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« Mes vrais enfants » de Jo Walton

Mes vrais enfantsNouvelle plongé dans le monde fantastique de Jo Walton avec ce partenariat Denoël de janvier (oui je suis un peu à la bourre…). J’avais découvert cette auteur l’an dernier avec Morwenna que j’avais beaucoup aimé. Je crois que j’ai encore plus apprécié Mes vrais enfants, moins ancré dans la fantasy mais qui flirte lui aussi avec les univers parallèles, le vrai et le faux qui se mélangent et brouillent les pistes et le champs des possibles…

Patricia est très âgée maintenant et vit depuis une dizaines d’années dans une maison de retraite en Angleterre . Sa mémoire lui fait défaut ainsi que sa vue… et elle n’a rien d’autre à faire que se souvenir de son passé. Mais si elle se rappelle bien de son enfance, de son adolescence au lycée pendant la Seconde Guerre Mondiale, de ses études pour devenir institutrice à l’université, et de son fiancé Mark… il en va autrement pour sa vie d’adulte. Elle ne sait plus si elle a accepté de se marier avec Mark, si au moment fatidique elle lui a dit « oui » ou « jamais ».
De cette réponse, sa vie et ses souvenirs en seront complètement bouleversés.
Si elle a accepté d’épouser Mark, son existence sera teinté de morosité, de manque d’amour et de considération, à s’occuper du logis et à être continuellement enceinte… Alors que si elle a refusé ce mariage, elle deviendra spécialiste de la ville de Florence, continuera à enseigner et rencontrera le grand amour dans les bras de Bee, une jeune scientifique. Dans l’univers de sa vie d’épouse, le monde vit dans la paix et fait de grands progrès sociaux et scientifiques, alors que dans la vie où elle est libre, le monde connaît plusieurs guerres nucléaires… Dans ces deux vies, elle aura des enfants, mais pas les mêmes ! Quels sont les bons souvenirs ?

De manière assez classique, mais efficace, un peu comme dans La part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt, on alterne un chapitre présentant la vie de Tricia / Trish, la femme de Mark qui a eu 4 enfants, puis un à la même période s’intéressant à celle de Pat, en couple lesbien avec 3 enfants.
Un roman génial qui m’a tour à tour attendri, ou plongé dans la déprime. En lisant les chapitres ayant trait à la vie de Tricia, j’ai revu ce que ma grand-mère à finalement vécu à la même époque : se marier, en baver à la maison, faire des enfants dont on a pas le temps de s’occuper ente deux fausses couches, avec un mari absent.
La vie de Pat est mille fois plus palpitante, entre voyages, grand amour, un super boulot, les enfants aussi… mais elle doit évoluer dans un monde ravagé par la guerre.
Justement, ces difficultés de mémoire sont une excuse pour l’auteur pour toucher un peu à la dystopie : ce récit n’est pas seulement un roman de mœurs, mais aussi une SF ! En mode « battement d’aile d’un papillon qui provoque un ouragan », le choix de Patricia semble influencer l’avenir de notre planète. Il est juste dommage qu’on ait pas plus de détails sur ce qui provoque cette rupture d’un univers à l’autre, mais bon, tout ne doit pas être expliqué… surtout quand on se dit que la vérité doit être quelque part entre les deux.

coup de coeurJ’ai tellement apprécié ma lecture que j’ai été en acheter un exemplaire… j’ai un cadeau d’anniversaire à faire ce week-end, et ce roman coup de coeur sera un présent parfait !

 

Et au passage, il rempli ma case W du challenge ABC 2017 !

Mes vrais enfants de Jo Walton
Traduit par Florence Dolisi
Editions Denoël, collection Lunes d’Encre – 352 pages
Paru le 19 janvier 2017

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« Les Luminaires » d’Eleanor Catton

Les LuminairesCela faisait un bon moment que je n’avais pas posté ici… il faut dire que j’ai été happée par le pavé Les Luminaires. Et quel pavé ! Plus de 1200 pages d’intrigues et de mystères, en pleine Nouvelle-Zélande du 19ème siècle, lors de la ruée vers l’or.

En 1866, Walter Moody arrive dans la ville côtière d’Hokitika en Nouvelle-Zélande. Il a abandonné l’Angleterre pour y faire fortune en cherchant de l’or, comme des milliers d’autres avant lui. Alors qu’il compte se reposer après un voyage en mer exténuant, il se retrouve au milieu d’un conseil secret tenu par douze hommes. Leur objectif est découvrir ce qu’il est advenu d’Emery Staine, un riche chercheur d’or porté disparu, et à partir de là dénouer les fils de mystères survenus dans la ville : pourquoi la prostitué Anna a été retrouvée inconsciente au milieu de la route une nuit, comment Crosbie Wells l’ermite a trouvé la mort, est-ce que le capitaine Carver à quelque chose à voir dans les malheurs qui les frappent tous un par un… D’oreille attentive, Moody va devenir un acteur de ces intrigues.

Difficile de résumer ce roman complexe, qui est presque cousu à la main. L’auteur part sur une construction en forme de thème astral, où chaque personnage récurrent est assimilé à un signe astrologique. Je n’ai pas totalement saisi les tenants et aboutissants de cette structure, mais ce qui est certain, c’est que la destinée et sa roue ont fort à faire dans ce récit. Si le destin se joue de beaucoup des personnages et est parfois cruel en créant des interactions complexes, des effets de chaînes… il peut aussi être bénéfique pour d’autres : fortune, amour, renommée… En cela, on a l’impression que les personnages sont les proies de dieux funestes, nichés au milieu des constellations et des astres.
Bref, les histoires de tous les acteurs de cette histoire se trouvent liées, et nous allons découvrir comment au fur et à mesure que nous tournons les pages. 

Je dois avouer que les 300 premières pages m’ont laissées un peu perplexe. Je me demandais où tout cela aller mener. Mais finalement on se laisse rapidement prendre par la magie de l’écriture, des personnages, et aussi de la Nouvelle-Zélande encore sauvage, la dernière frontière ! On est plongé dans un univers qui rappelle le Far-West, mais au bord de la mer, avec ses castes et clans en fonctions de leurs origines, leurs niveaux social, leur professions…

Une belle découverte en somme. Je ne regrette pas d’avoir passé un mois à le lire tranquillement, à mon rythme…
Merci à Folio pour ce partenariat !

« L’héritage impossible » de Anne B. Ragde

L'héritage impossibleMieux vaut tard que jamais… La Chèvre Grise va enfin pouvoir récupérer le troisième tome de la série de « La terre des mensonges » qu’elle m’a prêté il y a bien deux ans. Ça n’est pas que je ne voulais pas découvrir la suite et fin de la saga familiale des Neshov, mais le temps passe tellement vite entre deux sessions de challenges littéraires, de partenariats…

Après le suicide de Tor, son père, Torrun se retrouve seule à la ferme des Neshov dont elle hérite, dans un coin près de Trondheim. Elle doit non seulement s’occuper de l’élevage de porcs, mais aussi de son grand-père et de la maison. Harassée de fatigue et se sentant coupable de la mort de son géniteur, elle glisse peu à peu dans une dépression.
Est-ce que les projets de ses oncles vont lui redonner la joie de vivre ? Entre Margido qui veut créer un hangar de stockage de cercueils auprès de la ferme, ou Erlend qui souhaite bâtir une maison de vacances dans les silos à grains ? A moins que son aide à la ferme, le beau Kai Roger, finisse par la faire succomber ?

Si les deux précédents tomes n’étaient pas super gais, celui-là est encore plus plombant
Mais où est le bonheur dans ce coin de la campagne norvégienne ? Tout est terne et pesant à la ferme des Neshov… On a commencé avec les secrets de famille dans le premier roman, puis un suicide dans le second. Et là une dépression pour couronner le tout.
On comprend pourtant le ras-le-bol de Torrun, laissée seule aux rênes de l’entreprise agricole à la mort de son père, pour le plus grand soulagement de ses oncles… mais j’ai tout de même eu du mal avec le personnage dans ce tome. Déprime, alcoolisme, auto-destruction, repli sur soi… Pfff… A ne pas savoir si elle veut garder la ferme et les porcs, ou faire autre chose de la propriété… Et à se rabacher que Kai Roger essaye de la séduire que parce qu’il en veut à son héritage. Bref, lourde… On a envie de la prendre et de la secouer !
Heureusement, la vie d’Erlend l’oncle homo est là pour nous faire un peu sourire. Lui qui va bientôt être papa avec son conjoint Krumme, avec l’aide d’un couple de lesbiennes. Même Margido devient presque fun dans ce tome, alors que son métier de pompe-funèbre nous laisserait penser le contraire.

Enfin malgré cette frustration de passer à côté du happy end tant souhaité, on doit bien avouer que nous sommes face à un roman réaliste : la famille c’est bien, c’est tout ce qu’il reste quand on n’a plus rien… mais c’est aussi la source de beaucoup de déceptions.
En une année à Neshov, finalement la situation n’a pas beaucoup évoluée en terme relationnel : chacun de leur côté avant, chacun de leur côté après…

Objectivement, ce triptyque est vraiment à découvrir. Les personnages et leurs relations sont bien brossées, et les paysages donnent qu’une envie : visiter la Norvège. Quant à rencontrer ses habitants… je ne sais pas vraiment 😉

« L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante

L'amie prodigieuse« Le roman que Daniel Pennac offre à tous ses amis« . Voilà ce que clame la sur-jaquette sur cette édition, reçue lors du partenariat Folio du mois. Avec une annonce comme celle-ci, je ne pouvais pas passer à côté de ce roman… De loin, j’y voyais une saga familiale classique autour de deux amies d’enfance, dans l’Italie d’après guerre. C’est bien de cela qu’il s’agit, mais de bien plus encore ! Pennac ne se trompait pas, l’écriture d’Elena Ferrante est vraiment jubilatoire !

Elena et Lila se connaissent depuis les bancs de l’école, dans un quartier pauvre de Naples. Dans cette Italie des années 50, la vie n’est pas tendre. La plupart des adultes font des métiers difficiles, les femmes travaillent dans leur foyer, et les enfants font ce qu’ils peuvent entre eux et leurs professeurs. Lila s’avère rapidement être un petit génie, doublé d’un sale caractère qui flirte avec la méchanceté. Elena quant à elle est subjuguée par son amie, et fait tout pour être à son niveau… Cette émulation va permettre à cette dernière d’accéder à des études, au collège… Lila elle devra rester travailler avec ses parents à la cordonnerie familiale. Cette séparation va-t-elle signifier la fin de leur amitié ? Lila continuera-t-elle a étudier malgré l’interdit familiale ? Elena pourra-t-elle se sortir du quartier ?

Voici donc une superbe histoire, passionnante, pleine d’émotion et super bien écrite… Je deviens fan de saga familiale avec des livres comme ça ! On peut très facilement s’identifier à Elena, l’éternelle seconde, durant ses années d’enfance et d’adolescence que nous suivons ici. Son amitié avec Lila est un petit mélange d’adulation et de jalousie, qui va la guider durant toutes ses jeunes années, que ce soit pendant ses études que pour ses affaires de coeur. Cette histoire s’inscrit dans celle du quartier, où les rivalités et les conflits entre les familles ont la part belle… Eux même au coeur de la grande histoire d’Europe de l’après-guerre, où le fascisme, le marché noir, l’essor du communisme… ont laissé des traces.

Un seul regret : il va falloir que j’attende le second volume de la saga pour savoir comment se termine cette histoire ! Si L’amie prodigieuse raconte la jeunesse des deux filles, la suite, Le nouveau nom, se focaliserait sur leurs vies d’adultes. Et vu les rebondissements au fil des pages, je veux absolument savoir ce qui va se passer.

Un roman vraiment très bon, que je conseille vivement et que je vais certainement prêter… Voir offrir à mon tour 😉

« Mon chat Yugoslavia » de Pajtim Statovci

Mon chat YugoslaviaPour commencer la nouvelle année 2016 et ses nouveaux partenariats Denoël, j’ai joué la carte de la découverte avec un roman finnois d’un jeune écrivain de 24 ans, Pajtim Statovci… Je ne m’attendais pas à grand chose… peut être à un roman comme Les tribulations d’un lapin en Laponie, qui traite finalement du même thème, celui de l’immigration en Finlande. Mais il faut avouer que la comparaison s’arrête là ! Si le récit est décalé, ça n’est pas au service de l’humour et de la légèreté, mais plutôt de la folie.

Bekim est un jeune étudiant en philosophie en Finlande. Entre deux rencontres sur des sites gays, il fait la connaissance d’un « chat » dans un bar homo qui va bientôt partager sa vie et celle de son boa. En parallèle nous suivons le journal des années de mariage d’Emine, une kosovare qui épouse dans les années 80 un homme qu’elle connaît à peine, et qui s’avère être égoïste et violent. Lorsque ces histoires s’entremêlent, nous découvrons qun ces deux trajectoires sont celle de la mère et du fils, victimes à leur façon de leur déracinement de leurs terres en guerre, la Yougoslavie.

Si le récit d’Emine est assez classique, quoique poignant par son impression de réalité, celui de Bekim flirte avec le surréalisme et la folie. Il est question de chats qui prennent les traits et comportements d’humains, l’omniprésence des serpents, de névroses autour des arts ménagers, l’image d’un père absent… De qui tient-il le plus ? De sa mère pressurisée par un mari seigneur en sa demeure, où justement de ce dernier qui ne sait se faire respecter que sous un joug de peur et de violence ? Il y a de quoi décrypter, mais j´ai abandonné l’analyse des métaphores au court de ma lecture, pour me laisser porter par cette histoire qui m’a finalement bien plue.

Les réflexions autour de l’immigration de première et de seconde génération, et de leurs intégrations dans la société « occidentale » sont intéressantes. On prend le temps de réfléchir sur les mécanismes qui pousse une famille à quitter son pays en temps de guerre, de l’intérêt et de la haine pour une autre culture, du rejet ou de l’acceptation des cou types de l’autre… Pas évident comme plongée dans la réalité sociale, aujourd’hui que l’histoire semble se répéter.

J’ai apprécié ce livre, qui est à la fois facile à lire et pas si simple à saisir, par ses contrastées constants. Une belle découverte, loin de mes goûts habituels !

Mon chat Yugoslavia de Pajtim Statovci
Traduit du finnois par Claire Saint-Germain
Éditions Denoël & d’ailleurs – 336 pages
Paru le 25 janvier 2016

 

 

« Le destin miraculeux d’Edgar Mint » de Brady Udall

Le destin miraculeux d'Edgar MintC’est sans grande conviction que j’ai ouvert il y a trois semaine Le destin miraculeux d’Edgar Mint de Brady Udall, l’entrée idéale pour la lettre U du challenge ABC. J’avais déjà lu un recueil de nouvelles de cet auteur, Lâchons les chiens, que j’avais apprécié pour son style direct, son humour et sa référence aux grands espaces américains. Malgré les commentaires positifs lu à droite et à gauche sur le roman dont il est ici question, j’avais un doute… Allais-je découvrir un récit du même type que celle d’un autre Edgar, L’histoire d’Edgar Sawtelle, qui m’avait moyennement emballé ? Trouver un récit larmoyant sur la condition des orphelins natif américains ?

A l’âge de 7 ans, Edgar Mint, un jeune métis Apache se fait rouler sur la tête par un facteur dans sa voiture. Laissé pour mort et abandonné par sa mère alcoolique, il est pourtant ramené à la vie par un médecin zélé. Après quelques mois de coma, l’enfant-miracle ouvre les yeux, mais à tout oublié de sa vie d’avant l’accident. Il va passer son enfance et son adolescence à naviguer entre différents univers, peuplé de figures plus ou moins bienveillantes : l’hôpital où il est couvé par les pensionnaires et les infirmières ; un pensionnat pour indiens où il apprendra la dureté de la vie ; une famille d’adoption mormon pleine de bon sentiments ; … Et pour lier tout cela, une machine à écrire. En effet, si Edgar a survécu à son crâne écrasé, il a eu des séquelles : il peut lire mais ne sais pas écrire autrement qu’avec une machine. Se sont donc des kilos et des kilos de feuillets qui vont jalonner son existence, où il couche ses joies et ses peines.

C’est un véritable voyage initiatique que nous suivons entre ces lignes, condensé en 8 années de la vie du jeune Edgar. Le style du livre est étonnamment plein d’humour, limite garpien par ses situations rocambolesques… Mais aussi parfois très violent. Le mélange d’utilisation de la troisième et de la première personne donne une sensation étrange mais pas désagréable : un recul comme dans un rêve ou un film, mâtiné d’auto-biographie.

On espère toujours qu’Edgar va s’en sortir, car ce héros est réellement attachant. Les autres personnages sont aussi riches et nuancés. J’ai une préférence pour Art, le voisin de lit d’Edgar, alcoolique à ses heures, et un peu bougon… mans plein d’attentions et de bons conseils pour le petit métis. Bizarrement, en pointillé dans la vie d’Edgar, on ne retrouve pas l’image d’un père. Celui-ci est définitivement oublié et parti loin de l’enfant bien avant sa naissance.  On trouve à la place le médecin qui l’a sauvé : Barry. Très protecteur avec Edgar, il devient vite envahissant et de plus en plus malsain. On fini par craindre ses apparitions, bien qu’il soit plein d’amour pour l’enfant… Tous ces personnages ont une part positive et aussi une part sombre… Et Edgar autant que les autres !

C’est donc une très agréable surprise que cette lecture, qui une fois refermé me laisse un sourire sur le visage. Je ne regrette pas de m’être lancée dans l’aventure pour finir l’année. Un roman amusant, beau sans être gnangnan… J’aime et je recommande !

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« La fractale des raviolis » de Pierre Raufast

La fractale des raviolisJ’étais passée à côté de La fractale des raviolis, premier roman de l’écrivain français Pierre Raufast, lors de sa parution l’an dernier. Grâce à la sortie format poche et au partenariat Folio de septembre, voilà ce manquement à ma culture générale réparé.

Quand une femme veut se venger de son mari volage, ça peut aller loin… Très loin même. D’une casserole de raviolis empoisonnés à la digitaline jusqu’au champ dévasté de rats-taupes d’un écrivain, nous allons suivre un fil très ténu, qui rassemble les anecdotes les plus fondatrices de la vie d’une dizaine de personnages. Et si tout cela formait une sorte de destiné ? Une toile géante où chaque détails des événements prenait la même forme que le tout auquel il appartenait ?

On décrit souvent ce livre comme roman gigogne… Je ne peux vraiment pas trouver de meilleur qualificatif. Pour mon plus grand bonheur de lectrice, les courtes histoires qui composent ce récit s’emboîtent parfaitement, pour retomber sur leurs pieds à la fin. Il est beaucoup question de meurtriers ou de pervers, ou encore de personnages affublés de dons ou d’handicap particuliers. Bref, le tableau est haut en couleur, on a pas le temps de s’ennuyer une seconde. Un livre vite avalé tant il est entraînant (et court… Certes). Le rythme est soutenu, les fin des chapitres qui annoncent un changement de cadre agissent comme de vrais cliffhanger, le style est fluide…

Un petit plaisir qu’il serait dommage de ne pas s’offrir ! Je n’ai pas grand chose à lui reprocher, j’ai passé un bon moment avec ce livre dans le métro… C’est tout ce qui compte lors des matins difficiles 😉

« Le prince des marées » de Pat Conroy

Le prince des marées Gros morceau auquel je me suis attaquée pour le Challenge ABC, dans tous les sens du terme ! Depuis trois ans, ce pavé me narguait dans ma PAL… Je ne savais pas vraiment si j’avais envie de le lire, malgré les commentaires dithyrambiques à propos de cet ouvrage sur Internet. Je m’attendais à une saga familiale un peu chiante, un Garp sudiste… Mais fort heureusement il en est rien !

Tom Wingo, trentenaire, prof de lettre et coach sportif au chomage doit quitter sa Caroline du Sud pour New-York. Sa sœur jumelle Savannah a fait une nouvelle tentative de suicide. Il va tenter de l’aider en trouvant les clées de son mal-être avec sa psychiatre, Susan Lowenstein, en lui racontant l’histoire de sa famille. De leur naissance à l’âge adulte, on plonge dans la vie des Wingo. Henry le père violent, pêcheur de crevettes, la mère Lila qui les contraint au silence, et au milieu, trois enfants : Luke l’aîné et Tom et Savannah. Au fil des pages, nous allons découvrir les racines de la folie, douce ou destructrice, de cette famille.

Grosse claque que ce livre. Sous ses airs de descente en enfer, il s’agit d’un monument d’humanité, où la beauté, le pardon et l’amour ont plus leurs places que la vulgarité et la haine. Et pourtant, les personnages auraient de quoi sombrer dans la misanthropie la plus sombre…
Au début je me demandais un peu où cette lecture aller m’emmener. Les traits de cynisme et les envolées lyriques de Tom, le narrateur, sont un peu lourdes au début… Mais elles prennent leur place et du sens au fil des pages. Tout comme la névrose de Savannah qu’on suppose être une crise de new-yorkaise en mal de psy… Son fondement prendra sens rapidement.
J’ai été même été choquée par certain passages, tout simplement terribles, imaginés par l’auteur… Les protagonistes semblent tomber de Charybde en Scylla, mais sans jamais tomber dans le pathos dégoulinant.

Chaque élément du livre, chaque anecdote, chaque trait de caractère d’un personnage prend une dimension supplémentaire plus tard dans ce livre. Rien ne semble laissé au hasard sous la plume de Conroy… ce qui en fait très certainement une œuvre complète, recherchée, et vraiment bien écrite (même si j’ai tiqué sur la traduction par moment dans ma très vieillie édition).

Une superbe découverte, loin de mes lectures habituelles. Je le conseille vivement, pour son caractère poétique, fabuleux, drôle, émouvant… Entrecoupé des pires images d’horreur que peut générer l’humanité.

ABC-2015

 

« Le rêve du village des Ding » de Lianke Yan

Le reve du village des DingComme tous les ans pour les challenges ABC, la lettre Y est une difficulté en soi : les auteurs dont le nom commencent par cette lettre ne sont pas vraiment nombreux. Avec Le rêve du village des Ding de Lianke Yan, je suis un peu parti à l’aventure… Et comme souvent dans ce cas, j’ai eu une bonne surprise. On est pourtant dans une histoire difficile, qui ne laisse pas indifférent, puisque le récit tourne autour des ravages du Sida en Chine.

Dans le village des Ding dans la province de Henan en Chine, un nombre considérable d’habitants sont malade du Sida. Et pour cause : quelques années auparavant, les villageois ont vendu leur sang pour améliorer leur quotidien… et à l’époque personne ne connaissait cette maladie. Aujourd’hui ils tombent comme des mouches. Afin de rendre leurs derniers jours plus vivable, le vieux Ding tente d’organiser un camp pour les malades dans l’école du village. Mais même dans la maladie et la misère, les jeux de pouvoir et le poids des traditions vont réduire ses efforts à néant. Et que dire de son fils aîné qui s’est enrichi grâce à la collecte de sang, et qui maintenant se fait de l’argent en vendant des cercueils ?

Voici donc un roman qui ne laisse pas de marbre… Sans rentrer dans le pathos, on ne peut qu’être solidaire avec les malades qui essayent de vivre des derniers moments de bonheur. Mais on a du mal à comprendre la réaction de certains, qui même plongés dans l’enfer du Sida arrivent quand même à chipoter pour des kilos de farine, ou manipuler les esprits pour obtenir quelques semaines de pouvoir. Pour un pays communiste, l’argent et les possessions semblent avoir une importance capitale ! Le mariage et l’héritage est central : un jeune homme ou une jeune femme doit se marier, malade ou non, mort ou non… Glaçant ! On a un aperçu de jusqu’où les hommes et les femmes peuvent aller, quand ils n’ont plus que leur désespoir.

Voilà donc une lecture très intéressante je pense pour tenter de comprendre la culture chinoise… du moins celle de l’arrière pays (je ne suis pas persuadée qu’à la ville se soit pareil). De plus vous vous en doutez, le récit est tiré de faits réels : en Chine dans les années 90, des villages pauvres ont vendu le sang de ses habitants pour gagner de l’argent auprès du gouvernement. Résultat, dans certains villages 80% de la population a été infectée par le Sida et en est morte, à cause des mauvaises conditions sanitaire (genre une aiguille pour trois…). Et bien entendu, ceux qui ont dénoncé ce fléau ont été rattrapé par la police… Jusque dans les années 2005 le silence etait d’or sur le sujet.

Je le conseil vivement, pour peu que vous ne soyez pas trop déprimés :s

ABC-2015

« Dans les eaux du lac interdit » d’Hamid Ismaïlov

Dans les eaux du lac interditAvec ce court roman, je suis partie bien loin de mes habitudes de lecture, grâce au partenariat Denoël de l’été ! Entre conte et histoire contemporaine, nous voyageons aujourd’hui dans les steppes du Kazakhstan, avec ce roman écrit en 2011 par l’ouzbek Hamid Ismaïlov.

Alors qu’il voyage en train depuis des jours au milieu des plaines du Kazakhstan, le narrateur de cette histoire rencontre dans son wagon un jeune musicien de génie. Alors qu’il ne semble avoir que douze ans, il joue des airs classiques au violon qui ravissent tous les voyageurs. Mais ce garçon n’est plus un enfant, même s’il semble encore l’être… Il a vingt-sept ans et s’appelle Yerzhan, et va raconter au narrateur son histoire : sa naissance accidentelle, son enfance dans un relais de chemin de fer où ne vive que trois familles, son amour pour sa voisine Aisulu… et son don pour la musique ! Tout cela semblerait paradisiaque si ces steppes du sud de l’URSS n’étaient pas secouées par des essais de bombes atomiques, dans le but de surpasser en puissance les Etats-Unis !

Voici donc une lecture rapide, onirique sans être trop surréaliste… Et même parfois amusante quand on imagine l’envie de vaincre les USA que pouvaient avoir les soviétiques de toutes les provinces d’URSS. Mais à quel prix ? La steppe desséchée où règne un silence de mort après chaque essai de bombe, les villes pulvérisées, les lac rendus stériles, les zones interdites… et des familles entière décimées par des cancers et autres maladies. Ici si rien n’est explicitement décrit, on sent l’odeur de la mort et de la maladie, que nient ou ne ne voient pas objectivement les protagonistes de cette histoire… ce qui donne une petite impression de malaise. Et les bombes ne sont finalement qu’un secret entre tant d’autres, comme notre jeune héros le découvrira. Une famille où tous vivent les uns à côté des autres à forcément des zones d’ombre…

Ces petits désagréments sont cachés par la bonne humeur des enfants Yerzhan et Aisulu, leurs jeux, leurs trajet jusqu’à l’école avec leur mule… Ce portrait d’une famille à cheval entre tradition et modernité est assez intéressante, même si on reste sur des impressions, comme des touches de couleurs brossées ça et là.

Un court roman interessant, mais qui ne m’a pas plus emballé que ça. Trop court peut être ? Où alors je n’ai pas été séduite  par la poésie des plaines kazakhes ?

En tous cas, ce roman va me permettre d’avancer un peu dans le challenge Petit BAC pour la ligne lieu !

Dans les eaux du lac interdit d’Hamid Ismaïlov
Éditions Denoël
Traduction : Heloïse Esquié
2015 – 126 pages

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