« Vampyre » de Suehiro Maruo

Comment expliquer l’art de Suehiro Maruo sans prendre de raccourcis ?

J’ai découvert cet auteur lors de mon passage à la Japan Expo l’été dernier, et j’ai essayé dernièrement de prêter son manga La jeune fille aux camélias à Petite Fleur en lui disant « Lis ça, tu va voir c’est bizarre »… ne sachant pas comment l’expliquer ou le résumer autrement. A priori la sauce n’a pas pris. :-/ (voir son article)
Au moins j’aurais appris que ce genre de manga est appelé Eroguro, mouvement artistique japonais qui mélange grotesque et érotisme.

Pour Vampyre (manga en deux volumes), c’est un peu pareil… comment le définir ?
C’est bizarre, autant dans le sens « étrange » que l’on connait, que dans le sens que John Willie pourrait lui donner. Mais c’est le terme que donne Hiroshi Aramata en postface de ce diptyque qui le défini peut être le mieux : « Grand Guignol », qui composé par « les bas-fonds de la société et cruauté ». On est un peu dans Justine de Sade, dans le rock à la Alice Cooper, dans Freaks de Tod Browning, dans l’esprit de Junji Ito… entre surréalisme et ridicule, teinté par les pires sentiments humains. Le fond de la cuvette du monde en fait

Côté histoire, il est effectivement question de vampires : Môri, jeune lycéen devient vampire après que la peu attrayante Rakuda Onna, âgée de 130 ans, lui ait fait boire son propre sang. Pour lui va commencer la lente transformation vers l’état de vampire en tant que tel : intolérance au soleil et dégoût de la lumière, une soif de sang de plus en plus prenante, et surtout le détachement envers les humains qui deviennent juste des sources de nourriture et de plaisir. On voit Môri devenir peu à peu un prédateur.
En parallèle, Luna, lycéenne fréquentant le même établissement que Môri, est confronté à son statut d’adolescente (enfant / femme) et à la sexualisation des filles de son âge : vente de petites culotte pour se faire de l’argent de poche, prostitution,… Toutes ces choses lui font horreur, et elle les rejette violemment.
Bien entendu, Luna et Môri vont se rencontrer une nuit…

Les deux volumes sont axés autour de deux histoires et univers un peu différents.
Dans le premier, on tourne plutôt autour de l’univers du lycée et de l’adolescence : violence, drogues, sexe bien entendu, la métamorphose de l’enfant qui joue à des jeux d’adultes… On suit l’évolution des personnages de Luna et Môri, coaché par Rakuda Onna, mais aussi l’histoire d’un jeune incendiaire.
Dans le deuxième volume, le temps à un peu passé, et les personnages et leurs relations plus installées. Les relations entre Luna et Môri sont moins au centre du livre, on s’intéresse plus à l’histoire de Makoto, lycéen qui recherche sa jeune sœur disparue 8 ans auparavant. Ce volume joue moins sur l’érotisme, mais plus sur la violence, que ce soit par l’apparition d’une nouvelle troupe de vampires cruels, et comme théâtre des hostilité un club SM.

Ce que j’adore dans ces mangas, c’est l’aspect graphique et l’univers imaginé par Suehiro Maruo, le découpage des cases, le dessins, le rythme de l’histoire, le côté gore et poétique… On ne sait pas trop parfois à quelle époque on se situe, entre notre monde contemporain et ce qui pourrait être l’après guerre.
Sinon l’objet en lui même est une belle édition, format demi A4… seul truc bizarre, c’est que la couverture illustrée est sur le côté gauche (à l’européenne), alors que le sens de lecture est bien de droite à gauche (à la japonaise, ouf !). Pas très logique o_O.

Bref, je le conseille pour tous ceux qui aime découvrir des univers étranges. On est dans un manga un peu plus « narratif » que La jeune fille au camélias, ce qui peut aider à rentrer dans l’univers de ce mangaka. Pour ma part, je vais vite voir s’il y a d’autres mangas de Suehiro Maruo édités en français ^^.

2 commentaires

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