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« Comme un phare dans la tourmente » de Wendall Utroi

Encore un livre de plus dans mon challenge ABC, en mode express avant le 31 décembre !
Comme tous les ans le U est une vraie galère… il n’y a pas énormément d’auteur dont le nom commence par cette lettre. En regardant un peu sur le catalogue de prêt Amazon Prime pour Kindle, je suis tombée sur cet auteur : Wandall Utroi, un auteur français comme son nom ne l’indique pas. Comme un phare dans la tourmente était pas mal noté, et assez court. Aller hop, vient voir Loesha toi 😉

Dans les années 70, Martial vit a la campagne dans le Sud de la France. Alors qu’il n’avait plus de nouvelles de sa fille Mylène, partie à la capitale se marier des années auparavant, voilà qu’elle réapparaît ! Mais son retour n’annonce pas de bonnes nouvelles : hospitalisée, elle laisse à Martial la garde de son fils de 5 ans, Antoine. Il s’avère que Mylène et Antoine ont été battus par Alex, le mari de celle-ci et père du petit…
Ça Martial a du mal à le digérer… Avec l’aide d’Anne, son aide à la ferme et quasi fille adoptive, il va essayer de redonner de la joie de vivre à Antoine et de sortir Mylène des griffes de son mari violent.
Mais c’est peine perdu, Mylène n’a qu’une envie, retourner auprès de son époux.

Au risque de me faire des ennemis parmi les lecteurs qui ont adoré ce livre (19 de moyenne sur Livraddict tout de même, 4,9 sur Amazon…), je n’ai pas été plus emballée que ça.

Je trouve la psychologie des personnages pas assez fouillée, dans une ambiance très manichéenne.
Du coup oui, Alex le méchant père issu d’une famille bourgeoise on le déteste, le papy qui vient de la campagne on le trouve gentil… un peu cliché. Mais dommage, Mylène passe pour une cruche et le petit Antoine n’est pas intéressant…
Martial aurait mérité qu’on creuse un peu son passé, ou alors qu’il ait vraiment un côté plus sombre. C’est le seul personnage avec lequel j’ai eu un peu d’empathie…
Donc dommage, avec un thème pareil il y avait moyen de moins faire dans le pathos. Je m’attendais même à un thriller pour briser le rythme ! Mais non.

Côté écriture j’ai trouvé ça trop rapide, des répétitions de motifs et les dialogue pas toujours géniaux…
Sur la fin c’est un peu mieux, car on trouve enfin le cœur du récit : un hommage aux liens familiaux, la dénonciation de la société qui sépare les famille pour le travail, laisse les anciens seuls…

Bref, je suis très mitigée… mais sans nul doute qu’il plait à la majorité des lecteurs, vu les commentaires dithyrambiques qui circule sur son compte.

« La femme sous l’horizon » de Yann Queffélec

Une fois de plus, le challenge ABC et sa dernière ligne droite m’a engagé vers des lectures que je n’avais pas du tout anticipées. Après des recherches d’auteurs pour la lettre Q, j’ai redécouvert l’auteur Yann Queffélec. Il y a plus de vingt ans au lycée je lisais Les noces barbares, un vrai livre coup de poing qui ne peut que résonner dans l’esprit d’un adolescent…

Dans la Lorraine des années 80, une famille vit en huis clos dans un manoir perdu au milieu des bois. D’origine russe, ce clan est régit par la grand-mère Zinnaïde, et ses fils : l’alcoolique et violent Vladimir et Lev le prêtre défroqué complètement effacé. Vladimir a deux fille, Zenia et Tita, qu’il élève seul, sa femme Carmilla étant morte dans un accident.
Mais le fantôme de Carmilla plane toujours sur la famille. Vladimir ne s’étant jamais remis de la mort de son épouse, il se venge sur la bouteille et sur Tita, qu’il frappe et fait boire dès ses premiers mois. Zinnaïde défend à quiconque de rappeler son souvenir ou de citer son nom… Qu’est-ce que cette femme a fait de si terrible ? Et pour le plus grand malheur de tous, Tita en grandissant ressemble comme deux gouttes d’eau à sa mère défunte… Quel destin peut bien l’attendre ? Pourra-t-elle échapper à sa famille et à l’ambiance étouffante du manoir de Baba Yaga ?

Nous suivons particulièrement Tita dans ce récit tragique, qui est constamment sous le signe du double. Tita et Carmilla se ressemblent comme des jumelles, et la jeune jeune fille va finir par se confondre totalement avec sa propre mère, comme habitée par son âme. Carmilla, la femme sous l’horizon, qui rythme le malheur de tous. Car oui, personne n’est heureux… comme dans un roman russe !
Petit éclair d’espoir, l’amour et la venue d’un enfant pourraient être sauver Tita…  seulement si elle laisse sa haine et son doppleganger maternel derrière elle.
Dès les premières ligne on devine quel sera la fin, mais ce n’est pas grave, car c’est la manière dont la main du Destin va s’abattre sur cette famille dysfonctionnelle qui nous pousse à tourner les pages de ce livre.

Difficile de dire si Les noces barbares est mieux ou moins bien que La femme sous l’horizon… la thématique de l’enfance brisée et abusée est présente dans les deux livres pour les amateurs d’ambiances plombantes. Et aucun des personnages n’est appréciable… même si on comprend à tous leurs motivations ! Bref, une psychologie des personnages complexe et parfois déroutante.

Une très bonne lecture de mon point de vue, dans un univers à la fois dramatique et symbolique qui révolte et met parfois mal à l’aise.

« C’est ainsi que cela s’est passé » de Natalia Ginzburg

C'est ainsi que cela s'est passéPour le partenariat Denoël du mois de novembre, j’ai posé mon dévolu sur un court roman où le drame peint en gris le paysage italien… Un très bon choix qui me sort de mes lectures habituelles.

Dans une ville italienne dans les années 50, une jeune femme tue son mari… Est-ce une abominable criminelle ? Ou la réalité est-elle plus complexe que cela ? Dans ce récit, la narratrice-assassine raconte en un souffle les raisons et les événements qui l’ont amené à tirer une balle de revolver dans l’œil de son époux Alberto.

Une vie de couple décevante, la place de la femme dans les années 50, les drames de la vie… Une fois de plus voici un portrait bien glauque de la société italienne du milieu du 20ème siècle, dans la lignée de mes lectures des romans d’Elena Ferrante. Mais ici le contexte est un peu différent, car notre narratrice est une femme éduquée, sans background social compliqué… mais sa solitude est un vrai déchirement. Une femme normale en somme ! Et se pose la question de ce qui peut bien pousser au crime, plutôt que de trouver une autre solutions à ses problèmes.

J’ai beaucoup apprécié ce quasi huis clos tout en nuances de gris… Car même dans ses moments de joie notre héroïne ne semble jamais vraiment goûter au bonheur.  L’écriture qui ressemble plus à un langage parlé, sous forme d’un témoignage lapidaire, m’a un peu gêné sur les premières pages… mais ce style prend tout son sens au fil de la lecture.
Une belle découverte choisie un peu au hasard, pour remplir la lettre G du challenge ABC !

C’est ainsi que cela c’est passé de Natalia Ginzburg
Traduit de l’italien par Georges Piroué
Editions Denoël, collection Empreinte – 128 pages
Paru le 9 décembre 2017

abclogoshadow

« Le nouveau nom » d’Elena Ferrante

Le nouveau nomMes vacances de septembre auront vraiment été celle des sagas pour moi ! Sur les conseils de ma mère j’ai amené au bord de la piscine la suite de L’amie prodigieuse, que j’avais beaucoup aimé, Le nouveau nom.

Il va sans dire que j’ai dévoré en quelques jour ce roman, qui a toutes les qualités d’un page-turner : écriture fluide, histoires familiales pleines de rebondissements et ce qu´il faut de sordide…

Début des années 60 en Italie. Nous avions laissé les deux personnages principaux au milieu d’un mariage, celui de Lila. Meilleure amie d’Elena, la narratrice, elle épouse à 16 ans l’épicier du quartier, Stefano. Durant le repas de noces elle s’aperçoit que son époux l’a trahie en y invitant ses ennemis de toujours, les frères Solara, des jeunes hommes malhonnêtes qui ont la main mise sur le quartier. La nuit de noce et le début de sa vie de couple sont loin du rêve qu’elle aurait pu imaginer… Entre la violence physique et la pression sociale, la vie d’épouse de Lila a tout du cauchemar.
De son côté Elena continue à aller au lycée, et à rêver de son amour secret Nino, tout en fréquentant Antonio qui meurt de jalousie…

Difficile de résumer cette histoire qui raconte les destins croisés de Lila et de la narratrice Elena. Si elle étaient très proches enfants, vivant une saine concurrence à l’école, et ou Lila brillait de mille feux dans la rue… le début de l’âge adulte va les séparer. Elena va suivre un chemin peu habituel à l’époque pour une femme, celui de l’école et des études. Malgré ses doutes, sa peur de ne pas être à la hauteur et de trop être l’incarnation d’une fille d’un quartier pauvre… elle gravit les marches des classes et des diplômes une par une.
Lila quant à elle n’a pas eu la chance de pouvoir continuer ses études… et son seul choix pour vivre ses rêves et avoir de l’argent eSt de faire un bon mariage. Mais à seize ans, on fait rarement les bons choix, et celui qu’elle a fait va vite lui sembler être la pire erreur de sa jeune vie… La violence de la vie domestique à cette époque est assez hallucinante. Quand je pense que cela se passe en Europe il y a 50 ans, je suis ébahie…

Côté personnage, je me sens assez en phase avec Elena, la bûcheuse, vilain petit canard qui une fois sortie du giron de son modèle Lila se révèle être une jolie femme, intelligente et disciplinée.
Lila est la fille-femme fatale de caractère, intelligente mais frustrée… limite cyclothymique. Elle passe de la passion pour un sujet ou une personne, à un désintérêt le plus total. Je ne peut pas m’empêcher d’avoir envie de lui botter le derrière pour ses mauvaises décisions et de ressentir une vague jalousie pour son intelligence vive et sa capacité à fasciner les hommes… Tout comme elle nous fascine aussi, nous, lecteurs.
Une chose est certaine, c’est qu’on tourne vite les pages pour savoir si Lila va finir par se faire battre à mort par son époux ou s’enfuir enfin, et jusqu’où Elena arrivera à aller dans ses études.

J’ai déjà le troisième tome de côté, Celle qui fuit et celle qui reste,  que j’espère bien lire dès que ma PAL sera un peu moins haute !

Cette lecture me permet de valider le F du challenge ABC.

abclogoshadow

« Les âmes des enfants endormis » de Mia Yun

L'âme de son enfants endormisPour le partenariat d’avril Denoël, il ne me restait plus grands choix… j’ai donc choisi ce roman par dépit. En le recevant, mon copain habitué à me voir avec de la SF, de la Fantasy, ou au pire des romans policiers, me demande « mais c’est quoi ce bouquin » ? Bonne question ! Après sa lecture, je peux affirmer qu’il s’agit d’un voyage plein de poésie et de nostalgie en Corée du Sud… l’Asie mystérieuse des fantômes et des tigres qui fument la pipe, mais surtout l’Asie qui a connue des siècles de guerre et d’occupation.

Kyung-A est une petite fille qui vit près de Séoul avec sa mère, son grand frère et sa grande sœur, dans une petite maison au portail bleu. Elle passe ses journées entre suivre son frère, jouer dans la rue ou dans son jardin, se faire peigner par sa mère ou par son étrange voisine…. En revanche son père est aux abonnés absents. C’est à peine si elle le reconnaît le jour où il revient au foyer, la bouche pleine de belles histoires et de promesses de fortune.
Au fil des années, loin de s’améliorer la situation de la famille va de mal en pis… et en grandissant Kyung-A prend conscience des dysfonctionnements de sa famille, mais aussi de la société. Les mariages arrangés, les femmes considérés comme des objets , le peu de liberté des classes laborieuses,… tout en apprenant le passé de son pays au travers des récits de sa grand-mère, des ses voisins. Des histoires qui peuvent autant tenir de la fable que de la cruelle réalité.

Aussi surprenant que ce soit, j’ai été emballée par ce livre, qui est fin et délicat, et m’a emmené dans un voyage en Corée.
Pas de violence gratuite, ni de situations sordides pour parler des horreurs de la guerre, de la honte d’être pauvre, et des difficultés de la vie. La mère de Kyung-A est une femme fière, qun rêve d’un avenir meilleurs pour ses enfants, et plus particulièrement pour ses filles. Si l’époque semble dure à vivre, il en ressort tout de même une sorte de nostalgie liée aux souvenirs d’enfance, qui finalement n’ont pas de frontières. On se demande chapitre après chapitre quand ce père va revenir, s’il va prendre conscience de ses échecs chroniques… et on est soulagé quand il repart du foyer.

Une très jolie lecture qui m’a apporté une pause bien méritée après mes journée de travail. De plus, il me permet de plus de valider la lettre Y du challenge ABC, pas la plus évidente il faut l’avouer 😉

abclogoshadow

L’âme des enfants endormis de Mia Yun
Traduit par Lucie Modde
Éditions Denoël & d’ailleurs – 288 pages
Paru le 13 avril 2017

 

« Le prince des marées » de Pat Conroy

Le prince des marées Gros morceau auquel je me suis attaquée pour le Challenge ABC, dans tous les sens du terme ! Depuis trois ans, ce pavé me narguait dans ma PAL… Je ne savais pas vraiment si j’avais envie de le lire, malgré les commentaires dithyrambiques à propos de cet ouvrage sur Internet. Je m’attendais à une saga familiale un peu chiante, un Garp sudiste… Mais fort heureusement il en est rien !

Tom Wingo, trentenaire, prof de lettre et coach sportif au chomage doit quitter sa Caroline du Sud pour New-York. Sa sœur jumelle Savannah a fait une nouvelle tentative de suicide. Il va tenter de l’aider en trouvant les clées de son mal-être avec sa psychiatre, Susan Lowenstein, en lui racontant l’histoire de sa famille. De leur naissance à l’âge adulte, on plonge dans la vie des Wingo. Henry le père violent, pêcheur de crevettes, la mère Lila qui les contraint au silence, et au milieu, trois enfants : Luke l’aîné et Tom et Savannah. Au fil des pages, nous allons découvrir les racines de la folie, douce ou destructrice, de cette famille.

Grosse claque que ce livre. Sous ses airs de descente en enfer, il s’agit d’un monument d’humanité, où la beauté, le pardon et l’amour ont plus leurs places que la vulgarité et la haine. Et pourtant, les personnages auraient de quoi sombrer dans la misanthropie la plus sombre…
Au début je me demandais un peu où cette lecture aller m’emmener. Les traits de cynisme et les envolées lyriques de Tom, le narrateur, sont un peu lourdes au début… Mais elles prennent leur place et du sens au fil des pages. Tout comme la névrose de Savannah qu’on suppose être une crise de new-yorkaise en mal de psy… Son fondement prendra sens rapidement.
J’ai été même été choquée par certain passages, tout simplement terribles, imaginés par l’auteur… Les protagonistes semblent tomber de Charybde en Scylla, mais sans jamais tomber dans le pathos dégoulinant.

Chaque élément du livre, chaque anecdote, chaque trait de caractère d’un personnage prend une dimension supplémentaire plus tard dans ce livre. Rien ne semble laissé au hasard sous la plume de Conroy… ce qui en fait très certainement une œuvre complète, recherchée, et vraiment bien écrite (même si j’ai tiqué sur la traduction par moment dans ma très vieillie édition).

Une superbe découverte, loin de mes lectures habituelles. Je le conseille vivement, pour son caractère poétique, fabuleux, drôle, émouvant… Entrecoupé des pires images d’horreur que peut générer l’humanité.

ABC-2015

 

« Le bruit et la fureur » de William Faulkner

Le bruit et la fureurPour valider la lettre « F » du challenge ABC, je me faisais une joie de découvrir un nouveau roman de William Faulkner, que j’avais découvert l’an dernier avec Lumière d’août. J’avais entendu dire que Le bruit et la fureur était un grand classique de l’auteur, admiré par des écrivains comme Sartre… Mais assez difficile d’accès. Mais je n’ai peur de rien ! 😀
Et bien c’est assez vrai ! J’ai eu du mal à rentrer dedans, mais une fois la moitié du roman passé, on fini par retrouver le fil de l’histoire et vraiment plonger dans le cœur de cette œuvre et s’apercevoir comment le passé peut teinter le présent.

L’auteur nous conte l’histoire de la décadence de la famille Compson, sur trois générations, en faisant un focus sur la fratrie centrale : Caddy, Benjamin, Jason, et Quentin. Ils vivent dans le sud-est des Etats-Unis, près du Mississippi, dans le comté imaginaire de Yoknapatawpha. A leur service, toute une famille de serviteurs noirs, reliquats des anciens esclaves des plantations originelles de la région.
Au travers le regard des trois frères sur deux périodes distinctes (1910 et 1928), et celui d’un narrateur extérieur, on va retracer leur histoire de leur enfance à leur maturité… Un drame familial qui tourne presque exclusivement autour de la sœur Caddy, à la fois un être chéri et aimé, mais aussi celle qui jette l’opprobre sur le nom des Compson.

J’avais donc apprécié Lumière d’août, mais il faut avouer que Le bruit et la fureur m’est un peu plus hermétique… et surtout beaucoup plus complexe. Je suis donc finalement assez contente de ne pas avoir découvert l’auteur avec ce roman, j’aurai été un peu effrayé et plus réticente à lire d’autres de ses œuvres.
Ici on est dans l’analogie, la métaphore, la libre association, l’impression, la poésie, le détachement à toute normes d’écriture… Bref, ça n’est pas vraiment un roman de gare ou de métro ! Et par dessus cela des ruptures de styles, des phrases sans ponctuation sur plusieurs pages, des sauts dans le temps d’un paragraphe à l’autre… Il faut suivre et s’accrocher !
Enfin cela reste tout de même un roman à lire : j’ai apprécié l’ambiance, où une riche famille vivant dans un univers fossilisé se retrouve face à ce qu’ils appellent leur malédiction : les temps changes, les gens aussi… et la naissance d’un idiot, une fille au mœurs légère, un père plongeant dans l’alcoolisme et le suicide d’un des enfants est suffisant pour mettre en place des schéma qui se répètes sans fin et finalement épuiser cette lignée.

Par contre un gros bof pour la préface de l’édition que j’ai lue… Ce texte de Maurice Edgar Coindreau est bien entendu très intéressant et donne de vrais clés de lecture du roman… Mais comme spoiler on ne fait pas mieux. Si bien que j’ai arrêté de la lire pour ne pas me gâcher des surprises sur l’histoire. Certes, on est dans un roman où le style et l’ambiance prévaut peut être sur le scénario, mais quand même !

Voici donc un grand classique à découvrir, pas mon roman favori, mais tout de même prenant par l’ambiance de rage et de haine qui se diffuse au fur et à mesure de l’avancée dans l’inspection du passé et du présent de la famille Compson.

challenge ABC

« L’Histoire d’Edgar Sawtelle » de David Wroblewski (Etat du Wisconsin)

Me revoilà avec une nouvelle étape dans le challenge « 50 états, 50 billets » ! Cette fois nous partons dans le Wisconsin, un des états où je n’avais pas vraiment le choix de la lecture, puisque je n’avais trouvé qu’un seul roman à lire ! Je me suis donc lancée dans la lecture de ce petit pavé, sans savoir du tout de quoi il en retournait… Heureusement peut-être, le prix « Oprah’s Book Club 2008 » m’aurait peut-être rebuté 🙂

Depuis que le grand-père a acheté cette ferme dans la campagne, près de Mellen au Wisconsin, les Sawtelle élèvent des chiens… et pas n’importe quels chiens : ils créent leur propre race, emmenés par le rêve familial de produire le chien de compagnie idéal, à la fois beau et intelligent.
Lorsque qu’Edgar née dans les années 50, son père Gar et sa mère Trudy sont plus que proche du but : leurs chiens sont réputés dans la région tant ils sont exceptionnels. Et comme pour le prouver, Almondine, la chienne de la famille, va se révéler être une véritable mère pour le bébé Edgar qui se révèle être muet.

Loin d’être un handicap, le mutisme d’Edgar va lui permettre au fur et à mesure des années de créer une relation spéciale avec les chiens Sawtelle… Le chenil est le coeur du foyer, où chacun a sa place : Gar élève les chiots, Trudy les éduque, Edgar leur trouve des noms… La vie est douce chez les Sawtelle, jusqu’au jour où le frère de Gar, Claude, revient de l’armée et va bouleverser la vie familiale

Un petit mélange du Livre de la jungle et de Demain, les chiens de Simak: l’enfant-sauvage qui ne communique plus avec les hommes mais avec ses chiens, et les chiens qui doué d’une intelligence et sensibilité hors du commun semble devenir un véritable peuple à la recherche de son royaume… Il faut avouer que ces chiens si spéciaux ont tout du canidé qu’on a toujours rêvé d’avoir, fans des boules de poil ou non ! Malins, élégants, énergiques, curieux, ils comprennent un ordre d’un seul regard ! Ils ont tout d’un animal mythique !

En revanche j’ai moins accroché sur plusieurs aspects. Déjà les longueurs… Ok on est bercé dans l’univers de l’élevage canin et celui de la nature, où l’homme apprend la patience avant toute chose, mais quand même… Par moment ça se traîne sévère.
Ensuite le coeur du roman, le meurtre qui va tout précipiter… (désolée pour la surprise). Si dès les première pages on sait qu’un poison sera utilisé pour faire du mal à quelqu’un, il tarde à apparaître, et l’affaire tarde aussi à se voire résolue, si je puis dire. Très frustrant. En plus on comprend mal pourquoi l’assassin passe à l’acte. Moi je n’aime pas les actes gratuits, surtout s’ils ne sont même pas complètement amoraux !
D’ailleurs les relations entre les personnages ne sont pas claires… Par exemple la relation Trudy – Claude : elle le déteste les trois quarts du temps mais fini avec lui… Mouais… De même la relation mère – fils après une phase intense devient très évasive, juste quand cela sert la narration. Je veux bien que ce soit de la fiction, mais changer la psychologie des personnages à ce point…
Autre flop, le côté fantastique avec les apparitions fantomatiques qu’Edgar voit de temps en temps. Je veux bien que son mutisme lui a permis d’affiner d’autres sens ou moyens de communication, à moins que ce soit le travail quotidien avec les chien… Mais voir des fantômes, et cela de manière si anecdotique !!! Nul, on dirait du mauvais Stephen King ! C’est tellement mal amené que je me suis demandé si Edgar n’était pas schizophrène finalement, et avait inventé toute une partie de l’histoire. Ce n’est malheureusement pas le cas… ce qui aurait pu être une bonne excuse à cette arrivée inopinée des spectres dans le roman.

A part ça il faut quand même avouer que ça n’est pas si mal construit, avec des passages en passant par les points de vue d’Edgar, Trudy, Claude, Almondine… En plus il y a plein de bons sentiments et d’amour canin, ce qui est assez positif et remonte un peu le moral quand l’histoire devient un peu plus glauque 🙂

Le voyage initiatique d’Edgar, sa fugue, est au final la partie qui m’a le plus plu (même si elle n’arrive qu’au second tier du livre), quand il part avec trois de ses chiens vers la frontière Canadienne, apprend à se débrouiller, voler, trouver à manger, dormir dehors, pour finalement rencontrer Henry l’homme « banal » qui devient son ami… et lui redonne confiance dans le genre humain. Un apprentissage assez touchant, sans être larmoyant 🙂

Voilà donc un livre qui aurait été pour moi un objet de culte lorsque j’étais jeune adolescente, et que les chiens représentaient pour moi le meilleur de ce bas monde (oui, j’étais déjà un peu misanthrope :p). Aujourd’hui je ne peux pas dire que j’ai détesté, mais je n’ai pas vraiment adhéré non plus… Bof bof, si ce n’est quelques passages qui auraient mérités d’être plus développés !

J’ai du mal à comprendre l’engouement pour ce livre, ou du moins le teaser sur mon édition du livre : « Le roman qui a fait pleurer toute l’Amérique ». Mouais… faut pas charrier non plus hein 😀

De par sa position sur la carte des Etats-Unis, on peut aisément imaginer que cet état est un véritable paradis de nature sauvage, entre les Grands Lacs et le Canada pas très loin… Et en lisant ce roman on est transporté dans ces paysages de forêts, marais, lacs, … sous un ciel tantôt clair et clément, et d’autre fois orageux, tempétueux…

La région n’est pas très montagneuse contrairement à ce que je pensais : le mont le plus haut culmine à 603m… On est vraiment dans une région de plaines et de plateaux ! Et même si on est encore dans la « Corn Belt« , le sol du Wisconsin est assez pauvre, surtout quand on remonte vers le nord. L’état est à presque à moitié recouvert de forêts d’érables, chênes, pin, bouleau… ce qui est forcément une manne financière non négligeable pour l’économie locale : c’est le premier producteur de bois des USA !
Malgré tout cet espace boisé, les agriculteurs ont trouvé la place pour installer des élevages bovins, porcins, et même de visons ! Et là aussi le Wisconsin se distingue, en étant le premier producteur laitier de l’état ! On retrouve aussi des productions de céréales : maïs, soja, pommes de terre, fruits et légumes… et tabac. Petite anecdote amusante, le Wisconsin doit son nom à l’indien Chippewa « Ouisconsin » : « lieu où il y a de l’herbe à fumer« . Tout un programme 🙂
Enfin même dans la culture, le Wisconsin est numéro un : premier pour les cranberries, ginseng,…. !

Par sa proximité avec les Grands Lacs, l’industrie est assez bien développées, surtout près de Milwaukee et Madison, sa capitale : papier et bois, produits laitiers, chimie, automobile…  Le tourisme et la culture ne sont pas en reste avec plusieurs musées, parcs, l’Université du Wisconsin… Mais l’état a une réputation qui lui colle dur à la peau, celle d’un état rural ! Mais avec des rendements tels dans le domaine, on comprend pourquoi…

Au niveau historique, le Wisconsin fait partie des états découverts par la France. En 1634, Jean Nicolet est le premier Blanc à explorer la région, venant de la région de Québec. Il croit alors se diriger vers la Chine…  Il y fonde la première colonie de la région, Baie Verte, au profit de la Nouvelle-France. Malgré cela, ce sont surtout des allemands, scandinaves et suisses qui peupleront ce qui deviendra la Wisconsin.
En 1763, les Britanniques obtiennent la région de la France, puis la cède aux Etats-Unis tout justes formés en 1783… Mais elle restera sous gouvernance britannique jusqu’en 1812. En 1848, le Wisconsin devient le 30ème état de l’Union.

Quelques fait intéressant de la culture du Wisconsin : c’est l’état le plus « alcoolisé », où la consommation par habitant est la plus élevée… ce qu’on peut peut-être mettre sur le compte de la germanisation du territoire ?
C’est aussi au Wisconsin qu’est né et a fait jouer sa créativité le grand architecte Frank Loyd Wright, connu pour son architecture organique du début du 20ème siècle… Ses maisons sont réputées pour son ergonomie, et son attachement au mélange entre l’espace construit et l’espace naturel.

« L’histoire de Bone » de Dorothy Allison (Etat de la Caroline du Sud)

Une nouvelle étape dans le challenge « 50 états, 50 billets », avec la lecture de L’histoire de Bone de Dorothy Allison, qui me permet de traiter de la Caroline du Sud !

Ruth Anne, alias Bone, née dans les années 1950 en Caroline du Sud, dans un milieu pauvre… ces gens qu’on appelle à l’époque la racaille. Sa mère l’a eu très jeune, à quinze ans, d’un père « inconnu ». Bone nous raconte son enfance, auprès de sa mère, mariée deux fois, qui lui donne une petite sœur, mais aussi un beau-père très violent et incestueux. Heureusement ses tantes et ses oncles sont là pour la soutenir, même si elle garde en secret le sentiment d’effroi que son « papa Glen » lui fait éprouver.

Voici un livre que j’ai autant aimé que détesté : c’est un grand cri de haine, de rage, de désespoir… Qui me fait ressortir le pire qu’il y en a en moi. J’ai eu du mal a déceler la parcelle d’humanité si ce n’est dans la chair meurtrie et la peur de Bone, martyr de son beau-père Glen, sous les yeux accablé (car amoureux) de sa mère, indigne et incapable de protéger sa propre fille…
On est face à la lie de l’humanité, après une lecture comme ça je deviens plus que misanthrope et limite eugéniste !
Une seule moralité : la douleur engendre la douleur, il n’y a pas de rédemption possible dans ce monde de misère…
Il y a tout de même des scènes sympathiques, quand Bone échange et joue avec ses cousins, se fait raconter les frasques familiale par ses tante… mais il y a toujours derrière cela une forme de Mal bouillonnant, caché par l’humour de certaines situation ou les rêves que la fillette construit.
Tout est incompréhension, apathie, fatalisme… Où le fait de croire que le temps arrangera peut être les choses est un opium à la volonté d’un véritable changement.

Mais au-delà de cela, se pose la vrai question de la parole des victimes, de l’amour d’une fille à sa mère, et réciproquement… une vraie leçon de vie pas vraiment rose !

Quand on sait que ce roman est largement autobiographique, on ne peut qu’admirer la force vitale de l’auteur, qui a réussi à exprimer violement les souffrances de son enfance pour en faire une véritable oeuvre ! Contrairement à la plupart des personnages croisés dans son roman, elle a décidé de changer les choses en allant à l’université, en s’intéressants aux groupe féministes… puis en écrivant !
Car si ce livre m’a autant troublé, c’est qu’il est vraiment bien écrit… au début je me demandais si un roman racontant l’histoire d’une petite fille maltraité aller suffisamment m’intéresser, si on n’allait pas sombrer dans le pathos premier degré. Et bien non, j’ai vraiment été happée par l’histoire, bon gré mal gré !

Un livre que j’ai aimé quand même, et que je recommande si vous n’êtes pas trop sensible au sujet de l’enfance maltraitée… On comprend pourquoi ce roman à été finaliste au National Book Award en 1992 !

Comme on peut facilement s’en douter, la Caroline du Sud ne formait qu’un seul territoire avec la Caroline du Nord. Avant que les britanniques ne débarquent en 1670 pour créer le grand territoire des deux Carolines, Virginie et Georgie, la région où se trouve l’actuelle Caroline du Sud fût d’abord colonisé par des français ! Dès 1562, des Huguenots y fondent une colonie, qui s’avérera bien éphémère. En 1565, ils doivent abandonner ces terres, vaincus par l’ennemi espagnol.

C’est donc en 1670 que les britanniques annexent la région, et en font une colonie royale baptisée Caroline en l’hommage du roi Charles 1er d’Angleterre. En 1729, la Caroline se scinde en deux : la Caroline du Nord et la Caroline du Sud, qui inclut alors la Georgie. Comme en Caroline du Nord, les plantations de tabac font alors la richesse de la région… mais nécessite beaucoup de main d’œuvre, et donc d’esclaves. Pour se donner une idée, en 1732, il y avait 32000 esclaves Noirs pour 14000 Blancs !
En 1776 la Caroline du Sud se révolte et fonde son propre gouvernement, à l’orée de la Guerre d’Indépendance. En 1778 c’est le premier état révolté à ratifier une Constitution commune avec 8 autres états… Constitution que sera finalement signée par les fameuses Treize colonies rebelles en 1787, origine des Etats-Unis. En 1788, la Caroline du Sud devient le 8ème état des USA… mais ça sera le premier état à quitter l’Union en 1860 ! C’est à Fort Sumter, à côté de Charleston en Caroline du Sud que les bombardements confédérés déclenchent la guerre de Sécession ! L’Union occupe alors la région, et met en place à Charleston un programme de libération des esclaves. Malgré ces débuts tonitruant, la guerre à relativement épargné la Caroline du Sud… si ce n’est  sa capitale, Columbia, détruite par un général de l’Union en 1865 !

La physionomie de la Caroline du Sud est assez proche de celle de la Caroline du Nord : à l’est l’Océan Atlantique, avec un littoral parsemé de baies, d’estuaires… puis vers le nord ouest une région de Piedmont assez boisée, où les fleuves et rivière permettent encore de naviguer jusqu’à la mer… et ensuite la région montagneuse des Appalaches, l’Upstat, où se trouvent les Blue Ridge Mountain.
Le climat en Caroline du Sud est subtropical humide : chaud et humide, des températures flirtent avec les 33°C l’été, et descendent rarement en dessous de 15°C en hiver. De part ce climat, la région est souvent touchée par des cyclones tropicaux
Ce climat est tout de même une aubaine pour l’agriculture : tabac, soja… et élevages de porc, volaille… même si les industries sont très importante (papier, textile, produits chimiques…), ainsi que le tourisme.

Avec ses 4,3 millions d’habitants, l’état est dans la moyenne démographique nationale. De part son passé esclavagiste, aujourd’hui la population Noire représente 30% des personnes qui vivent en Caroline du Sud. Si la situation semble ne pas poser de problème aujourd’hui, ces populations ont subit les actions violentes du Ku Klux Klan à partir de la création de ce groupe dans les années 1870.
Comme on le suppose à la lecture du roman, c’est un état très religieux : s’il ne remporte pas la palme de l’état le plus religieux, il n’en est pas loin : il n’y a que 7% d’habitants qui sont athées !
Dans cette mouvance, si la prohibition a disparu, certains comtés de Caroline du Sud légifèrent sur les heures et jour de vente d’alcool ! Il est par exemple courant que la vente de produits alcoolisé soient interdits le dimanche…
Les droits de la femme ont mis du temps à évoluer dans cet état : si un amendement permettait aux femmes de voter aux Etats-Unis en 1920, elles devront attendre 1969 pour le faire en Caroline du Sud !
L’attachement au drapeau Confédéré fait encore débat dans cet état, s’il est encore besoin de prouver son « traditionalisme »… Il flottait vaillamment sur le Capitole à Columbia jusqu’en 2000
Mais malgré cela, l’état a été tout de même avant-gardiste : c’est à l’Université de Columbia que les premiers diplômés afro-américains ont été licenciés !

Voilà donc un état riche en histoire… mais assez peu tentant. Je crois que ma lecture du roman m’a un peu refroidie sur l’ambiance sociale là bas !

« L’Arbre aux haricots » de Barbara Kingsolver (Etat du Kentucky)

Opération challenge « 50 états, 50 billets » une fois de plus… Je tiens le bon bout, et je pense être dans les temps pour lire ou voir tout ce qu’il faut pour terminer ce challenge avant la fin de l’année ! Pour traiter le cas du Kentucky,  j’ai décidé de lire ce roman qui m’étais inconnu mais dont j’ai entendu beaucoup de bien sur les forums et blogs : L’arbre aux haricots, premier roman de Barbara Kingsolver paru en 1988 aux Etats-Unis et en 1996 chez nous. Un beau voyage en perspective entre le Kentucky, l’Oklahoma et l’Arizona ! 🙂

A la fin du lycée, dans les années 1980, Taylor n’a qu’une envie : quitter son Kentucky natal, où son horizon est bouché par la pauvreté dans tous les sens du terme : pas d’avenir, pas de challenge, pas d’attrait… Elle prend sa voiture, dit au revoir à sa mère et prend la route vers l’Ouest avec ses économies en poche ! En Oklahoma, dans un bar où elle s’arrête boire un café, elle se retrouve face à une situation peu banale qui va bouleverser sa vie : une femme Cherokee lui donne un bébé, celui de sa soeur disparue, et s’enfuie ! Sans avoir le temps de dire quoique ce soit, Taylor se retrouve avec cette petite fille… Et ne peut se résoudre à abandonner cet enfant maltraité, et va l’emmener avec elle jusqu’à Tucson en Arizona où sa voiture rend l’âme… Comment vont s’en sortir Taylor et la petite fille qu’elle a nommé Turtle ?

Nous voilà face à une situation d‘abandon peu banal, et voyage initiatique qui ne l’est pas moins ! Taylor va rencontrer une quantité de personnages très intéressants, et tous très « humains » : Matty la réparatrice de pneus qui aide les sans-papiers d’Amérique du Sud à passer la frontière, Estevan le professeur d’anglais guatémaltèque, … et Lou Ann, chez qui elle s’installe en colocation, qui deviendra son amie et sa famille en Arizona, avec son fils. Des personnages pleins de blessures, mais qui savent s’entraider dans cette ville au milieu du désert !
Mais attention, on n’est pas dans un monde idéal : tout le discours du livre est basé sur le fait que le monde est injuste, aride comme un désert, mais qu’il suffit d’un peu d’espoir et d’amour pour faire ressortir le meilleur des gens, comme il faut juste un peu de pluie pour que le désert fleurisse et se remplisse de vie

La relation entre Taylor et la petite Turtle est assez atypique : Taylor a quitté le Kentucky où, elle le répète, les ados tombent enceinte comme un rien, et se retrouvent enchaînées à leurs obligations et à cette région qu’elle déteste tant… Et pourtant elle aussi se retrouve mère sans vraiment le souhaiter, mais se sera en position de choisir si elle veut garder Turtle ou non. Bref, on est dans un roman sur le destin et le choix, les choix qu’on fait pour soi

Un beau roman qui à une suite, Les cochons au paradis, que je lirai je pense à l’occasion : on est face à une histoire bien écrite et agréable à lire, une fable assez philosophique, où le monde n’est pas tout blanc ou tout noir… En plus les descriptions de la nature, des plantes, des paysages sont sublimes et me replonge dans les images de mon voyage en Arizona… et me redonne envie d’y aller 🙂

Ce roman débute au Kentucky, où Taylor et sa colocataire de Tucson Lou Ann ont vécu toute leur enfance… Il en sera fait référence très souvent ensuite, parfois pour le mettre en opposition avec l’Arizona.
Dès les premières pages, le climat social est posé : une région d’agriculteurs et d’employés, où les filles tombent enceinte avant la fin du collège, où finir ses études secondaires tiens du miracle et où les drames familiaux sont légion… Bref, ça n’est vraiment pas l’endroit rêvé pour vivre !

Ce contexte s’explique assez bien par la position du Kentucky sur la carte des Etats-Unis : entre le Sud assez pauvre et conservateur et le Mid-West très agricole. Mais sa physionomie est plus complexe.
De part sa position entre les Appalaches, le Mississippi et les Grandes Plaines, et de son climat subtropical humide, le Kentucky bénéficie d’une pluralité de ressources : agriculture certes, mais aussi et surtout une spécialité d’élevage de chevaux. Les montagnes de l’est lui fournissent des mines de charbon, et les fleuves des moyens de communication et de transport qui ont poussé la croissance de villes et d’industries, telle celle de l’automobile.

Si le Kentucky est connu chez nous, il ne faut pas se le cacher, c’est aussi grâce à la franchise KFC – Kentucky Fried Chicken ! Harland Sanders, son créateur, est né dans l’Indiana, mais ouvrira son premier restaurant / station service dans le Kentucky où il servira ses propres recettes. Après cela, il ouvrira le tout premier restaurant sous le label KFC en 1952 à Salt Lake City dans l’Utah. Depuis 1991, la chaîne connait en France une réussite fulgurante grâce à ses menus à base de poulet.

Au niveau culturel, le Kentucky est connu pour son style de country, le bluegrass, immortalisé dans le film O’Brother des frère Cohen.
C’est aussi ici que le bourbon aurait été créé, par des colons irlandais ou écossais qui cherchaient à créer un whisky… Ce nom « bourbon » est en fait le nom du comté Bourbon au Kentucky, baptisé ainsi en hommage à la France (les rois de la lignée des Bourbon) qui a joué un grand rôle dans l’indépendance des USA. La différence entre le bourbon et le whisky se situe principalement dans le vieillissement de l’alcool : dans des fûts de bois toujours neufs pour le bourbon, et anciens pour le whisky… Cela permet au bourbon d’obtenir un goût de bois plus rapidement, ce qui suppose un vieillissement moins long.

Intéressons nous maintenant à l’histoire de cet état, réserve de chasse historique des indiens Cherokee, Shawnee et Iroquois. Après l’arrivée des premiers européens sur le territoire américain, les britanniques prennent possession de cette région qu’ils rattachent à la Virginie… Dans les faits, ce qui deviendra le Kentucky ne sera pas exploré de si tôt ! A partir de 1750, la colonisation va commencer progressivement… surtout pour ouvrir des route vers les territoires de l’Ouest. Les Cherokee et Shawnee acceptent assez mal cette intrusion sur leurs territoire, et déclareront la guerre aux envahisseurs. Par jeux politiques, ces amérindiens se lieront aux anglais lorsque la guerre d’Indépendance éclatera, afin de faire bloc contre les américains. La population du Kentucky souffrira de cette guerre, au point de demander la scission avec la Virginie à laquelle elle est encore rattaché : le Kentucky et la Virginie sont séparés par les Appalaches, difficilement franchissable, ce qui a isolé la région pendant la guerre. En 1792, le Kentucky devient un état à part entière, le premier de l’Ouest (ouest des Appalaches), et choisis la ville de Frankfort comme capitale. A noter que c’est aussi un des trois Commonwealth des Etats-Unis.
Durant la guerre de Sécession, le Kentucky ne prendra pas position, et reste neutre… mais sera tout de même le théâtre de nombreux combats.

Un état plein d’histoire et de références culturelles, qui montre bien que malgré l’image qu’en a l’héroïne du roman, il y a bien des choses à garder dans cet région 🙂

Edit du 15 octobre : je n’avais pas fait attention, mais ce livre avec ses haricots fait une fabuleuse entrée pour le challenge des fruits et légumes littéraires !