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« Arslan » de M. J. Engh

ArslanLe hasard fait parfois bien les choses. Alors que je venais de finir Morwenna, où il est pas mal question d’ouvrage de SF « classiques », je me suis penchée immédiatement sur mon partenariat Denoël tout juste reçu, Arslan. Il se trouve que c’est un des livres abondamment cité par Morwenna dans le roman de Jo Walton ! Je vais tout de suite pouvoir découvrir cette dystopie qui a tant fait cogiter l’héroïne de ma précédente lecture.

Kraftsville, Illinois. Franklin L. Bond, proviseur du collège de la ville voit débarquer les troupes armées d’un dictateur Turkmène, Arslan. Ce jeune général vient prendre possession du secteur : il a conquis l’Amérique du Nord, l’a découpée en comtés autonomes occupées par ses forces, et compte faire de Kraftsville son quartier général. Les habitants de la paisible bourgade américaine vont alors connaître ce que vivent beaucoup de populations dans les zones de guerre : viols, occupation ennemie, couvre-feu, bordels institutionnalisés, justice expéditive, interdiction de la libre circulation… En mode un peu survivaliste au début, les habitants vont devoir se passer d’essence, d’électricité, de machines, de nourriture industrielle… et revenir à la culture de plantes qui demande peu d’entretien, et à la chasse. Jour après jour, l’ombre d’Arslan plane sur la ville, et sur le monde. Quel est son plan ? Asservir ou détruire l’humanité ?

Ce qui fait la force d’Arslan, c’est qu’il est terriblement actuel. Rien ne ferait penser qu’il a été écris il y a quarante ans… il aurait pu être édité hier ! La conquête du monde par la puissance du feu et des arrangements politiques, par un dictateur mue par une passion personnelle, n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons… Surtout quand on voit qu’Arslan vient du Moyen-Orient, et qu’il est soutenu par les Russes (communistes à l’époque) et la Chine… Comme un goût de déjà-vu.
Mais cela nous permet de nous questionner sur ce qui anime les hommes… et la guerre. Est-ce que son désir de destruction de l’humanité, pour soi-disant sauver la planète, est juste ? Pour ses fidèle oui, pour ses victimes certainement pas…
Le temps qui passe dans le roman, 16 années, montre aussi que l’homme est prêt à s’adapter à tout, même et surtout au pire.
La question est presque de se demander si on est dans de la science-fiction par moment. Outre la conquête des USA par un général venu de l’Est et la création d’un virus qui rend les femmes stériles, les situations  sont cruellement réelles. On a l’impression d’être dans de un vrai roman d’anticipation sociale par moment.

Le traitement avec deux points de vue permet de dresser un tableau assez véridique, quoique peu objectif, d’Arslan.
La vision de Franklin L. Bond, ancien proviseur, est aigre naturellement, mais assez raisonnée. Son écriture est claire et fluide, dynamique, axées sur l’action et le présent.
Le point de vue de Hunt, le garçon qu’Arslan viole devant Kraftsville et son armée le soir de sa conquête, et plus ambiguë. Pris en otage et violenté pendant des années par son persécuteur, il finit par l’aimer, et cela semble parfois réciproque. Son écriture ressemble à celle de Hesse dans Le loup des steppes (est-ce un compliment ?). Elle est poétique, contemplative, très axées sur le passé… J’ai eu plus de mal avec son style. Bref, un contraste pas désagréable.

Une belle découverte donc, que je vais conseiller à mes amis lecteurs fans du genre.
Merci Denoël pour ce partenariat !

Je vais au passage utiliser ce livre pour le challenge ABC des littératures de l’imaginaire, pour la lettre E.

Arslan de M. J. Engh
Traduit par Jacques Collin
Editions Denoël, collection Lunes d’encre  – 400 pages
Paru le 9 juin 2016

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« Delirium, tome 1 » de Lauren Oliver

DeliriumLes joies de la recherche d’auteurs à lettre exotique pour les challenges ABC… Voilà comment je me suis retrouvée à ajouter Lauren Oliver à ma liste de lecture pour le challenge des littératures de l’imaginaire. Je n’attendais pas grand chose de ce livre, dont j’avais trouvé la référence sur Livraddict. Littérature pour ado, un fond de dystopie… Et bien finalement grand bien m’a pris de suivre les conseils des autres lecteurs, car j’ai passé un agréable moment durant cette lecture !

A 17 ans, Lena n’attend qu’un seule chose : fêter enfin ses 18 ans pour pouvoir subir son Protocole. A partir de ce jour là, elle ne sera plus vulnérable à la terrible maladie qui a fait des ravages des siècles durant : l’amor deliria nervosa, en d’autre terme, l’amour. En effet, dans les Etats-Unis post blitz, l’amour est interdit… Pire, c’est un fléau reconnu qui conduit à toutes les dérives. Grâce au Protocole, les citoyens sont libérés de toutes passions, et deviennent de parfaits habitants : un mariage arrangé par statistiques, une vie tracée par la réussites à des examens… Bref, le bonheur. Sauf que la route de Lena va croiser celle d’Alex, qui fait naître en elle un sentiment étrange…

Si la lecture de ce roman est facile et agréable, il faut avouer que sa construction et les thèmes traités ne sont pas très originaux. Les fans de Hunger Games et de classiques de la science-fiction verront venir les évènements de très loin. Mais n’empêche, ça fonctionne ! Faire de l’amour une maladie est plutôt bien vu, et j’ai trouvé le traitement du récit autour de cette dictature de l’indifférence assez bien faite. J’ai été captée par l’histoire de Lena, d’Alex et de leur amie Hana… et je n’avais qu’une envie : savoir comment ils allaient s’en sortir ! Même si je me doutais un peu de la fin, je n’ai pas pu m’empêcher de me passionner pour cette histoire d’amour

Une réussite, ce roman ! Je ne sais pas si je lirai les tomes suivants, car je trouve que ce volume se termine correctement et proprement… Et puis on se doute un peu de ce que pourrait être la suite : révolution, destruction du régime totalitaire, les futures générations pouvant vivre comme de bon sauvages sans Protocole… Je préfère en attendant reste sur cette bonne impression 🙂

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« Battle Royale » de Koushun Takami

Battle RoyaleAyant adoré Hunger Games de Suzanne Collins et apprécié Sa majesté des mouches de William Golding, il fallait que je lise ce que certains considèrent comme le chaînon entre ces deux œuvres : le roman japonais Battle Royale de Koushun Takami, écrit en 1999. Et bien, je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt ce roman ! Même si la découverte précoce de ce livre aurait peut-être mis en sourdine mon adulation pour Hunger Games

Dans un Japon moderne sous le joug d’une dictature, des classes entières de 3ème sont envoyées chaque années sur des aires de combat, pour suivre le Programme organisé par le gouvernement. Ces adolescents doivent se battre sur une île, avec en leur possession une arme choisie au hasard par le superviseur du jeu. Et leurs ennemis ne sont autres qu’eux mêmes : un seul survivant sortira de l’île… Ils devront donc s’entre-tuer !
Cette année, c’est la classe de Shûya Nanahara qui se retrouve choisie pour le Programme. Mais comment des amis et camarades de classes pourront en arriver à se tuer les uns les autres, eux qui sont tellement soudés habituellement ? C’est ce que nous allons découvrir à grands renforts de combats et de sang !

Avec Battle Royale, on ne chipote pas ! Quarante-deux élèves à éliminer, de quoi laisser libre cours à l’imagination macabre de l’auteur… Et j’adore ça ! Pas mal de scènes trash et gore, mais ce n’est là que la surface du roman. En effet, son créateur cherche plutôt à nous questionner sur l’humanité de ses personnages et la notre. Jusqu’où serait- on prêt à aller pour notre propre survie ? Jusqu’au meurtre ? Serait-on capable de faire confiance réellement à un ami ? Et a une simple connaissance, voir un inconnu ? Devant chaque dilemne, chaque situation, on se demande ce qu’on aurait fait, dans ce grand jeu de la survie.

Comme je le disais plus haut, ce qui m’a un peu perturbé au début, c’est la ressemblance de ce roman avec Hunger Games : des ados qui doivent s’entre-tuer dans un état dictatorial, chacun possédant une arme reçue un peu au hasard, les dilemnes sur les alliances à créer ou non, les noms des morts diffusés par l’organisateur à heures régulières, des zones qui deviennent interdites ou dangereuses pour concentrer sur une zone les concurrents… Et j’en passe ! Tout cela finalement ne retire pas de la qualité à la trilogie americaine, qui surfe plus sur le créneau contemporain de l’hypermediatisation. Mais quand même… Je vais avoir du mal à ne pas comparer les deux encore quelques temps, et par conséquent revoir mon engouement pour la série de Suzanne Collins.

En tout cas je vous conseille ce roman plein d’énergie, qui ne laisse aucune seconde de répit, et ceux jusqu’aux dernières pages. Un grand classique c’est certain ! A l’occasion je me pencherai sur le film et les mangas… Apparement il prennent un angle légèrement différent.

Et voilà au passage une nouvelle lecture pour le challenge ABC, pour la lettre T !

ABC-2015

« Le Chaos en marche tome 1 : La voix du couteau » de Patrick Ness

La voix du couteauCette fin d’automne aura été riche en bonne lecture grâce aux partenariats ! Aujourd’hui, c’est à Folio et au premier opus de la trilogie Le Chaos en marche, La voix du couteau, de Patrick Ness, que je dédie un coup de cœur ! Littérature jeunesse certes, mais pas que ! Et pour mon plus grand plaisir, un univers de science-fiction dystopique de qualité 😀

Sur une planète lointaine, dans la petite colonie de Prentissville, le jeune Todd attend de fêter ses 14 ans pour enfin devenir un homme, un vrai ! Il est le dernier garçon de la ville, et pour cause : avant sa naissance, une maladie a anéantie toutes les femmes… Une arme bactériologique lancée par les Spackle les premiers habitants de la planète Effet secondaire de la maladie : les hommes ont commencé à générer du Bruit. Leurs pensées sont audibles a tout un chacun ! Le silence n’existe plus sur cette planète, car même les animaux parlent maintenant… de quoi devenir fou !
Un mois avant son anniversaire, Todd va faire une découverte en se promenant dans les marais avec son chien Manchee… Une bulle de silence, comme un grand vide. Est-ce un Spackle, l’ennemi numéro un des humain ? Non ! Plus improbable encore… une fille ! D’où sort-elle, et que veut-elle, elle dont on ne peut pas lire les pensées et qui en plus ne parle pas ?

Cette histoire va amener Todd, son chien et sa nouvelle amie, Viola, dans un voyage forcément initiatique… et surtout pleine d’aventures, de doutes, de découverte sur la réalité de Prentissville et de cette planète. Elle a été colonisée vingt ans auparavant par des groupes religieux à la recherche d’un Eden où la vie serait plus simple et saine que sur Terre. Mais comme souvent, les utopies tournent mal quand la soif du pouvoir et la peur pointent le bout de leurs nez… et on se doute bien que l’Histoire de la guerre contre les Spackle cache une réalité beaucoup plus sombre !
Pour de la littérature jeunesse, j’ai trouvé l’écriture assez recherchée. D’abord la syntaxe et l’orthographe de Todd l’analphabète (pas facile de le comprendre parfois), qui est le narrateur de ce récit. Les jeux de typos aussi sont assez bien fichus, les usages de nuages de mots pour symboliser le Bruit, ou les changements de polices de caractères pour représenter le langage parlé et celui des pensées, les apartés humanisant les situations… Une belle édition je trouve !

Je me suis au fur et à mesure attachée aux personnages… Celui de Todd est assez réaliste. Au début il a un côté très pré-ados qui horripile, mais avec un bon fond tout de même. Mauvaise foi, orgueilleux, flemmard, un brin violent par moment. Mais son voyage forcé loin de Prentissville va lui apprendre à devenir meilleur… à devenir un homme ! (c’est beau, hein :)) Du coup on évolue avec lui, et on apprend la vraie Histoire des colonies de la planète au même rythme que lui et Viola.
Ce que j’apprécie aussi dans ce roman, c’est que l’auteur ne nous présente pas son héros comme un meurtrier. Malgré les difficultés, et même devant un ennemi, Todd se pose toujours la question de tuer ou pas… Pour un livre où le couteau est si omniprésent que ce soit dans le titre ou au travers les pages, c’est une rupture intéressante qui vire quasi à l’obsession, et donne du sens à l’histoire !

coup de coeurUn coup de cœur donc, j’espère que les tomes suivants seront à la hauteur ! En attendant de le découvrir, je rajoute le tome 2, Le Cercle et la Flèche, dans ma wish-list (hey, les gens, c’est bientôt Noël :D) !
Merci à Folio pour cette super lecture 🙂

Au passage, cette lecture me permet de remplir la case « objet » du challenge Petit BAC 2014, youpi ! J’avance un peu ! 😀

Challenge petit bac 2014

« Un bonheur insoutenable » d’Ira Levin

Un bonheur insoutenableRholàlà, gros coup de cœur de la rentrée ! Un roman de science-fiction pas d’hier, mais d’une force qui m’a transporté tout ce week-end ! Je n’ai pas pu me décrocher de ce livre ! Franchement un titre de livre n’aura jamais été aussi juste 😉
Je n’ai pas lu grand chose de cet auteur américain, Ira Levin, mis à part Les femmes de Stepford que j’avais bien apprécié. Un bonheur insoutenable a été écrit un peu plus tôt que ce classique de la SF, en 1970, et on se retrouve cette fois en plein contre-utopie… un univers que j’aime tout particulièrement 🙂

Plus d’un siècle après l’avènement d’Uni, le super ordinateur qui régit la vie sur Terre, le jeune Li RM35M4419 apprend jour après jour à vivre dans ce monde qui l’a vu naître. Son grand-père, un vieil homme excentrique, le surnomme Copeau pour le différencier des centaines de milliers de petit Li de son âge. Ce petit nom il gardera pendant toutes les dizaines d’années durant lesquelles nous le suivons.
La société dans laquelle Copeau vit est la première à vraiment connaître le bonheur et la félicité : plus de guerres, plus de famines, plus de pauvreté… Mais en contre-partie, la vie est ultra conformiste, les instincts humains ont été éteints à coup de génie génétique et de pharmacopée, la liberté est réduite à son plus simple appareil, les biens privés et l’intimité sont inconnus, l’eugénisme est la norme…
Copeau va avoir une idée folle un jour : désirer quelque chose… Avoir envie d’une chose sans qu’Uni lui suggère. Hérésie ! Cela va l’amener peu à peu à se questionner sur sa condition et à ce qu’est vraiment Uni… Un signe de « maladie » qu’il doit cacher, jusqu’au jour où il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir envie d’autre chose !

Ce roman m’a rappelé beaucoup d’autres récits de SF et dystopies, qui sont des références dans le domaine : Les monades urbaines de Silverberg, Le meilleur des mondes d’Huxley, Nous autres de Zamiatine, 1984 d’Orwellle manga Ikigami, Les robots d’Asimov. D’ailleurs Uni dans Un bonheur insoutenable me fait vraiment penser au Multivac d’Asimov qui aurait mal tournée… ou juste été un peu plus loin que ce que nous présente le pape de la SF. J’ai retrouvé l’idée de la nouvelle Un conflit évitable poussée à son paroxysme, cette histoire où les machines commencent à prendre le contrôle de l’humanité en discriminant des individus au profit du bien commun. L’enfer est pavé de bonne intentions comme on dit…
Toutes les références aux dictatures du bonheur se retrouvent dans ce roman : les mondes dirigé par une puissance unique et optimisatrice, des lieux de vie sans intimité possible et au régime collectiviste comme dans une ruche, la conformité extrême dans les comportements ou dans l’apparence grâce aux uniformes et à la génétique, la négation de la sexualité, la réduction des choix possibles (même dans les prénoms, quatre par sexe ici), un culte de la personnalité (Christ, Marx, et les deux créateurs du principe d’Uni, Wood et Wei…), l’inhibition par les drogues pour que tous soient gentils et serviables et que leurs hormones ne les poussent pas a être trop violents ou créatifs, ou avoir des enfants, la date de la mort programmée…
Mais d’un autre côté, on comprend aussi aisément que ces freins ont permis de créer une société plus juste… Et on se pose la question de ce qui peut être préférable : une dictature du bonheur ou un asservissement dans la liberté ?

Outre la dimension philosophique du récit, j’ai été happée par l’histoire. Déjà par la plume de l’auteur : c’est fluide, compréhensible, les idées sont bien amenées, … Bref c’est bien écrit ! Ensuite par le suspense : Copeau pourra-t-il se libérer, et comment ? Et pour aller où ? Sera-t-il seul ou trouvera-t’il des compagnons ? Jusqu’au bout on se pose des questions, on frémit… Même les dernières lignes peuvent être sujette à différentes interprétations et nous laisser avec plein d’idées et de pistes de réflexions en têtes.

coup de coeurUn gros coup de coeur que je conseille à tous, même ceux qui n’aiment pas la SF car cette histoire est assez riche pour toucher tout un chacun. Un grand classique sans aucun doute !

Et au passage, ce petit chef d’oeuvre me permet de remplir l’objectif « Sentiment » du Challenge Petit BAC 2013 !

 Challenge Petit BAC 2013

« Animal farm » de George Orwell

animal farmVoici encore un classique que je traîne dans ma PAL depuis quelques années… Ça doit bien faire 10 ans qu’on m’a donné ce livre, Animal farm dans sa langue originale, afin de me permettre de travailler un peu mon anglais. Heureusement, le challenge ABC est là pour m’aider à faire le ménage 😉
Ce court roman de George Orwell est surement aussi connue que son chef-d’oeuvre 1984. Il a été écrit en 1945, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, en réaction au régime communiste en URSS. Le mouvement passa selon lui de douce utopie égalitaire après les révolutions de 1917 à celle d’une dictature brutale dirigée par Staline.
Pour nous expliquer la manière dont ce changement de cap s’est effectué, Orwell prend le parti pris de l’allégorie : ses protagonistes sont des animaux, et le territoire des événements une ferme en Angleterre.

Mr Jones est un fermier anglais et possède la Manor Farm, où il fait son travail d’agriculteur : semer, récolter, élever des animaux pour leur viande, leurs œufs… Il a juste un petit problème avec la boisson et est ivre la moitié du temps.
Les animaux travaillent dur au service du fermier, mais profitent de leur soirées pour se réunir et écouter Old Major, un vieux cochon qui a des rêves pour tous les animaux : égalité pour tous, plus d’abattoir, plus de travail exténuant au profit d’un seul maître… Tous l’écoutent avec attention : les verrat Squealer, Snowball et Napoleon, les chevaux Boxer et Clover, l’âne Benjamin, la chèvre Murielle, les poules, les canards, le chat, les oiseaux…
Un jour Mr Joner, trop saoul, oublie de nourrir les animaux : c’en est trop ! Ils se révoltent et chassent le mauvais fermier de ses terres ! Maintenant, la ferme sera auto-gérée par les animaux : ils seront tous égaux, et feront tout pour ne pas ressembler à des humains ! 7 Commandements sont créés pour donner une base à cette société : pas d’alcool, interdiction de tuer ou d’utiliser de l’argent,… Un nouveau monde est en marche, dans la toute récemment renommée Animal Farm !
Mais malheureusement pour ces animaux, si les idées sont toujours bonnes, c’est leur exécution qui pose parfois problème : rapidement, l’utopie d’Animal Farm devient une tyrannie dirigée par les cochons, et leur leader Napoleon

Ce roman va nous permettre de découvrir comment l‘idéal de la révolution animale va se transformer en un asservissement pire (ou du moins pas meilleurs) qui existait au temps des humains.
Il nous explique très bien comment une excellente idées de liberté et de partage peut se transformer en dictature si une minorité prend le pouvoir par la manipulations et la violence, pour son unique profit.
Pour bien symboliser les choses, la ferme est divisée en 3 grands groupes : d’abord les cochons qui sont très intelligents et qui font dès le début office de cadres (ils savent lires et écrire, ils gèrent la fermes…), les moutons qui forment le gros de la force de production, auquel on peut joindre les vaches, chevaux, poules… se sont les suiveurs, le peuple. Et pour finir les chiens, élevés pour être le bras armé des cochons : ils grognent au moindre signe de protestation, mordent et tuent au besoin pour étouffer les envies de rebellions…

Le focus est souvent donné sur des techniques de manipulation , dont ont pu user et abuser les dictateurs dans « la vraie vie ».
Une des manière les plus frappante dans le livre est l’utilisation des masses, comme les moutons, trop bêtes pour apprendre les 7 Commandements. Pour eux on doit simplifier la pensée de base à « Four legs good, two legs bad », qui deviendra leur leitmotiv bêlant,…Cela n’est pas sans rappeler la novlangue de 1984, qui est plus un instrument d’asservissement que de culture.
La propagande est bien entendue utilisée et est dirigée par le cochon Squealer, qui donne de magnifiques exemples de contre-information, révisionnisme… Chaque privilège que les cochons souhaitent s’octroyer est savamment passé à la loupe de ce porte-parole, afin de monter un plan de communication, de manière à faire passer la pilule aux autres animaux.

On pourrait disserter des heures sur ce petit livre, au vue des grandes idées qu’il véhicule… J’ai bien entendu beaucoup apprécié cette lecture, surtout dans sa langue originale : je ne maîtrise pas l’anglais, mais une fois le vocabulaire de la ferme compris, ça va tout seul.
Un livre à lire ou relire en ces temps troublés où on entend des appels à « la guerre civile » et au « sang », qui nous rappelle de garder notre sens critique, et de ne surtout jamais rentrer dans le jeu des moutons, des cochons et des chiens !

challenge ABC

« A comme Alone » de Thomas Geha

A comme AloneDe la bonne SF dystopique française, vous y croyez ? Et bien avec A comme Alone  vous pouvez commencer à revoir vos préjugés, si vous aviez les même que moi 😉
Personnellement je n’aurais pas fait attention à ce livre de Thomas Geha si je ne l’avais pas trouvé un peu par hasard sur le site de la Team Alexandriz. Voilà un roman que je ne cherchais pas, mais qui en quelque sorte, m’a trouvé…

Comme vous le savez peut-être, je suis une geekette avec de grands principes dans la vie, dont celui de la liberté de diffusion totale de la culture et du savoir… surtout si cela permet d’enrichir moralement et intellectuellement le plus grand nombre. C’est mon petit côté révolutionnaire, hackeuse au grand coeur et tout… 🙂 En plus j’aime les nouvelles technologies, et je suis très très déçue de voir qu’en France les e-books peinent à trouver un business modèle qui arrangeraient autant les professionnels du livre que les lecteurs.
Bref, je ne suis pas une « pirate » uniquement par radinerie ou goût du risque 🙂

Sur Twitter en novembre la Team Alexandriz a eu des problèmes avec les éditeurs (en colère de ne pas avoir pris le virage numérique plus tôt) ; et en même temps, un auteur, Thomas Geha, dont le livre a été mis sur le site de téléchargement (donc « piraté ») à autorisé la Team à diffuser son livre… tout en demandant aux lecteurs / téléchargeurs de lui offrir un petit quelque chose en compensation. Il explique son expérience et son objectif très bien sur son blog. L’histoire est aussi racontée sur Actualitté.
L’effet ne s’est pas fait attendre : les lecteurs et amis de la Team ont téléchargé le livre et ont en plus fait des dons de toutes sortes, en nature ou en monnaie. Directement du producteur au consommateur si je puis dire 🙂
Heureuse de voir enfin un auteur faire avancer les choses, et pour « récompenser » cette action courageuse de sa part, je lui ai fait un petit don Paypal et en ai profité pour télécharger son livre, dont je n’avais jamais entendu parler avant.
Et bien grand bien m’en a pris, ça a été une très bonne surprise 😀

Mais revenons-en à l’histoire de ce roman paru en 2005
Nous sommes dans une France post-apocalyptique. Le pays est divisé entre les groupe sédentaires, les « Rasses » ; et ceux qui préfèrents vivre en nomade, généralement seul, les « Alones« . Les villes dorénavant sont occupées par des robots urbains, des mutants animaux et humains aux formes et pouvoir effrayants… qui n’hésitent pas à liquider le moindre aventurier qui voudrait visiter l’endroit. Les survivants ont donc naturellement réoccupé les campagnes.
On suit les aventures de Pépé, un Alone, dans son périple dans ce monde en reconstruction… Entre les groupes de Rasses dirigés par des fanatiques religieux, les rencontres fortuites amies et ennemies sur sa route… Il essaye de rejoindre le Sud de la France pour retrouver celle qui l’a recueillie alors qu’il était enfant et fait de lui un vrai combattant Alone, Grise, qu’il a laissé pour morte là-bas 3 ans plus tôt.

Truc bête mais sympa, c’est d’imaginer des lieux qu’on connait dans un contexte post-apocalyptique, et de s’y projeter. Pour avoir un peu vécu en Bretagne, et surtout à Rennes où le groupe de Pépé part en expédition, je me suis assez amusée des images de Villjean ou de la place Hoche tombant en ruine 🙂
Outre cela, l’univers est assez crédible, malgré les histoires de mutant que je craignais un peu au début.

La plume de l’auteur m’a beaucoup plu, directe, drôle… J’ai passé un très bon moment ! Le format assez court (164 pages) permet de ne pas s’ennuyer une seconde.
Le récit est palpitant, on se demande ce qui attend Pépé à chacune de ses étapes… et surtout s’il va réussir sa quête !

Bref, une excellente surprise ! Je conseille cette lecture à tous les fans de SF… mais aussi les autres.
Merci à Thomas Geha d’avoir mis ce livre à disposition… il a dorénavant une fan qui va très certainement acheter ses autres livres. Et pour commencer, la suite de ce roman, Alone contre Alone !

« Ikigami » de Motorô Mase

La série de manga Ikigami de Motorô Mase, c’est pour moi la sortie numéro 1 de ces dernières années en France : on a commencé à le découvrir en 2009, bien que sa parution ait débutée au Japon en 2005. Seinen choc, le 10ème et dernier volume est enfin sorti il y a quelques semaines, et clôt parfaitement cette dystopie qui m’a tenu en haleine ces dernières années !

Dans un pays d’Asie, de nos jours, l’état a mis en place la « loi de prospérité nationale ». Encore enfants, les citoyens reçoivent une injection. 1 sur 1000 contient une capsule qui provoquera la mort de celui qui la reçoit entre ses 18 et 24 ans : cette procédure permet au peuple de se rendre compte de la valeur de la vie au travers d’une « mort honorable » pour le bien de la société. 24 heures avant sa mort programmée, celui qui décédera a la visite d’un membre de l’administration qui lui délivre son préavis de mort, l‘ikigami.
On suit l’histoire de Kengo Fujimoto, fonctionnaire chargé de délivrer les ikigamis, et celle des personnes à qui il apporte cette funeste nouvelle. A force de les côtoyer, Fujimoto va peu à peu avoir des doutes dans le système et la loi de prospérité nationale… ce qui va faire de lui insidieusement un traître à la nation.

Durant ces 10 tomes et 20 chapitres, on apprend à connaitre l’univers où évoluent ces personnages : une dictature certes, mais loin des clichés du type ex-URSS ou Corée du Nord. On pourrait être au Japon, dans un pays démilitarisé, très moderne… La population est maintenue par des lois comme celle de la prospérité nationale, mais aussi une propagande et manipulation médiatique, et une surveillance discrète par diverses administration des « dégénérés », ceux qui critiquent le système, et leurs remise en service après une rééducation.

L’intérêt de l’histoire est double, et est plutôt bien rendue par la structure narrative. A chaque épisode, on découvre le coeur de l’histoire : comment réagiriez-vous si on vous apprenez qu’il ne vous reste que 24 heures à vivre ? La plupart des personnages cherchent à revoir leurs famille, faire le bien autour d’eux… alors que d’autres craquent, cherchent à se venger d’injustice en tuant, commettant des attentats… au risques de jette la honte et le discrédit sur leur famille à leur mort. De beaux moment d’émotion, qui permet effectivement de se questionner sur la valeur de la vie, d’un point du vu personnel et global.
L’autre axe, c’est de voir comment le héros de l’histoire va prendre ses fonctions dans l’administration chargée de délivrer les préavis de mort, comment il va gérer ses premières livraisons, et au fur et a mesure que le temps passe et que les rencontres se font, les questions qu’il se pose sur l’intérêt de tuer 1 jeune sur 1000.

Si dans les premiers volumes on s’intéresse au « comment » de la mise en place de la loi de prospérité nationale (vaccination dans les écoles, dossiers matchant injection et ikigami …), on découvre bien le « pourquoi » de la loi dans le 10ème tome, à mon grand bonheur ! Il y a des séries qui se terminent en queue de poisson, ou de manière très molle, faute de puissance narrative ou d’objectifs clairs de fin de l’auteur. On n’est clairement pas dans ce cas, la série est très bien construite… et pour ne rien enlever, bien dessinée ! Le trait de motorô Mase rend bien toute la tension et l’horreur de certaine scène, tout en étant clair et précis.
Forcément on pense à de grands classique de la contre-utopie, comme 1984 de George Orwell (surtout dans ce dernier volume axé sur la rééducation et la guerre), ou des romans plus récent comme la série des Hunger Games (en moins musclé)… Mais Ikigami ne fait pas que copier, il s’en inspire pour créer un univers original, qui nous permet de nous mettre en garde et de réfléchir par nous même sur le monde qui nous entoure.

Une série vraiment géniale, parfaite pour les fans de SF dystopique, qu’on soit branché manga ou pas !