« Retour à Cold Mountain » de Charles Frazier (Etat de la Caroline du Nord)

Afin de continuer vaillamment le challenge « 50 états, 50 pays », je me suis lancée dans la lecture d’un livre que d’un premier abord, je n’aurai pas ouvert : Retour à Cold Mountain de Charles Frazier, dont a été tiré un film que je n’ai pas vu, mais qui ne m’attire pas plus que ça. Et bien j’aurai raté quelque chose en m’arrêtant à cela ! Ce roman n’est pas juste une histoire d’amour ou se mélange le drame de l’histoire, mais un vrai petit bijou de poésie et d’aventure !

Nous sommes en 1864 en Caroline du Nord. La guerre de Sécession qui oppose soldats Confédérés au sud à ceux de l’Union au nord dure depuis 4 ans et a tué bien des hommes des deux côté. Inman, soldat Confédéré originaire de la région de Cold Mountain a été gravement blessé lors d’un combat et se retrouve à l’hôpital, loin de chez lui…  en repensant aux tenants et aboutissant de cette guerre, il décide de déserter et de retourner à Cold Mountain, revoir ce pays qui est le sien, et la femme qu’il aime, Ada. Une longue route l’attend, un vrai voyage initiatique !
De son côté Ada est restée dans la maison de son père à Cold Mountain, pasteur récemment décédé. Il n’y a plus d’homme dans les villes et villages pour travailler. Ceux qui n’ont pas fui ont tous été envoyés au front, sans trop d’espoir de retour ! Elle va devoir apprendre à cultiver la terre, s’occuper des bêtes… si elle souhaite survivre à l’hiver. Et sa rencontre avec la jeune Ruby va bien l’aider !

Ce roman est comparé à l’Odyssée, et je dois avouer qu’on y pense immédiatement lorsqu’on lit les pérégrinations d’Inman, qui tente de revenir chez lui. Il va faire de nombreuses rencontres durant son voyage, bonnes et mauvaises. Tout cela va au fur et à mesure le réintégrer dans la société humaine (dans ce qu’elle a de meilleur et de pire), qu’il a presque oublié après 4 années de combats, de violence et d’horreur ! Ça sera à lui de choisir la conduite à tenir face à telle ou telle personne ou situation : continuer à avancer vers son objectif, ou s’arrêter… Tout s’enchaîne à partir de décisions prises plus ou moins longtemps avant, un peu comme un effet papillon…Cela est parfois assez ironique : le destin ne manque parfois pas d’humour !
Mais outre ce personnage masculin, il y a Ada qui n’est pas une simple Pénélope… Déjà ils ne vivent pas un amour fou, mais hésitant… Et la plus grande partie de son temps est désormais orientée vers la manière dont elle pourra survivre, maintenant qu’elle est seule. Il y a un contraste assez prononcé entre Ada et celle qui deviendra son amie, Ruby. Ada vient d’une famille de la petite bourgeoisie, son père était un pasteur, avait de l’argent, et a acheté une ferme pour son plaisir… et surtout l’a protégée comme une petite enfant de tous les problèmes de la vie. Mais aujourd’hui l’argent de son père ne vaut plus rien à cause de la guerre ! L’inflation est galopante dans les états du sud, et seul le troc va lui permettre de pouvoir manger. Ruby n’a jamais eu d’argent, et a été laissée à elle même par son père dès son plus jeune âge : elle a appris à chasser, cueillir, cultiver, troquer… et va aider Ada à grandir !
Je me suis assez attachée à ces personnages, qui sont profonds et intéressants dans leurs forces et leurs faiblesse…

L‘écriture en elle même a un rythme très lent et posé, ce qui me change des thriller ou romans de SF que je lis habituellement : on est dans un roman assez contemplatif, un hymne à la nature. Habituellement je me lasse vite de ce type de livre, mais là j’ai été transportée !
Le fond du récit m’a aussi beaucoup plu, et je l’interprète comme cela : la créativité et le bon sens priment sur l’éducation classique. Le savoir et l’art deviennent alors authentique… On a l’impression que ces habitants des tous jeunes Etats-Unis larguent peu à peu les amarres de la culture européenne (et surtout Ada qui a été élevée dans ce sens, avec les règles de bienséance et tout) pour créer leur propres repères et valeur : ont voit émerger une culture américaine !

La guerre et son côté inhumain m’ont rappelé Johnny s’en va-t-en guerre, et la grande question : pourquoi un homme doit il quitter sa terre et les siens pour se battre pour des généraux et des politiciens ?
Surtout que la guerre de Sécession parait être une introduction aux futures grandes guerres du 20ème siècle à lire ce roman, dans ce qu’elle ont eu d’horrible : premiers obus, armes à feu, vagues d’hommes utilisés comme pure chair à canon, guerres de tranchées… Les descriptions des grands combats narrés par Inman ou d’autres soldats rivalisent d’horreur ! Et ça n’est rien face aux déserteurs fusillés par les soldats de leurs propres camps, pour l’exemple, ou le plaisir…

Un roman que j’ai beaucoup aimé, et que je conseille donc, l’alternance chapitre après chapitre de l’histoire d’Inman et d’Ada est un vrai plaisir, et vous fera surement autant voyager que moi !

 

Je n’aurais jamais pu soupçonner que la Caroline du nord contenait tant de beauté, comme décrites dans ce roman ! Si certaines régions semblent grises et austères à Inman, les montagnes de cet état semblent fantastiques ! J’ai bien fait de commencer ce roman en revenant de mes vacances dans le Vercors, qui m’ont donné des images de paysages un peu plus vallonnés que la région parisienne… Bref, de quoi nourrir mon imaginaire 🙂

La Caroline du Nord est donc une région entre l’Océan Atlantique et les Appalache, cette grande chaîne de montagne à l’Est des USA, qui forme sa frontière à l’ouest avec le Tennessee.
Cold Mountain qui culmine à 1800m environs, est située dans la partie orientale des Appalaches, les Blue Ridge Mountain, et plus particulièrement les Great Balsam Mountain… Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ça n’est pas le point le plus haut de l’état, qui est le Mont Mitchell avec ses 2037m !
Plus bas, au pied de ces montagnes, les collines du Piedmont américain où est cultivé le coton, le soja, le melon et le tabac. L’industrie du tabac est assez importante aujourd’hui encore dans l’économie de la région.

Contrairement à ce que je croyais, cet état ne doit pas son nom à une jeune femme, reine ou princesse, mais au roi Charles Ier d’Angleterre… Et son histoire remonte presque aux origines de la colonisation du territoire américain : la Caroline est la seconde colonie britannique, bien que découverte par les Espagnols en 1512. La région va changer de main lorsque la reine Elisabeth Ière concède ce morceau de terre à Walter Raleigh, explorateur et courtisan anglais. Mais il échouera dans sa tâche d’établir une colonie durable dans cette région.
A noter qu’on doit à Raleigh le nom de la capitale de la Caroline du Nord et l’introduction du tabac en Angleterre… Et oui, il n’a pas fait que des bonne choses :s
Bref, les amérindiens ont pu pendant quelques années encore vivre tranquillement sur leurs terres (même si les Cherokee ont du prendre la route de la piste des larmes vers les années 1830)… Mais en 1663 le roi Charles II d’Angleterre envoi plusieurs émissaires hauts placés peupler et civiliser ces régions, avec l’aide d’esclaves. Ainsi, la Caroline devient une région où la culture du tabac permet l’essor de grandes plantations… et peut-être les précipiter plus facilement dans la guerre de Sécession de par leur dépendance à l’esclavagisme.
En 1729 la Caroline est divisée en deux : Caroline du Nord, et Caroline du Sud. A partir de cette période, une forte immigration écossaise va permettre de peupler les riches terres de Caroline du Nord.
En 1775, la Caroline du Nord est la 13ème des Treize colonies a se révolter contre l’Empire Britannique, et a rentrer dans la guerre d’Indépendance !
Pendant la guerre de Sécession, la Caroline du Nord est du côté des états Confédérés, à partir de 1861. Et à lire ce roman, on se dit qu’elle a payé un très lourd tribu en hommes pour cette guerre…

Aujourd’hui la ville la plus grande avec plus de 750 000 habitants est Charlotte, belle proportion de ses 9,5 millions d’habitant qui font de cet état le 10ème état des USA.

Bref, un état tentant du point de vu touristique, si ses montagnes sont à la hauteur du roman de Frazier !

 

4 commentaires

  1. Petite Fleur

    Perso, j’ai vu le film, pas si mal que ça. Une fois qu’on met de côté l’air de merlan frit de Nicole Kidman. Oui, il y a une histoire d’amour, mais c’est surtout toute cette période de guerre vu de deux côtés sudistes : la femme qui reste au foyer et qui est complètement perdue (heureusement que Ruby est là pour le survivalisme !) et l’homme qui n’a pas envie de partir au combat.

    • Loesha

      Je crois que c’est Nicole qui me rebute un peu… Comme Binoche dans « Le patient anglais »… Ruby est un personnage extra aussi dans le bouquin, ainsi que son père qu’elle n’apprécie pas d’un prime abord 🙂

  2. Ping : Récap’ des challenges terminés en 2012 | geekette.fr

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