« Ikigami » de Motorô Mase

La série de manga Ikigami de Motorô Mase, c’est pour moi la sortie numéro 1 de ces dernières années en France : on a commencé à le découvrir en 2009, bien que sa parution ait débutée au Japon en 2005. Seinen choc, le 10ème et dernier volume est enfin sorti il y a quelques semaines, et clôt parfaitement cette dystopie qui m’a tenu en haleine ces dernières années !

Dans un pays d’Asie, de nos jours, l’état a mis en place la « loi de prospérité nationale ». Encore enfants, les citoyens reçoivent une injection. 1 sur 1000 contient une capsule qui provoquera la mort de celui qui la reçoit entre ses 18 et 24 ans : cette procédure permet au peuple de se rendre compte de la valeur de la vie au travers d’une « mort honorable » pour le bien de la société. 24 heures avant sa mort programmée, celui qui décédera a la visite d’un membre de l’administration qui lui délivre son préavis de mort, l‘ikigami.
On suit l’histoire de Kengo Fujimoto, fonctionnaire chargé de délivrer les ikigamis, et celle des personnes à qui il apporte cette funeste nouvelle. A force de les côtoyer, Fujimoto va peu à peu avoir des doutes dans le système et la loi de prospérité nationale… ce qui va faire de lui insidieusement un traître à la nation.

Durant ces 10 tomes et 20 chapitres, on apprend à connaitre l’univers où évoluent ces personnages : une dictature certes, mais loin des clichés du type ex-URSS ou Corée du Nord. On pourrait être au Japon, dans un pays démilitarisé, très moderne… La population est maintenue par des lois comme celle de la prospérité nationale, mais aussi une propagande et manipulation médiatique, et une surveillance discrète par diverses administration des « dégénérés », ceux qui critiquent le système, et leurs remise en service après une rééducation.

L’intérêt de l’histoire est double, et est plutôt bien rendue par la structure narrative. A chaque épisode, on découvre le coeur de l’histoire : comment réagiriez-vous si on vous apprenez qu’il ne vous reste que 24 heures à vivre ? La plupart des personnages cherchent à revoir leurs famille, faire le bien autour d’eux… alors que d’autres craquent, cherchent à se venger d’injustice en tuant, commettant des attentats… au risques de jette la honte et le discrédit sur leur famille à leur mort. De beaux moment d’émotion, qui permet effectivement de se questionner sur la valeur de la vie, d’un point du vu personnel et global.
L’autre axe, c’est de voir comment le héros de l’histoire va prendre ses fonctions dans l’administration chargée de délivrer les préavis de mort, comment il va gérer ses premières livraisons, et au fur et a mesure que le temps passe et que les rencontres se font, les questions qu’il se pose sur l’intérêt de tuer 1 jeune sur 1000.

Si dans les premiers volumes on s’intéresse au « comment » de la mise en place de la loi de prospérité nationale (vaccination dans les écoles, dossiers matchant injection et ikigami …), on découvre bien le « pourquoi » de la loi dans le 10ème tome, à mon grand bonheur ! Il y a des séries qui se terminent en queue de poisson, ou de manière très molle, faute de puissance narrative ou d’objectifs clairs de fin de l’auteur. On n’est clairement pas dans ce cas, la série est très bien construite… et pour ne rien enlever, bien dessinée ! Le trait de motorô Mase rend bien toute la tension et l’horreur de certaine scène, tout en étant clair et précis.
Forcément on pense à de grands classique de la contre-utopie, comme 1984 de George Orwell (surtout dans ce dernier volume axé sur la rééducation et la guerre), ou des romans plus récent comme la série des Hunger Games (en moins musclé)… Mais Ikigami ne fait pas que copier, il s’en inspire pour créer un univers original, qui nous permet de nous mettre en garde et de réfléchir par nous même sur le monde qui nous entoure.

Une série vraiment géniale, parfaite pour les fans de SF dystopique, qu’on soit branché manga ou pas !

4 commentaires

  1. Petite Fleur

    Ayé, lu et effectivement, la série se clot avec une magistrale explication sur le pourquoi. Je suis peut être juste un peu déçue de ne pas voir la population se soulever, et notre héros avec. Mais bon, c’est tout de même bien fichu et bien dessiné. Une bonne saga à conseiller.

  2. Ping : « Démokratía, tome 1″ de Motorô Mase | geekette.fr

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