« Chroniques du Pays des Mères » d’Elizabeth Vonarburg

Chroniques du pays des mèresPour un morceau, c’était un sacré morceau que les Chroniques du Pays des Mères… et son titre de lui est pas volé ! On rentre avec ce roman dans un univers très fouillé et complet, où tous les pans de la société ont été réfléchis et brillamment imaginés par leur auteure québécoise d’origine française (cocorico !) en 1992.
J’ai débuté la lecture de ce livre pour le challenge ABC, et je me retrouve maintenant avec un vrai coup de cœur !

La jeune Lisbeï vit dans la Garderie de Béthély avec Tula, où elles sont élevées avec d’autres enfants de leurs âges… presque que des filles. Les garçons sont rares, et sont pointés du doigts comme des êtres ayant reçu la punition de la déesse Ellie, qui leur a retiré le privilège d’être des filles.
Devenue adolescente, Lisbeï quitte la Garderie pour apprendre à devenir « Mère » de la cité auprès de sa génitrice, Selva. Elle va tout apprendre sur l’histoire, la géographie, la politique du Pays des Mères… auprès d’Antoné la médecin, Mooreï la Mémoire de Béthély ou encore Kélys l’exploratrice. Mais pour elle rien n’a de sens si elle ne peut pas le partager avec Tula, trop jeune et restée enfermée à la Garderie…
Elle va aussi apprendre à trouver sa place dans cette fourmilière qu’est la cité, où les femmes sont divisées en groupes : les Rouges, celles qui peuvent avoir des enfants, les Bleues celle qui sont stériles ou sont trop vieilles pour enfanter, et les Vertes, celles qui sont trop jeunes pour être dans une catégorie ou une autre. Un univers de femmes, où les hommes n’ont pas d’autre choix que d’être des reproducteurs ou des Bleues comme les autres…
Ce roman va nous apprendre ce qu’il arriva à Lisbeï, ses relations avec sa Famille, et plus généralement ses pensées et ses voyages au sein du Pays des Mères…

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Herland quand j’ai débuté ce roman : un pays de femme, dirigé par des femmes. Mais finalement la ressemblance s’arrête là. Chroniques du Pays des Mères ne cherche pas à présenter un monde idéal sans homme. Les hommes existent, mais la génétique fait qu’ils ne naissent plus en assez grand nombre… 3% à peine ! L’enjeu du roman repose sur cette contrainte, cette malédiction en quelque somme : pour éviter la consanguinité les enfants ont de tatoué sur l’épaule leurs lignées ; la Mère est la seule à avoir le privilège d’avoir des rapports sexuels avec un homme, son « Mâle », qui change régulièrement pour diversifier les gènes de la Famille ; les autres femmes doivent passer par l’insémination artificielle… et forcément les hommes ne sont que des donneurs de sperme… Pas d’amour entre hommes et femmes, mais de toutes façon les filles et femmes de Béthély ne penseraient jamais à s’accoupler avec un homme !
Bref, on est loin d’une utopie ! Surtout si on rajoute à cela une mystérieuse Maladie qui emporte une bonne partie des enfants…

Si le début du roman sonne très fantasy, rapidement on s’aperçoit qu’il s’agit bien de science-fiction, voir d’anticipation sociale ! Le monde que nous connaissons, notre société, a été anéantie par le Déclin il y a mille ans de cela… Il reste de ce monde quelques traces, que les archéologues du Pays des Mère tentent de découvrir et d’interpréter. Et il reste surtout de l’époque du Déclin les terres polluées, inhabitables et interdites : les Mauterres, où les aberrations génétiques seraient légion.

Le gros avantage de ce roman par rapport à de la fantasy américaine ou anglaise, c’est qu’il a été pensé et écrit en français. Et vu les subtilités de langage autour des mythes et des contes, de la géographie, de l’étymologie et de la sémantiques, des références aux anciennes langues… cela n’est pas anecdotique ! La langue et la fiction s’entremêlent, pour donner un tout très cohérent, comme la fameuse « tapisserie d’Ellie dont il est beaucoup question pour expliquer les destinés des personnages du roman.

coup de coeurUn coup de cœur, qui me donne furieusement envie de lire le premier roman de cet auteur, qui introduit ces magnifiques chroniques : Le Silence de la Cité.

challenge ABC

 

3 commentaires

  1. Ping : Récap’ des challenges de 2013 | geekette.fr
  2. Ping : « Le silence de la Cité » de Elizabeth Vonarburg | geekette.fr
  3. Ping : « Quatre chemins de pardon » d’Ursula K. Le Guin | geekette.fr

Poster un commentaire

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>