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« Le charme discret de l’intestin » de Giulia Enders

Le charme discret de l'intestin

J’ai moi aussi succombé à ce best-seller que je vois encore entre de nombreuses mains dans les transports en commun.
L’an dernier l’auteur de cette étude, une jeune doctorante allemande, avait fait le tour des émissions TV, transcendant les présentateurs rigolards par des histoires de caca à heure de grande écoute. Mais ce livre n’est pas qu’un recueil de blagues scatologiques, mais bien une étude sur le système digestif et les intestins en particulier, reprenant et expliquant les dernières découvertes dans le domaine.

J’ai apprécié le petit côté humoristique insufflé par la plume de l’auteur à ces pages et les illustrations rigolotes de sa sœur. En plus, j’ai appris énormément de choses ! Ce livre est passionnant pour qui cherche à vivre mieux avec son ventre, et ceux que les scientifiques considèrent dorénavant comme notre deuxième cerveau, nos intestins !
On y voit plein de choses sur la digestion, la valeur de certains aliments, et surtout l’importance des bonnes bactéries dans notre tube digestif. L’étude de ces petites bestioles semble être un nouvel eldorado pour la recherche médicale, et laisse présager le meilleur pour les années à venir !

Je conseille donc vivement cette lecture, qui est très accessible de par son côté pédagogique et sa touche de légèreté sur un sujet qui pourrait ne pas l’être.

« Beta… Civilisations, volume I » de Jens Harder 

Beta... CivilisationsQuatre ans après ma découverte passionnée avec Alpha… Directions, Jens Harder publie enfin un second tome à sa trilogie sur l’Histoire du Monde ! Grâce à l’opération de Priceminister « La BD fait son festival » (une chronique et une notation contre une BD sélectionnée à Angoulême), j’ai pu lire et admirer le travail de cet auteur de BD allemand, dont le travail s’apparente autant à de l’art graphique qu’à un travail d’historien.

Nous commençons Beta… Civilisations à l’ère Tertiaire, à la fin du règne des dinosaures. Les mammifères vont vite occuper l’espace laissé libre… Et c’est ainsi que les premiers primates vont évoluer pour devenir des homo sapiens et fonder les civilisations ! Je fais court, car cette BD est un tel monument que chaque chapitre pourrait être détaillé comme un récit autonome.

Je crois que c’est le travail de recherche et de compilation qui m’impressionne le plus dans le travail de cet auteur. Jens Harder se base sur l’histoire de la Terre et de l’humanité, qu’il illustre d’images faisant parti de notre inconscient collectif : œuvres d’art, artisanats préhistoriques, cases d’autres bandes-dessinées, meme Internet, films cultes, photos célèbres… C’est assez amusant de jouer au jeu du « mais d’où provient cette illustration » ? Ce mélange des genres de la peinture institutionnelle aux icônes populaires, donne un ton bien particulier à ce roman graphique.
Peu de textes : on est dans l’évocation et l’imaginaire, autant que dans l’analyse scientifique. En effet, beaucoup de cartes et de graphiques sont là pour nous expliquer cette histoire du monde. Chaque chapitre est séparé d’une petite chronologie, ce qui permet de nous y retrouver plus facilement (et éventuellement de réviser ;)).

Graphiquement, toutes les reproductions sont dessinées par l’auteur, ce qui donne une cohérence à toutes ces sources, en ce lieu réunis. On a donc pas un effet d’accumulation trop prégnant.
Au niveau du jeu des couleur, un ton domine par chapitre. Cela permet de bien séparer les périodes historiques, et surtout de ne pas sur-saturer notre cerveau déjà en effervescence ! Chapeau d’ailleurs pour cette édition, les couleurs argentées ou dorées son magnifiques. Selon la lumière ou l’orientation du livre, elles ont des reflets différents !

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Une superbe suite à Alpha… Directions, même si j’ai tendance à préférer ce premier volume, plus abstrait peut être… et puis j’ai toujours préféré les dinosaures au mammouths 🙂
En tous cas, vivement la suite qui devrait s’intéresser à l’histoire moderne, à partir de l’année 0 de notre ère ! J’espère juste ne pas avoir à attendre cinq ans !

Merci Priceminister pour ce partenariat ! Et une fois de plus, car je dois bien donner une note : 18/20 !

BDFestival

« Household Stories » des frères Grimm

grimmJe révise mes vieux classiques et mon anglais avec ce recueil de contes des frères Grimm, premier livre à lire pour mes cours en ligne sur Coursera : « Fantasy and Science Fiction: The Human Mind, Our Modern World« . Tout un programme n’est-ce pas ?
Ce cours pourrait être une balade de santé s’il ne fallait pas que je rédige chaque semaine un essai sur la lecture demandée… en anglais en plus ! Bref, je vais voir si je tiens le rythme 😉

En attendant j’ai relu avec amusement des versions des contes classiques de notre enfance : Cendrillon (Aschenputtel), La Belle au Bois Dormant (The Sleeping Beauty), Blanche-Neige (Snow-White)… Versions forcément moins édulcorées que celle de Disney, mais au dénouements parfois plus heureux que ceux de notre Charles Perrault national, qui lui par exemple laisse Le Petit Chaperon Rouge (Little Red-Cap) dans le ventre du Loup contrairement aux frères Grimm qui le fait ressortir de la bête par un coup de ciseaux du chasseur.

Ça a aussi été l’occasion pour moi de découvrir des contes que je connaissais pas du tout, mais qui semblent assez connus dans d’autres pays comme Rumpelstiltskin ou Rapunzel  (merci la série Once upon a time ;)).
J’ai aussi pu redécouvrir des histoires que j’avais entendu à l’école, comme le très théâtral The Fisherman and is Wife (j’avais joué le rôle de l’épouse lors d’un spectacle en CM2 :)).

Une lecture qui n’est pas désagréable, même si certains contes ne m’ont pas vraiment fait rêver… Les objets dotés de vie, les histoires d’animaux qui ressemblent à des fables m’ont moins intéressées que les grandes quêtes. Bref, je suis plutôt branchée légendes épiques qu’historiettes domestiques.
En revanche pour ce qui est des mythes des Princes et Princesses de contes de fées, je suis plutôt dubitative… j’ai l’impression que les couples princiers dépendent plus du destin ou de la magie que de « l’amour véritable ».
Par contre les valeurs familiales sont souvent mise en avant et encouragées : amour filial, celui de la fratrie… Mais comme dans les films de notre jeunesse, les belle-mère et demi-soeurs sont toujours de véritables plaies ! Bravo les familles recomposées !

Mais l’élément très libérateur dans ces contes par rapport aux versions en dessins animés : la punition des méchants ! Les contes regorgent d’inventivité, que ce soit les oiseaux qui picorent les yeux de la méchante belle-mère et des demi-soeurs de Cendrillon à son mariage, ou encore la belle-mère qui se retrouve nue dans un tonneaux rempli de clou, tiré par des chevaux jusqu’à ce que mort s’en suive (The Goose Girl, The three little men in the wood), la demi-soeur enduite de poix (Mother Hulda)…
Les animaux aussi sont martyrisés, principalement le Loup se fait une paire de fois découper le ventre et déposer une pierre dans l’estomac à la place de ses victimes (Little Red-Cap, The Wolf and the Seven Little Goats).

Un classique donc, que je n’aurai jamais lu intégralement sans Coursera… Pas la lecture de l’année, mais je suis tout de même contente de l’avoir faite.
Si cette lecture vous intéresse, le livre est disponible gratuitement et légalement sur le site du projet Gutemberg, ici. Cette édition anglaise est assez sympa, dans le sens où elle est illustrée par le mari de la traductrice… Joli travail d’équipe !

Cerise sur la gâteau, car il faut que j’avance un peu mes challenges : ce recueil de contes de fée me permet de remplir une case dans mon challenge Geek, catégorie magie, bien entendu !

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challenge geek

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« Des milliards de tapis de cheveux » de Andreas Eschbach

Je ne sais plus comment je suis tombée sur ce roman de l’auteur allemand Andreas Eschbach, écrit en 1995, mais ce jour là j’ai eu bien de la chance ! C’est un petit bijou que j’ai dévoré, et qui a tout du roman de SF voué à devenir un grand classique !
De plus il me permet de valider une entrée pour le challenge Petit Bac 2012, catégorie « partie du corps ».

Sur une planète aride, où la population vit aux limites de la pauvreté, une étrange coutume veut qu’une caste d’hommes passent une vie entière à réaliser un tapis fait des cheveux de leurs femmes et filles. Ce tapis une fois vendu à l’Empereur permettra à leur unique descendant mâle de devenir lui même tisseur de tapis de cheveux. Voici une tradition qui se perpétue depuis des millénaires, depuis que l’Empereur immortel en a décidé ainsi ! Voilà bien son droit, car après tout, n’est-ce pas lui qui fait briller les étoiles ?
Mais autour de ce culte de l’Empereur et de la confection de tapis de cheveux, d’autres histoires vont prendre par à cette trame : celle d’un étranger hérétique perdu sur cette planète, celle d’un marchand qui récolte les tapis ville après ville, celle de l’histoire d’amour d’une jeune femme pour le fils d’un tisseur, … Tous sont liés par ces étranges tapis, intriguants, magnifiques et repoussants à la fois…

Quel mystère que ces tapis de cheveux ! Une fois l’univers posé, celui d’un Empire colossal composé de plusieurs systèmes solaires, dirigé depuis des dizaines de milliers d’années par le 11ème Empereur, on n’a qu’une envie : savoir ce que signifie ce culte pour la tapis de cheveux ! Pourquoi des hommes, voir une planète entière, s’aliènent pour réaliser des tapis de cheveux, qui rapporté au nombre de tisseur atteignent des quantités phénoménales ? Des milliards de tapis de cheveux pour décorer le palais de l’Empereur, bien trop pour que cela soit possible. Surtout quand on sait que l’Empereur a été tué il y a 20 ans de cela par des Rebelles, et que son palais n’abritait aucun de ces tapis…

La question de la chute de l’Empire est aussi très intéressante. L’auteur présente progressivement des éléments qui nous expliquent comment le système de commerce du tapis de cheveux est mis en place par des administrations locales, fonctionnant en vase clos. On comprend alors mieux pourquoi les forces Rebelles ont tant de mal, 20 ans après la mort de l’Empereur, à faire accepter à tous ces peuples vivant sur de lointaines planètes  que cet être immortel a disparu, signifiant alors que leur mode de vie est dorénavant dépassé, et que le tissage de tapis de cheveux est une ineptie… Lorsqu’on a été élevé comme un esclave, il est presque impossible d’avoir une idée même de la liberté !
Ce schéma dicté par l’Etat mêlé à celui de la culture locale est très intéressant, et ouvre pas mal de pistes de réflexion sur le monde qui nous entoure…

La narration est découpée en chapitres qui équivalent presque à des nouvelles autonomes, mais qui sont en fait reliées entre elles de manière très fine et intelligente, à la façon d’un polyptique.  Si on est dérouté par deux ou trois chapitres en se demandant ce qu’ils viennent faire là, la réponse arrive rapidement dans les suivants… La trame se tisse, et le dessin prend forme, et il est magique ! Je crois que c’est cette structure qui m’a rapellé (dans une moindre mesure) l’excellent Qu’a t-elle vue, la femme de Loth ? de Ioànna Bourazopoùlou.
On est vraiment pris dans l’histoire, et jusqu’à la dernière page on est happé par cet univers. De plus la fin ne m’a pas laissé sur ma faim… Bref, un coup de maitre pour ce qui est de l’intrigue !

Quand on sait que c’est le premier livre de Andreas Eschbach, on n’a qu’une envie, découvrir ses autres romans ! J’ai vraiment été impressionnée et conquise par celui-ci, au point où c’est un véritable coup de coeur ! Bref, je le conseille aux amateurs de SF et aux autres : il se lit très facilement, et l’intrigue est très prenante !

« Alpha… directions » de Jens Harder

Commencer l’année 2011, lisant cette BD, ça va rendre difficile mes choix de lecture dans le genre pour les 11 mois qui vont arriver !

Cet ouvrage est une tuerie, le genre de livre que je voudrais avoir écrit ! Un vrai livre de geek en plus, passionné, intelligent, poétique, ambitieux… les adjectifs me manquent pour expliquer à quel point cet ouvrage doit être dans toutes les bibliothèque, quelque soit l’âge du lecteur.
En lisant Alpha… directions, je me suis revue à l’âge de 7 ou 8 ans, en train de décortiquer tous les livres sur les dinosaures et la préhistoire de la bibliothèque municipale, les dessiner… essayant de comprendre ce monde qui nous semble tellement éloigné…

Alpha… directions est le premier volume d’une trilogie sur la vie et l’univers. Projet ambitieux de Jens Harder, dessinateur de BD allemand, qui a débuté en 2009 (pourquoi je le découvre qu’aujourd’hui 🙁 ?).
Dans ce premier volume, il nous raconte l’histoire du Big-Bang, de la création de l’univers, de la Terre, des premières pulsations de la vie dans les océans… et ensuite l’essor de celle ci, depuis le milieu aquatique à celui des premières forêts, du sol jusqu’au ciel, que ce soit des reptiles, poissons, oiseaux, mammifères… Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’histoire de notre planète et de la vie est une série de catastrophes naturelles, et de reconquête de la planète par les survivants ! On a l’impression d’être minuscules face à ces milliards d’années d’histoire condensé dans un livre de 360 pages…
L’histoire prend fin à l’aube de l’humanité. Mais rassurons nous, l’histoire des Hommes sera l’objet du second volume, Beta… civilisations, et le troisième s’intéressera au futur, avec Gamma… visions.

Difficile de décrire le livre dans toute sa richesse : chaque planche est un concept, narrant et illustrant un fait historique ou scientifique (pour le coup, il est difficile de dissocier les deux), via un paysage, une plante, un animal, et mettant en perspective celui-ci en lui adjoignant une iconographie populaire ou religieuse, artistiques ou architecturale, des fossiles, des animaux existants réellement ou non, …
Ainsi un T-Rex peut être accompagné de Godzilla, les eucaryotes rapprochées des imageries médiévale de l’exil d’Adam et Eve du Paradis… les relations ne sont pas toujours évidentes, mais ces associations d’idées rendent la lecture enrichissante, et pleines d’ouvertures au niveau de l’interprétation.
Ces mises en regard nous suggèrent des sentiments face à un événement si lointain et abstrait. Jens Harder rend poétique une période de l’histoire où l’homme n’a eu aucune prise… c’est quasiment une partition musicale que nous offre ce livre.
Ce que j’aime aussi, c’est l’aspect de cabinet de curiosité, qui n’est pas sans me rappeler l’ouvrage d’histoire naturelle, le Thésaurus d’Albertus Seba et ses illustrations naturalistes.
Le côté scientifique un peu plus formel structure bien la lecture, et en fait une source d’info facilement réexploitables : des couleurs de planches différentes pour chaque grande période historique, des pages de récapitulatifs à la fin de chaque ères…

Vous trouvez peut être que je m’emballe non ? 😉
Dans ce cas sautez vite sur ce livre et faites vous une opinion 😉
En tous cas, c’est un gros coup de cœur pour moi !

« Fuck America » d’Edgar Hilsenrath

De nouveau un livre tiré de la liste du Circle Challenge ABC… je ne connaissais absolument pas cet auteur, et pour une fois, la teneur de son roman Fuck America : les aveux de Bronsky m’a donné envie de creuser un peu plus loin dans cette direction.

Il faut dire que Fuck America est assez troublant. Raconté à la première personne, Jakob Bronsky nous raconte son histoire au travers d’un récit très direct : survivant juif allemand né en 1926, lui et sa famille arrivent à New-York en 1952… bien après la guerre et a Shoah.
A 27 ans, il en parait 40, et peine à vivre de petits boulots. Solitude, violence quotidienne, débrouille, vie nocturne… ses petits plaisirs tournent autour des sorties au cinéma, des prostituée, d’une bière prise au bar des immigrés… Jusqu’au jour où il commence à écrire un livre, contre la violence et la barbarie, intitulé « Le branleur ». Il faut bien cela pour supporter le ghetto New-Yorkais où il survit…
Tout son rythme de vie va alors tourner autour de l’achèvement de son oeuvre, qui lui permettra peut être de retrouver la mémoire sur ce qui c’est réellement passé lors de la guerre, en Europe…

Je ne sais pas pourquoi, mais ce récit me semblait être plus qu’une fiction… et c’est le cas, puisqu’il s’agit finalement d’un récit extrêmement autobiographique ! Voir ici pour en savoir plus sur Edgar Hilsenrath, mais la trame de l’histoire de Bronsky semble bien être celle de son auteur. D’ailleurs il écrira un livre lors de son passage à New-York, intitulé La nuit.

Côté style, au début ça me faisait beaucoup penser au subversif Portnoy et son complexe d’un Philip Roth, mais en version cocaïnée… et sur la fin au roman sous acide Le loup des steppes de Herman Hesse (qui n’a pas fini de nous traumatiser, depuis son passage dans la boite du Circle Challenge Pandora).
En fait il y a peu de narration au style indirect, ce qui donne beaucoup de punch à la lecture : beaucoup de conversations, avec des phrases très courtes, très ponctuées… quasiment un style parlé.
Parfois la ligne narrative à suivre s’embrouille, entre la vie rêvée du  narrateur, la réalité du récit, la vérité de la vie de l’auteur… enfin c’est loin d’être aussi tordu que dans le Loup des steppes, et surtout, on s’y emmerde moins (enfin le livre se termine quand on commence à se dire que ça pourrait devenir n’importe quoi… :s).
J’ai aussi apprécié quelque chose qu’on voit assez peu dans le travail de mise en page : les changements de tailles de lettres sur certaines phrases pour qu’elles sautent bien au yeux, les paragraphes penchés qui indiquent la dérive… le genre de petit détail qui donnent du tonus au texte, et utilisé avec beaucoup de parcimonie.

Pour conclure, un livre que j’ai pris plaisir à lire, et que je recommanderai surement. Après je ne pense pas lire d’autres oeuvres d’Hilsenrath pour le moment… mais à l’occasion, pourquoi pas !