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« Un océan d’amour » de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Un ocean d'amourSur les conseils de La chèvre grise, je me suis laissée tenter par cette BD de la sélection officielle du festival d’Angoulême, Un océan d’amour… Je ne suis pas trop au fait des sorties BD, surtout dans le domaine franco-belge, donc quand on me vend spontanément une BD, j’y vais gaiement ! Une fois de plus, j’ai bien fait de lui faire confiance : ce livre est un petit bijou de poésie, d’humour et d’amour, et ce sans un seul dialogue !

Comme tous les matin, un marin breton prend la mer pour aller pêcher. Sa femme, une solide bigoudène, lui a fait son petit déjeuner et lui a préparé sa gamelle, comme chaque jour… Mais aujourd’hui, le marin de ne va pas revenir ! Son petit bateau a été pris dans les filets d’un super-chalutier… et il s’en faut de peu pour qu’il puisse s’en libérer. Mais maintenant il est loin des côtes bretonnes, et sa femme l’attend désespérément au port !

C’est une vraie aventure autour du monde que le marin et son épouse vont nous faire vivre dans ces planches : l’homme est perdu en mer, avec comme seule subsistance les boîtes de sardines que sa femme préparait pour ses gamelles quotidiennes, et comme seul amie une mouette sauvées de l’inanition. La femme n’en pouvant plus d’attendre son époux au port, que tous croient mort, va suivre les conseil d’une diseuse de bonne aventure et essayer de le retrouver à Cuba.
Leurs rencontres sont souvent drôles, pleines de clin d’oeil… C’est un vrai plaisir de découvrir comment ils vont tomber de Charybde en Scylla, pour s’en sortir à chaque fois ! Devenir une star people, boire du rhum avec des pirates des Caraïbes, organiser un fest-noz avec Fidel Castro… Les marins bretons, dignes descendants d’Ulysse, n’ont aucune limite, et c’est tant mieux ! 😀
En filigrane, on vit aussi poindre un discours écologique plutôt bien amené sur la pollution des mers, la surpêche, les dégazages sauvages… Pas de tentative de moralisation, mais plutôt un constat bien illustré grâce au personnage de la mouette entre autre (rigolote cette bestiole :))

Un océan d'amour

Les personnages sont biens vus graphiquement et psychologiquement. En quelques traits on comprend parfaitement les liens d’amour, les chamailleries, le désarrois… C’est franchement bien foutu visuellement. Et que dire du scenario qui arrive à nous emmener dans une histoire où aucun mot n’est prononcé ? C’est peut être en cela que le premier truc qui m’est venu en tête en feuilletant les première pages, ce sont Les Triplettes de Belleville. Il y a de ça bien entendu, mais pas que… Il y a un optimisme supplémentaire dans cette histoire d’amour qui m’a donné le sourire, et ça, ça n’arrive pas souvent 🙂

Amateurs de BD, et les autres, n’hésitez pas : Un océan d’amour est certainement un des titre phare de 2014 !

 

 

 

« Bifteck » de Martin Provost

Je n’ai pas pu m’empêcher de sauter sur le roman que Marycherry m’a envoyé la semaine dernière pour le SWAP « Régalons-nous ».
Le titre évocateur, Bifteck, m’a séduit, moi qui avait un petit creux avant de prendre le métro ce matin 😉

Il est bien question de viande et de bouchers… A Quimper, durant la Première Guerre Mondiale, la boucherie familiale « Chez Plomeur » est fière de son rejeton, André. Il a un don inné pour découper la viande, la choisir, l’apprêter…
Il n’a que treize ans mais montre aussi d’autres aptitudes dans le palper de la chair, que ces parents ne soupçonne pas : non content d’être un des dernier homme de la région à ne pas avoir été envoyé au front, André est un amant formidable, que toute les femmes du canton veulent essayer ! Preuve en est : elle font la queue devant la boutique familiale…
Au retour des hommes de la guerre, André et ses parents voient se multiplier les berceaux plein de bébés au pieds de leur porte… Au grand dam de ses parent il va adopter les 7 marmots abandonnés, fruits de ses amours adultères, laissés là par leurs différentes mères effrayées par la réaction de leur mari jaloux. Mais l’un d’eux est beaucoup plus vindicatif et en veut à sa vie ! Il n’a plus qu’une solution, quitter Quimper pour s’échapper en Amérique !

Du début à la fin, on est dans un véritable conte, où les évènements s’enchaînent et prennent des proportions démesurées, jusqu’à devenir totalement surréalistes.
La quatrième de couverture le compare à Gargantua et Robinson Crusoé.  Et c’est plutôt vrai, mais je le verrai plus dans la version Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier… J’ai parfois aussi pensé à Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Tout est énorme, insensé, plein de métaphores filées autour du steak et autres saucisses, amusant, poétique, délirant : pas de grand discours, mais des idées et paroles toujours belles et justes ! Un vrai délice à lire et parcourir !
Dans sa recherche du nouveau pays de Cocagne, André voit grandir et s’affirmer ses enfants, tout en se voyant devenir à la fois père et mère, vieillir, s’assagir… Une belle leçon de vie qui m’a vraiment touché par sa simplicité !

Bref, une lecture courte que je conseille à tous le monde : il va faire parti des livres que je vais prêter autour de moi cette année, ce Bifteck !