« Le Paradoxe de Fermi » de Jean-Pierre Boudine

Le paradoxe de FermiPour bien commencer l’année avec les partenariats, les éditions Denoël m’ont envoyée un roman de SF post-apocalyptique signé par un auteur français, Jean-Pierre Boudine, et initialement paru en 2002 mais réédité en 2015.
Un livre court, mais qui m’a fait l’effet d’un coup de poing… !

En 2029, caché dans une grotte dans les Alpes, Robert Poinsot écrit un journal, où il raconte les dernières années de sa vie et les bouleversements qui ont détruit la société telle que nous la connaissons. Finalement ce n’est pas la pollution ou une maladie qui aura eu la peau de la civilisation, mais un krash économique qui aura mené à des guerres civiles.
Afin de fuir la violence des villes, Robert et quelques amis vont prendre la route pour rejoindre le nord de la France, puis sillonner l’Europe du Nord pour tenter de survivre. Malgré le peu de moyens de communication, les nouvelles qui leurs parviennent sont peu réjouissantes. Est-ce vraiment la fin de l’humanité ?

Forcément, à la lecture de ce roman, on pense à d’autres références du genre post-apocalyptique, telle La route de McCarthy. Mais ici, peut-être parce que les principales scènes s’ancrent dans mon quotidien parisien, j’ai été encore plus touchée. Pas de scènes crues de violence, mais des images de notre société qui se dégrade, aidée par une perte de confiance générale dans nos dirigeants, ce qui entraine une opposition de groupes de population et génère des attentats et guerres civiles partout dans le monde. Le processus commence avec l’arrêt des transports faute de pétrole, les débuts de la famine, puis le dynamitage de réseaux électrique… puis tout s’enchaine pour la mise en place naturelle de deux factions : les pillards composés de reclus de la société et les « sédentaires », tachant de sauvegarder un semblant d’humanité.
On se pose alors la question : si cela devait se produire demain, vaut-il mieux être dans le camp des « voyous » ou des « défenseurs » ? Des prédateurs ou des proies ? Et où aller pour survivre, si cela à encore un sens ?
Quoiqu’il en soit, l’auteur brosse un portrait peu flatteur, mais tellement réaliste de l’humanité… Et dans notre contexte actuel (attentat de Charlie Hebdo, crises financières, guerres en Ukraine, en Afrique, retour à la barbarie religieuse…) ce roman résonne comme une prédiction. N’oublions pas qu’il a été écrit il y a 13 ans, et que notre société mondialisée prend gentiment le chemin indiqué par Boudine. Flippant, je vous dis !

Voilà donc un très bon roman, qui pose bien la question de notre capacité à survivre en tant qu’espèce, et qui va je pense rester graver dans mon esprit un petit moment ! En attendant, je vais relire des petits traités survivalistes moi…
A noter que ma copine La chèvre grise a aussi lu et chroniqué ce roman, ici.

Le paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine
Editions Denoël collection Lunes d’Encre
2015 – 192 pages

5 commentaires

    • Loesha

      Tu parles de l’impasse que pourrait être l’espèce humaine dans l’arbre de l’évolution ? Bah moi je vois ça surtout comme le fait que les civilisations grandissent et trépassent, un peu comme l’empire romain et tout… et que partout dans l’univers c’est comme ça ! Pas sure qu’une nouvelle espèce perdurera plus longtemps après nous ! Enfin, qui sait ? 🙂

      • FloXy

        Si je peux venir faire mon chieur, le titre de ce bouquin (qui a l’air très intéressant par ailleurs) est mal choisi parce que le thème n’a rien à voir avec le réel paradoxe formulé par Fermi (qui se voulait un argument invalidant par la logique la thèse de l’existence d’autres types de vies évoluées dans l’espace-temps, et pas du tout un questionnement anthropomorphisé sur l’émergence et le déclin de diverses civilisations) !

        Par ailleurs il y a une grande différence de nature entre une « simple » transition civilisationnelle (passage de l’antiquité tardive au bas moyen-âge dans ton exemple, souvent perçue dans le prisme de nos valeurs comme le « déclin de l’empire romain ») et une crise biologique (disparition de la niche écologique des dinosaures nous laissant la place pour nous développer nous) où là on change carrément d’espèce et pas seulement de culture !
        Il reste que dans un cas comme dans l’autre je ne vois pas du tout ce que ces changements pourraient bien nous apprendre sur d’hypothétiques races extra-terrestres qui n’ont peut-être aucune raison d’exister mais surtout surement aucune raison a priori de nous imiter le cas échéant.

        Voilà, c’était l’avis d’un chieur qui ne peut pas parler du livre puisqu’il ne l’a pas lu =)

        • Loesha

          C’est bien, tu réponds toi même à ta question 😉
          Comme ce livre est rapide à lire et que tu semble t’intéresser à la question, le plus simple est encore que tu te fasses ta propre opinion, non ? Lis ce roman, où il y a entre autre une discussion autour du paradoxe de Fermi, et revient ici nous dire ce que tu en penses réellement.

        • Jean-Pierre Boudine

          Il est difficile de savoir dans quelle intention Fermi a formulé son « paradoxe », mais selon l’avis de beaucoup, il avait bien en vue le danger de disparition de l’espèce humaine, et pas autre chose. Et il a formulé ce « paradoxe » exactement au moment où venait d’être réalisée la bombe H…
          Fermi considérait vraiment qu’il n’est pas pensable que le phénomène humain ne se soit produit, dans tout l’espace temps, qu’une unique fois.

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