Mots-clé : hard science-fiction

« La musique du sang » de Greg Bear

La musique du sangVoici une lecture typique de challenge : pour la lettre B du challenge des littératures de l’imaginaire, je me suis décidée à piocher dans ma PAL à rallonge en science-fiction. Avis mitigé, sur ce roman de hard SF… mais au moins, je peux rayer un livre de ma liste de livre à lire !

Chercheur en biologie dans une firme pharmaceutique de pointe en Californie, Vergil Ulam ne peut pas se résoudre à ne travailler que sur les projets de son entreprise. Pour lui, l’avenir n’est pas dans les nano-puces qui pourront soigner le corps humain, mais dans les cellules humaines transformées en micro-ordinateurs. Et ses expériences interdites marchent tellement bien qu’il arrive à créer des cellules intelligentes, des supers leucocytes, qu’il se voit contraint de s’auto-injecter pour ne pas les voir détruites lorsqu’il est licencié.
Contrairement à ce qu’il pensait, les leucocytes manipulés par ses soins survivent dans son organisme, et commencent à modifier son corps, ses goûts et envies… jusqu’à lui parler ! Devient-il fou ? Ces cellules vont-elles agir comme des virus, et tenter de se reproduire pour explorer l’univers hors de son corps ? Qu’est ce qui pourrait arrêter ces cellules intelligentes, capable d’agir de concert et de s’adapter à toutes les situations ?

Si ce pitch de départ est très alléchant, un brin branché sciences dures, mais tout de même compréhensible… il m’a semblé beaucoup moins attrayant au bout d’un moment. Un quart du livre est dédié à la découverte des cellules intelligentes, à comment Vergil va appréhender la chose, essayer d’en parler à des collègues… Ensuite, on perd de vue cet aspect mystérieux pour attaquer vraiment des concepts de hard SF qui m’ont un peu laissé de côté, tout en évoluant dans un univers très fantastiques, difficilement concevable. Seul le concept de cellule comme porteuse de mémoire de nos aieux m’a un peu fait rêver, mais n’est pas assez exploité à mon goût.
Bref, je n’ai pas vraiment apprécié les trois quart du livre
Sans être détestable, ou ennuyeux, il a manqué quelque chose pour m’emballer. Sous certains aspects, ce roman m’a rappelé L’œuf du dragon de Robert L. Forward : une plongé dans le monde de l’incroyablement petit, la découverte de civilisations là où on ne les attend pas, les tentatives de communication avec elles… Sauf que ce dernier était plus axé story-telling, accessible, et avait une touche d’humour qui manque totalement à La musique de sang.

Un roman que j’aurai du mal à conseiller, sauf aux amateurs du genre. Un avis mi-figue, mi-raisin… typique des roman qui partent super bien, et s’essouflent avant la fin. Dommage !

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« L’Oeuf du Dragon » de Robert L. Forward 

L'œuf du dragonIl y a décidément des trésors de science-fiction dissimulés et peu connus… L’Oeuf de Dragon, écrit en 1980 par l’astronome américain Robert L. Forward en fait parti, et je suis bien contente d’être tombée dessus (je ne sais pas trop comment, une fois de plus). Très hard-SF, j’ai eu un peu peur au tout début d’être larguée, mais je me suis très vite laissée happer par cette épopée contant la naissance et la croissance d’une civilisation extra-terrestre.

Plusieurs centaines de milliers d’années avant notre ère, une étoile à neutron se retrouve propulsée en direction du Soleil. Alors que ce pulsar quitte notre système solaire en 2020, une scientifique le repère dans la constellation du dragon… et le voilà nommé « l’Oeuf de Dragon« . En 2049, une expédition est envoyée pour étudier le corps céleste, avant qu’il ne quitte définitivement notre système solaire. Mais ce que ne savent pas les scientifiques dans leur vaisseau au dessus de l’Oeuf de Dragon, c’est que la vie a éclos sur cet astre de 20km de diamètre ! D’abord des sortes de plantes, puis des animaux… Et certains sont même devenus intelligents : les cheelas ! Ces minuscules amibes aux douze yeux vont connaître en accéléré une évolution assez comparable à la notre, et pour cause : sur leur planète cinq secondes équivalent à une journée terrienne ! Malgré tout ce qui les séparent, de la taille au système temporel, humains et cheelas pourront-ils avoir conscience les uns des autres, et pourquoi pas communiquer ?

Voilà donc un excellent roman de science-fiction, construit sur des bases scientifiques ultra solides…de la hard-SF pure et dure. Manquant de références, je n’ai pas encore tout saisi, mais ce n’est pas très grave, car le récit de la vie des cheelas est suffisamment passionnant pour passer outre ces petits inconvénients. Les cheelas se suivent et ne se ressemblent pas : des chefs tribaux de l’ancien temps aux génies dignes de Léonard de Vinci, en passant par les prêcheurs dans le désert, ces créatures sont fascinantes.

J’ai apprécié les jeux d’échos entre la vie de cheelas et l’histoire humaine, comme leur création d’un dieu et d’une religion lorsqu’ils découvre notre Soleil au sud de leur « planète ». Il est aussi amusant de se représenter le monde quasi plat qui est le leur (magnétisme et gravité énormes oblige), ce qui n’était pas sans me rappeller Flatland !

Voilà en tous cas de quoi laisser songeur sur les études sur la vie extra-terrestre. Je ne m’était pas imaginé que le temps pouvait être aussi relatif ! La vie d’un cheela, c’est 30 minutes de temps dans le vaisseau humain. Grâce à cet exercice romancé de Forward, j’ai enfin compris un début de théorie de la relativité !

J’ai donc été emballée par le style et l’histoire, le tout sans baigner dans le moralisme ou le romantisme. On se dit que l’espèce humaine a beaucoup à apprendre encore en lisant ces pages… Et c’est tant mieux 🙂

Je le conseille donc à tous les fans de SF. Seule déception, le roman n’est plus édité ! Il faudra donc se tourner vers d’anciennes éditions chez des bouquinistes ou à la bibliothèque…

A noter que ce roman me permet de remplir une ligne pour le challenge ABC… Doucement mais sûrement !

ABC-2015

« Axiomatique » de Greg Egan

AxiomatiqueÇa faisait un bon moment que j’avais entendu parler de Greg Egan, un des papes de la « Hard Science-Fiction« … Rassurez vous, rien de sale la dessous 😉
Dans la Hard Science-Fiction, les théories scientifiques (biologie, physique, informatique, psychologie cognitive…) utilisées dans le récit correspondent bien à l’état actuel de nos connaissances… Ce qui rend ces histoire encore plus inquiétantes, car l’auteur joue vraiment avec les limites de notre savoir.
J’ai donc mis un peu de temps à me lancer, mais j’ai enfin lu un de ses livres ! Axiomatique, un recueil de nouvelles paru aux Etats-Unis en 1995, et en 2006 chez nous. Une lecture parfaite pour le challenge ABC des littératures de l’Imaginaire !

Difficile de se focaliser sur quelques une des dix-huit nouvelles de ce livre pour résumer le style de l’auteur. Celles qui m’ont le plus marquées sont celles où l’auteur nous brosse un portrait de l’humanité futuretoutes les prouesses scientifiques sont possibles… Pour le meilleur, mais aussi pour le pire quand elles touches à l’eugénisme ou au désirs névrotiques.

Par exemple dans Le P´tit-Mignon un homme cherche à combler ses besoins de paternité en faisant commandant un bébé synthétique, censé vivre 4 ans et ne jamais dépasser l’âge mental d’un nouveau né. Mais a-t-il bien fait d’acheter une version taïwanaise contrefaite du P´tit-Mignon, pour économiser quelques dollars ?
Un amour approprié est vraiment flippant… Pour sauver la vie de son mari victime d’un grave accident, et en attendant que son corps cloné soit prêt, une femme doit le porter le cerveau de son conjoint dans son ventre deux ans, comme un foetus. Tout cela à cause d’un contrat d’assurance au rabais… Une histoire très perturbante, où on en vient à se poser des questions sur ce qu’on serait prêt à faire pour sa tendre moitié…
D’autres histoires sont plus positives, comme Eugène, où un super enfant censé être le joyau de la manipulation génétique revient dans le passé pour empêcher sa propre conception !
Le coffre-fort est assez troublant, l’histoire d’un homme qui « glisse » d’un corps à l’autre dans sa ville depuis son enfance. Il n’a pas d’identité propre, pas de vie à lui… Il emprunte celle de ses hôtes pour une journée, et glisse dans un nouveau corps le lendemain. Qui est-il en réalité ? A-t-il jamais été humain ? D’où vient cette malédiction ?

Globalement, ces nouvelles tournant autour de la présence de l’autre, de l’image de soi… m’ont beaucoup plu. Les concepts scientifiques manipulés par Egan sont pointus, cohérents, et c’est ce qui fait la force et l’intérêt de ses histoires. Entre la manipulation des gènes, les voyages dans le temps, l’immortalité grâces à des cerveaux synthétiques, les implants neuronaux pour changer les comportements… Il y a des dizaines de concepts avec lesquels s’amuser !
Personnellement j’ai eu plus de mal à comprendre et apprécier des récits avec des altérations de l’espace-temps, comme L’assassin infini où des villes entières glissent de dimensions en dimensions…

Globalement, voici un très bon ouvrage de science-fiction, très riche, avec un humanisme assez présent derrière les théories scientifiques… Contrairement à ce qu’on peut entendre sur la hard science-fiction qui s’attacherait plus aux sciences qu’au personnages dans les romans.
Je le conseillerai donc volontiers aux amateurs de SF et de formats courts !

challenge de l'imaginaire ABC 2014