« Un bonheur insoutenable » d’Ira Levin

Un bonheur insoutenableRholàlà, gros coup de cœur de la rentrée ! Un roman de science-fiction pas d’hier, mais d’une force qui m’a transporté tout ce week-end ! Je n’ai pas pu me décrocher de ce livre ! Franchement un titre de livre n’aura jamais été aussi juste 😉
Je n’ai pas lu grand chose de cet auteur américain, Ira Levin, mis à part Les femmes de Stepford que j’avais bien apprécié. Un bonheur insoutenable a été écrit un peu plus tôt que ce classique de la SF, en 1970, et on se retrouve cette fois en plein contre-utopie… un univers que j’aime tout particulièrement 🙂

Plus d’un siècle après l’avènement d’Uni, le super ordinateur qui régit la vie sur Terre, le jeune Li RM35M4419 apprend jour après jour à vivre dans ce monde qui l’a vu naître. Son grand-père, un vieil homme excentrique, le surnomme Copeau pour le différencier des centaines de milliers de petit Li de son âge. Ce petit nom il gardera pendant toutes les dizaines d’années durant lesquelles nous le suivons.
La société dans laquelle Copeau vit est la première à vraiment connaître le bonheur et la félicité : plus de guerres, plus de famines, plus de pauvreté… Mais en contre-partie, la vie est ultra conformiste, les instincts humains ont été éteints à coup de génie génétique et de pharmacopée, la liberté est réduite à son plus simple appareil, les biens privés et l’intimité sont inconnus, l’eugénisme est la norme…
Copeau va avoir une idée folle un jour : désirer quelque chose… Avoir envie d’une chose sans qu’Uni lui suggère. Hérésie ! Cela va l’amener peu à peu à se questionner sur sa condition et à ce qu’est vraiment Uni… Un signe de « maladie » qu’il doit cacher, jusqu’au jour où il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir envie d’autre chose !

Ce roman m’a rappelé beaucoup d’autres récits de SF et dystopies, qui sont des références dans le domaine : Les monades urbaines de Silverberg, Le meilleur des mondes d’Huxley, Nous autres de Zamiatine, 1984 d’Orwellle manga Ikigami, Les robots d’Asimov. D’ailleurs Uni dans Un bonheur insoutenable me fait vraiment penser au Multivac d’Asimov qui aurait mal tournée… ou juste été un peu plus loin que ce que nous présente le pape de la SF. J’ai retrouvé l’idée de la nouvelle Un conflit évitable poussée à son paroxysme, cette histoire où les machines commencent à prendre le contrôle de l’humanité en discriminant des individus au profit du bien commun. L’enfer est pavé de bonne intentions comme on dit…
Toutes les références aux dictatures du bonheur se retrouvent dans ce roman : les mondes dirigé par une puissance unique et optimisatrice, des lieux de vie sans intimité possible et au régime collectiviste comme dans une ruche, la conformité extrême dans les comportements ou dans l’apparence grâce aux uniformes et à la génétique, la négation de la sexualité, la réduction des choix possibles (même dans les prénoms, quatre par sexe ici), un culte de la personnalité (Christ, Marx, et les deux créateurs du principe d’Uni, Wood et Wei…), l’inhibition par les drogues pour que tous soient gentils et serviables et que leurs hormones ne les poussent pas a être trop violents ou créatifs, ou avoir des enfants, la date de la mort programmée…
Mais d’un autre côté, on comprend aussi aisément que ces freins ont permis de créer une société plus juste… Et on se pose la question de ce qui peut être préférable : une dictature du bonheur ou un asservissement dans la liberté ?

Outre la dimension philosophique du récit, j’ai été happée par l’histoire. Déjà par la plume de l’auteur : c’est fluide, compréhensible, les idées sont bien amenées, … Bref c’est bien écrit ! Ensuite par le suspense : Copeau pourra-t-il se libérer, et comment ? Et pour aller où ? Sera-t-il seul ou trouvera-t’il des compagnons ? Jusqu’au bout on se pose des questions, on frémit… Même les dernières lignes peuvent être sujette à différentes interprétations et nous laisser avec plein d’idées et de pistes de réflexions en têtes.

coup de coeurUn gros coup de coeur que je conseille à tous, même ceux qui n’aiment pas la SF car cette histoire est assez riche pour toucher tout un chacun. Un grand classique sans aucun doute !

Et au passage, ce petit chef d’oeuvre me permet de remplir l’objectif « Sentiment » du Challenge Petit BAC 2013 !

 Challenge Petit BAC 2013

9 commentaires

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  3. alan B

    Bonjour,
    Pour alimenter le débat, et éclairer d’un nouveau jour cet excellent article, sachez que « Nous autres » de Ievgueni Zamiatine a fait l’objet récemment d’une adaptation musicale fidèle à l’oeuvre.
    Réalisé par Rémi Orts Project ˇAlan B, ce concept album s’intitule « the glass fortress ».
    Toutes les infos sur:
    http://www.remiorts.com/index.php/albums-remiorts/41-remi-project/96-the-glass-fortress
    Bonne écoute !
    Alain

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