« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee (Etat de l’Alabama)

Un grand classique aujourd’hui, l’unique roman de Harper Lee, paru en 1960, et qui reçu le prix Pulitzer l’année suivante… Un destin atypique quand on y pense : collaboratrice de Truman Capote, elle se lance à son tour dans l’écriture en 1957 et produira avec l’aide de son éditeur ce livre qui a touché des millions de personnes par son côté autobiographique, mais qui a  en même temps une portée universelle…
Cette lecture me permet de faire d’une pierre deux coups : remplir la mission Alabama pour le challenge « 50 états, 50 billets », et la rubrique animal du challenge Petit Bac 2012

L’histoire se déroule dans le comté de Maycomb en Alabama dans les années 30. On suit sur 2 ans Scout, petit fille de 6 ans au début du roman, et son frère Jem dans leur vie de tous les jours : l’école, les jeux, les questions sur la vie, les voisins, leur bonne Cal… Cette petite vie simple suit son courts, jusqu’au jour où leur père Atticus Finch est avocat et se retrouve à défendre Tom Robinson, un homme noir injustement accusé d’avoir violé une femme blanche, Mayella Ewell… ce qui va bon gré mal gré changer leur vie subtilement, mais surement.

Le portrait de l’Alabama est ici tel qu’on l’imagine : un état sudiste dont la population est un pur produit de la ségrégation. Bien qu’une partie de la population soutienne le combat d’Atticus, ils ne peuvent pas donner raison à un noir… Une vision de l’Amérique qu’on connait maintenant assez bien, mais qui donne quand même une petite claque, surtout quand on connait la tournure des évènements dans les années 60.
Ça n’est pas que ce soit particulièrement violent : pas de descente punitives dans les ghetto, pas de Ku Klux Klan… mais l’injustice et l’hypocrisie qui transparaît dans ces lignes est dérangeante. Un joli tableau de la bêtise humaine… et en même temps une lueur d’espoir avec la bonté d’une poignée d’autres.

J’ai apprécié ce récit, vu du côté de Scout, petite fille intelligente et doté d’un sacré caractère ! Ça donne une légèreté à l’histoire, même pendant les moment difficiles, et un point de vu assez objectifs sur les faits finalement. Autre chose appréciable : pas de mélo et pas d’anecdotes chargées de pathos, l’auteure ne cherche pas à nous tirer les larmes… Ça fait du bien avec des sujets comme cela ! Bref, on a matière à réfléchir, et ça, j’aime 🙂

L‘Alabama, dont la capitale est Montgomery est un état au coeur de « Dixie ». « Dixieland » dénomine le sud des Etats-Unis et les états esclavagiste ou Confédérés durant la guerre de Sécession. En effet,  comme pour le Missouri vu il y a quelques semaines, l’Alabama était un état esclavagiste d’abord rattaché à l’Union… sauf que celui ci à décidé de passer côté Confédéré en 1861.

C’est un état traditionnellement pauvre jusqu’à la moitié du 20ème siècle. Il a d’abord fait parti de la Louisiane quand les Français l’annexe au tout début du 18ème siècle. Il suit une évolution démographique constante, et est habité par des propriétaires de champs de coton et des esclaves… La terre est très fertile, la mer est proche, des fleuves sillonnent l’état, de quoi attirer des habitants souhaitant prospérer dans l’agriculture !
On atteint durant cette période un taux de 45% d’esclaves dans la population ! On comprend donc mieux pourquoi l’Alabama se range du côté des états esclavagistes de l’Union, puis Confédérés durant la guerre de Sécession.

Avec la défaite des Confédérés lors de la Guerre de Sécession, l’esclavagisme est aboli en 1865. Mais c’est le début de la ségrégation avec les lois Jim Crow à partir de 1876 et des milices anti-noirs comme le Ku Klux Klan… Et même au début du 20ème siècle le tableau n’est pas plus réjouissant : privation du droit de vote, pas d’éducation, impôts très pesants, restaurants, transports, hopitaux différents pour blancs et noirs… C’est sans compter les discriminations et le racisme quotidien : il n’est pas bon d’être noir dans cette région !  Cela entraînera tout au long de cette période un exode de ces populations vers le nord des USA, pour ceux qui le peuvent bien entendu. En rajoutant la dessus la Crise de 29, le tableau devient assez morose…
Ces durant ces années que Birmingham prend de l’ampleur, en accueillant les populations blanches et noires attirée par la ville et les possibilités d’emploi dans les secteurs industriels.

Dans les années 1950-60, la ségrégation tourne à la violence suite à l‘émancipation des noirs débutée avec Martin Luther King et du Mouvement des Droits Civiques.
En Alabama prend naissance un autre mouvement contestataire non-violent, débuté par le boycott des bus de Montgomery consécutif à l’arrestation de Rosa Parks… Celle-ci fut arrêtée car elle a refusé en 1955 de laisser sa place dans un bus à une femme blanche. S’en suivi un boycott qui dura plus d’un an : la population noire ne prenait plus les bus de la ville, et sachant qu’ils représentaient 75% des usagers, on imagine l’impact !
Le Ku Klux Klan devient de plus en plus belliqueux, des noirs sont violentés, battus et parfois tués… Mais le progrès social est en marche : la ségrégation raciale est abolie en  1964, les Noirs récupère leur droits de vote la même année !

On comprend donc un peu mieux pourquoi l’Alabama est taxé d’état raciste, même après 1965 : Neil Young a chanté dans Southern Man et Alabama la mentalité sudiste et son penchant pour l’intolérance et la ségrégation… Ce qui lui valu la réponse de Lynyrd Skynyrd et de leur très célèbre Sweet Home Alabama… aux paroles controversé, mais musicalement impeccable 😉

Autre données intéressante sur l’Alabama, pour continuer d’en brosser un tableau un peu « extrême » (de mon point de vu) : l’état fait partie de la « Bible Belt », zone du sud-est des USA où on retrouve un fort pourcentage de fondamentalistes chrétiens (on le voit d’ailleurs dans le roman, quelques baptistes primitifs « laveurs de pieds » viennent prêcher ou promettre l’enfer dans la ville)… Inutile de préciser que politiquement c’est un état très conservateur.

Il n’y a pas que le climat social qui est assez spécifique à cette région : le climat météorologique l’est tout autant ! L’état regroupe des tas d’exceptions météo !
Ambiance sub-tropicale en Alabama : humidité toute l’année, hiver doux, chaleur étouffante l’été. C’est l’un des état les plus chauds aux USA en cette période : 32 °C de moyenne ! Et de manière assez logique, des cyclones, ouragans et tornades. Elle a connu un de pire type de tornade, les F5, un record pour les USA (avec le Kansas)… C’est aussi un des rares endroits dans le monde où il y a deux saisons des tornades. Et cerise sur le gâteau, c’est aussi l’état où il y a le plus d’orages aux USA !

Bref, pas l’endroit idéal pour passer des vacances… mais en même temps il y a un je ne sais quoi d’attirant, comme en Louisiane… Voir ce que son devenus nos très très lointains cousins ?

4 commentaires

  1. Frankie

    J’avais adoré ce livre au point que ce fut ma lecture préférée en 2010 ! J’avais beaucoup aimé l’histoire et surtout les personnages tels que Scout et Atticus Finch.

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