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« La Chica zombie » de Laura Fernández

La chica zombieAh la bonne lecture jubilatoire ! En demandant ce livre aux Éditions Denoël pour le partenariat de novembre, je ne m’attendais pas à autant m’éclater en le lisant ! La Chica zombie, premier roman édité en France de l’auteur espagnole Laura Fernández, est un concentré de dynamisme qui m’a laissé sur le cul.
Contrairement à ce que je pensais, il ne s’agit pas réellement d’un roman sur les zombies… et pas plus de littérature pour ados malgré le fait que ses héros soient des profs et des lycéens ! A la croisée des genres, voici un roman contemporain sous perfusion de grandes œuvres de l’horreur, mâtiné de culture pop américaine… Un vrai coup de cœur !

Pas facile d’avoir 16 ans, que ce soit à Elron dans les années 90 que partout ailleurs et en tout temps… C’est l’amère expérience qu’Erin Fancher, élève au lycée Robert Mitchum, va faire.
Elle vient de se taper un 0,5 en grammaire à cause de la prof remplaçante Velma Ellis, sa meilleure amie Shirley la « force » à sucer Reeve dans les toilettes du lycée… Et pour ne rien arranger, ce matin elle se réveille morte, putréfiée… zombifiée en somme ! Le plus grave, c’est que ni ses parents, ni Shirley, ni Reeve ne semblent s’en apercevoir ! Le seul qui remarque les vers qui courent le long de ses plaies sous ses tonnes de maquillage, c’est le paria du lycée, le psychopathe Billy Servant.
Comment Erin a-t-elle bien pu se transformer en zombie ? Pourquoi certains feignent d’ignorer son état ? Quelle relations va t-elle maintenir avec ses anciens amis après ce coup du sort ?

Derrière cette histoire de zombie, vous l’aurez deviné, se cache – à moitié – une métaphore de l’adolescence, des relations de domination au lycée qui finissent par décérébrer et stéréotyper le plus gentil des adolescents. Dans ce contexte, chacun a sa méthode pour exister ou survivre : devenir populaire comme Shirley, invisible comme Billy, violent comme Kirby… Et ceux qui se cherchent encore comme Erin finissent souvent par être les marionnettes de leurs camarades de classe.
C’est même toute la société qui est égratignée par Laura Fernández, en pointant par exemple les pressions sociales exercées sur tout un chacun : la chasse à l’obésité, l’obligation de se marier, … Entre jugement et regrets, pas évident d’être adulte non plus à Elron.

Le style de l’auteur et la manière dont elle a traité l’histoire m’ont vraiment emballé. Sa plume est pleine d’humour (noir) et m’a rappelé le côté « what the fuck ? » de l’auteur anonyme du Livre sans nom, ou de Tom Sharpe dans un autre registre… Le côté « hommage aux maîtres du gore » m’a aussi rappelé Thomas Gunzig et ses 10000 litres d’horreur pure… Que du bon, je vous dit !
Les personnages sont inénarrables, oscillant entre le ridicule et le lyrisme… Les plans du directeur du lycée, Sanders, pour séduire la prof remplaçante Velma sont grotesques. Et ceux qu’elle met en place avec un type qui se prend pour le génie de la lampe sont carrément énormes ! Le clou pour moi, c’est le cercle de parole où se réunissent les patients du docteur Droster. Outre Velma qui est harcelée par une robe de mariée toutes les nuits, on retrouve un gars qui se prend pour super Mario… Et une femme qui a déconnecté en se transformant en loutre, engloutissant des kilos de poisson cru.

coup de coeurC’est pour moi à la fois une belle découverte, qui c’est bien vite transformée au fil des pages en coup de coeur ! Outre le fait d’enfin entrevoir un lycée criant de vérité (je ne vais pas dire que je j’y étais… mais presque), les touches surréalistes et trash ajoutées par l’auteur m’ont beaucoup plu. C’est très rock en somme !

Merci Denoël, j’espère bientôt pouvoir lire d’autres roman de cet auteur ! J’en veux plus !

La Chica zombie de Laura Fernández
Éditions Denoël
Traduction : Isabelle Gugnon
2014 – 368 pages

« Le puits » d’Iván Repila

Le puitsGrâce au partenariat des éditions Denoël, j’ai pu sortir un peu la tête de mon marathon fantasy / SF de ces dernières semaines (fort sympathique au demeurant, mais il faut savoir varier les plaisir ;)). J’ai donc choisi un peu au hasard Le puits, premier roman d’un auteur espagnol, Iván Repila. Sur le papier, ce livre avait comme principal avantage d’être court, et ensuite de raconter une histoire de survie en huis clos, ce qui m’attire toujours.

Deux frères sont tombés dans un puits naturel profond, en pleine forêt. Le Grand est fort et est un adolescent, et le Petit est faible et est encore un enfant. Malgré tous leurs efforts pour essayer de sortir ou d’appeler les secours, ils doivent se rendre à l’évidence : ils sont bel et bien coincés au fond de ce trou, et vont devoir compter sur eux même pour survivre. Il y a pourtant bien le sac de provision de la mère des enfants qui est tombé dans le puits avec eux… mais le Grand interdit au Petit d’y toucher !
Ils vont donc devoir rester là et attendre, se nourrir de larves, boire l’eau des flaques ou mâcher des racines, braver les averses ou la canicule, faire fuir des loups… Et surtout ne pas tomber dans l’apathie ou la folie !
Comment vont-ils pouvoir survivre ? Pourquoi le Grand ne veut pas toucher aux provisions ? Quelqu’un viendra-t-il les aider ?

Je m’attendais avant d’ouvrir ce livre à une histoire en mode survivaliste, en huis clos, un peu comme dans le film Hole de 2001 ou bien le roman glauque Sukkwan Island de David Vann. En fait on est beaucoup plus dans une fable contemporaine à mon sens, bourrée de symboles et de métaphores… bref, dans du fantastique (le marathon continue !). Que ce soit l’image du puits- utérus, la mère destructrice et son sac à provisions, la forêt éloignée de tout, l’attaque par les loups, les fruits interdits, les relations entre ainés et cadets, l’impossibilité de dater ou situer l’histoire… On retrouve des motifs et des thèmes propres aux contes pour un récit à la limite du voyage initiatique.
Pourtant la manière dont l’auteur nous décrit la spirale de la folie qui étreint le Petit, ou les questions que se pose le Grand sont très réalistes. On plonge avec eux dans cette tension, qui tient plus de la rage que de la détresse !

Juste après ma lecture je ne savais pas trop quoi penser de ce roman. Mais finalement à y réfléchir depuis deux jours, je pense que je l’ai apprécié, même si j’ai été gênée par la confusion entre le délire due aux privations des enfants et la réalité… ce qui fait que la fin m’est apparue un peu trop sèche. Mais finalement, si on le considère comme une fable, ça passe… Avec ce parti pris, je ne cherche plus à savoir ce qui tient de la réalité ou de la fiction, et j’en apprécie que mieux ce texte !

Ce roman me permet aussi de cocher la case « bâtiment » du challenge Petit BAC 2014.

Merci encore aux éditions Denoël pour cette lecture !

Le puits d’Iván Repila
Éditions Denoël
Traduction : Margot Nguyen Béraud
2014 – 112 pages

Challenge petit bac 2014

Blacksad, la suite, enfin !

Ça faisait pas mal de temps que j’attendais la suite de cette série de BD très sympathique, Blacksad, de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, scénariste et dessinateur espagnols… et le tome 4 est sorti le mois dernier avec comme titre L’enfer, le silence.

Blacksad… Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’enquêtes menées par le personnage éponyme, dans un style « série noires ». Les histoires se déroulent dans les États-Unis des années 50, où les personnages sont des animaux anthropomorphes.
Les traits animaux ne sont pas là totalement gratuitement : chacune des espèces choisie donne un caractère spécifique au personnage, que ce soit par l’image qu’on s’en fait (le renard est malin…) que par des critère plus objectifs (sa corpulence, sa couleur…)
Notre héros Blacksad est un chat noir et blanc, accompagné de Weekly, une fouine. Chaque épisode se base sur un fait de société de cette période de l’après guerre, par exemple le racisme dans le tome 2, la chasse au sorcière dans le tome 3…

Dans ce nouvel album, l’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, et l’enquête se focalise sur l’univers du jazz… où vont bien sûr se greffer d’autres thèmes plus douloureux (mais chut…).
Le tout est teinté de l’ambiance créole et vaudou, de rues où trainent des clochard génies de la musique, de l’émergence des maisons de disque, de quartiers de dealers…
Bref, un nouvel opus bien sympathique qui m’a transporté dans un univers que je connais peu 🙂

Ce que j’apprécie dans Blacksad, ce n’est pas tant l’histoire ou le héros que le style de la BD.
Chaque album est un objet magnifique, avec des dessins superbes !

Habituellement je me détourne des BD « trop jolies », car pour moi la BD est action, ou le dessins est au service de l’histoire, et non le contraire ! Et c’est pour cela je crois que j’aime particulièrement les mangas et les comics, que certain jugent « pauvre » visuellement.
Trop souvent dans la BD belge, le dessin prime sur la qualité de l’histoire, et je trouve ça dommage. Une case de BD n’a pas à être un tableau, elle fait parti d’un tout, qui se trouve entre les arts de l’espace et du temps. Si on s’arrête pour s’émerveiller sur le brio du dessin, c’est mort ! La narration s’arrête, l’histoire se met en pause…

Dans Blacksad, et dans ce tome en particulier, je fais exactement le contraire de ces grand principes que j’énonce ci-dessus, est c’est bon 🙂
Ici le dessin, la couleur, le découpage des cases… participe activement à l’action et à la narration. On peut rester à regarder une planche en se demandant comment cette mise en lumière a été faite, à admirer la finesse du trait… Bref, je me délecte, je prend mon temps… je repasse 3 fois sur la page parce que justement je me suis arrêtée, mais ça n’est pas grave : le scénario est très bon, les personnages assez forts pour résister à de multiples passages de lecture.

En gros, que du bon ! Si vous ne connaissez pas la série, allez vite vous la procurer ! Et pour ceux qui connaissent, le tome 4 ne devrait pas vous décevoir ^^

Et pour vous allécher, la page 2 du 4ème tome.