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« Fouché » de Stefan Zweig

En ces temps de confinement je suis plutôt fainéante sur la lecture… Heureusement que les livres audios m’ont permis de ne pas prendre trop de retard dans mon challenge ABC ! Un casque sur les oreilles, dans le lit avant de dormir ou à bronzer entre midi et deux sur la terrasse… un petit plaisir à peine coupable 😉
Depuis 3 ans j’ai trouvé en Stefan Zweig l’auteur idéal pour la lettre Z des challenge ABC… j’aime surtout ses biographies historiques, qui me permettent d’appréhender la grande Histoire par la petite. En suivant les avis des lecteurs sur Audible, mon dévolu s’est jeté sur la biographie de Joseph Fouché, inconnu au bataillon pour moi alors !

Joseph Fouché est pour Stefan Zweig le premier animal de sa race : l’homme politique. Sans réellement avoir de convictions affirmées, Fouché a louvoyé pendant la période de la Terreur, du Directoire, du Consulat, de l’Empire, de la Restauration… De 1792 à 1816 il devient un personnage clé de l’Histoire de France, à priori vilipendé par les historiens car considéré comme l’homme qui a fait tomber Napoléon. Ce qui entre nous n’est pas rien ! Mais bien entendu les choses ne sont pas aussi simple.
Fouché est initialement un professeur ordonné au séminaire d’Arras et on le voit 10 ans plus tard en 1793 à Lyon fusiller des aristocrates et des curés, piller des églises et bruler des objets religieux. Lorsque le règne de la Terreur n’est plus à la mode, il retourne subtilement sa veste et suit la nouvelle mode du Directoire, dans la Police secrète…
En aidant au coup d’état de Napoléon, il dirige alors la Police et fait mine de regarder ailleurs, il va débuter le rôle pour lequel on le connait aujourd’hui dans les livres d’histoire : Ministre de la Police. Les relations des deux hommes sont houleuses, ils se craignent, mais le caractère tempétueux du général Corse se heurte au caractère inamovible de Fouché, froid, précis et travaillomane…
Il rate le coche de la Restauration car il n’arrive pas à Paris assez tôt lorsque Louis XVIII prendra le pouvoir. Pas de chance, mais cela lui permettra de faire croire à son attachement à l’Empereur et de devenir l’homme clé des Cents Jours, à la suite de l’évasion de Napoléon de l’ile d’Elbe… Rôle qui lui permettra de faire évincer Napoléon au profit du retour de Louis XVIII contre un poste dans cette monarchie.
Malheureusement pour lui, Louis XVIII a un sursaut d’orgueil et se souvient que Fouché était un cosignataire de la mise à mort de son frère Louis XVI sous le règne de la Terreur… et est banni de France sans autre forme de procès. Devenu infréquentable, il fini sa vie dans une ville de province autrichienne, et meurt d’ennui…

Un vrai roman feuilleton ! C’est à se demander pourquoi une série TV n’est pas encore sortie sur sa vie !

Je savais bien que FOuché m’était inconnu, mais en plus je me suis aperçue alors que je ne connaissais rien du tout à cette époque, où tout allait vite, où tout était mouvement : changements de régimes à un rythme effréné, guerres civiles ou internationales, alliances et oppositions… En très peu d’années la France et Fouché en ont vu, et des belles !
Sous la plume de Zweig on ne peut pas détester ce personnage assez nuancé, attiré uniquement par l’exercice du pouvoir.

Comme toujours avec les biographies de Zweig, une belle découverte qui me donne envie de m’intéresser un peu plus à l’histoire !

« Carnets noirs » de Stephen King

Quand j’avais découvert après ma très bonne lecture de M. Mercedes que ce roman faisait partie d’une saga, j’avais tout de suite mis Carnets noirs dans ma wish-list… et forcément dans ma liste pour le challenge ABC ! Il n’y a pas à dire, Stephen King est très bon dans le domaine fantastiques et horreur…. Mais il excelle aussi dans l’écriture de thrillers !

Dans les années 70, Morris Bellamy, fan inconditionnel de la trilogie de romans Le coureur assassine son auteur, John Rothstein. Il n’a pas digéré que l’écrivain transforme son héro Jimmy Gold en un américain moyen et rangé après des années d’aventure. Il lui vole au passage une belle somme d’argent, et surtout, tout un lot de carnets noirs, où John Rothstein continuait à écrire.
Mais Morris n’a pas le temps de regarder si Jimmy Gold reprend vie dans ces carnets : il doit les cacher en attendant que l’affaire du meurtre se tasse… Il les enterre donc avec l’argent dans une vieille malle, dans un terrain vague derrière chez lui. Mais le soir même Morris se fait arrêter pour viol avec violence et prend perpet’… Ses précieux carnets sont perdus à jamais. Ou pas !
Fin des années 2000, le tueur fou à la Mercedes a fait une hécatombe dans une file d’attente du marché de l’emploi dans le Midwest. Le père de la famille Saubers est gravement blessé en plus d’être au chômage. Les choses vont de mal en pis pour les Saubers : les problèmes d’argent et de santé du père enveniment la relation du couple, et leurs deux enfants Peter et Tina se retrouvent au milieu de leurs interminables disputes. Jusqu’au jour où Peter découvre derrière chez lui une étrange malle… et beaucoup d’argent dedans !
Mais en mettant la main sur les dollars et les carnets de Rothstein Peter va réveiller un monstre… Morris Bellamy.

En lisant cette longue introduction on se demande à quel moment notre flic à la retraite favori, Bill Hodges, va pointer le bout de son nez… Ne vous inquiétez pas, on le voit un peu avec Holly qui travaille maintenant avec lui, et Jerome Robinson revenu de la fac pour les aider.
Mais le gros du roman se passe entre le foyer des Saubers, et plus particulièrement avec Peter qui est le vrai héro de ce récit. Son antagoniste n’est pas laissé de côté non plus, car une bonne partir du récit se déroule avec Morris Bellamy. On est plus dans une sorte de spin off finalement que dans une suite.
Comme toujours avec Stephen King on est vite mis dans le bain et on s’accroche vite aux personnages, qu’ils soient gentils ou malfaisants. Morris Bellamy, aussi sombre qu’il puisse être, n’est finalement pas si détestable. Un mec qui aime autant les livres, comment le haïr totalement ? C’est une sorte de monstre cohérent, en somme…
De plus on a un petit côté Frodon et Gollum dans le couple Peter et Morris : Peter est fou de l’œuvre de Rothstein tout comme Morris…Qu’est ce qui les différencie ? Jusqu’où Peter aurait pu aller si le destin lui avait proposé d’autres routes ? Et si Morris n’avait pas été emprisonné, serait-il revenu sur le droit chemin ? On a de quoi réfléchir sur le libre arbitre, le sens moral et tout cela…
Chose intéressant ici, la mise en abyme du statut d’écrivain et sa relation à son œuvre (ici Rothstein et Le coureur) et la manière dont celle-ci vit dans le regard des lecteurs. Une fois un personnage comme Jimmy Gold approprié par ses fans, l’auteur en perd d’une certaine manière son droit de vie ou de mort dessus. D’où l’exécution de Rothstein par Bellamy. Je suppose que c’est un peu du vécu pour un auteur comme Stephen King…

Une suite de qualité égale à M. Mercedes pour moi. Gros avantage, c’est qu’il peut se lire indépendamment du premier, car on revient assez peu dessus… J’ai hâte de lire la suite, Fin de ronde, car la fin de Carnets noirs laisse présager un changement de cap et de genre. Est-ce que le paranormal commencerait à poindre ?

« Le voyageur imprudent » de René Barjavel

Voici un des ancêtre de ma PAL : il y trône depuis une quinzaine d’années déjà. Je l’avais acheté mais je n’avais jamais trouvé l’envie de m’y mettre vraiment. Bizarre, car j’avais adoré La nuit des temps du même auteur à l’époque.
Bref, grâce au challenge ABC et la réorganisation de mes étagères de PAL par ordre alphabétique (merci le confinement), je suis retombée sur ce roman… Pourquoi ne pas le lire alors ?

Alors que l’armée française se prépare à la guerre en 1940, Pierre Saint-Menoux, professeur de sciences devenu pour la cause caporal, fait la rencontre Noël Essaillon et sa fille Annette. Essaillon est un chercheur et il a découvert une substance, la noëlite, qui lui permet de voyager dans le passé ou dans le futur
En 1942, les combats sont passés et Saint-Menoux est redevenu professeur à Paris. Essaillon reprend le contact avec lui pour lui montrer l’avancée de ses recherches et surtout lui proposer de travailler avec lui. Essaillon, handicapé, ne peux pas utiliser son nouveau scaphandre de noëlite pour voyager dans le temps et l’espace. Pierre Saint-Menoux va donc partir à sa place dans le futur et lui faire un compte-rendu de ses découvertes.
En effet, Essaillon souhaite utiliser la noëlite pour rendre heureuse l’humanité. Empêcher des désastres à venir pourrait être une piste ? Mais ce que va découvrir Saint-Menoux dans les siècles à venir dépasse l’entendement…

C’est avec surprise que j’ai découvert un roman de science-fiction sur la thématique des voyages dans le temps. Je ne suis habituellement pas forcément fan de ce type d’histoire, mais là ça passe plutôt pas mal… surtout pour un roman écrit au milieu des années 40 !
L’avenir n’est pas rose pour l’humanité, entre les disparitions de masse et la résurgence de l’humanité sous forme d’une société qui fait penser à une colonie de fourmis, aux individus ultraspécialisés et aux structures uniformes. Est-ce là le bonheur, dans une égalité extrême ? On décèle ici une sorte de critique du Communisme… bien que Saint-Menoux déplore la pauvreté des indigents lorsqu’il visite le 19ème siècle. Comme quoi, la vérité doit être quelque part au milieu…

Une belle découverte que ce livre de SF qui est très bien vu et n’a pas pris une ride. Pionnier du genre en France, je ne peux qu’apprécier ce pilier du genre « Voyages dans le temps », qui pose bien des questions sur la linéarité du temps, les univers parallèles, la relation du temps et de l’espace,… Bref, à conseiller !

« Les vents du temps » de Chad Oliver

Voilà un petit moment que j’avais mis dans ma PAL ce livre… les auteurs en « O » pour les challenges ABC ne sont pas si courants ! Mais fallait-il encore le trouver, car nous avons ici un vieil ouvrage de science-fiction (il suffit de jeter un œil à la couverture)… écrit bien avant que l’homme voyage dans l’espace, c’est pour dire !

Weston Chase, médecin ORL de Los Angeles, a décidé de profiter de ses congés avec sa femme en allant dans son endroit favori : un petit chalet dans les montagnes du Colorado. Il prend son matériel de pêche pour aller taquiner le saumon dans un lieu vierge de tout présence humaine, un petit plan d’eau dans les hauteurs…
C’est alors qu’il se fait surprendre par une averse et part se cacher dans une grotte, et là, il tombe sur un homme étrange qui semble sortir de la paroi même de la caverne ! Est-ce un homme ? Weston tente de s’enfuir… mais l’homme de la caverne le kidnappe.
Pendant plusieurs semaine Weston va rester là avec lui, cet humain étrange, qui va lui raconter son histoire et celle de ses camarades : il vient d’une autre planète, Lortas, et tente d’y retourner !

Au départ j’ai cru que j’allais me retrouver dans un Rip l’endormi de Washington Irving modernisé, ou La princesse de Mars d’Edgar Rice Burrough inversée…
Mais non, on est devant une histoire de voyage dans le temps plutôt maline.
En effet, les extra-terrestres sont en fait des explorateurs de planètes. Ils recherchent une planète sœur pour pouvoir faire évoluer culturellement la leur, Lortas. S’ils ont bien trouvé des centaines de planètes où l’homme vit, elles ne sont pas toutes dans le même état que Lortas : invariablement, l’homme évolue, trouve une arme qui peut tous les anéantir, et fait sauter sa planète, la transformant en désert.

Un accident de vaisseau les oblige à rester sur notre Terre au tout début de l’humanité… Et pas de quoi réparer un vaisseau au milieu des Cro-Magnons ! Mais un petit sommeil de quelques milliers d’années grâce à un produit d’hibernation pour voyage galactique les amènent jusque dans les années 50. Leur pari, que l’homme ait découvert les astronefs sans se faire sauter avec cette technologie.

Ici l’auteur pense que l’humanité a passé ce cap et a donc la sagesse nécessaire pour faire des habitants de la Terre des frères des Lortas.
Force est de constater que 70 ans plus tard les voyages dans l’espace existent, on ne s’est pas encore auto-pulvérisés avec l’énergie atomique. En revanche je ne suis pas certaine que ce qu’on a réussi à faire de notre planète fait de nous des puits de sagesse…

Bref, un roman rafraîchissant sur le paradoxe de Fermi, qui donne envie de croire en notre résilience et dans la fraternité, surtout en ces temps de confinement !

« L’usurpateur » de Jörn Lier Horst

Je persiste dans ma lecture de romans policiers et thriller ! Depuis quelques mois j’ai l’impression de ne plus lire que ça… et ça n’est pas pour me déplaire. Donc pour le partenariat Folio de janvier j’ai jeté mon dévolu sur ce thriller norvégien. C’est bien connu, les auteur de pays du Nord ont un talent sans pareil pour faire frémir !

En Norvège, juste avant Noël, l’inspecteur William Wisting et sa fille Line, journaliste à VG se retrouvent dans la maison familiale… Mais ce n’est pas forcément pour passer sereinement les fêtes. William se retrouve sur une affaire de mort suspecte : un cadavre datant de plusieurs mois est retrouvé sous un sapin dans une ferme. Line quant à elle prépare un article sur un voisin de son père, découvert mort chez lui depuis plusieurs mois.
Tous deux vont être plongés dans le passé des deux morts et essayer de démêler les véritables raisons de leur décès.  

Comme vous devez vous en douter, les deux affaires finissent par se rejoindre. C’est ce qu’on attend dès les premières pages de ce roman. Reste à savoir comment et pourquoi !
Niveau style, les chapitres sont courts et l’écriture très simple et directe. A tel point que je pensais les premières pages me trouver devant un banal roman de gare… de plus les personnages n’étaient pas là pour aider : le flic, la journaliste, le duo classique qu’on voit dans ce type de récit. Je me demandais même pourquoi ce livre avait été primé comme meilleur roman policier.
Mais plus j’avançais, plus j’étais prise par l’histoire ! Je ne pouvais plus m’arrêter ! Des indices laissés ici et là m’ont fait envisager plusieurs hypothèses… Mais en bon écrivain, l’auteur nous fait une dernière petite surprise et révèle la vérité que dans les dernières pages.
Contrairement à d’autres auteurs Scandinaves, comme Jo Nesbo ou Arnaldur Indridason, l’histoire se déroule dans une petite ville de Norvège. Rien à voir avec les capitales Oslo ou Reykjavik. De la neige, des petites fermes, la forêt… tout cela est bien reposant. Et surtout on ressent bien la solitude qui peut vite prendre possession de ses habitants.

Une bonne lecture donc pour la lettre H du Challenge ABC, qui me donne envie de découvrir ses précédents romans.

« La Vérité sur l’affaire Harry Quebert » de Joël Dicker

Difficile de passer à côté de ce livre, j’ai eu l’impression de le voir partout ces dernières années… Mais je me méfie toujours des best-sellers, surtout quand ils finissent en série TV sur TF1, comme c’est le cas avec ce roman.
Mais bon, challenge ABC aidant et un crédit Audible en poche, je ne pouvais pas résister trop longtemps !

Marcus Goldman est un écrivain a succès : il a écrit un grand roman qui est vite devenu un best-seller. A lui le grand train de vie à New-York, les petites amies branchées, les fêtes où il ne connaît pas le quart des invités… Mais son livre est sorti depuis plusieurs mois et il n’a toujours pas écrit une ligne de son nouveau roman. Et pour cause, il n’arrive vraiment pas à s’y mettre… Marcus a la maladie des écrivains, l’angoisse de la page blanche.
Une seule solution pour s’en sortir : retourner dans le New Hampshire chez son ami et ancien professeur de lettre, Harry Quebert. Lui qui a écrit un des plus beau roman américain va certainement pouvoir l’aider…
Mais les choses ne vont pas se dérouler aussi simplement.
Lors de travaux dans le jardin de la maison d’Harry, le squelette d’une jeune femme est déterré… accompagnée du manuscrit du fameux roman de l’auteur ! Nola… Cette jeune femme dont Harry a été amoureux en 1975… et surtout une jeune femme de 15 ans ! Ce qui fait de lui un assassin doublé d’un pédophile ! L’Amérique toute entière à la nausée…
Marcus n’a plus qu’une idée en tête, aider son ami Harry à prouver son innocence… et pourquoi pas écrire un livre par la même occasion ?

Cette histoire à la base très classique, celle d’un écrivain jouant le rôle d’un enquêteur, fonctionne ici très bien. Les révélations sont incessantes et jusqu’à la fin on découvre de nouvelles pistes et de nouveaux rebondissements surgissent de partout. Ce patchwork va finir par nous faire entrevoir ce qu’il s’est passé réellement cet été de 1975, entre Harry, Nola et toute la petite ville d’Aurora. On ne s’ennuie pas une seconde !
La plume de l’auteur est accessible, directe, mais pourtant retranscrit bien l’ambiance de ce mignon petit village du New Hampshire.

Côté personnages nous avons toute une ribambelle de citoyens de la ville, assez caricaturaux parfois, mais finalement très efficaces, Marcus Goldman en tête ! Avec sa mère juive très envahissante et culpabilisante, on a touché le pompon !
La serveuse de café amoureuse de l’écrivain célèbre, qui ne voit pas que le jeune policier un peu gauche l’aime secrètement depuis le lycée ; le milliardaire mystérieux qui a à sa solde une gueule cassée qui effraye le canton ; le mari dominé par sa femme très autoritaire… On ne manque pas d’anecdotes et de petites histoires au milieu du récit principal.

Une très bonne lecture, je ne regrette pas de m’être laissée tentée par cette couverture si souvent aperçue aux détours des rayonnages des librairies ou des sites Web spécialisé !   

Et une lettre de plus pour le challenge ABC, pour la lettre D !

« Maudit printemps » d’Antonio Manzini

Ça faisait un petit moment que Denoël m’avait envoyé ce roman d’Antonio Manzini, que j’avais choisi suite à ma lecture de Piste Noire, son premier roman mettant en scène le sous-préfet Rocco Schiavone. Faute de temps, il avait commencé à prendre la poussière dans ma bibliothèque… Le challenge ABC 2020 me permet enfin de rectifier cette erreur et d’enfin m’atteler à cette lecture !

Rocco Schiavone est toujours « puni » à Aoste où il est sous-préfet, dirigeant une brigade de police hétéroclite…
Lui qui n’aime pas les emmerdes, il va être servi ! Une lycéenne vient le voir pour lui signaler la disparition de son amie, Chiara, depuis leur week-end en boite avec leurs copains… Bizarre. Surtout lorsque Rocco constate que les parents de Chiara lui cachent qu’elle n’est pas revenue à la maison. Ça sent le kidnapping à plein nez ! Rocco et son équipe vont devoir marcher sur des œufs et opérer en toute discrétion, hors des radars des juges, du préfet, et des parents eux-mêmes…

J’avais oublié à quel point le personnage de Rocco m’était sympathique avec tous ses défauts : macho, infidèle, râleurs, parfois brutal… et sans pitié avec les maillons faibles son équipe !
Je ne suis habituellement pas fans des univers type mafia, mais là, ça passe pas mal, car nous voyons alternativement les scènes d’enquête du côté de Rocco, et celle du côté de Chiara qui est en assez mauvaise posture et est passée en mode survie…
Si l’histoire n’est pas ultra originale, j’ai aimé la patte de l’auteur et les petits détails qu’il glisse ici et là pour nous rendre le récit un peu moins sérieux, voir surréaliste. La haine par exemple de Rocco pour la neige et les flaques d’eau… qui ont eu la peau de sa demi-douzaine de paires de Clarks, ce qui le rend morose.

Cette lecture m’a plu et je m’aperçois que Maudit printemps est le troisième opus de la saga, et que je n’avais pas lu le second, Froid comme la mort… Pour 2021 peut-être ?

« Inconnu à cette adresse » de Kressmann Taylor

Tant de points communs entre mes deux dernières lectures ! Comme pour L’ami retrouvé, j’ai choisi ce livre pour sa concision… une centaine de pages, à la veille de la fin du challenge ABC, c’était parfait. Choisis tous les deux dans une librairie de Bayeux en Normandie, ils traitent tous des débuts du nazisme en Allemagne, d’amitié et de culpabilité… Mais Inconnu à cette adresse utilisent d’autres leviers pour nous plonger dans cette période de l’histoire.

Dans les années 30, Martin Eisenstein et Max Schulse ont Tenu ensemble une galerie d’art à San Francisco, jusqu’au jour où Max décide de repartir en Allemagne avec sa femme et ses enfants. Dans un pays ravagé par la pauvreté suite à la Première Guerre Mondiale, il peut avoir une vraie vie de nantis avec l’argent récolté aux Etats-Unis. Correspondant par courrier, Martin donne à Max des nouvelles de la galerie, mais aussi de sa sœur qui est une actrice à Vienne, elle qui a été la maîtresse de Max… Mais au fur et à mesure de leurs échanges, Max commence à parler de leur nouveau représentant politique qui redonne de l’espoir aux allemands, Adolph Hitler… emballé par le Parti Nazi, il fini par renier son amitié avec Martin, qui est juif.

C’est étonnant de comparer deux nouvelles qui traitent de la même thématique, a deux jours de lecture d’écart… Je n’aurais pas réussi à faire mieux en timing si j’avais voulu le faire exprès !

Inconnu à cette adresse est construit d’une manière qui laisse place à l’ellipse et à l’imagination, puisqu’il s’agit d’un récit épistolaire. On suit les échanges de Martin et Max l’évolution de leur relation via quelques courriers. Je regrette juste la rapidité avec laquelle le comportement de Max change, agrémenté d’une froideur et d’une perversion qui me paraît peu crédible. Mais c’est une nouvelle… il faut aller vite.

Là où dans L’ami retrouvé, on était sur une réunion de deux personnages autour d’une amitié réciproque, dans Inconnu à cette adresse on est en pleine séparation de corps et de cœur de deux amis ! Une version adulte et cynique de la nouvelle lue hier, aux premières heures de l’Allemagne d’Hitler… Dans les deux histoires il est question de culpabilité, et ici elle est beaucoup moins subtile.

Côté récit, j’ai été assez enchantée par la tournure des choses sur la fin de la nouvelle… un petit retournement inattendu donne toute sa saveur à cette histoire.

Petit truc intéressant, cette nouvelle est parue en 1938 dans un magazine américain, avant que la guerre commence et bien avant que soit dévoilés au grand jour les horreurs de la déportation, des camps de concentration… Pourtant à lire cette histoire on a l’impression que l’auteure a prédit ce qu’allait être le régime Nazi. Un sacré flair, si je peux dire…

Une lecture rapide et intéressante… et surtout la fin du Challenge ABC pour 2019 🙂

« L’ami retrouvé » de Fred Uhlman

En fin de challenge ABC, bien souvent, je me retrouve à quelques jour du gong du final à changer mes plans de lecture et à rechercher les ouvrages les plus courts possibles ! C’est ce qui s’est passé avec L’ami retrouvé. Je faisais un tour dans une librairie en Normandie pour trouver un nouvel auteur pour la lettre U, cette lettre maudite qui me pose problème chaque année. Et je suis tombé sur Fred Uhlman. Inconnu au bataillon… Mais en en parlant autour de moi, son roman semblait assez connu car étudié au collège ou au lycée. On ne va pas dire que ça m’a rassuré, mais pour une lecture d’une centaine de page, je résisterai !

Hans Schwarz est un élève de 16 ans dans un lycée de Stuttgart, dans les années 30. Ce jeune homme assez solitaire va rencontrer en la personne d’un nouvel élève, Conrad von Hohenfels, le grand ami de son adolescence. Beaucoup de choses les rapprochent, comme leur amour des objets de curiosité ou de la bonne littérature… mais d’autres les séparent, comme leur statut social ou leur religion. Conrad est un fervent catholique alors que Hans est agnostique et d’origine juive. A cette époque, c’est le genre de chose qui a de l’importance… surtout quand on apprend qu’un nouvel homme politique fait parler de lui à Munich, un certain Adolph Hitler.

J’avais un peu peur en m’attaquant à ce court roman de me confronter à une histoire larmoyante d’amitié pendant la guerre. Et bien il n’en est rien ! Pas de pathos, pas d’actions courageuse au nom d’une amitié à la vie à la mort, pas de scènes d’horreur… Juste l’histoire ordinaire à la première personne d’un adolescent qui vit mal sa relations aux autres, ne comprend pas ses parents, s’ennuie en cours… jusqu’au jour où il découvre ce qu’est l’amitié. Bref, un texte qui peut se lire et se comprendre à n’importe quelle époque !

L’écriture est simple et accessible dans son vocabulaire et sa structure, tout en retranscrivant bien les émotions de Hans. Il y a bien entendu un champ lexical emprunt de son époque, mais ça lui donne un certain charme.

Pour ne rien gâcher, il y a aussi a un certain suspense ! Si on peut prévoir un peu ce qu’il va se passer (si on a bien révisé son histoire), j’ai été surprise par la fin de l’histoire, qui donne une tout autre dimension au titre de ce roman. Une vraie surprise !

Bref, une découverte doublée d’une très bonne lecture… Fred Uhlman a écrit que,quels autres ouvrages, ça me donne des idées pour le challenge de 2020 😉

« Papillon de nuit » de R. J. Ellory

Ça faisait un petit moment que je me disais que je devrais me replonger dans un roman d’Ellory, que je n’avais pas relu depuis 2015. Il ne me fallait pas plus que le challenge ABC pour retenter l’aventure avec un livre audio… il fallait juste que je choisisse un titre. Et ça sera Papillon de nuit, dont le thème, celui de la peine de mort aux USA m’attirait, bizarrement.

Daniel Ford est dans le couloir de la mort dans une prison des Etats-Unis, au début des années 80. A quelques semaines de son exécution, un prêtre vient recueillir chaque semaine ses dernières paroles et pensées. En replongeant dans sa mémoire, Dany refait le point sur les événements qu’il l’ont conduit ici. Tout commence avec son amitié depuis l’enfance avec un jeune noir, Nathan, dans les années 60. À cette époque, le pays est en pleine mutation et surtout en pleine crise. La guerre du Viet-Nam, l’assassinat des Kennedy, celui de Luther King, les hippies, l’essor du KKK, la course aux étoiles… Pendant toute cette période, Nathan et Dany ont toujours été la l’un pour l’autre. Mais comment se fait-il que Daniel ait été condamné pour la mort de celui-ci ?

Quelle bonne idée que d’avoir choisi cet auteur pour la lettre E du challenge ABC ! Ce récit est complexe, plein de suspense, d’humanité… bref, une belle lecture !

L’introspection de Daniel nous délivre une histoire très intime… Et surtout le talent de l’auteur fait qu’on ne s’ennuie pas une seconde malgré ce type de témoignage à la première personne. On apprend progressivement qui Daniel a tué et on se demande jusqu’au bout s’il l’a vraiment fait ou non… car si on apprécie notre héros, on sent le poids de la culpabilité sur ses épaules et on se demande s’il est vraiment tout blanc. Mais comme à chaque fois avec Ellory, le monde est plein de nuances ! Il en va de même pour les personnages qui gravitent autour de Daniel et Nathan : les petites amies de jeunesse de Dany, leurs parents, Eva leur ami et grand mère de cœur qui a un terrible secret… Le seul personnage sombre et maléfique est un des gardiens de prison, à qui on ne peut pas trouver d’excuse. Il en faut bien un…

Donc un très bonne lecture, qui se trouve être le premier roman publié de Ellory en 2003 ! Cette expérience me donne vraiment envie de lire plus de roman de cet auteur dans les années à venir… et vue la quantité de livres qu’il a sorti, j’ai du boulot 😉