« Là où dansent les Morts » de Tony Hillerman (Etat du Nouveau-Mexique)

Encore une découverte sympa grâce au challenge « 50 états, 50 billets »… Cette fois nous partons au Nouveau-Mexique, avec ce roman policier assez atypique, puisqu’il met en scène un policier tribal Navajo, enquêtant au sein de communautés amérindiennes.
Ce roman fait parti de la série des « Joe Leaphorn », héros qu’on retrouve au travers trois livres, écrits entre les années 1970 et 1978. Là où dansent les morts est le second opus de la série, paru en 1973.

Joe Leaphorn est appellé sur les lieux de la disparition d’un adolescent, Cata, de la tribu des Zuni, près de la réserve de ces derniers : parti courir pour se préparer physiquement à une cérémonie religieuse indienne, le garçon n’est pas rentré chez lui, et l’énorme flaque de sang a été retrouvée sur les lieux laisse supposer qu’il a été tué.
Plus étrange, son meilleur ami qui l’accompagnait, George, indien Navajo,  a lui aussi disparu… A t-il aussi été enlevé ou tué, ou a t-il tué son ami ? Ou alors, a t-il vu trop de choses et essaye t-il d’échapper à quelque chose ou quelqu’un ?
C’est ce que Leaphorn va tenter de découvrir tout au long de son enquête, afin de résoudre le mystère de la disparition du jeune Zuni, que rien ne prédisposait à une fin aussi violente.

On découvre tout un pant de l’Amérique des années 70 dans ce roman, entre les réserves indiennes fidèles à leur mode de vie et leur culture mystique, les groupes de hippies retranchés dans leur communauté, les campements d’archéologues étudiant les traces des premiers natifs américains : les hommes de Folsom… Ce roman est extrêmement bien documenté, on s’y croirait vraiment ! De plus, on apprend énormément de chose sur la culture et la religion Zuni et Navajo, ainsi que leur rivalités… Bref, c’est un vrai plaisir que de lire ce polar !
L’ambiance est sombre et réfléchie : notre héros donne un sentiment de calme, mais aussi de détermination au récit… Et son éducation au sein de sa tribu Navajo lui donne des coups d’avance par rapports aux Blancs : il sait lire les traces sur le sol, sait écouter les hommes, interpréter les signes de la nature… Un véritable 6ème sens !
On se prend bien aussi au jeu de l’enquête, en imaginant page après page ce qui a bien pu ce passer dans cet région des Corn Moutain, à l’Ouest du Nouveau-Mexique.

Bref, une bonne découverte, que je conseille ! Je vais essayer de mettre la main sur le premier volume de la série, La voie de l’ennemi, où apparait Joe Leaphorn pour la première fois, avant de lire le troisième opus Femme qui écoute. Ce personnage m’a beaucoup plu, est j’aimerai en apprendre plus sur ses aventures 🙂

 

L’état du Nouveau-Mexique sonne pour moi comme une des destinations de rêve… Et c’est à coup sûr un des états que j’aimerai visiter si je venais à y retourner ! J’avais vu l’Arizona, et l’Utah, juste à côté du Nouveau-Mexique, que j’avais adoré… donc je me dis que cet état doit être au moins aussi bien : des paysages grandioses, les communautés indiennes qui entretiennent leurs sites, et en plus des villes qui plongent tout de suite dans l’exotisme avec leur architecture d’adobe, comme sa capitale Santa Fe !
De plus j’adore le climat là bas : aride, donc peu ou pas de moustiques 😀

J’ai assez peu parlé dans mes topos historiques sur les autres états des tribus amérindiennes qui vivaient sur les terres d’Amérique du Nord avant l’arrivé des Blancs. La lecture de ce livre avec toutes ces anecdotes historiques et culturelles me donne envie de me pencher sur la question ici… ce qui semble une bonne idée pour découvrir cet état !

A la préhistoire, les hommes de Folsom dont l’auteur parle vivaient dans les montagnes et vallées du Nouveau-Mexique et du Colorado… ils vivaient de chasse et cueillette, fabriquaient des outils en silex… bref, tout comme les hommes de la préhistoire que nous connaissons dans nos contrés ! Ils y avait bien entendu d’autres peuples à cette époques, comme les Sandia, et les hommes de Folsom ont disparus ou évolués…
Ce qui nous amène au 16ème siècle, où les indiens Pueblos, peuples sédentaires (dont les Zuni dont il est question dans le roman) vivaient dans la région… Les premiers européens à venir à leur rencontre, des conquistadores mexicains (donc espagnols) croyant trouver les cités d’or, n’ont pas vraiment eu l’accueil espéré : les indiens Pueblos se font quasiment exterminer par les espagnols.
Les années qui suivirent furent bien noires et sanglantes pour les amérindiens : rien n’arrête les espagnols dans leur volonté de conquête et leur goût de l’horreur. Ils écraseront tour à tour les indiens Acomas et les Tompiros, tuant une partie d’entre eux et réduisant à l‘esclavage ou mutilant une autre. Les Pueblos ne doivent alors leur survie qu’à l’aide des Apaches vers lesquels ils se tourneront dans leur fuite devant l’armée espagnole.
Après ces faits d’arme, l’Espagne acquiert les territoires du Nouveau-Mexique, et les intègre à la Nouvelle-Espagne… Pourtant peu d’européens viendront coloniser ces terres : les indiens Pueblos restent majoritaires sur leurs territoires, malgré les missions et forts créés par les espagnols pour les canaliser et les convertir au Christianisme.
A la fin du 17ème siècle, les Pueblos, aidés des Apaches, organisent des révoltes contre l’oppresseur espagnol, afin de se libérer de leur joug : beaucoup de Blancs seront tués, des bâtiments détruits… mais ces petites victoires ne changeront rien : l’Espagne riposte, et les amérindiens sont tués, déportés et réduits à l’esclavage par centaines.
Après la guerre entre l’Amérique et le Mexique, en 1848, le Nouveau-Mexique rejoint les USA, et devient un état à part entière en 1912.

Les Navajos dont il est aussi question dans le roman sont une tribu rentrée en conflit avec plusieurs autres peuples indiens avant l’arrivé des Blancs. Malgré leurs guerre contre les espagnols lorsque ceux-ci les rencontreront, ils ont bénéficié de leurs apports : moutons, chevaux… Ce qui fera vivre l’économie Navajo de nombreuses années, jusqu’à aujourd’hui !
Une fois rattachés aux USA, les tribus Navajo vont rentrer en conflit contre leur nouvelle patrie, ce qui leur vaudra d’être déporté. C’est la « longue marche » qu’évoque l’auteur dans le roman : les Navajos doivent quitter leurs terres pour rejoindre Fort Sumner au Nouveau-Mexique, où ils vivront un enfer : attaques d’autres tribus, famine, froid, maladies…  Jusqu’à ce qu’un traité leur permette de retourner sur leur terre en échange de la paix avec les autres citoyens américains.
Au milieu du 19ème siècle, les premières réserves indiennes voient le jour aux Etats-Unis, gérée par le Bureau des affaires indienne (où travaille notre héros du roman !). Les réserves n’appartiennent pas aux indiens en tant que tel : ces territoires leurs sont prêtés, mais ont un statut administratif particulier… Il y a actuellement 310 réserves indiennes aux Etats-Unis, appartenant à une ou plusieurs tribus.
Aujourd’hui les indiens au Nouveau-Mexique mais aussi souvent ailleurs, vivent de l’agriculture, de l’élevage, mais aussi du tourisme. Beaucoup de sites exceptionnels par leur beauté ou leur histoire  sont gérés par eux, parmi les très nombreux parcs et monuments  nationaux que compte l’état.

Au Nouveau-Mexique, les amérindiens ne représentent que 10% de la population, et la plupart parlent encore une langue indienne.  Sur les 85% de Blancs, 45% sont hispaniques… des restes de son passé sulfureux avec le Mexique !  Il est aussi intéressant de voir que beaucoup de documents administratifs, dont les bulletins de vote, sont rédigés en anglais et en espagnol ! Un truc qu’on ne verrait surement pas chez nous 😉

Tip geek et/ou populaire : c’est au Nouveau-Mexique qu’on trouve la fameuse ville de Roswell, où se serait écrasé un OVNI en 1947… un site « historique » supplémentaire à visiter dans cet état 😀

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