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« Une porte sur l’été » de Robert Heinlein

Une porte sur l'étéQue c’est bon de lire un roman de science-fiction classique, mais de grande qualité ! En plus je ne m’étais jamais attardée sur l’écrivain Robert Heinlein, à part pour lire le assez moyen Marionnettes Humaines. Mais comme je l’avais dis à l’époque, je savais qu’il fallait que je m’attarde un peu plus sur Heinlein… et bien je n’ai pas été déçue ! Un vrai coup de coeur que ce roman de 1956 !

Daniel Davis vit en 1970 et est un inventeur de génie… Il vient juste de créer le robot de maison, un vrai aide-ménagère et garde d’enfant. Ingénieur et complétement geek, il a pour l’aider à tenir son entreprise son ami commercial Miles et son assistante et petite amie Belle. Les affaires sont florissantes… sauf qu’un beau jour Miles et Belle l’escroquent et lui prennent tout ce qu’il a… à l’exception de son chat Pete.
Que faire pour surmonter cette trahison ? Daniel choisi la fuite : il envoient ses dernières actions de sa boite à la belle-fille de Miles, Ricky et décide de se lancer dans un voyage en 2001, en s’endormant d’un long sommeil cryogénique pendant 30 ans ! Est-ce que le futur lui réserve de meilleurs moments ? Pourra-t-il réparer ses erreurs du passé ? Et pourra-t-il se venger de Belle et Miles dans les années 2000 ?

Voici donc un roman de SF très riche, qui traite de concepts classiques mais efficaces : la cryogénie, les voyages dans le temps, la robotique… De quoi nous poser des foules de questions autour des paradoxes temporels entre autres !
Ce que j’ai aimé, c’est aussi la manière dont Heinlein a imaginé les années 2000. Pas de voitures volantes, mais plus de rhumes (là il c’est un peu planté, snif…), des chéquiers qui permettent de retirer de l’argent dans toutes les banques (il a inventé la carte de retrait et le guichet !), les robots qui font le ménages, dont un aspirateur autonome et intelligent (on y est presque !)… et surtout une urbanisation galopante et une explosion démographique, qui oblige à se nourrir de viande artificielle. Et oui, la vrai viande est tellement chère que les scandales alimentaires autour d’elles sont alors légion (toute ressemblance avec notre quotidien est vraiment fortuit :))  !

Le personnage principal et narrateur, Daniel, m’a beaucoup plu. On le rencontre au début du roman déprimé et alcoolisé 24/24h avec son chat, et on le retrouve combatif, résolument tourné vers l’avenir au fur et à mesure des chapitres… oubliant jusqu’à se venger !
Son chat Pete, diminutif de Petronius le Sage, est génial ! Il boit du ginger ale et a un vrai caractère de chat : indépendant, boudeur, bagarreur… mais tellement attachant ! On sent que Heinlein ne devait pas être indifférent au charme des félins, ce qui me le rend résolument sympathique 😉
C’est d’ailleurs le comportement de Pete qui donne son nom au roman : en hiver il gratte à toutes les portes de la maison pour demander à sortir… mais refuse d’aller dehors tant qu’une porte ne s’ouvre pas sur autre chose que de la neige… Bref, Pete cherche une porte qui donnerait sur l’été. Un peu comme son maître, qui en voyageant dans le temps recherche un monde meilleur pour lui et ceux qu’il aime : Pete et Ricky.

coup de coeurUn coup de coeur que ce roman, qui peut paraître classique et vu et revu en terme de concepts de base… mais j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Daniel et de son chat. Il va falloir que remette ça avec cet auteur l’an prochain en tous cas !
Une bonne lecture pour le challenge ABC des Littératures de l’Imaginaire !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

 

 

« Le Chaos en marche tome 1 : La voix du couteau » de Patrick Ness

La voix du couteauCette fin d’automne aura été riche en bonne lecture grâce aux partenariats ! Aujourd’hui, c’est à Folio et au premier opus de la trilogie Le Chaos en marche, La voix du couteau, de Patrick Ness, que je dédie un coup de cœur ! Littérature jeunesse certes, mais pas que ! Et pour mon plus grand plaisir, un univers de science-fiction dystopique de qualité 😀

Sur une planète lointaine, dans la petite colonie de Prentissville, le jeune Todd attend de fêter ses 14 ans pour enfin devenir un homme, un vrai ! Il est le dernier garçon de la ville, et pour cause : avant sa naissance, une maladie a anéantie toutes les femmes… Une arme bactériologique lancée par les Spackle les premiers habitants de la planète Effet secondaire de la maladie : les hommes ont commencé à générer du Bruit. Leurs pensées sont audibles a tout un chacun ! Le silence n’existe plus sur cette planète, car même les animaux parlent maintenant… de quoi devenir fou !
Un mois avant son anniversaire, Todd va faire une découverte en se promenant dans les marais avec son chien Manchee… Une bulle de silence, comme un grand vide. Est-ce un Spackle, l’ennemi numéro un des humain ? Non ! Plus improbable encore… une fille ! D’où sort-elle, et que veut-elle, elle dont on ne peut pas lire les pensées et qui en plus ne parle pas ?

Cette histoire va amener Todd, son chien et sa nouvelle amie, Viola, dans un voyage forcément initiatique… et surtout pleine d’aventures, de doutes, de découverte sur la réalité de Prentissville et de cette planète. Elle a été colonisée vingt ans auparavant par des groupes religieux à la recherche d’un Eden où la vie serait plus simple et saine que sur Terre. Mais comme souvent, les utopies tournent mal quand la soif du pouvoir et la peur pointent le bout de leurs nez… et on se doute bien que l’Histoire de la guerre contre les Spackle cache une réalité beaucoup plus sombre !
Pour de la littérature jeunesse, j’ai trouvé l’écriture assez recherchée. D’abord la syntaxe et l’orthographe de Todd l’analphabète (pas facile de le comprendre parfois), qui est le narrateur de ce récit. Les jeux de typos aussi sont assez bien fichus, les usages de nuages de mots pour symboliser le Bruit, ou les changements de polices de caractères pour représenter le langage parlé et celui des pensées, les apartés humanisant les situations… Une belle édition je trouve !

Je me suis au fur et à mesure attachée aux personnages… Celui de Todd est assez réaliste. Au début il a un côté très pré-ados qui horripile, mais avec un bon fond tout de même. Mauvaise foi, orgueilleux, flemmard, un brin violent par moment. Mais son voyage forcé loin de Prentissville va lui apprendre à devenir meilleur… à devenir un homme ! (c’est beau, hein :)) Du coup on évolue avec lui, et on apprend la vraie Histoire des colonies de la planète au même rythme que lui et Viola.
Ce que j’apprécie aussi dans ce roman, c’est que l’auteur ne nous présente pas son héros comme un meurtrier. Malgré les difficultés, et même devant un ennemi, Todd se pose toujours la question de tuer ou pas… Pour un livre où le couteau est si omniprésent que ce soit dans le titre ou au travers les pages, c’est une rupture intéressante qui vire quasi à l’obsession, et donne du sens à l’histoire !

coup de coeurUn coup de cœur donc, j’espère que les tomes suivants seront à la hauteur ! En attendant de le découvrir, je rajoute le tome 2, Le Cercle et la Flèche, dans ma wish-list (hey, les gens, c’est bientôt Noël :D) !
Merci à Folio pour cette super lecture 🙂

Au passage, cette lecture me permet de remplir la case « objet » du challenge Petit BAC 2014, youpi ! J’avance un peu ! 😀

Challenge petit bac 2014

« La Chica zombie » de Laura Fernández

La chica zombieAh la bonne lecture jubilatoire ! En demandant ce livre aux Éditions Denoël pour le partenariat de novembre, je ne m’attendais pas à autant m’éclater en le lisant ! La Chica zombie, premier roman édité en France de l’auteur espagnole Laura Fernández, est un concentré de dynamisme qui m’a laissé sur le cul.
Contrairement à ce que je pensais, il ne s’agit pas réellement d’un roman sur les zombies… et pas plus de littérature pour ados malgré le fait que ses héros soient des profs et des lycéens ! A la croisée des genres, voici un roman contemporain sous perfusion de grandes œuvres de l’horreur, mâtiné de culture pop américaine… Un vrai coup de cœur !

Pas facile d’avoir 16 ans, que ce soit à Elron dans les années 90 que partout ailleurs et en tout temps… C’est l’amère expérience qu’Erin Fancher, élève au lycée Robert Mitchum, va faire.
Elle vient de se taper un 0,5 en grammaire à cause de la prof remplaçante Velma Ellis, sa meilleure amie Shirley la « force » à sucer Reeve dans les toilettes du lycée… Et pour ne rien arranger, ce matin elle se réveille morte, putréfiée… zombifiée en somme ! Le plus grave, c’est que ni ses parents, ni Shirley, ni Reeve ne semblent s’en apercevoir ! Le seul qui remarque les vers qui courent le long de ses plaies sous ses tonnes de maquillage, c’est le paria du lycée, le psychopathe Billy Servant.
Comment Erin a-t-elle bien pu se transformer en zombie ? Pourquoi certains feignent d’ignorer son état ? Quelle relations va t-elle maintenir avec ses anciens amis après ce coup du sort ?

Derrière cette histoire de zombie, vous l’aurez deviné, se cache – à moitié – une métaphore de l’adolescence, des relations de domination au lycée qui finissent par décérébrer et stéréotyper le plus gentil des adolescents. Dans ce contexte, chacun a sa méthode pour exister ou survivre : devenir populaire comme Shirley, invisible comme Billy, violent comme Kirby… Et ceux qui se cherchent encore comme Erin finissent souvent par être les marionnettes de leurs camarades de classe.
C’est même toute la société qui est égratignée par Laura Fernández, en pointant par exemple les pressions sociales exercées sur tout un chacun : la chasse à l’obésité, l’obligation de se marier, … Entre jugement et regrets, pas évident d’être adulte non plus à Elron.

Le style de l’auteur et la manière dont elle a traité l’histoire m’ont vraiment emballé. Sa plume est pleine d’humour (noir) et m’a rappelé le côté « what the fuck ? » de l’auteur anonyme du Livre sans nom, ou de Tom Sharpe dans un autre registre… Le côté « hommage aux maîtres du gore » m’a aussi rappelé Thomas Gunzig et ses 10000 litres d’horreur pure… Que du bon, je vous dit !
Les personnages sont inénarrables, oscillant entre le ridicule et le lyrisme… Les plans du directeur du lycée, Sanders, pour séduire la prof remplaçante Velma sont grotesques. Et ceux qu’elle met en place avec un type qui se prend pour le génie de la lampe sont carrément énormes ! Le clou pour moi, c’est le cercle de parole où se réunissent les patients du docteur Droster. Outre Velma qui est harcelée par une robe de mariée toutes les nuits, on retrouve un gars qui se prend pour super Mario… Et une femme qui a déconnecté en se transformant en loutre, engloutissant des kilos de poisson cru.

coup de coeurC’est pour moi à la fois une belle découverte, qui c’est bien vite transformée au fil des pages en coup de coeur ! Outre le fait d’enfin entrevoir un lycée criant de vérité (je ne vais pas dire que je j’y étais… mais presque), les touches surréalistes et trash ajoutées par l’auteur m’ont beaucoup plu. C’est très rock en somme !

Merci Denoël, j’espère bientôt pouvoir lire d’autres roman de cet auteur ! J’en veux plus !

La Chica zombie de Laura Fernández
Éditions Denoël
Traduction : Isabelle Gugnon
2014 – 368 pages

« Le Faiseur d’histoire » de Stephen Fry

Le faiseur d'histoireL’année commence de la meilleure des manières avec cette lecture commune avec Petite Fleur, qui me permet de valider la lettre « F » du Challenge ABC – Littératures de l’Imaginaire.
Ce roman de Stephen Fry nous plonge dans une aventure qui mélange humour, science-fiction et uchronie d’une main de maître, avec une touche de délire à l’anglaise qui n’est pas pour me déplaire.
Bref, je n’ai plus qu’une envie, découvrir d’autres livres de Fry, ce touche à tout britannique connu Outre-Manche en tant qu’acteur, humoriste, réalisateur, scénariste, présentateur TV, voix de livres audios,… et aussi écrivain ! Un vrai monument national là bas !

Michael Young est étudiant en histoire à Cambridge, à la veille de remettre sa thèse à son professeur. Après tant d’années de travail et de recherche, il est persuadé de réussir haut la main cette dernière étape de ses études… et il se voit déjà lui même professeur, sa thèse éditée, avec un avenir radieux pavé de gloire.
Mais cette journée où il doit rendre sa thèse se passe mal : sa petite amie Jane le quitte en emportant la voiture, il reçoit du courrier qui ne lui est pas destiné, il fait tomber sa thèse non reliée dans le jardin du campus… Une occasion pour lui de rencontrer le vieux professeur Leo Zuckermann, spécialisé dans la physique. Celui-ci l’aide à ramasser les feuillets et semble très intéressé par le sujet de la thèse de Michael : les jeunes années d’Adolf Hitler. Leo est lui même obsédé par le génocide des Juifs et la Seconde Guerre Mondiale. Quel secret cache-t-il ?

Nous voilà donc devant un sujet sérieux, traité d’un point de vu original avec un ton très fun et décalé.
Que serait le monde si Hitler n’étais jamais venu au monde ? Voici bien une question qu’on a tous du se poser au moins une fois dans sa vie… Notre société serait-elle meilleure ou pire ? La technologie serait-elle plus en avance ? Quelle chemin aurait pris l’humanité sans la présence de ce « monstre » pour pervertir l’histoire ?
Ou alors, un être encore plus intelligent, ou plus malin, ou plus stratège, ou plus fort… aurait-il pu émerger ? Et si ce leader qui n’a jamais vu son sacre avait été moralement pire que Hitler ?
Et si, finalement, un seul homme ne change pas profondément le cours de l’histoire ? Si la volonté d’un peuple et d’une société à un temps T créait son destin pour les années à venir ? Et si les passions des hommes mettaient  l’histoire d’une nation sur des rails,  tel un train en marche, et peut importe qui en est le conducteur ? En gros, que dans une Allemagne antisémite et humiliée par la défaite de 1918, n’importe qui ou presque aurait pu remplir le vide…
En revisitant l’histoire comme il l’a fait, Fry nous offre sa réponse, mais comme dans toute bonne histoire de SF, nous permet de nous poser des tonnes de questions !

Outre le fond philosophique du roman, j’ai beaucoup aimé le personnage de Michael, plein d’humour, très contemporain… Et le style de Fry est un vrai régal ! Le petit truc sympa dans la structure, c’est la manière dont l’auteur a alterné ses chapitres : l’histoire de Michael, celle de la jeunesse de Hitler… puis ça change un peu 😉

coup de coeurUn vrai coup de coeur, que je vous conseille cette lecture même si vous n’êtes pas branché science-fiction ! Maintenant il va falloir que je me trouve d’autres romans de Fry à mettre dans ma PAL ou ma wish-list !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

 

 

« Chroniques du Pays des Mères » d’Elizabeth Vonarburg

Chroniques du pays des mèresPour un morceau, c’était un sacré morceau que les Chroniques du Pays des Mères… et son titre de lui est pas volé ! On rentre avec ce roman dans un univers très fouillé et complet, où tous les pans de la société ont été réfléchis et brillamment imaginés par leur auteure québécoise d’origine française (cocorico !) en 1992.
J’ai débuté la lecture de ce livre pour le challenge ABC, et je me retrouve maintenant avec un vrai coup de cœur !

La jeune Lisbeï vit dans la Garderie de Béthély avec Tula, où elles sont élevées avec d’autres enfants de leurs âges… presque que des filles. Les garçons sont rares, et sont pointés du doigts comme des êtres ayant reçu la punition de la déesse Ellie, qui leur a retiré le privilège d’être des filles.
Devenue adolescente, Lisbeï quitte la Garderie pour apprendre à devenir « Mère » de la cité auprès de sa génitrice, Selva. Elle va tout apprendre sur l’histoire, la géographie, la politique du Pays des Mères… auprès d’Antoné la médecin, Mooreï la Mémoire de Béthély ou encore Kélys l’exploratrice. Mais pour elle rien n’a de sens si elle ne peut pas le partager avec Tula, trop jeune et restée enfermée à la Garderie…
Elle va aussi apprendre à trouver sa place dans cette fourmilière qu’est la cité, où les femmes sont divisées en groupes : les Rouges, celles qui peuvent avoir des enfants, les Bleues celle qui sont stériles ou sont trop vieilles pour enfanter, et les Vertes, celles qui sont trop jeunes pour être dans une catégorie ou une autre. Un univers de femmes, où les hommes n’ont pas d’autre choix que d’être des reproducteurs ou des Bleues comme les autres…
Ce roman va nous apprendre ce qu’il arriva à Lisbeï, ses relations avec sa Famille, et plus généralement ses pensées et ses voyages au sein du Pays des Mères…

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Herland quand j’ai débuté ce roman : un pays de femme, dirigé par des femmes. Mais finalement la ressemblance s’arrête là. Chroniques du Pays des Mères ne cherche pas à présenter un monde idéal sans homme. Les hommes existent, mais la génétique fait qu’ils ne naissent plus en assez grand nombre… 3% à peine ! L’enjeu du roman repose sur cette contrainte, cette malédiction en quelque somme : pour éviter la consanguinité les enfants ont de tatoué sur l’épaule leurs lignées ; la Mère est la seule à avoir le privilège d’avoir des rapports sexuels avec un homme, son « Mâle », qui change régulièrement pour diversifier les gènes de la Famille ; les autres femmes doivent passer par l’insémination artificielle… et forcément les hommes ne sont que des donneurs de sperme… Pas d’amour entre hommes et femmes, mais de toutes façon les filles et femmes de Béthély ne penseraient jamais à s’accoupler avec un homme !
Bref, on est loin d’une utopie ! Surtout si on rajoute à cela une mystérieuse Maladie qui emporte une bonne partie des enfants…

Si le début du roman sonne très fantasy, rapidement on s’aperçoit qu’il s’agit bien de science-fiction, voir d’anticipation sociale ! Le monde que nous connaissons, notre société, a été anéantie par le Déclin il y a mille ans de cela… Il reste de ce monde quelques traces, que les archéologues du Pays des Mère tentent de découvrir et d’interpréter. Et il reste surtout de l’époque du Déclin les terres polluées, inhabitables et interdites : les Mauterres, où les aberrations génétiques seraient légion.

Le gros avantage de ce roman par rapport à de la fantasy américaine ou anglaise, c’est qu’il a été pensé et écrit en français. Et vu les subtilités de langage autour des mythes et des contes, de la géographie, de l’étymologie et de la sémantiques, des références aux anciennes langues… cela n’est pas anecdotique ! La langue et la fiction s’entremêlent, pour donner un tout très cohérent, comme la fameuse « tapisserie d’Ellie dont il est beaucoup question pour expliquer les destinés des personnages du roman.

coup de coeurUn coup de cœur, qui me donne furieusement envie de lire le premier roman de cet auteur, qui introduit ces magnifiques chroniques : Le Silence de la Cité.

challenge ABC

 

« Un bonheur insoutenable » d’Ira Levin

Un bonheur insoutenableRholàlà, gros coup de cœur de la rentrée ! Un roman de science-fiction pas d’hier, mais d’une force qui m’a transporté tout ce week-end ! Je n’ai pas pu me décrocher de ce livre ! Franchement un titre de livre n’aura jamais été aussi juste 😉
Je n’ai pas lu grand chose de cet auteur américain, Ira Levin, mis à part Les femmes de Stepford que j’avais bien apprécié. Un bonheur insoutenable a été écrit un peu plus tôt que ce classique de la SF, en 1970, et on se retrouve cette fois en plein contre-utopie… un univers que j’aime tout particulièrement 🙂

Plus d’un siècle après l’avènement d’Uni, le super ordinateur qui régit la vie sur Terre, le jeune Li RM35M4419 apprend jour après jour à vivre dans ce monde qui l’a vu naître. Son grand-père, un vieil homme excentrique, le surnomme Copeau pour le différencier des centaines de milliers de petit Li de son âge. Ce petit nom il gardera pendant toutes les dizaines d’années durant lesquelles nous le suivons.
La société dans laquelle Copeau vit est la première à vraiment connaître le bonheur et la félicité : plus de guerres, plus de famines, plus de pauvreté… Mais en contre-partie, la vie est ultra conformiste, les instincts humains ont été éteints à coup de génie génétique et de pharmacopée, la liberté est réduite à son plus simple appareil, les biens privés et l’intimité sont inconnus, l’eugénisme est la norme…
Copeau va avoir une idée folle un jour : désirer quelque chose… Avoir envie d’une chose sans qu’Uni lui suggère. Hérésie ! Cela va l’amener peu à peu à se questionner sur sa condition et à ce qu’est vraiment Uni… Un signe de « maladie » qu’il doit cacher, jusqu’au jour où il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir envie d’autre chose !

Ce roman m’a rappelé beaucoup d’autres récits de SF et dystopies, qui sont des références dans le domaine : Les monades urbaines de Silverberg, Le meilleur des mondes d’Huxley, Nous autres de Zamiatine, 1984 d’Orwellle manga Ikigami, Les robots d’Asimov. D’ailleurs Uni dans Un bonheur insoutenable me fait vraiment penser au Multivac d’Asimov qui aurait mal tournée… ou juste été un peu plus loin que ce que nous présente le pape de la SF. J’ai retrouvé l’idée de la nouvelle Un conflit évitable poussée à son paroxysme, cette histoire où les machines commencent à prendre le contrôle de l’humanité en discriminant des individus au profit du bien commun. L’enfer est pavé de bonne intentions comme on dit…
Toutes les références aux dictatures du bonheur se retrouvent dans ce roman : les mondes dirigé par une puissance unique et optimisatrice, des lieux de vie sans intimité possible et au régime collectiviste comme dans une ruche, la conformité extrême dans les comportements ou dans l’apparence grâce aux uniformes et à la génétique, la négation de la sexualité, la réduction des choix possibles (même dans les prénoms, quatre par sexe ici), un culte de la personnalité (Christ, Marx, et les deux créateurs du principe d’Uni, Wood et Wei…), l’inhibition par les drogues pour que tous soient gentils et serviables et que leurs hormones ne les poussent pas a être trop violents ou créatifs, ou avoir des enfants, la date de la mort programmée…
Mais d’un autre côté, on comprend aussi aisément que ces freins ont permis de créer une société plus juste… Et on se pose la question de ce qui peut être préférable : une dictature du bonheur ou un asservissement dans la liberté ?

Outre la dimension philosophique du récit, j’ai été happée par l’histoire. Déjà par la plume de l’auteur : c’est fluide, compréhensible, les idées sont bien amenées, … Bref c’est bien écrit ! Ensuite par le suspense : Copeau pourra-t-il se libérer, et comment ? Et pour aller où ? Sera-t-il seul ou trouvera-t’il des compagnons ? Jusqu’au bout on se pose des questions, on frémit… Même les dernières lignes peuvent être sujette à différentes interprétations et nous laisser avec plein d’idées et de pistes de réflexions en têtes.

coup de coeurUn gros coup de coeur que je conseille à tous, même ceux qui n’aiment pas la SF car cette histoire est assez riche pour toucher tout un chacun. Un grand classique sans aucun doute !

Et au passage, ce petit chef d’oeuvre me permet de remplir l’objectif « Sentiment » du Challenge Petit BAC 2013 !

 Challenge Petit BAC 2013

« The Martian Chronicles » de Ray Bradbury

The Martian ChroniclesVoici un de mes livres favoris, que j’ai déjà lu deux ou trois fois en français… et grâce aux cours Coursera de littérature SF et fantasy, cette fois je me lance dans la VO 😉
Une bonne occasion pour faire un post dans ce blog, sur ce petit chef d’œuvre de Ray Bradbury, dont les nouvelles sont parues entre 1945 et 1950 !

Les Chroniques Martiennes est dans mon souvenir ma première expérience avec la SF… à l’école primaire. Nous avions étudié un petit extrait de la nouvelle Août 2026 : Il viendra des pluies douces, où il est question d’une maison abandonnée livrée à des robots ménagers qui font le petits déjeuner, passent l’aspirateur… Très sympa quand on a dix ans, ces petits robots en forme de souris ! Mais quand on le relis adulte, on s’aperçoit que si les robots sont livrés à eux même, c’est parce que l’humanité a été complétement éradiqué de la surface de la Terre suite à une guerre nucléaire… Moins folichon 🙂

En 1999 la première fusée terrienne se pose sur Mars. Après quelques rapports mouvementés avec les martiens, les premiers pionniers viennent s’y installer en 2001… et la tâche leur sera grandement facilitée par le fait que les autochtones ont tous péri suite à une épidémie apportée involontairement par les premiers explorateurs. L’homme, américain, est tout puissant sur cette planète rouge bardée de canaux, où tout reste à faire ! Planter des forêts, construire des villes, peupler ces contrées, nommer les montagnes, créer des entreprises, fonder des foyer, et même ouvrir des cabanes à hot-dogs !
Nous allons suivre la grandeur et la décadence de cette conquête de l’humanité, car si la vie se met en place sur la planète Mars, la guerre fait rage entre les différents pays de la Terre…

Ce qui est agréable avec ce livre, c’est que Bradburry joue avec les clichés et mythes de la conquête martienne… Mais met aussi en valeur des idées originales sur l’exploration et l’annexion de la planète rouge, et plus largement sur le rôle de l’homme dans l’univers.
Entre humour, rire jaune et poésie… j’ai été une nouvelle fois emballée par ma lecture, même si dans l’édition que j’ai lue (celle de 1950 je suppose) il manquait quelques nouvelles par rapport à ma version française de chez Folio. Mais bon, rien de grave !

Ce qui m’a me plait en fait, c’est son art de l’ellipse : il se passe plusieurs mois, plusieurs années entre deux histoires, ce qui nous laisse tout le loisir de s’imaginer comment les choses ont évoluées entre deux. Et surtout de réfléchir sur le statut de l’humain, destructeur forcément, mais parfois et heureusement doué de bons sentiments. Tout n’est pas noir chez Bradbury, il nous averti de nos travers mais laisse une porte ouverte à un peu d’espoir !

coup de coeurUn coup de cœur forcément, même si ça n’est pas une surprise pour moi 😉
Je le recommande très très fortement aux fans de fantastique et SF… Il y a plein de choses à prendre dans ces petites histoires 🙂

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« Avenue des Géants » de Marc Dugain

avenue-des-geantsJe n’ai aucune idée de la manière dont j’ai bien pu entendre parler de ce livre… Tout ce que je sais, c’est que je me suis motivée à le lire pour le challenge ABC, et aussi et surtout que j’ai adoré cette lecture !
Moi qui suis passionnée d’histoire de serial-killer, et qui aime histoire qui se passent dans le Grand Ouest Américain, je suis bien servie avec Avenue des Géants ! Et pourtant, l’auteur à qui ont doit ce roman est Français ! Marc Dugain, que je découvre pour la première fois, est spécialisé dans les histoires reprenant des éléments de biographies de personnages célèbres, comme Staline ou Hoover… Dans ce roman paru en avril 2012, il s’inspire de la vie du tueur en série Edmund Kemper.

Entre une mère qui le maltraite et un père qui veut se débarrasser de lui pour refaire sa vie, Al Kenner, 15 ans, se retrouve à vivre chez ses grands-parents en Californie. Du haut de ses 2,20 mètres et de son QI supérieur à celui d’Einstein, il supporte mal l’oppression de sa famille… Malgré son aversion pour la violence, il va un jour prendre un fusil et abattre sa grand-mère qui l’étouffe, puis son grand-père pour lui éviter la peine d’un deuil. Ça n’est pas qu’il soit particulièrement empathique, mais Al à le sens pratique…
Enfermé en hôpital psychiatrique pour soigner sa supposée schizophrénie, il va collaborer avec les médecins, profiter de ce temps pour comprendre ses pulsions et rêves de décapitations, et étudier la psychologie. Au bout de 5 ans il ressort libre, en plein dans l’époque du Flower Power et de la guerre du Vietnam
Va-t’il oser revoir ses parents ? Pour lui une nouvelle vie est-elle possible ? Lui et la société peuvent-ils oublier et pardonner le fait qu’il a brisé le tabou du meurtre, à une époque où la mort est rationalisée par les guerres ?

Je me suis trouvée aspirée par ce roman qui est vraiment bien écrit, passionnant, et qui passe comme du velours malgré l’horreur de la vie d’Al Kenner.
La comparaison avec le serial-killer de La cache du Diable que j’ai fini il y a quelques jours est frappante, même si Vassago et Al ont la même pathologie : schizophrénie, sociopathie, manque d’empathie… Le portrait de Al en tant que tueur en série est crédible, réaliste… Vassago à côté en prend un coup avec son traitement symbolique. Al fait vraiment « humain« , avec un je ne sais quoi qui le met en décalage : son manque d’empathie empêche réellement tout attachement ou projection pour moi, sans pour autant l’avoir en aversion comme qu’est Vassago.
L’idée de l’héritage du mal est une des idées qui forme la trame de fond du roman, et construit le personnage d’Al. Ce qui fait qu’il est ce qu’il est vient de multiples facteurs : sa famille jusqu’à des générations avant lui, la nature humaine pervertie à la base,… La psychologie est un peu l’excuse qui le conforte à tuer, comme d’autres choisissent d’écouter la voix d’un démon dans leur tête…

La manière dont l’histoire s’articule ménage le suspense jusqu’au bout : on suit à la fois l’histoire « chronologique » des 15 ans d’Al jusqu’à ses 20 et quelques années… et en parallèle ses rencontres en prison au parloir avec Susan, alors qu’il a 50 ans. Celle-ci lui apporte des romans à lire et dicter pour les aveugles, pour des maisons d’édition.
Même si on se doute bien qu’il a fait quelque chose de terrible pour finir en prison et surtout y rester si longtemps, on espère pendant tout son récit qu’il ne passera pas à l’acte qui le démange… même si tous les indices qui jalonne son histoire nous font penser le contraire.

coup de coeurUne super découverte et un coup de cœur ! Je le conseille vivement, pour la bonne surprise que j’ai eu en le lisant… Un roman récent et français, rien ne me laisser envisager que j’allais autant aimer cette lecture 🙂

 

challenge ABC

« La femme en vert » d’Arnaldur Indridason

La femme en vertAprès avoir lu et beaucoup apprécié l’ambiance glaciale du roman islandais La cité des jarres d’Arnaldur Indridason, j’ai eu envie de suivre une nouvelle fois une enquête du commissaire Erlendur Sveinsson.
C’était une bonne idée, tant ce roman m’a plu ! J’ai frémis et j’ai été happée par le récit… Si La cité des jarres était un roman policier très sympa, La femme en vert est un vrai petit bijou pour moi !

Le commissaire Erlendur et son équipe sont appelé sur le chantier d’une maison en banlieue de Reykjavik : un squelette humain est retrouvé, et il semblerait qu’il appartienne à une personne disparue une cinquantaine d’année auparavant.
Il va donc enquêter dans le voisinage avec ses acolytes Elinborg et Sigurdur Oli, pour essayer de découvrir à qui pourraient appartenir ces ossements… une vraie plongée dans l’histoire de la région et dans les secrets de familles les plus sombres.
On va suivre en parallèle de cette investigation l’histoire d’une famille dont le père Grimur terrorisait les siens en battant et maltraitant sa femme, justement à la période où ce corps aurait été enterré…
A qui appartient ce squelette ? Pourquoi cette personne a été tuée et ensevelie dans ce qui était alors un champ ?

Toujours dans l’esprit « cold-case », Erlendur enquête sur des disparitions très ancienne. On va d’ailleurs découvrir dans ce volume de la saga pourquoi il s’intéresse autant aux disparitions !
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est la manière dont l’auteur nous fais découvrir l’histoire du pays et des anecdotes de la « petite histoire » : la peur de la fin du monde lorsque la comète de Halley a survolé la Terre en 1910, les camps militaires d’anglais et d’américain en Islande lors de la Seconde Guerre, les campagnes qui se vident au profit de la capitale…  Et le tout dans les paysages d’Islande, qui même en ville semblent sauvages et inhospitalier ! C’est définitivement un pays rude !

Le tour de force d’Arnaldur Indridason, c’est de nous interroger durant toute notre lecture sur l’identité du cadavre retrouvé sur le chantier, et à partir de là sur le pourquoi de cette inhumation à l’écart de toute terre consacrée… qu’on suppose être un meurtre !
Autre élément qui m’a beaucoup touché, c’est la tension des scènes dans la famille de Grimur, où ce véritable monstre fait régner la peur en torturant physiquement et psychologiquement la mère, et par conséquent ses enfants… Je bouillonnait de rage en lisant ces séquences terribles, et frémissait d’appréhension en me disant que le corps pourrait appartenir à une de ces victimes de la terreur domestique : la mère battue à mort, ou encore à un de ses fils qui aurait voulu la protéger, ou encore à sa fille handicapée…

coup de coeur

Je ne vous en dis pas plus ! L’évolution du récit et sa conclusion son géniaux ! Une histoire émouvante et une enquête palpitante !
Il en faut pas plus pour un coup de coeur non ?
Et cerise sur le gâteau, cette lecture me permet de remplir une mission dans le challenge Petit BAC 2013, catégorie couleur !

Challenge Petit BAC 2013

 

« Les monades urbaines » de Robert Silverberg

Les monades urbainesLe challenge ABC est une parfaite excuse pour me lancer dans la lecture de grands classiques que je n’ai pas encore lu… Et Les monades urbainesédité en 1971, du pape de la SF, Robert Silverberg est de ceux là ! Je dois même avouer que j’ai un peu honte de ne pas l’avoir lu plus tôt, tellement ce livre m’a semblé génial !

Dans un monde où les hommes vivent dans des tours de 1000 étages faisant office de pays, et sont plus de 75 milliards sur terre, les problèmes démographiques n’existent plus. Par un système social et structurel très spécifique, la surnatalité est maintenant encouragée !
Les hommes vivent heureux, sans jamais sortir de leur bâtiment, les monades, vivant en autarcie complète… Mais sont-ils tous complètement satisfaits de leur existence dans ce paradis grouillant de vie ?
L’auteur nous présente ce monde au travers 7 nouvelles offrant le point de vue de 6 personnages vivant dans la monade 116.

Difficile de ne pas aimer ce chef d’œuvre, tant il regroupe des problématiques contemporaines, et rappelle d’autres romans de SF tel Le meilleurs des mondes d’Aldous Huxley, ou Le monde inverti de Christopher Priest… Sauf que pour moi, il est encore bien au dessus 🙂
Il faut dire que tout ce qui touche la décroissance globale m’intéresse, l’écologie, le bien être social… Et cette dystopie qu’est l’univers des monades est tout l’inverse de cela ! Et ce qui est très bon, c’est que ce monde et la réflexion autour de celui ci se tient parfaitement !

D’abord on se demande comment les hommes font pour supporter de vivre littéralement les uns sur les autres… Pour éviter les frustrations sources de conflits qui pourrait faire chavirer les monades, on a aboli les biens : faute d’espace, les espaces de vie intime sont petits… mais chacun peut aller librement chez les uns ou les autres. Et les drogues sont aussi là pour faire passer ce sentiment de promiscuité… Troublant, même son propre corps n’appartient plus à l’individu : l’échangisme est un usage commun (voir recommandé), une femme ou un homme ne peut se refuser à qui que ce soit, mariée ou non…  ! On se croirait dans un groupe de bonobos, où le sexe est l’élément central de la paix sociale !
Le culte de leur dieu les pousse à se reproduire à qui mieux mieux : il faut faire beaucoup d’enfant pour être envié, et surtout faire plaisir à leur divinité de la vie !
Si les monades s’élancent comme des aiguilles de 3000 mètres de haut dans le ciel, le reste des terre est uniquement vouée à l’agriculture : plus de forêts, ni de sites anciens… des villages de « primitifs » nourrissent les monades, à l’aide de machines gigantesques et de robots. Bref, la verticalité est devenu le paradigme dominant

Tous les détails de cet univers sont aussi fascinants que répugnants… Une tyrannie du bonheur et du don de soi, où la plus grande qualité est d’être « onctueux » avec son voisin. Et gare à ceux qui sont névrosés ou dépressifs, se refusent aux autres, et font preuve de comportement anti-sociaux : si un lavage de cerveau ne suffit pas, c’est « la chute » qui attend les déviants ! Balancé dans les conduits de la monade, ils finissent littéralement comme bois de chauffage dans les entrailles du bâtiment…

coup de coeurUn coup de coeur ! Je ne suis pas prête d’oublier cet univers dans lequel Silverberg m’a plongé… et surtout quand je le rapporte à des faits actuels sur l’organisation de l’espace, les relations humaines en ville… j’en reste songeuse 🙂
Je le conseille à tous, fans de SF ou non ! Il y a forcement quelque chose à retenir dans ce conte moderne !

challenge ABC