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« Le rêve du village des Ding » de Lianke Yan

Le reve du village des DingComme tous les ans pour les challenges ABC, la lettre Y est une difficulté en soi : les auteurs dont le nom commencent par cette lettre ne sont pas vraiment nombreux. Avec Le rêve du village des Ding de Lianke Yan, je suis un peu parti à l’aventure… Et comme souvent dans ce cas, j’ai eu une bonne surprise. On est pourtant dans une histoire difficile, qui ne laisse pas indifférent, puisque le récit tourne autour des ravages du Sida en Chine.

Dans le village des Ding dans la province de Henan en Chine, un nombre considérable d’habitants sont malade du Sida. Et pour cause : quelques années auparavant, les villageois ont vendu leur sang pour améliorer leur quotidien… et à l’époque personne ne connaissait cette maladie. Aujourd’hui ils tombent comme des mouches. Afin de rendre leurs derniers jours plus vivable, le vieux Ding tente d’organiser un camp pour les malades dans l’école du village. Mais même dans la maladie et la misère, les jeux de pouvoir et le poids des traditions vont réduire ses efforts à néant. Et que dire de son fils aîné qui s’est enrichi grâce à la collecte de sang, et qui maintenant se fait de l’argent en vendant des cercueils ?

Voici donc un roman qui ne laisse pas de marbre… Sans rentrer dans le pathos, on ne peut qu’être solidaire avec les malades qui essayent de vivre des derniers moments de bonheur. Mais on a du mal à comprendre la réaction de certains, qui même plongés dans l’enfer du Sida arrivent quand même à chipoter pour des kilos de farine, ou manipuler les esprits pour obtenir quelques semaines de pouvoir. Pour un pays communiste, l’argent et les possessions semblent avoir une importance capitale ! Le mariage et l’héritage est central : un jeune homme ou une jeune femme doit se marier, malade ou non, mort ou non… Glaçant ! On a un aperçu de jusqu’où les hommes et les femmes peuvent aller, quand ils n’ont plus que leur désespoir.

Voilà donc une lecture très intéressante je pense pour tenter de comprendre la culture chinoise… du moins celle de l’arrière pays (je ne suis pas persuadée qu’à la ville se soit pareil). De plus vous vous en doutez, le récit est tiré de faits réels : en Chine dans les années 90, des villages pauvres ont vendu le sang de ses habitants pour gagner de l’argent auprès du gouvernement. Résultat, dans certains villages 80% de la population a été infectée par le Sida et en est morte, à cause des mauvaises conditions sanitaire (genre une aiguille pour trois…). Et bien entendu, ceux qui ont dénoncé ce fléau ont été rattrapé par la police… Jusque dans les années 2005 le silence etait d’or sur le sujet.

Je le conseil vivement, pour peu que vous ne soyez pas trop déprimés :s

ABC-2015

« Les courants fourbes du Lac Tai » de Xiaolong Qiu

Les courants fourbes du lac TaiPour ma première rencontre avec l’Inspecteur Chen, je me suis plongée directement dans sa septième enquête ! En effet, Xiaolong Qiu semble avoir été très prolifique avec ses aventures de Chen Cao, son célèbre inspecteur chinois contemporain. Celui-ci résout des mystères dignes de Sherlock Holmes, tout en étant féru de poésie chinoise classique et en ayant en plus une activité de traducteur de roman policiers en anglais. Un super-héros des temps modernes, dans un pays que finalement je connais très mal !

L’inspecteur Chen a mérité des vacances… C’est ce que semble penser son protecteur et supérieur au Parti, le camarade secrétaire Zhao. Justement, ce dernier a ses entrées dans un complexe hôtelier pour cadres dirigeants du Parti, près du Lac Tai, dans la région de Wuxi, pas très loin de Shanghai.
Chen va donc devoir se faire au luxe et surtout au repos ! Une bonne occasion pour flâner, goûter aux spécialités locales et faire une charmante rencontre, telle Shanshan. Cette jolie jeune femme qui milite dans le milieu de l’écologie va lui apprendre le revers à peine dissimulé de la réussite de Wuxi : une production industrielle en perpétuelle croissance mais au détriment de la qualité de vie. Le lac Tai s’avère être dangereusement pollué… sans que cela inquiète les politiques.
Notre génie de la police va vite se retrouver à enquêter sur un meurtre : celui du directeur de la plus grosse industrie de la ville, Liu… Une de ces usines qui déverse des produits chimiques dans le lac, et où justement Shanshan travaille…

Si on se doutait que la croissance débridée de la Chine s’accompagnait de ravages écologiques, avec ce roman, on a un tableau encore plus sinistre que tout ce qu’on pouvait imaginer ! Un lac où les algues vertes finissent par causer des maladies de peau, des poissons impropres à la consommation, des animaux marin qui meurent empoisonnés, des enfants qui naissent malformés… Et on comprend vite que toute la Chine vit au même rythme. Le développement avant tout, pour chasser les souvenirs des famines et de la pauvreté de l’ancien temps.
Il est loin le temps de Mao et de l’égalité des classes : ici l’argent est roi, Parti Communiste ou pas. Voilà donc le paradoxe de la Chine de ce roman, cachée sous des traditions socialistes, mais plus capitaliste qu’aucun autre pays au monde !
Il n’en reste pas moins que cette Chine reste fascinante à mes yeux d’occidentale, ce pays en perpétuelle mutation… Chen en tant que poète arrive à équilibrer la vision des choses, comme un jeu entre le Yin et le Yang, en citant de grands philosophes ou poètes chinois tout au long du récit. Malgré son côté sombre, cette Chine garde son côté traditionnel et mystérieux.

Si l’ambiance et le background sociologiques sont très intéressants, l’enquête quant à elle est assez classique, mais efficace. On se retrouve un peu dans un Cluedo géant, à l’heure des nouvelles technologies.
L’inspecteur Chen est un personnages atypique, devenu policier car le Parti l’a décidé pour lui, même s’il aurait préfère faire carrière en tant que traducteur. Il se questionne beaucoup sur son pays, et tout en suivant les ordres, il essaye de rester intègre et de faire le bien.
Les acolytes de Chen sont aussi plaisants : Huang un policier de Wuxi qui l’admire comme une super star, Yu son collègue de Shanghai, accompagné de sa femme dans ses enquêtes… Bref une belle belle brochette que j’aimerai bien revoir dans d’autres aventures.

Une bonne découverte, divertissante et qui m’a fait voyager en plus de m’éduquer. Il ne me reste plus qu’à trouver le premier tome de la saga, Mort d’une Héroïne Rouge !
En tout cas, le challenge ABC m’aura permis une fois de plus de passer un bon moment !

challenge ABC

« La magnificence des oiseaux » de Barry Hughart

La magnificience des oiseaux

Bienvenue dans la Chine médiévale fantastique de l’univers de La magnificence des oiseaux, Une aventure de Maître Li et Boeuf Numéro Dix. Je me félicite une fois de plus de mon choix pour le partenariat Folio d’octobre : ce roman m’a fait plonger dans une grande aventure où on oscille entre fantasy, contes, mythologie… et surtout une belle dose d’humour !

Alors que tout le village de Kou-Fou est en plein préparatifs de la récolte de soie sur leurs élevage de vers, tous les enfants entre 8 et 13 ans tombent gravement maladesLou You, alias Boeuf Numéro Dix, âgé de 19 ans, est envoyé à Pékin pour embaucher un sage qui pourrait les aider à découvrir l’origine de ce mal. C’est comme cela qu’il rencontre Maître Li, un vieillard alcoolique assez spécial, qui le raccompagne jusqu’à Kou-Fou. Très rapidement, Maître Li va découvrir la source de la maladie des enfants : ils ont été empoisonnés… Mais une seule chose pourra peut-être les sauver : une racine de ginseng très puissante.
Boeuf Numéro Dix et Maître Li vont parcourir la Chine sans relâche pour découvrir le remède qui permettra de sauver le village, et vivre des dizaines d’aventures palpitantes !

Outre l’univers médiéval fantasy orientale qui m’a donné une bouffée d’exotisme, j’ai adoré les personnages ! Le couple Boeuf Numéro Dix et Maître Li fonctionne de manière classique mais très efficace ! Si Boeuf Numéro Dix est un jeune homme, au coeur pur, Maître Li est un vieux renard qui passe son temps libre à picoler et à arnaquer les autres. D’ailleurs il se présente lui même comme « un sage avec un léger défaut de personnalité »… Tout un programme ! Pendant toute cette histoire, Boeuf Numéro Dix va jouer les gros bras, les jolis coeurs et devenir les jambes de Maître Li, qui est quant à lui un cerveau hors pair !
Si l’enquête vire vraiment dans le domaine du fantastique, le récit n’en est pas moins très bien construit… les pistes se mêlent, se croisent… pour un final tout en couleur !

Le style de l’auteur (et la traduction) m’ont enchanté : ce livre se lit très facilement, on rentre vite dans l’histoire, et surtout on sourit souvent aux images de l’auteur.
On retrouve aussi les schémas classiques des contes, qui finalement sembles être universels : les jeunes femmes en détresse abusées par un esprit maléfique, les méchantes marâtres, les fantômes amoureux, les savants fous, les monstres sanguinaires qui protègent de magnifiques trésors… Bref, de quoi alimenter une épopée flamboyante !

Une belle découverte donc, et je pourrai prolonger le plaisir en lisant le second tome des aventures de nos deux héros dans La légende de la Pierre. A voir en 2014 !
Merci à Folio pour ce bon moment de lecture 🙂