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« Les Luminaires » d’Eleanor Catton

Les LuminairesCela faisait un bon moment que je n’avais pas posté ici… il faut dire que j’ai été happée par le pavé Les Luminaires. Et quel pavé ! Plus de 1200 pages d’intrigues et de mystères, en pleine Nouvelle-Zélande du 19ème siècle, lors de la ruée vers l’or.

En 1866, Walter Moody arrive dans la ville côtière d’Hokitika en Nouvelle-Zélande. Il a abandonné l’Angleterre pour y faire fortune en cherchant de l’or, comme des milliers d’autres avant lui. Alors qu’il compte se reposer après un voyage en mer exténuant, il se retrouve au milieu d’un conseil secret tenu par douze hommes. Leur objectif est découvrir ce qu’il est advenu d’Emery Staine, un riche chercheur d’or porté disparu, et à partir de là dénouer les fils de mystères survenus dans la ville : pourquoi la prostitué Anna a été retrouvée inconsciente au milieu de la route une nuit, comment Crosbie Wells l’ermite a trouvé la mort, est-ce que le capitaine Carver à quelque chose à voir dans les malheurs qui les frappent tous un par un… D’oreille attentive, Moody va devenir un acteur de ces intrigues.

Difficile de résumer ce roman complexe, qui est presque cousu à la main. L’auteur part sur une construction en forme de thème astral, où chaque personnage récurrent est assimilé à un signe astrologique. Je n’ai pas totalement saisi les tenants et aboutissants de cette structure, mais ce qui est certain, c’est que la destinée et sa roue ont fort à faire dans ce récit. Si le destin se joue de beaucoup des personnages et est parfois cruel en créant des interactions complexes, des effets de chaînes… il peut aussi être bénéfique pour d’autres : fortune, amour, renommée… En cela, on a l’impression que les personnages sont les proies de dieux funestes, nichés au milieu des constellations et des astres.
Bref, les histoires de tous les acteurs de cette histoire se trouvent liées, et nous allons découvrir comment au fur et à mesure que nous tournons les pages. 

Je dois avouer que les 300 premières pages m’ont laissées un peu perplexe. Je me demandais où tout cela aller mener. Mais finalement on se laisse rapidement prendre par la magie de l’écriture, des personnages, et aussi de la Nouvelle-Zélande encore sauvage, la dernière frontière ! On est plongé dans un univers qui rappelle le Far-West, mais au bord de la mer, avec ses castes et clans en fonctions de leurs origines, leurs niveaux social, leur professions…

Une belle découverte en somme. Je ne regrette pas d’avoir passé un mois à le lire tranquillement, à mon rythme…
Merci à Folio pour ce partenariat !

« Jin, tome 20  » de Motoka Murakami

Jin 20Fin de la série Jin, commencé il y a quelques mois. J’avais déjà évoqué mon engouement pour ce manga sur ce blog, alors que je le débutais. Alors après 20 tomes, toujours aussi biens, les aventures du chirurgien propulsé dans le passé ?

Dans les derniers tomes, Jin continue à créer des innovations médicales, pour aider au mieux la population d’Edo… Mais sa réputation grandissante lui vaut de soigner les plus grands du Japon ! Mais tout ce qui compte pour lui, c’est de pouvoir sauver son ami Ryoma, une grande figure militaire et politique de cette époque… Celui ci doit être assassiné le jour de l’anniversaire de Jin. Pourra-t-il le sauver sans mettre en danger la courbe de l’espace temps ?

Mais dans les faits, ce qu’on attend, c’est de savoir quand il va enfin épouser Saki, la sœur d’un samouraï qui a accueilli le médecin à son arrivée dans le passé. Elle s’est rapidement rendue indispensable comme infirmière, puis comme médecin à son tour, dans le cabinet de Jin. Mais leur histoire mais vraiment du temps à s’épanouir !

Ces histoire de coeur et d’amitié, ainsi que les scènes médicales, m’ont beaucoup plues… En revanche j’ai été moins touchée par les intrigues historiques. Et comme il y en a énormément tout au long du manga, ça a vite été rébarbatif.

Enfin, Jin reste tout de même un très bon manga, bien dessiné, et pas trop long. A déguster par petites touches !

« Une autre idée du silence » de Robyn Cadwallader

Une autre idée du silenceC’est la rentrée des partenariats littéraires ! Pour commencer cette nouvelle saison avec Denoël, j’ai choisi Une autre idée du silence, un roman australien de Robyn Cadwallader paru cette année. Cette fiction historique nous plonge dans le quotidien d’une recluse anglaise au 13ème siècle, une période et thématique qui me sont complètement étrangères.

A 17 ans Sarah fait le choix de se donner entièrement à Dieu, non pas en entrant dans un couvent, mais en  devenant une recluse. Dorénavant, elle ne fait plus parti du monde des vivants : elle vivra jusqu’à la fin de ses jours dans une petite pièce attenantes à une église, scellée comme un tombeau. Ici elle pourra se consacrer à la prière et oublier son corps de femme, objet de péchés. Pour lui permettre de vivre son ermitage, elle a deux servantes, Louise et Anna… Et un confesseur, le seul homme à avoir le droit de lui parler. Nous allons découvrir avec Sarah les raisons qui l’ont poussé à vivre isolée du monde… Sa foi, et sa volonté à fuir un monde où les femmes ne semblent être nées que pour souffrir.

S’il est question de religion dans ce roman, il est aussi et surtout question de la place de la femme dans la société médiévale anglaise en 1255. Elles sont encore considérées comme de créatures faibles, porteuses du péché, tentatrices et lascives. Bref, elles ne sont bonnes qu’à porter des enfants, obéir aux hommes et travailler. En se retirant du mondé Sarah espère échapper à ce destin, que sa sœur morte en couche a connu. Mais en écoutant les prières des villageoises et en conseillant ces femmes, elle va comprendre que les choses ne sont pas si simples pour elles… Comment leur apporter de l’aide alors qu’elle est enfermée dans une cellule et n’a rien connu de la vie ?

Les personnages qui gravitent autour d’elle sont assez secondaires, bien qu’ils rythment sa vie. Logique, puisqu’elle ne peut pas les voir. Le seul sur lequel un focus est vraiment fait est Ranaulf, son nouveau confesseur, qui est aussi moine copiste. Son regard critique et mysogine en fait un parfait représentant de l’église de son époque…
Le méchant de l’histoire, Sire Thomas, est le protecteur de Sarah, c’est à dire le seigneur qui accepte de l’entretenir sur ses terres. On regretterai presque qu’il ne soit pas plus extrême et caricatural pour donner un peu de piquant !

Une lecture pas désagréable, même si elle manque un peu de rebondissements, à se vouloir trop réaliste. Nous ne somme pas dans un récit d’aventure historique comme dans Les piliers de la terre, mais dans quelque chose de plus contemplatif. Une parenthèse culturelle au milieu de mes lectures habituelles, qui a eu l’avantage de me faire me pencher sur l’architecture médiévale (mais qu’est-ce qu’un hagioscope ?) et sur les rites autour de la réclusion religieuse.

Une autre idée du silence de Robyn Cadwallader
Editions Denoël & d’ailleurs
Traduction : Perrine Chambon et Arnaud Baignot
2015 – 398 pages

Au passage, ce livre va me permettre  de valider l’entrée musique pour le challenge Petit BAC 2015.

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« L’histoire des 3 Adolf » d’Osamu Tezuka

L'histoire des 3 adolf tome 1Voilà plusieurs années que j’avais dans ma liste à lire ce manga en quatre tomes. L’histoire des 3 Adolf fait figure de grand classique de la BD nippone parue en 1985. J’ai profité qu’un collègue me les prête pour les lire… non sans mal…

En 1936, Sohei Toge, journaliste sportif, est envoyé à Berlin pour suivre les Jeux Olympiques. Son frère qui vit sur place depuis plusieurs mois semble avoir des ennuis… au point d’être retrouvé assassiné ! Lors de son enquête personnelle, Sohei met la main sur des documents que son frère voulait lui transmettre : l’acte de naissance d’Adolf Hitler, qui met en lumière des origines juives ! A partir de ce moment, les services secrets allemands et japonais n’auront de cesse de vouloir mettre la main sur Sohei et ses précieux documents. En parallèle, trois Adolf vont rythmer en fond de toile les mésaventures de Sohei : Adolf Hitler, Adolf Kaufman, le fils d’un diplomate nazi et d’une japonaise, et Adolf Kamil, un juif expatrié au Japon.

Sur ce fond de Seconde Guerre mondiale, je me suis surtout intéressée à l’histoire des deux Adolf japonais. Les deux adolescents que tout oppose, Adolf Kaufman le fils de nazi et Adolf Kamil le juif deviennent amis, envers et contre tous. Le père Kaufman refuse de voir son fils se lier d’amitié avec un juif, et fait tout pour les séparer… jusqu’à l’envoyer dans une école allemande pour ensuite intégrer les Jeunesses Hitlériennes. A partir de là, on le suit une spirale d’horreur, où le jeune Kaufman va apprendre à devenir de plus en plus cruel et extrême… Déroutant et terrifiant.
J’ai moins accroché sur l’histoire de Sohei Toge, qui n’aura de cesse de retrouver puis conserver hors des mains de l’Allemagne les documents compromettants sur les origines juives d’Hitler. Le côté « polar » m’a moins intéressé somme toute que le côté historique.

Côté scénario, je suis assez divisée… je me suis ennuyée par moment, j’ai buté sur la lecture plusieurs soirs. Beaucoup de textes, et des dessins pas vraiment au goût du jour.
En revanche j’ai apprécié de voir cette partie de l’histoire que l’on connait tant passée sous la plume d’un japonais… Ça change un peu notre point de vue !
Plongés au cœur des racines du mal et de la haine, on a un aperçu des méthodes employées pour transformer un individu lambda en tueur sans remords.
Avec la fin du récit qui nous mène bien au-delà de la période de la Seconde Guerre mondiale, en pleine guerre israelo-palestinnienne, on se rend aussi compte de l’effet ricochet des évènements historiques et des liens qui se créent entre eux.

Une lecture intéressante, mais je n’ai pas été hyper emballée quand même… Manque de rythme, dessins très moyens. Bref, je suis un peu déçue même si je comprend en quoi cette oeuvre est un monument !

« Jin, tome 4  » de Motoka Murakami

Jin tome 4J’ai rencontré il y a peu un collègue de travail fan du Japon et des mangas… Une occasion en or pour échanger sur le sujet, et surtout de s’emprunter mutuellement quelques titres.
Sur ses conseils, je me suis plongée dans la série Jin, débutée en 2001. Voilà une histoire qui a tous les ingrédients pour me tenir en haleine ! Je n’ai pour le moment parcouru que les 4 premiers tomes, mais je me sens d’attaque pour lire la saga jusqu’à la fin !

Jin Minakata est un chirurgien opérant dans un CHU de Tokyo. Après une intervention très étrange sur un patient, il se retrouve propulsé dans le passé en 1862, en plein ère Edo, dans la capitale du pays. Grâce à ses compétences en médecine hors du commun pour l’époque, il va pouvoir aider les personnes qu’il croise, et soigner des maladies jusque là mortelles, comme la rougeole ou le choléra. Aidé par la jeune Saki, fille de la famille Tachibana qui l’a accueillie, il va faire d’elle une infirmière. Tant de connaissances et de compétences vont à la fois lui permettre de nouer des amitiés, mais aussi et surtout s’attirer des ennuis : les médecins suivant les préceptes des écoles chinoises ou occidentales voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un tel concurrent !

C’est avec plaisir que je suis les aventures de Jin et des personnages qui finissent par se regrouper à ses côtés ! Saki l’infirmière avec qui il a une relation amoureuse naissante, mais aussi Nokazé la courtisane de luxe au grand coeur, son ami le ronin Ryoma, le personnage sans gêne et marrant de l’histoire. Les situations et les personnages s’étoffent au fur et à mesure que le récit avance. Et comme souvent avec ce type de manga, la qualité du contenu est au rendez-vous : l’auteur est très documenté, et a été aidé par des centres de recherche, écoles… pour décrire des opérations, des soins, le fonctionnement d’objets médicaux… et la toile de fond historique semble être assez solide aussi.

Jin planche

Côté dessins, rien a redire : des paysages travaillés, des personnages expressifs, des détails techniques maîtrisés… Du bon boulot, ce qui en fait un manga très agréable à lire ! Si vous avez l’occasion, foncez ! L’édition française vient juste de se terminer : les 20 tomes sont disponibles chez nous !

« La dernière fugitive » de Tracy Chevalier

La dernière fugitiveDifficile de ne pas succomber à l’appel du dernier roman de Tracy Chevalier lors du partenariat de mars de Folio ! J’avais beaucoup aimé Prodigieuses créatures il y a quelques années, et j’avais envie de découvrir un autre roman de cette auteure… Voilà qui est chose faite ! Maintenant je n’ai qu’une envie, lire ses premiers romans 😉

1850, Honor Bright quitte l’Angleterre avec sa sœur Grace pour rejoindre l’Amerique. Grace doit retrouver son fiancé Adam, un quaker comme elles, pour l’épouser et vivre avec lui en Ohio.
Mais à peine arrivé sur les côtes américaines, Grace tombe malade et succombe d’une mauvaise fièvre… Laissant Honor seule et sans relations ! Heureusement, elle va rencontrer Belle, une modiste dans la petite ville de Wellington. Celle-ci va l’héberger, la nourrir et l’aider à contacter son ex-futur-beau-frère Adam. Mais même s’ils font partis de la même congrégation religieuse, Honor sent bien qu’elle n’est pas à sa place entre Adam et la veuve de son frère… Elle va devoir trouver un échappatoire pour pouvoir vivre et s’épanouir en Ohio. Et si cela prenait la forme du « chemin de fer clandestin« , la route des esclaves en fuite vers le Canada ?

Voilà un roman sur fond historique très intéressant ! Je ne connaissais pas du tout cette partie de l’histoire des Etats-Unis, celle des esclaves en fuite, tentant de rallier le Canada via les les états où l’esclavagisme est banni, tels  ceux du nord du pays. A travers des lois aidant les chasseurs d’esclaves, on se rend compte de toute l’hypocrisie d’un système à cette période : si ces états refusent l’esclavagisme, ils ne sont pas activement impliqués dans son éradication… bien au contraire !
Même les quakers, farouches émissaires de l’égalité entre les hommes, reconnaissent le bénéfice économique de cet état de fait : les esclaves permettent de produire du coton peu cher, que les grossistes d’Ohio peuvent vendre à des prix modiques dans le monde entier… Et l’argent est ce qui permet aux Etats-Unis d’être indépendants.
Les personnes qui aident les esclaves, que se soit dans les états du Sud comme dans ceux du Nord peuvent réellement été considéré comme des héros, vu ce qu’ils encouraient pour un simple geste de compassion !

Outre cet aspect historique, j’ai apprécié l’histoire d’Honor, qui quitte l’Angleterre, sa famille et son amie Biddy pour fuir des fiançailles rompues.
Tout au long de cette histoire, qui mêle récit à la troisième personne et roman épistolaire, Honor cherche sa place… et ne la trouve que quand elle a une aiguille dans la main. En effet, l’art du quilt à une place centrale dans ce roman ! On apprend les différences entre les quilts classiques britanniques, très géométriques et travaillés, et ceux d’Amerique, simples et très colorés. Les passages important de la vie d’Honor sont représentés par les morceaux de tissus qu’elle glane dans l’optique de créer un jour un quilt américain. C’est assez bien vu et touchant ! Ça donne aussi une autre dimension à ces travaux de couture, que j’aurais décris comme kitsch il y a encore une semaine !

Bref, je suis emballée, et je vais conseiller ce livre à mes proches ! Il y a plein de bonnes choses à prendre dans ce livre.
Merci Folio pour ce partenariat ! 🙂

« HHhH » de Laurent Binet

hhhhOu comment j’ai lu un prix un prix Goncourt du premier roman 2010 sans le savoir ! Comme quoi… Et le mieux, c’est que je l’ai d’autant plus apprécié que je ne m’attendais à rien de spécial, ayant oublié le sujet du roman entre le moment où je l’ai déposé dans ma pile à lire et celui où je l’ai ouvert.
Je suis assez peu habituée à lire des romans historiques, mais là je pense que j’ai fait une bonne pioche avec Laurent Binet et cette enquête tournant autour de l’attentat sur Heydrich en 1942 à Pragues.

« Himmlers Hirn heißt Heydrich », ou HHhH : « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». Tout un programme !
Avant de devenir au sommet de sa gloire la « bête blonde », le « boucher de Prague » Reinhard Heydrich a eu un destin assez exceptionnel qui l’a mené jusqu’à cette date fatidique du 27 mai 1942. Il en est de même pour ces deux parachutistes tchèques, Kubis et Gabčík, envoyés à Prague par la résistance Tchécoslovaque basée à Londres. Leur objectif, tuer un haut dirigeant nazi, et quoi de mieux que le bourreau Heydrich ?
« L’opération anthropoïde » est l’évènement qui va pousser à ces trois personnages de se rencontrer, au détour d’un virage d’une rue de Prague. Les deux résistants pourront-ils mener à bien leur mission ?

Ce qui m’a impressionné dans cette lecture, c’est à la fois la manière dont l’auteur est documenté sur son sujet, et la façon dont il nous livre ces informations historiques sans tomber dans le ton professoral. On est pas du tout dans la fiction, ce que j’ai aussi apprécié.
Chapitre après chapitre, on suit la « grande histoire », les exactions d’Heydrich, la montée en puissance du nazisme, l’entrainement et le parachutage de Kubis et Gabčík… ainsi que l’écriture du roman en lui même via des digressions de l’auteur, ses doutes et interrogations (par exemple de savoir si la Mercedes de Heydrich est verte foncée ou noire en se basant sur des photos en noir et blanc). Bref, toutes les questions qu’un créateur se pose face à son oeuvre : est-elle équilibrée, ou non, la voie choisie est-elle la bonne… ?
Le mélange entre l’œuvre et l’effet miroir qu’elle a sur son auteur est vraiment très intéressant.

Une découverte passionnante et surprenante, moi qui comme un hasard suis dans ma phase « documentaires nazi » à la TV (vive National Geographic !)…
J’ai appris des foules de choses, et pourtant j’étais prise dans le récit, à espérer pour un happy-end tout en sachant que c’était cuit pour nos héros.
J’ignorais qu’Heydrich avait eu autant de fonctions : grand responsable de la Gestapo, des services d’espionnage, de la police criminelle… et surtout il est concepteur de la solution finale… Triste palmarès…
Mais surtout je n’avais jamais entendu parler de « L’opération anthropoïde », qui a pourtant tous les ingrédients d’une terrible histoire sur la résistance !

Voici un livre que je conseille vivement ! Encore une belle expérience grâce au challenge ABC 🙂

ABC-2015

« Soie » d’Alessandro Baricco

SoieSoie doit être dans ma PAL depuis la création de ce blog, c’est à dire 4 ans… Depuis mon tout premier challenge ABC même !
Heureusement que d’autres challenges sont là, comme le Petit BAC, pour me permettre de la vider un peu et remplir ma ligne pour la « matière » !
Je me dis que finalement j’ai été bête d’attendre aussi longtemps pour découvrir ce roman court et plein de poésie, qui m’a bien fait voyager entre la France et le Japon.

En 1861, Hervé Joncour achète et vend des œufs de vers à soie, afin d’alimenter les filatures de la petite ville française de Lavilledieu.
Depuis vingt ans, grâce au flair de Baldabiou qui a implanté ce commerce dans la région, Hervé vit confortablement avec sa femme Hélène… Mais cela va peut être bientôt prendre fin ! Une maladie inconnue touche les œufs provenant d’Europe, d’Afrique et d’Inde, tuant les vers avant qu’ils ne produisent leur précieux fil.
Selon Baldabiou, le seul endroit où les œufs seraient sains, serait justement le seul endroit où aucun étranger ne peut entrer : le Japon, qui a connu deux siècles de vie en totale autarcie… mais qui vient tout juste de permettre aux continentaux de traverser ses frontières. Mais même si un occidental peut dorénavant visiter l’Empire du Soleil Levant, exporter des œufs de vers à soie est puni de mort ! Un seul homme pourra peut-être mener cette mission dangereuse à bien, en traversant la moitié de la planète : Hervé !

Cette histoire courte se lit vraiment d’une traite, car le style de l’auteur est très agréable. Les répétitions des phrases, des motifs et des situations, font penser au mouvement des marée… une poésie qui pour une fois n’est pas pour me déplaire.
On découvre aussi un Japon à peine sorti de son enclavement et de l’ère féodal. Le contraste avec l’Europe qui se modernise est frappant ! Mais la folie de la soie est bel et bien la même partout ! Et aussi celle de l’amour… Car si Hervé aime sincèrement Hélène son épouse, il tombe amoureux de la favorite du Seigneur japonais avec qui il traite. Une mystérieuse jeune femme vêtue de soie orange, aux yeux d’occidentale. Une passion interdite et silencieuse va naître année après année, voyage après voyage… mais pourrait-elle se concrétiser ?

Je ne peux pas trop en dire au risque de dévoiler l’intrigue… mais tout ce que je peux vous conseiller, c’est que vu la rapidité avec laquelle on le dévore, ça serait dommage de passer à côté de ce roman italien ! En tout cas, j’ai passé un bon moment en sa compagnie dans le train samedi soir 🙂

Challenge petit bac 2014

 

« Bride Stories tome 4  » de Kaoru Mori

Bride Stories 4 Ca fait bien longtemps que je n’avais pas lu un manga de la série des Bride Stories, qui pourtant m’avait bien plus à l’époque… Et c’est bien dommage, car cette BD et particulièrement ce tome, ont tout pour plaire : maîtrise du dessin et de l’univers dans lequel se déroule l’histoire, des personnages attachants, beaucoup d’humour… Bref, un bon bol d’air frais !

Nous avions laissé au dernier épisode l’ethnologue Smith seul avec son guide, Ali, sur la route d’Ankara.
Ils vont traverser un village de pêcheurs au bord de la mer d’Aral, où Smith va être pris pour un médecin, et se retrouver des jours durant à soigner les habitants du village… et bientôt tout ceux de la campagne aux alentours !
Ici vivent Layla et Leyli, deux jeunes jumelles qui débordent d’énergie ! Elles n’ont qu’une idée en tête : se trouver deux maris (un pour chacune), idéalement des frères pour pouvoir vivre ensemble… Et bien entendu, ces futurs époux devront être beaux, riches, posséder des centaines de têtes de bétail, proposer une belle dot à leur père, et surtout, supporter ces deux turbulentes jeunes femmes ! Leur père leur trouvera-t-il un parti à leur hauteur ?

Layla et Leyli

Ca fait du bien de quitter un peu le clan de Karluk et d’Amir pour voir un peu ce qui se passe dans d’autres contrée d’Asie Centrale ! Ici on est servi, on est dans un tout autre univers : un village de pêcheur, où le bétail à moins d’importance, avec de nouveaux modes de vie (vêtements, cuisine…). Mais comme partout, le mariage et donc les alliances entre familles sont essentiels !
Les deux jumelles, Layla et Leyli sont deux personnages très comiques, à leur insu : deux petites pestes montées sur ressorts qui ne pensent qu’à leur futur mariage. Elles montent plans sur plans pour essayer de se trouver des maris riches en les piégeant, au grand dam de leur parents. Cela donne des situations cocasses, comme la scène où elles essayent d’assommer un riche chef de tribu avec un poisson, au moment où il traverse la rivière, afin de le sauver et de peut-être se voir proposer ses fils en noce !
Heureusement, leur père va mettre fin à leurs stratégies délirantes pour se trouver un mari en leur choisissant des époux… Gare à la déception !

Je n’ai plus qu’une envie : courir m’acheter le tome 5 !!!

« Goliath » de Tom Gauld

GoliathJe n’en ai pas parlé le mois dernier, mais Price Minister a organisé cette année encore l’opération La BD fait son festival. Une BD de la sélection officielle du festival d’Angoulême au choix contre une chronique dans ce blog et une note pour ma lecture… Très bon deal ! 🙂

Comme je n’avais pas trop d’idées sur ce que j’allais choisir dans la liste proposée, je me suis fiée à mon instinct, et j’ai demandé Goliath de Tom Gauld. La seule raison : j’aimais bien la couverture 😉
Totale surprise donc sur le scénario et le dessin ! Et bien autant le dire tout de suite, j’ai passé un très bon moment ! Puisqu’il faut jouer le jeu des notes pour ce partenariat, je donnerai un 17 à cette BD.

C’est la guerre entre les Philistins et les Israélites. Goliath est dans l’armée philistine, et malgré sa taille imposante, il n’est pas un grand guerrier. Son truc, c’est la paperasse, et il fait très bien son métier de gratte-papier.
Jusqu’au jour où son capitaine décide d’en faire un héros, un élément central de sa stratégie contre le camp ennemi… Pour lui c’est une guerre psychologique qui devra se jouer entre les deux belligérants… et amener les Philistins à la victoire !
Affublé d’une armure d’apparat, accompagné d’un jeune porte bouclier, armé d’une lance gigantesque, Goliath doit aller chaque matin sur le champ de bataille désert et exiger un duel contre un guerrier Israélite. Si celui-ci le bat, les philistins se soumettront, et inversement. Le capitaine de l’armée philistine se dit que vu le morceau que représente Goliath, aucun Israélite ne pourra l’affronter !
Une terrible pression pèse sur les épaules pourtant massives de Goliath… Lui qui est un piètre combattant, il angoisse chaque matin à la perspective du combat qui pourrait venir…

goliath-case

C’est donc un célèbre épisode de l’Ancien Testament qui nous est raconté là, David et Goliath, vu, revu et corrigé ! Cette version est loin des images qu’on peut avoir du fait d’arme original : on laisse le gentil David pour s’intéresser au « méchant », et encore, méchant est un grand mot… Goliath n’est pas un monstre assoiffé de sang et de victoire, c’est un intellectuel pas bon du tout à l’épée… On se prend tout de suite de sympathie pour ce bon gros géant. L’auteur sait jouer avec la poésie et l’humour pour rendre sensible et intelligent son propos. Les mythes sont parfois loin de la réalité, et tout est une histoire de point de vu !

J’aime beaucoup aussi le style de Tom Gauld, dessinateur et illustrateur britannique. D’abord le style simple et percutant, dans la tradition des comic strip, comme ceux qu’il fait pour le Guardian.
Le découpage de certaines pages, la manière dont il joue sur les répétitions de cases, la lumière, les ellipses temporelles… Tout cela donne bien l’impression des 40 jours d’attente de Goliath, et rajoute même au comique, voir au dramatique, de la situation dans laquelle le héros est empêtré. Je me suis vue sourire devant certain mise en scène, c’est pour dire !

Voilà donc une lecture que j’ai beaucoup apprécié et que je soutiens ! Merci à Price Minister et à l’Association, éditeur de cette superbe BD (l’objet est beau en plus !).

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