« Le valet de Sade » de Nikolaj Frobenius

Une fois de plus, une lecture imposée… cette fois ci par le Circle Challenge Pandora, notre boite à surprise littéraire au mise en place au bureau 🙂
Et aujourd’hui, on quitte la littérature hispanique de Marquez, pour découvrir la littérature norvégienne de Frobenius.

Le valet de Sade, écrit en 1996, nous plonge dans la France du 18ème siècle, où nous suivons Latour, fils d’une usurière de Honfleur, Bou-Bou, qui non content d’être d’une laideur peu commune, est atteins d’un autre handicap : il ne ressent pas la douleur, que ce soient les coups, les blessures, les brulures, le froid, la faim.
On le voit grandir et apprendre, et devenir un adolescent intelligent, amateur de taxidermie… puis quitter la ville pour Paris où il sera tour à tour homme à tout faire dans le pire bordel de Paris, anatomiste, pour finir au service du marquis de Sade. Mais en filigrane  de cette vie de débauche, de philosophie et de science, Latour à un secret sanglant : une liste de personnes à éliminer, qu’il soupçonne d’être responsables de la mort de sa mère…

A la lecture du livre on pense immédiatement au fameux roman de Süskind, Le Parfum : le héros ont un handicap par rapport au commun des mortel, là où Grenouille dans Le Parfum souffre de son manque d’odeur corporelle, Latour lui n’a pas le sens de la douleur ; ce manque les conduits à exceller dans un domaine, l’art des parfums pour l’un, l’anatomie pour l’autre ; et pour arriver à leur fin, ils sont conduit sur les routes du crime, dans une mode serial-killer…
J’ai eu beaucoup de mal à me détacher totalement du parallèle entre les deux romans, même si le fond et le style sont différents.

Outre cela, il faut avouer que Le valet de Sade a bien des points positifs !
Le style, et la traduction donc, m’ont plu… c’est « bien écrit », même si j’ai du mal à dire pourquoi ou comment. Les mots sont bien choisis, le livre bien construit, même si au début j’étais un peu dubitative sur les changements de points de vu dans la narration. En effet, on passe du « je » au « il » d’un chapitre à l’autre, oscillant entre le point de vu extérieur à l’histoire, à un compte-rendu subjectif de Latour.  Ces échanges s’intensifie vers la fin du livre, et prennent leur sens finalement : le drame se noue entre les sentiments de Latour et ce qu’il sait, et un « regard » qui le poursuit toute sa vie (image du père, de Dieu ou de son maître).
Le rapport à Sade n’est pas anecdotique : Latour et lui ont une relation amicale, et jouent un véritable jeu de miroir dans la perversité et la débauche. Mais au fond, là où Sade à choisi la plume pour exprimer ses angoisses, Latour à pris le chemin du crime.
J’ai aussi appris un peu plus sur Sade, la manière dont il à vécu, avec ses cavales, ses emprisonnements,… mais surtout comment il a écrit ses œuvres majeures, dont Les cent vingt journées de Sodome, qui s’il est très rébarbatif et tourne beaucoup en rond, est tout compte fait intéressant si ont le voit comme le cri d’un prisonnier enfermé dans sa solitude, s’étouffant lui-même… chose que met bien en avant Le valet de Sade.

Bref, une lecture sympa, même si j’ai parfois trouvé certain passage un peu longuet, je ne suis pas mécontente de l’avoir découvert !

2 comments

  1. Petite Fleur

    D’accord avec toi sur la complétude des deux personnages, Latour et Sade. Ceci dit, les oeuvres de Sade tournent toutes un peu en rond (« Les infortunes de la vertu »). A l’exception peut être de « La philosophie dans le boudoir » ?
    Concernant « Le valet de Sade », je suis moins enthousiaste que toi. Le parallèle permanent avec « Le parfum » était constant pour moi aussi. Et j’ai trouvé ça un peu longuet.

    • Loesha

      D’accord avec toi, « La philosophie dans le boudoir » est différent de « Justine » et « Juliette », ne serais-ce que dans son objectif pédagogique.
      « Les 120 journées… », il est très répétitif ne serais-ce que dans le schéma de construction rigide et classique du récit voulu par Sade (et inachevé, il a du se lasser lui même ?). Par exemple le récit basé sur le chiffre 4 : 4 libertins, leurs 4 filles qui sont aussi épouses de autres, 4 vierges hommes et femmes, 4 valets lubriques, 4 mères maquerelles etc etc, et une durée de « festivité » divisée en 4 grand temps (passions simples, doubles, criminelles, meurtrières).

      C’est marrant, finalement on ressent plus la monomanie et le goût du mode opératoire chez Sade que dans le regard du serial-killer Latour…

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