvelles technologies : relations homme-robots, les dégâts d’une société où on ne vieillit plus (avec ses cortèges d’incestes et la stérilité de ses habitants), les avatars qui permettent aux cerveaux de continuer à fonctionner sans corps, les Intelligence Artificielles issues des pensées d’anciens vivants…
On passe aussi en revu les impacts sociaux d’une surabondance de filles à l’Extérieur, au mieux traitées comme des esclaves, au pire tuée car considérées comme fautives face à Dieu pour cette malédiction…
Bref, il y a plein de pistes à explorer dans ce roman très complet, qui brosse un univers dans lequel j’aime me perdre !

Notre héroïne, Elisa est comme une naufragée dans une cité souterraine, factice et désespérément vide, où vivants et morts se côtoient sans cesse au travers des corps réels ou artificiels. Comme dans un récit survivaliste qui tourne mal, la Cité faite pour protéger et permettre la sauvegarde de l’humain devient un cercueil où ne vivent que des robots. Cela n’est pas sans faire penser aux Chroniques Martiennes et à la nouvelle Août 2026 : Il viendra des pluies douces !
Mais heureusement, Elisa va finir par sortir, et mettre en place son grand projet pour les humains de l’Extérieur, ce qui nous permet de voir ce qu’est devenu notre bon vieux continent…

Ce qui m’a plus c’est que ce roman semble être la base des légendes et de la religion dont il est largement question dans Chroniques du Pays des Mères : Garde, Judith… et de d’essayer de discerner la part de responsabilité d’Elisa dans tout cela ! Finalement c’est une bonne chose de lire ce premier volume après le second : il est beaucoup question d’archéologie et d’histoire dans les Chroniques du Pays des Mères… J’ai eu l’impression de faire le même travail de recherche en lisant ce premier roman !

Du coup j’ai envie de relire les Chroniques du Pays des Mères pour essayer de démêler la légende du fait, maintenant que tout est frais dans ma tête !
Un très bon roman à découvrir en tous cas, même si pour moi les Chroniques du Pays des Mères est au-dessus tout de même pour moi… Si vous hésitez entre les deux, choisissez ce dernier !

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« Le Cimetière du diable » d’Anonyme

Le cimetière du DiableLa chèvre grise (ex Petite Fleur) m’a embarqué dans la suite de la saga du Bourbon Kid pour une lecture commune pleine d’action, de baston, de créatures méphitiques et de rock ‘n roll ! Sans sa proposition de lecture commune, je crois que je n’aurais pas ouvert ce troisième volume, au titre qui sonne comme un présage ! Mais finalement, un tome par an, c’est un bon rythme… et après Le livre sans nom et L’œil de la Lune, c’est avec plaisir que j’ai découvert Le cimetière du Diable.

L’histoire se situe 10 ans après la première nuit d’Halloween sanglante du Bourbon Kid, celle où il a du tuer sa mère vampirisée… et donc 7 ou 8 ans avant les épisodes du Livre sans nom
Sanchez, le fameux gérant du Tapioca Bar, a gagné un voyage exceptionnel : un week-end de rêve au milieu du désert, dans l’hôtel de luxe « Le Pasadena », pour assister à un concours de chant annuel « Back from the dead » ! Comme son nom l’indique, la seule règle à ce concours est de d’imiter et de reprendre des titres d’artistes morts… On va donc voir s’affronter Michael Jackson, Freddie Mercury, Judie Garland…  et même Elvis, incarné par un tueur à gage très cool… !
Des dizaines de chanteurs amateurs vont tenter leur chance pour accéder à la finale, et obtenir un contrat et un gain d’un million de dollars auprès du propriétaire de l’hôtel, Nigel Powell !
Mais gagner à ce concours est-il vraiment un cadeau ? Les rumeurs les plus folles courent sur Powell et son hôtel… Il l’aurait obtenu en signant un pacte avec le Diable… Et de plus, il parait que des centaines de personnes disparaissent dans le désert chaque année, à Halloween… Quels dangers vont devoir affronter les concurrents et les spectateurs ? Et qu’est-ce que le Bourbon Kid vient faire dans ce coin paumé du désert la veille d’Halloween ?

On ne peut donc par vraiment parler de suite, plutôt d’un prequel, voir d’un midquel… Mais on n’apprend pas grands choses de plus sur nos personnages favoris, même si le fait de les voir dans une autre aventure m’en a rendu certain plus sympathiques.
Par exemple Sanchez, le gros balourd du Tapioca bar… Le mec un peu gauche et dégoutant, tordu et peu courageux, qui propose de la pisse plutôt que du bourbon aux clients qu’il n’aime pas. Et bien dans Le cimetière du Diable il est exactement pareil, sauf qu’il a gagné en potentiel comique je trouve. Et il est parfois presque touchant, voir gentil !
Elvis qu’on avait un peu vu dans le premier épisode, mais qui était malheureusement mort bien trop vite… et bien là on a tout le temps d’en profiter ! Il est vraiment trop cool 🙂
A côté d’eux toute une brochette de personnage hauts en couleurs…  Avec le concours de chant où des musiciens doivent camper des artistes morts, on a de beaux cas ! Certains d’entre eux m’ont  vraiment fait sourire, à la lecture de leur show 🙂
Finalement le Bourbon Kid est assez anecdotique dans ce récit ! On va juste s’apercevoir qu’il n’est pas juste un gros psychopathe buté… mais ça on s’en doutait un peu (ou du moins on l’espérait !).

Pour ce qui est de la baston, après les vampires, on a le droit à un nouveau type de créatures que j’aime beaucoup… mais je ne vous en dirais pas plus 😉

En bref, une lecture sympa, qui souffre de petites longueurs au milieu, car on se demande parfois où l’auteur veut aller. Mais on est vite remis en selle pour un final explosif !
Si vous avez aimé les deux premiers tomes, vous aller aussi adhérer à celui-là !

Au passage, ce livre me permet de valider le lieu dans le challenge Petit BAC 2014.

Challenge petit bac 2014

« Flatland » d’Edwin Abbott Abbott

FlatlandDans la série des lectures étranges, je crois que Flatland va avoir une place de choix ! Cette allégorie écrite en 1884 dénonce la rigidité de la société victorienne, dans laquelle Edwin Abbott Abbott vivait… et pour cela il utilise un monde qui oscille entre la SF et le fantastique : celui de la géométrie.

Cette histoire nous est contée par un carré qui vit à Flatland, un univers où les formes géométriques ne connaissent que deux dimensions d’espace.
Notre héros carré nous présente dans une première partie du livre la manière dont fonctionne Flatland : sa population, les règles qui dictent la conduite de chacun dans cette société, la manière dont vivent, voient, se meuvent ces formes… Dans cet univers il n’y a que des formes géométriques : les femmes sont des lignes, et les hommes peuvent être des triangles, des carrés, des hexagone, des pentagone, des cercles… Le triangle à angle très aiguë étant placé au plus bas de l’échelle sociale et le cercle au plus haut.
Un jour une sphère, un objet à trois dimensions, va apparaître dans la vie de notre carré. Après le dénie et le doute, il apprend à voir et imaginer ce nouveau monde en 3D, celui de Spaceland… Mais les habitants de Flatland sont-ils prêt à apprendre cette grande nouvelle : l’existence d’une autre dimension ?

Au travers de ce conte basé sur la géométrie Euclidienne, c’est une vraie remise en cause du point de vue sur le monde qui nous est présenté. Notre carré va voyager au travers les mondes des lignes à une dimension et des points à zéro dimension…Et par l’expérience et ses connaissances en mathématique, il va pouvoir croire et appréhender la troisième dimension. Une jolie fable qui nous apprend que ça n’est pas parce qu’on ne comprend pas une chose, qu’elle n’existe pas.

Mais là où se trouve la satyre de la société victorienne, c’est dans la manière dont la population de Flatland est divisée et structurée : plus une forme a de côtés réguliers, plus elle peut s’élever dans la société. Une femme qui est une ligne, quelque soit son rang, est considérée comme une simple d’esprit, juste bonne à faire des enfants…
Les triangles isocèles aiguës servent dans l’armée, car ils sont bête et que leur pointe est dangereuse, ou alors finissent ouvriers… Un triangle équilatéral fait partie de la classe moyenne. Un carré, un pentagone ou hexagone commencent à devenir des gentilshommes. A partir de six côté, ce sont des nobles… jusqu’à devenir des cercles, les prêtres. A partir de ce déterminisme basé sur le physique, une forme géométrique aura tel ou tel emploi, telle ou telle éducation… Mais aucune possibilité d’évolution, si ce n’est espérer voir un enfant doté d’un côté supplémentaire à la naissance.
Il va sans dire que dans ce monde, une forme irrégulière est au mieux emprisonnée ou mise au ban de la société, mais est le plus souvent mise à mort… Pas de déviants à Flatland !

Un univers bizarre, pour une histoire qui fait réfléchir non seulement dans son discours, mais aussi pour imaginer les différents mondes décrits par le carré, et se mettre à sa place ou à celle des habitants des univers à zéro ou une dimension… De quoi me donner des sacrés maux de crâne dans le métro 😉

A noter que cette idée de lecture ne m’est pas venue comme ça ! C’est en regardant un épisode de la saison 3 de The Big Bang Theory il y a quelques années que j’ai découvert Flatland ! Flatland est le monde où Sheldon Cooper aime se réfugier par la pensée quand il est stressé… A la lecture de ce livre, et connaissant le personnage de Sheldon, je comprends mieux pourquoi 😉

Une lecture intéressante donc, qui me permet à la fois de valider la lettre A du Challenge ABC – Littératures de l’Imaginaire, et de commencer le challenge Geek avec une première lecture !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

challenge_geek2014

A noter que ce livre est libre de droits et est disponible ici gratuitement !

« Le Faiseur d’histoire » de Stephen Fry

Le faiseur d'histoireL’année commence de la meilleure des manières avec cette lecture commune avec Petite Fleur, qui me permet de valider la lettre « F » du Challenge ABC – Littératures de l’Imaginaire.
Ce roman de Stephen Fry nous plonge dans une aventure qui mélange humour, science-fiction et uchronie d’une main de maître, avec une touche de délire à l’anglaise qui n’est pas pour me déplaire.
Bref, je n’ai plus qu’une envie, découvrir d’autres livres de Fry, ce touche à tout britannique connu Outre-Manche en tant qu’acteur, humoriste, réalisateur, scénariste, présentateur TV, voix de livres audios,… et aussi écrivain ! Un vrai monument national là bas !

Michael Young est étudiant en histoire à Cambridge, à la veille de remettre sa thèse à son professeur. Après tant d’années de travail et de recherche, il est persuadé de réussir haut la main cette dernière étape de ses études… et il se voit déjà lui même professeur, sa thèse éditée, avec un avenir radieux pavé de gloire.
Mais cette journée où il doit rendre sa thèse se passe mal : sa petite amie Jane le quitte en emportant la voiture, il reçoit du courrier qui ne lui est pas destiné, il fait tomber sa thèse non reliée dans le jardin du campus… Une occasion pour lui de rencontrer le vieux professeur Leo Zuckermann, spécialisé dans la physique. Celui-ci l’aide à ramasser les feuillets et semble très intéressé par le sujet de la thèse de Michael : les jeunes années d’Adolf Hitler. Leo est lui même obsédé par le génocide des Juifs et la Seconde Guerre Mondiale. Quel secret cache-t-il ?

Nous voilà donc devant un sujet sérieux, traité d’un point de vu original avec un ton très fun et décalé.
Que serait le monde si Hitler n’étais jamais venu au monde ? Voici bien une question qu’on a tous du se poser au moins une fois dans sa vie… Notre société serait-elle meilleure ou pire ? La technologie serait-elle plus en avance ? Quelle chemin aurait pris l’humanité sans la présence de ce « monstre » pour pervertir l’histoire ?
Ou alors, un être encore plus intelligent, ou plus malin, ou plus stratège, ou plus fort… aurait-il pu émerger ? Et si ce leader qui n’a jamais vu son sacre avait été moralement pire que Hitler ?
Et si, finalement, un seul homme ne change pas profondément le cours de l’histoire ? Si la volonté d’un peuple et d’une société à un temps T créait son destin pour les années à venir ? Et si les passions des hommes mettaient  l’histoire d’une nation sur des rails,  tel un train en marche, et peut importe qui en est le conducteur ? En gros, que dans une Allemagne antisémite et humiliée par la défaite de 1918, n’importe qui ou presque aurait pu remplir le vide…
En revisitant l’histoire comme il l’a fait, Fry nous offre sa réponse, mais comme dans toute bonne histoire de SF, nous permet de nous poser des tonnes de questions !

Outre le fond philosophique du roman, j’ai beaucoup aimé le personnage de Michael, plein d’humour, très contemporain… Et le style de Fry est un vrai régal ! Le petit truc sympa dans la structure, c’est la manière dont l’auteur a alterné ses chapitres : l’histoire de Michael, celle de la jeunesse de Hitler… puis ça change un peu 😉

coup de coeurUn vrai coup de coeur, que je vous conseille cette lecture même si vous n’êtes pas branché science-fiction ! Maintenant il va falloir que je me trouve d’autres romans de Fry à mettre dans ma PAL ou ma wish-list !

challenge de l'imaginaire ABC 2014