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« Troupe 52 » de Nick Cutter

Troupe 52 de Nick CutterUne virée au Canada, ça vous branche ? En temps normal ça pourrait être sympa, mais avec ce roman d’horreur digne d’un Stephen King, on y réfléchira à deux fois. Âmes sensibles et délicates s’abstenir, avec ce livre découvert avec le partenariat Denoël de novembre.

Tous les ans, le chef scout Tim emmène sa troupe en camping au milieu de la nature sauvage. C’est sur la petite île de Falstaff qu’ils vont passer le week-end, un des derniers pour lui et ses cinq scouts. Les garçons sont devenus des adolescents, et bientôt ils abandonneront le scoutisme au profit d’autres activités plus dans l’air du temps… Du coup il faut en profiter et faire une vraie virée en mode survie !  Malheureusement, le séjour va tourner court : un homme débarque sur l’île en canot, et va solliciter leur aide. Il est affamé, et semble très malade… et malgré la nourriture que Tim lui offre, il ne peut pas se rassasier. Sa faim ne semble pas normale du tout, et sa maladie est inconnue au chef Tim qui est pourtant médecin… Pour échapper à la chose qui cause tant de souffrances au malade, la troupe de scouts va devoir faire preuve d’un instinct de survie à toute épreuve.

Après quelques pages d’adaptations, je suis bien rentrée dans ce roman qui se veut en toute conscience « Kingien » : une thématique bien trash, celle d’une maladie très létale qui ronge de l’intérieur le corps ; un délire survivaliste ; un découpage de chapitre qui mêle le point de vue de la troupe de scouts, celui de la presse, des rapports d’enquêtes ; des détails bien crades qui laisse tout de même de la place à l’imagination (pour le pire !). Et il n’a pas le côté négatif des romans des récits de son maître : Troupe 52 est relativement court, et sans longueurs inutiles. Bref, une belle réussite du genre.
Les personnages sont plutôt bien vus, quoique stéréotypés chez les pré-ados : le leader, le violent, le psychopathe, le geek rondouillard et le mec normal… A partir de cette donne, on essaye d’imaginer qui sera le seul à survivre (ou pas !)…
Je ne serai pas étonnée de voir ce roman adapté pour le grand écran un de ces jours… il a tous les ingrédients pour plaire aux amateurs du genre !

Merci Denoël pour ce partenariat.

Troupe 52 de Nick Cutter
Traduit par Eric Fontaine
Editions Denoël, collection Effroi  – 448 pages
Paru le 14 novembre 2016

« Morwenna » de Jo Walton

MorwennaPour le partenariat Folio du mois de mai, j’ai une fois de plus fais confiance à mon instinct en choisissant Morwenna, d’une auteure qui m’était inconnue, Jo Walton. Ce roman paru en 2011 étant bardé de prix (Hugo, Nebula, British fantasy…), je me suis dit que je ne devais pas trop me tromper en le choisissant…

En Angleterre, en 1979, Morwenna, dite Mori, écrit son journal. A 15 ans elle vient de quitter le Pays de Galles, pour échapper à sa mère qui est une sorcière. A cause d’elle, sa sœur jumelle Morganna a été tuée dans un accident de voiture, et elle-même se retrouve handicapée par une jambe boiteuse.
Au terme de sa fugue, elle fini chez son père, Daniel, qui les avait abandonnées à leur naissance. Celui-ci vit avec ses trois sœurs, dans un manoir anglais… Mais Mori n’y restera pas longtemps : afin de parfaire son éducation, ils l’envoient dans un pensionnat de jeune filles. Dans cette campagne anglaise où la nature a peu de place, elle ne peut pas voir autant de fées qu’au Pays de Galles… Sa seule consolation sera pour elle la lecture de roman de fantasy et de science-fiction, et la possibilité de faire de la magie pour améliorer son quotidien et se protéger de sa mère.

Je suis assez pensive face à ce roman. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteure, et c’est avec bonheur que j’ai plongé dans le journal de Morwenna et dans l’ambiance qui s’en dégage, so british. S’immiscer dans l’intimité et les questionnements d’une adolescente fans de SF est un vrai plaisir… Mais la présence d’éléments fantastiques comme la magie et les fées dans un quotidien aussi basique est assez déroutante.

La difficulté avec ce livre, c’est de le classer… Il est mis dans la catégorie science-fiction chez l’éditeur, mais pour moi on est plutôt dans le fantastique, voir la fantasy…. Si ce n’est dans les contes de fée.
C’est très certainement là que se trouve la clé de sa lecture : au fil des notes dans le journal de Mori, la typologie du roman évolue. Elle grandit au fur et à mesure que la nature des êtres qu’elle perçoit se transforme. Les fées passent d’elfes au nom empruntés au Seigneur des Anneaux, à des fantômes ou à des êtres indeterminés. En passant de la fantasy à la science-fiction, elle se détourne du passé douloureux à un avenir plein d’espoirs.
Les références aux classiques de la fantasy et de la SF sont nombreuses. Il n’y a pas une entrée de journal où Mori n’indique pas le roman qu’elle est en train de lire, et ce qu’elle en pense. Mais cela va plus loin je pense, bien que je manque de références pour étayer ma thèse. Les situations que vit Mori semblent emprunter à des romans qu’elle apprécie ou qui la marquent… Ce qui laisse à penser que toutes les situations qu’elle vit sont des fantasmes. Voit-elle réellement des fées ? Sa mère est-elle une vilaine sorcière ? Son père est-il sous le charme de ses trois sœurs qui l’enchainent au manoir ? Est-elle une adolescente rêveuse ou carrément atteinte de schizophrénie ? Et si en tant que lectrice je ne crois pas qu’elle voit vraiment des fées, c’est que j’ai perdu la capacité de croire à la magie dans ce monde… Ce roman est presque comme un test pour nous, lecteurs.

Bref, j’ai vraiment aimé ce roman. Au point où je projette de lister les romans qui y sont cité pour essayer d’en dévoiler sa réelle nature…
C’est une lecture qui peut sembler simple au premier abord, mais qui laisse la possibilité de creuser un maximum de piste pour le comprendre. Il va me rester un moment en mémoire je pense.

Au passage, j’utilise ce roman pour la lettre W du challenge ABC des littératures de l’imaginaire.

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« Les derniers jours du Paradis » de Robert Charles Wilson

Les dernies jours du paradisVoici un nouveau partenariat avec les éditions Denoël pour bien préparer la rentrée, avec un roman d’une des stars de la science-fiction de ses dernières années : Robert Charles Wilson !
J’ai déjà lu deux romans de cet auteur canadien d’origine californienne : Blind Lake et Les Chronolithes. Les derniers jours du Paradis est son dernier roman édité en France (à paraître le 4 septembre), mais paru en 2013 aux États-Unis.

En 2014, Cassie se prépare à fêter le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale. Grand moment, car depuis un siècle l’humanité connaît une paix sans faille. Pas une seule guerre, pas le moindre conflit… Et Cassie sait pourquoi, pour son plus grand malheur !
En tant que membre de la Correspondence Society, une société secrète, elle sait ce que peu de personnes peuvent imaginer : une entité extra-terrestre, l’Hypercolonie, telle un essaim d’insectes gigantesque enserre la planète Terre, dans la zone de l’atmosphère où passent les ondes radio. En manipulant les messages radios depuis 1914, ils ont pu orienter l’évolution de l’humanité au travers de ses communications. Résultat : plus de guerre… Un paradis artificiel mais efficace.
Mais à quel prix ? Afin de protéger son secret, l’Hypercolonie a envoyé il y a quelques années de cela des créatures humanoïdes tuer des membres de la Society, dont les parents de Cassie.
Et ce soir, l’un de ces monstres à forme humaine d’eux s’apprête à la retrouver… Cassie n’a qu’une solution, la fuite, avec son frère Thomas et d’autres membres de la Society.

Le sujet de cette SF avait l’air sympa, une uchronie où le XXeme siècle aurait connu la paix. Donc pas de fusées et de vols spatiaux, pas de bombes atomiques, pas de PC de bureau… Mais le traitement de cette histoire au final m’a assez déçu. J’avais bien aimé mes précédentes lectures de Wilson, mais là je n’ai pas retrouvé l’énergie et l’intérêt de ces deux autres romans cités en intro.

D’abord la présentation de cette société vivant dans la paix est trop anecdotique. Pas de détails sur l’histoire, la géographie, la politique, l’art, les technologies… L’auteur s’en sort en dépeignant des groupes de personnages baignés dans la paranoïa, qui n’utilisent pas du tout les moyens de communication contemporains (téléphone, TV…) afin de ne pas être repérés par les aliens. Par conséquent, je ne suis pas rentrée dans ce monde rêvé ou cauchemardé…
Ensuite les personnages… Entre ceux qui ne servent à rien comme le petit frère de Cassie, Thomas ; ceux qui sont caricaturaux comme le leader de la société secrète Beck qui cherche à monter une armée anti-alien ; la meilleure ennemie de Cassie, Beth qui est une vraie chienne ; son copain Leo le bad-boy qui va faire fondre notre héroïne après avoir joué la dégoutée… A aucun moment je me suis senti en empathie avec un personnage. Bref, peu crédibles je trouve. En je passe sur les amourettes perdues ou naissantes qui émaillent le récit, et m’ont lassé rapidement…
Les méchants, des extra-terrestres humanoïdes verts à l’intérieur, qui suinte la soupe d’herbe quand on les blessent passent finalement pas si mal si je compare au reste… Leur côté extra-terrestres « classique » à la mode de la série Les envahisseurs peut être vu comme une hommage je présume ! En revanche le concept de particules vertes parasitant la radiosphere terrestre ne m’a pas botté plus que ça, bien que la comparaison avec le monde des insectes sociaux et des parasites, qui m’évoquait les Borgs de Star Trek au début, avait tout pour plaire.
Pour ce qui est du fameux questionnement au cœur du roman, vaut-il mieux une paix factice qu’un monde de guerre bien humain… ? Et bien elle est assez vite éludée, même si elle peut peut-être nourrir un peu un lecteur en soif de réflexions sur le sens de notre vie sur Terre (libre arbitre, tout ça…).

Du coup une bonne idée un peu bâclée à mon avis, des personnages -gentils et méchants- peu crédibles, un manque de rythme (il commence à se passer des choses intéressantes 40 pages avant la fin). Moyen, quoi. Pas mauvais, mais je ne me suis pas éclatée.
Merci Denoël pour cette lecture tout de même. Je tiens à souligner que comme toujours, l’édition est très bien, une couverture qui attire l’œil, belles typos, belle qualité du livre… Le prochain roman sera bien meilleur je n’en doute pas 🙂

Ce livre me permet de remplir une nouvelle ligne dans le challenge ABC des Littératures de l’Imaginaire, pour la lettre W.

challenge de l'imaginaire ABC 2014

Les derniers jours du Paradis de Robert Charles Wilson
Éditions Denoël – Collection Lunes d’encre
Traduction : Gilles Goulet
2014 – 342 pages

« Le silence de la Cité » d’Elizabeth Vonarburg

Le silence desla CitéSuite à la lecture des Chroniques du Pays des Mères d’Elizabeth Vonarburg j’ai eu envie de lire le roman qui l’a précédé, Le silence de la Cité, et quoi de mieux que le Challenge ABC – Littératures de l’Imaginaire pour s’en donner l’occasion ?
Tout comme son prédécesseur, on est dans de la science-fiction qui flirte avec le roman d’anticipation, dans une Europe post-apocalyptique.
Une superbe histoire, qu’il me tardait de découvrir après mon engouement pour les Chroniques du Pays des Mères, un de mes coups de cœur de l’année dernière.

La Cité, enfouie sous terre, a été le moyen pour une partie de l’humanité d’échapper au Déclin et à ses plaies : radiations, inondations, pollution, guerres, mutations génétiques… et surtout le virus T qui tue les enfants et fait naître dix fois plus de filles que de garçons. Mais après plusieurs siècles de séparation, les humains qui se sont enfermés dans la Cité n’ont plus grand-chose à voir avec ceux qui ont survécus sur la surface du globe. Ceux de l’Extérieur ont muté et ont surtout régressé au niveau technologique et social, livrés à eux même dans un monde devenu hostile…
Mais les humains des Cités sont victime d’une malédiction : il n’y a plus de naissance depuis des dizaines d’années, et le nombre de survivants se compte en dizaines.
Paul, un scientifique de la Cité, va sillonner le monde Extérieur, pour trouver des êtres humains dont les gènes pourraient combattre le virus T… A force de recherches et de tests, il finit par créer Elisa, bébé éprouvette  aux pouvoirs de régénération extraordinaire ! Grâce à la maitrise de son corps, aucune maladie, aucune blessure ne peut avoir raison d’elle ! Plus que la dernière humaine de la Cité, Elisa est bel est bien la première d’une nouvelle race, celle par qui l’humanité devrait pouvoir être sauvée !

Difficile de résumer ce livre tant il est riche au niveau de la narration, et touche des dizaines et des dizaines de problématiques posées par les sciences et les nouvelles technologies : relations homme-robots, les dégâts d’une société où on ne vieillit plus (avec ses cortèges d’incestes et la stérilité de ses habitants), les avatars qui permettent aux cerveaux de continuer à fonctionner sans corps, les Intelligence Artificielles issues des pensées d’anciens vivants…
On passe aussi en revu les impacts sociaux d’une surabondance de filles à l’Extérieur, au mieux traitées comme des esclaves, au pire tuée car considérées comme fautives face à Dieu pour cette malédiction…
Bref, il y a plein de pistes à explorer dans ce roman très complet, qui brosse un univers dans lequel j’aime me perdre !

Notre héroïne, Elisa est comme une naufragée dans une cité souterraine, factice et désespérément vide, où vivants et morts se côtoient sans cesse au travers des corps réels ou artificiels. Comme dans un récit survivaliste qui tourne mal, la Cité faite pour protéger et permettre la sauvegarde de l’humain devient un cercueil où ne vivent que des robots. Cela n’est pas sans faire penser aux Chroniques Martiennes et à la nouvelle Août 2026 : Il viendra des pluies douces !
Mais heureusement, Elisa va finir par sortir, et mettre en place son grand projet pour les humains de l’Extérieur, ce qui nous permet de voir ce qu’est devenu notre bon vieux continent…

Ce qui m’a plus c’est que ce roman semble être la base des légendes et de la religion dont il est largement question dans Chroniques du Pays des Mères : Garde, Judith… et de d’essayer de discerner la part de responsabilité d’Elisa dans tout cela ! Finalement c’est une bonne chose de lire ce premier volume après le second : il est beaucoup question d’archéologie et d’histoire dans les Chroniques du Pays des Mères… J’ai eu l’impression de faire le même travail de recherche en lisant ce premier roman !

Du coup j’ai envie de relire les Chroniques du Pays des Mères pour essayer de démêler la légende du fait, maintenant que tout est frais dans ma tête !
Un très bon roman à découvrir en tous cas, même si pour moi les Chroniques du Pays des Mères est au-dessus tout de même pour moi… Si vous hésitez entre les deux, choisissez ce dernier !

challenge de l'imaginaire ABC 2014

« Chroniques du Pays des Mères » d’Elizabeth Vonarburg

Chroniques du pays des mèresPour un morceau, c’était un sacré morceau que les Chroniques du Pays des Mères… et son titre de lui est pas volé ! On rentre avec ce roman dans un univers très fouillé et complet, où tous les pans de la société ont été réfléchis et brillamment imaginés par leur auteure québécoise d’origine française (cocorico !) en 1992.
J’ai débuté la lecture de ce livre pour le challenge ABC, et je me retrouve maintenant avec un vrai coup de cœur !

La jeune Lisbeï vit dans la Garderie de Béthély avec Tula, où elles sont élevées avec d’autres enfants de leurs âges… presque que des filles. Les garçons sont rares, et sont pointés du doigts comme des êtres ayant reçu la punition de la déesse Ellie, qui leur a retiré le privilège d’être des filles.
Devenue adolescente, Lisbeï quitte la Garderie pour apprendre à devenir « Mère » de la cité auprès de sa génitrice, Selva. Elle va tout apprendre sur l’histoire, la géographie, la politique du Pays des Mères… auprès d’Antoné la médecin, Mooreï la Mémoire de Béthély ou encore Kélys l’exploratrice. Mais pour elle rien n’a de sens si elle ne peut pas le partager avec Tula, trop jeune et restée enfermée à la Garderie…
Elle va aussi apprendre à trouver sa place dans cette fourmilière qu’est la cité, où les femmes sont divisées en groupes : les Rouges, celles qui peuvent avoir des enfants, les Bleues celle qui sont stériles ou sont trop vieilles pour enfanter, et les Vertes, celles qui sont trop jeunes pour être dans une catégorie ou une autre. Un univers de femmes, où les hommes n’ont pas d’autre choix que d’être des reproducteurs ou des Bleues comme les autres…
Ce roman va nous apprendre ce qu’il arriva à Lisbeï, ses relations avec sa Famille, et plus généralement ses pensées et ses voyages au sein du Pays des Mères…

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Herland quand j’ai débuté ce roman : un pays de femme, dirigé par des femmes. Mais finalement la ressemblance s’arrête là. Chroniques du Pays des Mères ne cherche pas à présenter un monde idéal sans homme. Les hommes existent, mais la génétique fait qu’ils ne naissent plus en assez grand nombre… 3% à peine ! L’enjeu du roman repose sur cette contrainte, cette malédiction en quelque somme : pour éviter la consanguinité les enfants ont de tatoué sur l’épaule leurs lignées ; la Mère est la seule à avoir le privilège d’avoir des rapports sexuels avec un homme, son « Mâle », qui change régulièrement pour diversifier les gènes de la Famille ; les autres femmes doivent passer par l’insémination artificielle… et forcément les hommes ne sont que des donneurs de sperme… Pas d’amour entre hommes et femmes, mais de toutes façon les filles et femmes de Béthély ne penseraient jamais à s’accoupler avec un homme !
Bref, on est loin d’une utopie ! Surtout si on rajoute à cela une mystérieuse Maladie qui emporte une bonne partie des enfants…

Si le début du roman sonne très fantasy, rapidement on s’aperçoit qu’il s’agit bien de science-fiction, voir d’anticipation sociale ! Le monde que nous connaissons, notre société, a été anéantie par le Déclin il y a mille ans de cela… Il reste de ce monde quelques traces, que les archéologues du Pays des Mère tentent de découvrir et d’interpréter. Et il reste surtout de l’époque du Déclin les terres polluées, inhabitables et interdites : les Mauterres, où les aberrations génétiques seraient légion.

Le gros avantage de ce roman par rapport à de la fantasy américaine ou anglaise, c’est qu’il a été pensé et écrit en français. Et vu les subtilités de langage autour des mythes et des contes, de la géographie, de l’étymologie et de la sémantiques, des références aux anciennes langues… cela n’est pas anecdotique ! La langue et la fiction s’entremêlent, pour donner un tout très cohérent, comme la fameuse « tapisserie d’Ellie dont il est beaucoup question pour expliquer les destinés des personnages du roman.

coup de coeurUn coup de cœur, qui me donne furieusement envie de lire le premier roman de cet auteur, qui introduit ces magnifiques chroniques : Le Silence de la Cité.

challenge ABC

 

« Les Chronolithes » de Robert Charles Wilson

Les chronolithesA lire les critiques un peu partout sur Internet, l’auteur canadien Robert Charles Wilson fait parti des « nouvelles » stars de la science-fiction, avec des romans tels Blind Lake, Darwinia, Spin… et Les Chronolithes paru en 2001, que j’avais envie de lire depuis quelques mois déjà. Challenge ABC aidant, j’ai fini par m’y mettre ! 😉

En 2021, Scott Warden vit en Thailande avec sa femme Janice et sa fille Kaitlin. Informaticien en fin de contrat, il traîne dans la région avec Hitch son compatriote américain, dealer et vendeur de matériel de pêche.
Leur vie et celle de millions d’autres personnes va changer un beau jour lorsque cette rumeur arrive à leurs oreilles : il s’est passé quelque chose à quelques kilomètres de chez eux, à Chumphon au milieu de la jungle. Curieux, ils bravent les barrages militaires et les petites routes de montagne pour découvrir la source de tout ce bruit : un monolithe gigantesque, sorti de nul part et placé au milieu de la forêt dévastée… Et sur son socle une inscription qui fait froid dans le dos : le monument commémore la victoire dans le futur, 20 ans plus tard, d’un certain Kuin.
Les mois passants, le mystère se transforme en psychose mondiale quand un nouveau monolithe se plante en plein milieu de Bangkok, détruit la moitié de la ville et tue sa population, la gelant sur place.
Qui est ce Kuin ? A t-il vraiment le pouvoir de contrôler l’espace et le temps ? Que représentent ces chronolithes, des monuments ou des armes ? Quelle seront ces guerres qui se préparent 20 ans plus tard ?

Une idée complexe pour une histoire palpitante ! Je me suis laissée portée par le récit, dans l’espoir page après page de découvrir qui est ce Kuin et ce qu’il veut ! Mais signe d’un bon roman de SF qui fait réfléchir, la réponse ne nous tombe pas cuit dans le bec 😉

Les personnages sont très bien construits : je me suis attachées à eux grâce, avec leurs qualités et défauts… et pourtant je suis souvent assez difficile 😀
Scott essaye de garder un semblant de vie familiale, et il va en baver dans ces périodes de crise mondiale post-Kuin ! On a avec ce roman une bonne représentation de la manière dont nos sociétés pourraient réagir à ce type de chambardement : l’Asie de l’Est qui tombe dans le chaos des mafias, la Chine qui se referme sur elle même, les USA qui mettent toutes leur ressources dans l’armée et la défense au détriment du reste, les jeunes qui voient dans Kuin un nouveau dieu et partent en pèlerinage, les guerres civiles des pro et anti kuinistes… et par effet dominos, c’est toutes les civilisations modernes qui s’écroulent !
Pas fameux comme avenir pour l’humanité, et plus particulièrement pour Scott qui est finalement un enfant du début du 20ème siècle !

Mais nous allons l’apprendre au court de notre lecture, passé et avenir sont liés, le hasard n’existe pas… Il est beaucoup question de science, et dans des domaines très pointu que je ne connaissais absolument pas ! Le personnage de la physicienne Sue Chopra, génie de son siècle qui cherchera a arrêter les chronolithes, nous permet de découvrir des concepts complexes comme les espaces Calabi-Yau, les turbulences tau, le cube de Minkowski… un peu de théorie des cordes pour donner corps aux possibilités de voyage dans le temps et donc dans l’espace.
Rassurez vous, il n’est pas question que de science, mais aussi d’aventure ! Entre les rues malfamées des grandes villes américaines, le désert mexicain, Jérusalem, Bangkok… On voyage !

Une belle découverte, et mon roman préféré de Robert Charles Wilson pour le moment (je n’ai lu que Blind Lake il faut dire) !

challenge ABC

« Le Juste Milieu » d’Annabel Lyon

Le juste milieuMon premier partenariat avec Folio m’a permis de faire une vraie découverte : je pense que je ne serais jamais allée spontanément vers Le Juste Milieu, de l’auteure canadienne Annabel Lyon paru en 2009, sans la proposition de l’éditeur.
Et pourtant, j’aime assez ce qui traite de la Grèce Antique, des grands philosophes, de la mythologie… J’ai donc été enchantée par cette lecture, qui retrace une période de la vie d’Aristote en Macédoine auprès de son illustre élève, Alexandre le Grand.

En route pour Athènes, Aristote et les siens passent par la capitale de Macédoine, Pella, afin de rencontrer son vieil ami, le roi Philippe. Une visite qui devait durer quelques jours va finalement durer plusieurs années : le roi désire qu’Aristote, élève de Platon, devienne le professeur de son fils Alexandre. Si son père lui apprend à devenir un roi, si les généraux le forment à devenir un guerrier… Aristote va se faire un devoir d’éduquer l’adolescent, de développer son intelligence et d’en faire un homme qui tend vers le bien.

Aristote raconte Alexandre le Grand, éblouissant et charismatique, depuis ses jeunes années jusqu’à ses grands succès militaires. On plonge dans l’intimité du Prince qui deviendra un des grands rois de l’Antiquité, tant ses conquêtes sont impressionnantes : il a vaincu non seulement grâce à ses compétences militaires, mais aussi et surtout par l’absorption des cultures Perses, Grecques… pour les fusionner à sa façon. Une leçon d’Aristote à en croire ce récit 😉
On en apprend beaucoup sur l’histoire de la Macédoine et de la Grèce, les secrets de la cours, les stratégies politiques et militaires… Mais aussi sur la vie d’Aristote, philosophe mais aussi médecin, artistes, professeur… prisonnier de la cage dorée qu’est le palais du roi de Macédoine, dans cette région rude qui est loin d’avoir les attraits d’Athènes.

Ce qui m’a surprise par moment, c’est le petit côté « la vie avant la psychanalyse » du roman. Je l’ai appris après, mais Aristote c’est posé beaucoup de question sur l’âme, les passions, l’intellect… dans ses écrits. Bref, ce qu’on pourrait appeler plus tard la psychologie.
Quoiqu’il en soit, on a souvent l’impression d’avoir un Aristote dépressif, quand ce n’est pas un Alexandre bipolaire,… Tous les personnages sont tourmentés par leurs passions : une vraie tragédie grecque !
Bref, Aristote souffre de maux qu’il ne peut nommer, les connaissances en médecine de l’époque se résumant à des jeux de fluides, d’équilibres d’humeurs… quand on ne met pas tout simplement cela sur le compte de la volonté des dieux.

L’écriture donne vraiment l’impression de voir les faits via le regard d’Aristote, de suivre le fil de ses pensées, dans un style sensible, intelligent, et passionnant !
D’un point de vue philosophique, on prend une belle leçon de mesure et d’ouverture (dans la limite du raisonnable de l’époque). J’aurais au moins appris des choses concernant l’équilibre entre les extrêmes, que ce soit au niveau des comportements, des personnes ou des choses !

Merci à Folio pour ce partenariat très enrichissant ! Je conseiller franchement ce livre : je pense que chacun peut y trouver des choses à apprendre, que ce soit en histoire, en philosophie .. ou alors prendre tout simplement plaisir à lire cette belle écriture !