Mots-clé : fait divers

« Mangez-le si vous voulez » Jean Teulé

Voilà un livre que j’avais mis dans ma wishlist Amazon pour je ne sais plus quelle raison… sûrement une navigation hasardeuse qui m’avait mené à cette affaire véridique et horrible qui c’est déroulé à la fin du XIXème siècle sous le règne de l’Empereur Napoléon III,  en Dordogne, à Hautefaye.
Sous le coup d’un quiproquo, un homme innocent, Alain Monéys, c’est retrouvé battu, torturé, brûlé vif… par une foule en colère. Une rumeur de cannibalisme se superpose en plus à cette histoire.

Il s’agit la d’un roman de Jean Teulé, auteur que je découvre, qui reprend cette histoire pour donner une forme plus réaliste au massacre, n’hésitant pas à mélanger pathos et gore pour nous brosser un tableau à la hauteur du drame.
Alain Monéys, jeune homme bien sous tout rapport venu a Hautefaye pour la foire, et accusé par une série de quiproquos par quelques habitants du village d’avoir déclaré « Vive la Prusse ». Alors que l’Empereur Français se bat contre la Prusse, que les enfants des habitant partent à la guerre et y restent bien souvent… le climat se tend brutalement.
Bien que contestant cette déclaration, Alain est battu, et au fur et a mesure que la foule apprend ses parole, de plus en plus de personne viennent pour le frapper… l’horreur montant crescendo. Supplicié et torturé (ils le ferrent comme un cheval, lui pulvérisé les articulation lors d’un écartement, lui crève un oeil à la fourchette…), traîné dans toute la ville pendant 2 heures, il fini brûlé sur un bûcher.
Ni ses quelques amis essayant de le défendre, ni le curé tentant de capter l’attention de la foule en leur proposant du vin et des alcools, ni le maire préférant ne pas s’attirer les foudres de ses concitoyens enragés… n’auront raison de la vindicte populaire : ils ne lui sauveront pas la vie.
Le lendemain du drame, les gendarmes et la justice commencent à se rendre compte des fait… et cherchent les plus coupables parmi les 600 présents lors de cet halali, pour en sélectionner au final 21 (faute de place dans la prison de Périgueux). C’est comme un lendemain de cuite pour les habitants, qui ne se rendaient pas compte des atrocités réalisées la veille, conduit par le mouvement de foule.
Peu seront relaxé, la plupart subiront des années de bagnes, et quelques uns seront guillotinés.

Dans ce récit, on y perçoit un mélange de l’amour des habitants pour l’empereur Napoléon III et la France pour laquelle leurs enfant sont tombé, et pour qui ils vivent une année de disette et de taxes. Ils font leur catharsis avec l’utilisation d’un bouc émissaire vu soit comme un Prussien, soit comme une bête démoniaque mythique de la région… mais au delà de cela,  on trouve une totale référence au Christ pendant tout le roman.

Alain est d’abord présenté comme un véritable innocent et un homme vertueux, un homme qui se sacrifie pour la France et ses concitoyens : jeune, adjoint de son village il projette un assainissement des marais pour le bien commun, il accepte d’aller à la guerre malgré un physique souffreteux (les riches pouvaient alors payer pour envoyer un paysan à leur place à la guerre). Il a offert aux citoyens divers biens et services (pierre tombale pour la fille d’un de ses tortionnaire etc), donné au tavernier un emprunt sans intérêt.
Bref, il est aimé et respecté de gens. Le mec vraiment bien. Le tout présenté sur un chapitre, ce n’est pas son profil psy qui nous intéresse.

Toute la partie concernant l’affaire en elle-même est construite autour d’un métaphore filé sur la Passion du Christ : trahison de ses proches et amis, plus personne ne le reconnais, malgré un groupe d’ami qui lui restent fidèles. On a même le droit à la phrase « Ils ne savent pas ce qu’ils font » (dernière phrase du Christ sur la croix) lors de la séance de torture chez le forgeron, plein de références religieuses type procession, torture (clou, écartèlement, brûlé vif… classique des saints). Le summum, c’est le coup de la croix avec le Christ planté dessus, dans l’auberge devant lequel Alain ensanglanté essaye de se reposer 5 minutes, avec lourde insistance « un collègue d’Alain »… c’est bon, on avait compris la métaphore. On a aussi le droit à une Marie-Madeleine, la pute miséricordieuse sous les traits de son amoureuse Anna qui offre ses fesses à un agresseur pour l’éloigner… (oui, on a aussi quelques paragraphe très cul pour faire monter la tension).
Vous l’aurez compris en lisant les titre de chapitre, on aussi une structure du livre en étapes, comme un chemin de croix (ouf, il n’y en a pas 13).
On pense aussi à la Cène : entre le curée qui offre son vin de messe pour éloigner la foule de tortionnaire dans l’espoir de les faire penser à autre chose, et la scène de cannibalisme en mode banquet, qui débute par une tartine de pain et de gras humain qui coule sur le bûcher.

Perso, ce n’est pas le côté trash qui me gène, mais le côté « trop gros » par moment : Alain qui se lève et pars en courant alors qu’il a les articulation broyées suite à un écartèlement, la poésie forcée pour décrire les souffrance ou l’esthétisme des scène… (envolée de sang dans la lumière et compagnie).

L’histoire en elle même est intéressante car elle pose des questions : qu’est ce que emmène une foule de 600 personnes à torturer, tuer et manger un être humain, en France, il y a 150 ans ? Et surtout, comment traiter cette affaire en justice, surtout si seuls 21 accusés passent devant un tribunal ? Qu’en est il de la honte sur ce village aujourd’hui encore ?

Côté style, je n’ai pas trouvé ca super génial. C’est un livre court et accessible, on ne rentre pas dans les détails sociaux de l’époque, ou les profils psychologiques... un roman fait-divers. Des raccourcis sont pris pour mieux parler au lecteur que nous somme : le quiproquo joue sur « Vive la Prusse » au lieu de « Vive la République » (d’après la Wikipédia), même si la finalité est la même.
L’auteur retrace les faits avec le materiel qu’il a trouvé, mais la brutalité et l’ambiance du récit n’est rien d’autre pour moi qu’un roman gorePas d’analyse, juste une version romancé, dont le voyeurisme est digne des émission TV sur les faits divers de la TNT : barbarisme, alcool et sexe… de quoi avoir la nausée, mais c’est tout.

Ce n’est donc pas un livre historique, mais une interprétation où l’auteur bouche les trous avec sa vision des faits. De même il prend le parti d’une version avec cannibalisme, qui ne pourrait n’être qu’une rumeur dans l’affaire (le malheureux mot du maire de Hautefaye pour évacuer le corps du village « Mangez-le si vous voulez« ).

Quand on connaît l’histoire de Hautefaye, je trouve que la lecture de ce récit n’est pas nécessaire… Je n’ai pas aimé le style, ni les partis pris de choquer gratuitement (je me ramolli avec l’âge).
A trop vouloir appuyer ses propos, on a l’impression qu’il prend le lecteur pour un con (brosser un tableau idyllique du martyr sur quelques lignes, enfoncer le clou sur la métaphore religieuse, les villageois et le maire modelés de bêtise crasse…). Et la fin… au secours -_-‘
D’après ce que m’a dit Petite Fleur, c’est le style Jean Teulé… je ne suis pas fan pour le coup, j’ai même trouvé ça pénible !  Un des rares livre que je ne conseillerai pas donc.