« Le facteur » de David Brin (Etat de l’Oregon)

Pour poursuivre ma découverte des USA avec le challenge « 50 états, 50 billets », je me suis dégottée ce roman de SF qui par chance, se déroule en Oregon ! Écrit en 1985 par David Brin, c’est à l’origine deux nouvelles parues dans un magazine de SF en 1982 et 1984, qui ont ensuite donné naissance à ce roman.
Au risque d’en décevoir certain à la vue de cette magnifique illustration de première de couverture, il n’y a pas d’extra-terrestre en peignoir bariolé dans ce récit. Encore une couverture de type « collection SF » des 80’s qui n’a rien a voir avec l’histoire… Je me demande l’image que les éditeurs avaient des lecteurs de ce type de littérature pour leur coller des gonzesses à moitié à poil ou des E.T. à tout bout de champs 😉

Dans les Etats-Unis post-apocalyptiques, Gordon Krantz lutte pour sa survie. Le monde est devenu dur, entre les rivalités des chefs de clans, les maladies, la faim, les radiations atomiques… Depuis 16 ans, il traverse le continent dans l’espoir de retrouver une bride de civilisation. Un beau jour en Oregon, il découvre un uniforme de facteur américain, l’enfile, et se sert de son nouveau statut pour gagner gîte et couvert auprès des campements et petits villages de survivants.
A son insu, et au fil des mensonges et histoires qu’il en vient à inventer pour asseoir sa position, il devient lui même un pourvoyeur d’espoir au travers des lettres qu’il accepte de distribuer ville après ville… Situation qui va l’entraîner dans une lutte pour la survie des habitants de ces territoires faces aux barbares survivalistes.

Première constations dès les premières lignes : on à l’impression d’être dans l’univers de La Route, mais en moins glauque. En 1995, une série d’événements a mené à la quasi disparition de l’humanité : guerre bactériologique, famines, bombardements atomiques, 3 années d’hiver… 16 ans après le grand chambardement, l’humanité essaye de s’organiser et de survivre. Différentes stratégies ont vue le jour : le survivalisme égoïste et sanglant, appelés les « holnistes » (en hommage à leur leader spirituel), qui a vu une bonne partie de sa population s’entre tuer pour la prise de bunker et réserves d’armes et de nourriture ; le néo-féodalisme, ville sous l’emprise de seigneurs, organisé par une classe dirigeante toute puissante ; les collectivités où l’entre-aide est reine mais au sein de très petits groupes ; la création de pseudo-religions dirigeant dans l’ombre la population… Partout la paranoïa guide les pas de chacun, que ce soit la peur d’être attaqué, celle des maladies contagieuses… brisant les lignes de communication et les échanges inter tribaux, et aggravant encore plus les problèmes de chacun !

L’un des intérêt de ce récit, c’est de voir comment le regard des gens que Gordon croisent a changé à partir du moment où il a trouvé son uniforme de facteur ! Les plus anciens, ceux qui sont né et ont vécu avant l’apocalypse, reconnaissent la figure familière du postier qui leur rappelle les temps anciens où la vie était douce… les plus jeunes le voient comme un être mythique, l’équivalent d’un demi-dieu venu leur porter la bonne parole ! Pour tous il devient le messager de l’espoir, le symbole des Etats-Unis disparus.
Mais cela lui pose bien des problèmes, les mêmes évoqués dans Johnny s’en va-t-en guerre : pourquoi se battre pour de grandes idées, comme la liberté, une notion d’état… quand se sont des individus bien vivants qui doivent se sacrifier pour celles-ci ? Ceux-ci sont prêt à combattre pour des choses immédiates et palpables : de la nourriture, leurs femmes et enfants, des médicaments, des terres… les biens qui leur permettent de survivre. Dans ce roman, notre héros et les personnages croisés dans l’histoire apportent chacun leur élément de réponse à cette question.

Autre truc amusant, c’est de s’apercevoir que le survivalisme ne date pas d’aujourd’hui, bien qu’on nous en rebatte bien les oreilles à l’approche de décembre 2012 ! Dans les années 80, certaines personnes pensaient déjà que les systèmes sociaux s’effondreraient, et construisaient des bunker, caches a armes et nourriture… en prévision de l’apocalypse. Les stages de survies, magazines spécialisés… faisaient aussi déjà recette ! 😀 Loin d’être un modèle, pour l’auteur les survivalistes sont l’incarnation de l’homme brutal et violent, ne pensant qu’à sa propre survie, et non celle du groupe.
Autre problématique venue des années 80 mais qui est extrêmement moderne :  le féminisme, qui est finalement au cœur du livre. Pour David Brin, la femme en tant que citoyenne a autant de devoir qu’un homme, et doit en assumer la responsabilité. Bel exemple d’émancipation et d’égalité des sexes, dans une société où la femme est un support et complément de l’hommeconduisant alors l’humanité à sa perte ! (Hein, les Tunisiens ?!)

Un très bon roman de SF dont on apprend beaucoup, et qui en plus nous questionne sur beaucoup de chose… J’ai passé un bon moment de lecture : je ne peux donc que le conseiller ! 😀

La découverte de l’Oregon, à l’Ouest des USA, sur la côté Pacifique, est assez tardive.
C’est lors de son troisième et dernier voyage que James Cook découvre cette région déjà habitée par des Amérindiens, en 1778… Alors qu’il est à la recherche d’un passage maritime entre l’Océan Pacifique et Atlantique. L’histoire voudra que l’année suivante celui-ci découvre Hawaï, et y trouve la mort.
En 1792 deux explorateurs sont en concurrence pour annexer l’Oregon : le Britannique George Vancouver et l’Américain Robert Gray. Du fait de sa position au Nord-Ouest du continent américain, pas très loin du Canada, la région aiguise l’appétit des deux pays…
Après la vente de la Louisiane Française aux USA, les expéditions en Oregon sont facilitées pour les Etats-Unis : Lewis et Clark sont envoyés en 1803 dans l’Ouest pour découvrir l’Oregon, à bord de canots, sur la rivière Columbia… Mais le temps de traverser les Etats-Unis depuis leur Pennsylvanie, point de départ de l’expédition, on est déjà en 1805 quand ils atteignent le Pacifique ! En 1811, les premiers camps de trappeurs voient le jour. Durant la décennie 1840-50, une piste est construite pour rattacher l’Oregon au reste des Etats-Unis, et sa frontière avec la Colombie-Britannique au Nord est tracée… La région est prête à recevoir ses premiers migrants, processus accéléré en 1859 avec son statut d’état, et en 1880 avec l’arrivée du chemin de fer ! A partir de cette époque, les missionnaires vont vouloir « civiliser » les Amérindiens, en les évangélisant, avec plus ou moins de difficultés.

L’Oregon est un état tout en relief, où l’altitude moyenne est de 1000m. D’Est en Ouest, c’est une succession de chaines de montagnes et de vallées qui constituent sa géographie : chaine côtière de moyenne altitude, vallée de Willamette (qui doit son nom à sa rivière éponyme), chaîne des Cascades très haute, et a l’Est l’outback désertique… Que des noms qui nous rappellent le voyage du personnage du roman cité ci-dessus !
Historiquement, ce relief si particulier, l’Oregon le doit à une activité tellurique importante, comme les anciens volcans sur la chaine des Cascades le laisse entre-apercevoir, comme le sublime Crater Lake qui est en fait une caldeira innondée. Ses vallées, comme dans le Montana, ont été marquée par les inondations de la rivière Columbia, dont celle provoquée par la fonte des barrages de glace des super-lacs au nord de la région il y a 15 000 ans.

De part de ces différents terrains et des nombreux climats sur ce grand territoire, l‘agriculture est assez performante : la vallée de Willamette est très fertile, et les habitants l’ont bien compris en installant les villes les plus grandes dans ce secteur : Portland,  Salem (la capitale de l’état), Eugene, Corvallis… ! L’Oregon est par exemple le plus grand producteur de noisettes des USA. On y cultive aussi du raisin pour faire du vin (cépages d’Alsace et de Bourgogne), des cranberries… et on y élève des bovins, des mouton, de la volaille… et des saumons.
Il y a aussi beaucoup de forêts en Oregon, et pas seulement celle de sequoia géant comme on en voit aussi dans les états de Washington ou de Californie ! De ce fait, l’industrie du bois est assez développée .
Mais depuis les années 1970, c’est l’industrie et les hautes technologies qui donne son dynamisme économique à l’Oregon… et surtout la Silicon Forest, pendant sylvestre de la Silicon Valley, où les entreprises informatiques fleurissent : Google, Intel, Amazon…

Bref un état où il a l’air de faire bon vivre, entre les espaces naturel et la civilisation 🙂

3 commentaires

  1. JLB29P

    Excellent, Le Facteur !
    Pourquoi faut-il que les romans psychologique les plus intelligents soient écrits par des chimistes ou physiciens comme ici ?
    A croire que les psychologues restent dans une tour d’ivoire.

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