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« La Vérité sur l’affaire Harry Quebert » de Joël Dicker

Difficile de passer à côté de ce livre, j’ai eu l’impression de le voir partout ces dernières années… Mais je me méfie toujours des best-sellers, surtout quand ils finissent en série TV sur TF1, comme c’est le cas avec ce roman.
Mais bon, challenge ABC aidant et un crédit Audible en poche, je ne pouvais pas résister trop longtemps !

Marcus Goldman est un écrivain a succès : il a écrit un grand roman qui est vite devenu un best-seller. A lui le grand train de vie à New-York, les petites amies branchées, les fêtes où il ne connaît pas le quart des invités… Mais son livre est sorti depuis plusieurs mois et il n’a toujours pas écrit une ligne de son nouveau roman. Et pour cause, il n’arrive vraiment pas à s’y mettre… Marcus a la maladie des écrivains, l’angoisse de la page blanche.
Une seule solution pour s’en sortir : retourner dans le New Hampshire chez son ami et ancien professeur de lettre, Harry Quebert. Lui qui a écrit un des plus beau roman américain va certainement pouvoir l’aider…
Mais les choses ne vont pas se dérouler aussi simplement.
Lors de travaux dans le jardin de la maison d’Harry, le squelette d’une jeune femme est déterré… accompagnée du manuscrit du fameux roman de l’auteur ! Nola… Cette jeune femme dont Harry a été amoureux en 1975… et surtout une jeune femme de 15 ans ! Ce qui fait de lui un assassin doublé d’un pédophile ! L’Amérique toute entière à la nausée…
Marcus n’a plus qu’une idée en tête, aider son ami Harry à prouver son innocence… et pourquoi pas écrire un livre par la même occasion ?

Cette histoire à la base très classique, celle d’un écrivain jouant le rôle d’un enquêteur, fonctionne ici très bien. Les révélations sont incessantes et jusqu’à la fin on découvre de nouvelles pistes et de nouveaux rebondissements surgissent de partout. Ce patchwork va finir par nous faire entrevoir ce qu’il s’est passé réellement cet été de 1975, entre Harry, Nola et toute la petite ville d’Aurora. On ne s’ennuie pas une seconde !
La plume de l’auteur est accessible, directe, mais pourtant retranscrit bien l’ambiance de ce mignon petit village du New Hampshire.

Côté personnages nous avons toute une ribambelle de citoyens de la ville, assez caricaturaux parfois, mais finalement très efficaces, Marcus Goldman en tête ! Avec sa mère juive très envahissante et culpabilisante, on a touché le pompon !
La serveuse de café amoureuse de l’écrivain célèbre, qui ne voit pas que le jeune policier un peu gauche l’aime secrètement depuis le lycée ; le milliardaire mystérieux qui a à sa solde une gueule cassée qui effraye le canton ; le mari dominé par sa femme très autoritaire… On ne manque pas d’anecdotes et de petites histoires au milieu du récit principal.

Une très bonne lecture, je ne regrette pas de m’être laissée tentée par cette couverture si souvent aperçue aux détours des rayonnages des librairies ou des sites Web spécialisé !   

Et une lettre de plus pour le challenge ABC, pour la lettre D !

« Les jours, les mois, les années » de Lianke Yan

A la recherche d’un auteur en Y pour le Challenge ABC, je me suis replongée dans mes listes de livres lus les années précédentes. J’ai redécouvert Lianke Yan, dont j’avais lu Le rêve du village des Ding il y a 4 ans déjà… J’avais un assez bon souvenir de cet auteur, il n’en fallait pas plus pour que je me replonge dans un de ses courts romans !

Dans les montagnes de Chine, cette année, c’est la sécheresse… Les villageois n’arrivent plus à faire pousser quoique ce soit. Et quand on croit que la mousson va enfin arriver, ce n’est que de gros nuages qui passent et laissent le ciel à un soleil de plus en plus écrasant. Pour ne pas mourir de faim, les villageois quittent alors les villages de la région pour aller à la ville. Tout le monde part, sauf un vieil homme, l’aïeux. Avec son chien l’aveugle, ils restent ici à surveiller l’unique plant de maïs que l’aïeux a réussi à faire émerger de terre à grand renfort de soins et d’arrosage. Son ambition est de faire parvenir cette plante à maturité, afin d’offrir aux villageois lorsqu’ils reviendront des semences issues de son épi de maïs. Mais les choses ne vont pas être si simple… car la sécheresse n’est pas la seule calamité qui va se mettre en travers du chemin de l’aïeux et de l’aveugle !

Voilà un récit fort étrange, très marqué par la culture orientale. On oscille entre conte et philosophie, dans un univers poétique et réaliste à la fois… Et pourtant ce livre se lit bien, j’ai passé un bon moment en suivant les aventures en huis clos de l’aïeux et de son chien.

Pour permettre à son maïs de pousser le vieil homme est prêt à prendre tous les risques, mais fait aussi preuve de beaucoup d’ingéniosité. Chercher de l’eau au fond d’un puit avec un matelas, se faire des provisions de maïs avec les grains semés par les villageois, créer des pièges à rat… Chaque obstacle sur son chemin est l’occasion de le dépasser ! Et tout cela pour léguer au final quelque chose à son peuple… quelques graines pour repartir du bon pied et de nouveau prospérer.

Une très jolie lecture sur la valeur de l’héritage qui me fait dire que je risque fort de revenir vers cet auteur.

« Elle est pas belle la vie ? Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons » de Kurt Vonnegut

Court, c’est le maître mot de mes lectures en cette fin d’année pour boucler le Challenge ABC ! C’est dommage, car ça faisait un moment que je voulais me plonger dans du Kurt Vonnegut, et j’avais en vue Le berceau du chat ou Abattoir 5
Heureusement je vais tout de même pouvoir découvrir l’auteur avec ce recueil de discours de fin d’années universitaires aux Etats-Unis.

A travers 9 discours prononcés entre 1978 et 2004, Kurt Vonnegut prodigue des conseils aux jeunes générations fraichement sorties de l’université, mais aussi aux autres (parents, professeurs…). Si je dois retenir des choses, outre son ton direct, simple et un certain sens de l’humour, ça sera son humanisme à toute épreuve. Vonnegut nous explique qu’il n’est pas religieux, mais qu’il considère Jésus Christ comme le plus grand homme ayant foulé cette terre, et le Sermon de la montagne comme la meilleure idée de l’humanité. Notre homme a un crédo, faire le bien autour de soi et ne pas suivre la loi du Talion… et surtout se réjouir de chaque bon moment de la vie, puisqu’ils ne sont pas si fréquents !  
D’un point de vu plus « opérationnel », il nous apprend aussi que les noyaux familiaux d’aujourd’hui sont trop petits (père, mère et enfants), ce qui engendrerait nos taux de divorce records… L’humain est fait pour vivre en petite tribus pour se sentir bien, et il précise, des communautés réelles et non virtuelles. D’ailleurs son aversion pour les produits numériques, qui ne servent qu’eux mêmes, comme le font aussi les grandes entreprises, me parle assez…
Bref, je pense que suivre certaines de ses leçons de vie peut être utile, comme se faire des groupes d’amis (des familles élargies) via des associations par exemple. Ou alors arrêter de penser à un bon vieux temps hypothétique : Pour Vonnegut, l’humanité a toujours pourri la Terre, est on est bien parti pour la détruire complètement… mais ça n’est pas une génération en particulier qui a enfoncé le clou (et surtout pas la sienne… à méditer).

Une bonne lecture, rapide et enrichissante !

« Kafka sur le rivage » d’Haruki Murakami

Nouvelle expérience avec Haruki Murakami, dont j’avais lu La course au mouton sauvage  il y a très longtemps… en 2011 en fait ! Ca faisait un bout de temps que Kafka sur le rivage était dans ma PAL, et ceux sous tous les formats imaginables : e-book piraté, livre offert à Noël, et audio-book acheté par erreur le mois dernier. Du coup pas d’excuse pour ne pas l’écouter en ce mois de novembre, surtout qu’il me sert pour le Challenge ABC cette année !

Kafka Tamura vient d’avoir 15 ans et peut enfin faire ce qu’il avait toujours prévu de réaliser à cet âge-là : quitter son foyer et son père qui lui prédit une sombre malédiction. Comme Œdipe, Kafka va tuer son père, coucher avec sa mère et sa propre sœur. Dans un foyer où il n’a jamais connu l’amour, sa mère et sa sœur étant parties alors qu’il était très jeune, il ne voit que la fugue comme échappatoire. Avec son sac à dos et un peu d’argent volé à son père, il part à Takamatsu, loin de son Tokyo natal.
Lors de cette fuite il fini par rentrer dans une bibliothèque tenue par deux personnages peu communs, Mademoiselle Saeki et Oshima. Oshima devient rapidement l’ami de Kafka. Mais pour Mademoiselle Saeki les relations sont plus complexes : Kafka se demande si elle ne serait pas sa mère perdue, alors qu’en même temps il brûle de désir pour elle…
Au même moment, Nakata, un vieil homme qui ne sait plus lire ni écrire, mais qui parle aux chats et fait pleuvoir des sardines, quitte aussi Tokyo pour se diriger vers Takamatsu. Une importante mission l’attend.

Les commentaires sur cet ouvrage étant plus qu’élogieux, je m’étais fait un devoir de le lire… Et bien que dire. Je reste un peu coite !
Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, car la plume de Murakami est maitrisée, et ce double voyage initiatique nous emmène vers des univers qui oscillent perpétuellement entre rêve et réalité. D’ailleurs une des questions centrales est là où s’arrêtent les responsabilités : est-ce que rêver ou imaginer c’est déjà être responsable et du coup, peut-on en être blâmés ?
La pensée orientale est bien présente, entre la philosophie des personnages et les questions qu’il nous posent, les louvoiements entre la nostalgie et l’ancrage dans le présent, les esprits omniprésents et le paranormal pas si étrange…
Ce roman est philosophique mais prête parfois à sourire avec le personnage de Nakata qui à un naturel attachant, et son copain le routier Hoshino, qui voit la vie d’un côté simple, mais efficace ! Pourtant je n’ai pas vraiment accroché. En fait je n’ai pas du tout aimé le personnage principal de Kafka. Zéro empathie avec lui. Trop ado, trop sérieux, trop a décrire la rigidité de son membre viril… mais pas assez charismatique. 23h de récit où on n’aime pas un personnage, c’est long.

Bref, je reste mitigée au sujet de ce roman. Ca ira peut être mieux à froid 😉

« De mères en filles » de Maria José Silveira

Qu’est-ce qui peut bien se cacher derrière le titre un brin cucul de ce roman ? C’est ce que j’ai essayé de découvrir en choisissant De mères en filles lors du partenariat Denoël du moins dernier, qui me permet au passage de valider la lettre S du challenge ABC.

De 1500 à 2018, nous suivons la trajectoire de femmes qui ont subit ou fait le Brésil, en suivant la descendance féminine d’Inaiá la jeune indienne, qui a vu débarquer les Portugais sur les plages de Bahia. Années après années, siècles après siècles, nous voyons ces femmes suivre une destinée qui leurs est propre : tour à tour esclaves ou puissantes, riches ou pauvres, amenée à mourir très jeunes ou centenaires… Et au même rythme nous voyons le Brésil évoluer, suivant les mêmes revers ou les mêmes succès.

Par la « petite histoire » j’ai vraiment fait la rencontre du Brésil, un territoire qui m’attire autant qu’il me fait peur !

J’ai adoré suivre cette saga familiale, totalement matrilinéaire… les résonances entre les vies des unes et des autres à des générations d’écarts nous fait hésiter entre le paranormal, la destinée ou la prédisposition génétique… Mais qu’importe finalement !

J’ai été amusée par l’histoire de l’indienne cannibale Tebereté, j’ai eu mal pour Filipa l’esclave cleptomane battues à mort sous les yeux de sa fille, j’ai adoré détester la peste bourgeoise Clara Joaquina, j’ai admiré Jacira Antonia et Rosa Alfonsina… et j’en passe ! La galerie de personnages est époustouflante et dépeint des êtres produits par leur époque, sans tomber je pense, dans la caricature !

Sous la patte de l’auteur, on voit le temps passer non seulement grâce aux magnifiques tableaux qu’elle brosse, mais aussi grâce à l’analyse psychologique de ses personnages, toujours vu sous le microscope de la troisième personne. Un vrai voyage…

Une belles découverte que je vous encourage vivement à lire !

De mères en filles de Maria José Silveira
Traduit du portugais par Diniz Galhos
Editions Denoël & d’ailleurs – 480 pages
Paru le 14 mars 2019

«La femme brouillon» d’Amandine Dhée

Première lecture de l’année, première lecture aussi pour le challenge ABC… grâce à ce court roman reçu lors du partenariat Folio de Décembre. Oui, j’ai un peu tardé à m’y attaquer, mais j’avais beaucoup de livre en retard à lire en fin d’année…
Il n’y avait pas grand chose d’inspirant dans la liste de Folio le mois dernier, j’ai donc choisi ce roman… au nombre de pages ! Le plus court possible. Et oui, c’est moche.

Récit autobiographique, Amandine Dhée nous livre ici son expérience de grossesse et de maternité. Elle qui ne se voyait pas mère passe de surprise en découvertes, bonnes et mauvaises tout au long de ces mois.

Moi qui ne suis vraiment pas fans de ce genre de témoignage, j’ai été agréablement surprise. Loin d’être un étalage mielleux du bonheur de la maternité, l’auteur nous raconte ses doutes, ses angoisses, ses victoires aussi… elle ne juge pas les autres mères ni celles qui ne veulent pas l’être, ne parle pas au nom de toutes les femmes, et lorsqu’elle est tentée de le faire, le met sur le dos de la « femme-lézard » qui sommeille en elle, la mère primitive tout droit sortie du cerveau reptilien.
Un récit poétique et drôle, plein de bonne réflexion sur la vie et sur les modèles qu’on nous construit pour définir nos identités… que ce soit de genre que de fonction dans la société.

Vue la brièveté de l’ouvrage, je le mettrai sans hésitation entre toutes les mains !

« EVJF » de Liz Blackrock

Pas de chance pour le partenariat de mars avec Denoël, le livre qui me faisait de l’œil n’était plus disponible ! Je me suis rabattue vers EVJF un peu à contre-coeur, mais comme il collait pour mon challenge ABC, j’ai décidé de tenter l’aventure.

Dans la région de Lyon, Amandine doit se marier très bientôt avec son fiancé à particule. Elle qui vient d’un milieu ouvrier, la cérémonie et tout ce qui va avec la stresse un petit peu… Mais heureusement pour elle, à 3 semaines de l’échéance, ses copines ont organisé son enterrement de vie de jeune fille, dans le sud de la France à Cassis.
Dès le début, tout ne se passe pas comme l’aurait souhaité l’organisatrice de l’événement et témoin de la mariée, Justine… et les choses vont aller de mal en pis. Entre Eva la timide, Vanessa la sœur de la mariée qui ne lâche pas son portable, Constance la belle-sœur qui est totalement rigide, Charlotte qui enceinte jusqu’au yeux qui essaye de faire des économies, et Justine qui régente tout… Amandine va avoir fort à faire pour créer de la cohésion dans ce petit groupe.
Mais c’est sans compter la présence d’une pomme pourrie dans le panier, qui va faire de cet EVJF un véritable enfer…

Un petit roman pas mal foutu finalement, qui alterne le récit de l’EVJF avec des scènes et échanges de mails concernant sa préparation. On aime détester certains personnages, même si certains sont assez caricaturaux. La chute est assez prévisible, mais j’ai tout de même pris du plaisir à le lire. C’est mon côté midinette qui surgit de temps en temps !

Je le conseille donc comme une bonne lecture de vacances, pour passer le temps en train ou sur la plage, pour ceux qui auront la chance de faire bronzette au printemps !

Merci Denoël pour ce partenariat !

EVJF de Liz Blackrock
Editions Denoël – Hors collection – 288 pages
Paru le 1er mars 2018

« Les garcons de l’été » de Rebecca Lighieri

Les garçons de l'étéPour le partenariat Folio, je me suis laissée tentée par une épreuve non corrigée… Lire un roman bien avant sa sortie officielle, c’est un petit plaisir non négligeable 😉
Comme cela m’arrive parfois, je choisi ce livre sans trop savoir de quoi il en retourne. Et bien, je pense qu’on se trouve ici devant un roman qui ne laissera personne indifférent…

Thadée et Zachée sont deux frères beaux comme des dieux, jeunes, grands, blonds et fans de surf. Alors qu’ils sont à La Réunion à pratiquer leur sport favori, Thadée se fait mordre par un requin à la jambe. Désormais amputé, il sombre dans la déprime la plus profonde, embarquant dans son désespoir toute sa famille. En effet, son accident devient le révélateur de toute l’horreur qui se cache sous les traits d’une famille modèle.

Et bien voilà une lecture ardue pour moi… à plusieurs moment, surtout dans le premier tiers, je me suis demandée si je n’allais pas arrêter. Ca n’était peut-être pas le moment pour moi… je ne sais pas.
Le fait est que j’ai trouvé que les personnages majoritairement antipathiques, et comme l’histoire se déroule sous forme de chapitres où chacun des protagonistes devient le narrateur, on a leur point de vu tour à tour à tour. Et vu le fiel qui se déverse entre les lignes, on a l’impression que l’auteur a des comptes à régler avec les familles bourgeoises des Pays Basques…
Du coup avec certains personnages c’était assez insupportable à lire… La mère par exemple, à qui on a envie de mettre de claque à la fin de chaque paragraphe… Ou encore la petite amie de Zachée, Cyndie, qui ne peut pas s’empêcher de partir dans des « chéris d’amour » au début de chaque phrase sur certains chapitres. Et je ne parle pas des références au monde du surf, qui sont très loin de me faire rêver…
Si l’histoire en elle même est tout de même interessante et digne d’un roman noir, le traitement peut fatiguer : comme on est dans la tête des différents narrateurs, on a énormément se digressions. Soit, elles permettent de dresser un tableau psychologique des personnages… mais cela devient parfois lassant.

Sur la fin on flirte presque avec le conte… dont la moralité m’a laissée perplexe. D’ailleurs je pense que l’intention de l’auteur est à peine voilé de se réapproprier le recette des mythes pour en créer un aux saveurs plus moderne.

Bref, je ne suis pas certaine de l’apprécier, même si j’admet que sa construction est intéressante et fonctionne bien : la famille bourgeoise modèle cache finalement une face monstrueuse… ou pire, « normale ».

Merci Folio… et une lecture de plus pour le challenge ABC !

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« Konbini » de Sayaka Murata

KonbiniPetit passage par le Japon pour le premier partenariat Denoël de l’année !
Sayaka Murata nous offre ici un visage urbain et dépersonnalisé de la société nipponne… mais ceux qui ont déjà voyagé la bas retrouverons l’ambiance particulière des supérettes ouvertes 24/24 h, les konbinis, une vraie institution locale !

Loin de se déplaire dans son rôle d’employée de konbini depuis 18 ans, Keiko Furukara s’en délecte. Elle est à sa place ici, en uniforme, à réciter ses phrases d’accueil aux clients, à remettre en place les rayons du magasin, à nettoyer le sol… Grâce à ce métier, elle se sent enfin intégrée. En effet, Keiko est bizarre… pour ne pas dire légèrement sociopathe. En s’appuyant sur une analyse de ses collègues et avec l’aide de sa sœur, elle a réussi à se bâtir une personnalité à l’apparence normale… Si ce n’est qu’à 36 ans, elle n’est toujours pas mariée, ce qui inquiète tout ses proches. Mais lorsque Shiraha vient occuper un poste dans le konbini, sa vie bien réglée se retrouve chamboulée.

Bien que mon petit résumé le laisse à penser, on est très très loin d’un roman d’amour ! La collision de deux personnalités asociales que sont Keiko et Shiraha nous livre une critique bien amère de la société japonaise… voire de beaucoup d’autre : qu’est ce que la normalité, la place du travail dans le rang social, celle du mariage et des enfants… ? Dans une société où le groupe prime encore sur l’individu (ce qui est encore plus vrai au Japon) que faire des personnes qui ne rentrent pas dans le cadre ?

Une lecture rapide au charme décalé que je conseille : elle permet non seulement de se poser des questions, mais aussi de voyager au milieu des bento et onigiri, un moment toujours agréable pour les fans du Japon comme moi 😉

Merci Denoël pour ce partenariat… et une nouvelle lettre dans le challenge ABC 2018 !

Konbini de Sayaka Murata
Traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon
Édition Denoël & d’Ailleurs – 128 pages
Paru le 11 janvier 2018

abc2018

« Le pays des hommes blessés » d’Alexander Lester

Les pays des hommes blessésPour bien commencer la rentrée j’ai choisi un roman vraiment hors de ma zone de confort habituelle lors du partenariat Denoël… bonne ou mauvaise idée ? Je vous laisse juger 😉

Wayne Robert est élevé dans une ferme à tabac en Rodhesie dans les années 70, dans la pure tradition colonialiste anglaise. Depuis sa tendre enfance il suit son père dans les champs et se lève tôt pour travailler la terre… sa terre. Il sait que sa vie sera celle de fermier, car son amour pour cette ferme est plus forte que tout. Il n’en va pas de même pour son frère Patrick, qui préfère la lecture, à des idées progressistes sur les relations entre Blancs et Noirs et n’a aucune passion pour l’agriculture.
À peine sorti de l’adolescence, le destin choisira pour eux leur avenir : les nationalistes Noirs de la ZANLA ont déclaré la guerre aux fermiers Blancs, et le père de Wayne eSt torturé et tué, alors que Patrick est kidnappé…
Il n’y plus que le désir de vengeance qui anime Wayne et une haine dévorante contre les terroristes de la ZANLA.

Voici un livre déprimant, car très bien documenté et réaliste. Il ne m’en ressort qu’une idée : tous des pourris… Bon, je vais un peu vite en besogne.
Heureusement l’auteur ne s’en tient pas qu’à la question de la violence, mais pose aussi des questions sur le colonialisme et les mouvements de libération des pays sous joug occidentaux.
Au fil des pages, sans surprise, la répétion de l’histoire est omniprésente, qu’elle soit petite ou grande. Wayne eSt un clone de son père, les fermiers Blancs ont sans cesse les mêmes guerres contre les nationalistes Noirs, les hommes meurent, les femmes se font violer et les village brûlés… Et le seul héritage reste la vengeance.
Bref, après une bonne révolution, les opprimés restent finalement les mêmes, écrasés par des plus riches et plus puissants… la seule évolution est que le pouvoir a changé de main. Donc rien de neuf sous le soleil… Mais cette histoire a le mérite de montrer l’Afrique rurale depuis le regard des Blancs, dont l’Histoire se souvient uniquement comme des monstres colonialistes.
Côté personnage je n’ai aucune empathie pour les uns comme pour les autres. La manière dont le narrateur, Wayne, présente les faits met une vraie distance avec l’émotion, malgré des descriptions parfois glauques.

Pas de happy-end, assez peu de morale dans ce récit… et comme c’est loin d’être une fiction, cette histoire m’a bouffée pendant un certain nombre d’heure, même après avoir refermé le bouquin.

Personnellement , ça n’est pas ma came mais d’autres lecteurs apprécieront peut être ce genre de roman historique au goût acide
Merci Denoël pour ce partenariat.

Le pays des hommes blessés d’Alexander Lester
Traduit de l’anglais par Vincent Raynaud
Édition Denoël & d’ailleurs – 496 pages
Paru le 14 septembre 2017

Et puis au passage, il me permet de faire le challenge ABC pour la lettre L

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