« Le Diable au corps » de Raymond Radiguet

Lecture classique ce week-end, pour le challenge nécrophile, dans la catégorie « roman d’un auteur mort avant 35 ans« . Trouver un auteur mort avant 35 ans n’a pas été une mince affaire : j’ai portant passer une heure à calculer l’âge de décès d’auteurs français, britanniques, … sur les listes d’écrivains de la Wikipédia, sans autres solution que Radiguet. Ça tombait plutôt pas mal, je ne l’avais jamais lu, et un grand classique, ça ne se refuse pas !

Raymond Radiguet est né en 1903 juste à côté de chez moi, à Saint-Maur, où se déroule d’ailleurs Le Diable au corps, qui malgré ses dénégations, semble être un roman quelque peut autobiographique. A 14 ans, il a vécu une aventure d’un an avec une femme mariée à un soldat envoyé au Front (précoce !), et arrête ses études à 15 ans.
Il commence à rencontrer les artistes qui feront la renommé de Paris à cette époque : Max Jacob, Juan Gris, Picasso, Modigliani… A cette époque, il embrasse la carrière de journaliste et commence à écrire sous pseudonyme dans Le canard enchaîné.
En 1918, il fera une rencontre décisive : celle de Jean Cocteau, qui l’encouragera dans la poésie, et lui permettra de finir son premier roman, Le Diable au corps et de le publier en 1923 chez Grasset. Tous deux deviendront amis et voyageront beaucoup ensemble.
Radiguet est littéralement foudroyé par la fièvre typhoïde et meurt à 20 ans, en 1923, sans voir paraître son second roman, Le bal du comte d’Orgel.

Dans Le Diable au corps, le narrateur, François, est un adolescent de 15 ans qui tombe amoureux de la fille d’amis de son père, Marthe, 19 ans. N’osant lui dévoiler ses sentiments alors qu’elle est fiancée, il la laisse se marier à Jacques qui a été envoyé se battre durant cette Première Guerre Mondiale. Elle est laissée seule pendant de longs mois, et lui a arrêté les études et dispose de beaucoup de temps libre… et leurs amicales rencontres se transformes vite en liaison amoureuse adultère.
Ce roman présente sous le point de vu de François de quelle manière cette relation va naitre, évoluer avec des hauts et des bas, oscillant entre morale et désir de liberté amoureuse…

J’avoue, j’ai beaucoup de mal à considérer ce livre comme une histoire d’amour.
Difficile aussi de dire si ce roman m’a vraiment plu, mais quelque part il me parle, et me fait plus réagir sur le mode de l’amusement : la fougue adolescente (comprendre « connerie profonde ») ne me laissant que de vague souvenirs amers. C’est l’histoire d’un premier amour pour le narrateur, forcément égoïste et profondément égocentrique, cruel avec Marthe, mariée trop jeune et surtout sans discernement : elle n’aimait plus Jacques, mais vu qu’il faut se marier, hein… il faut bien une excuse pour rester le cul sur son fauteuil comme toute bonne femme au foyer bourgeoise.
Je trouve particulièrement antipathiques les personnages (et qu’on ne vienne pas me dire qu’à l’époque, c’était comme ça et tout). Je dirais même qu’ils me donnent d’irrépressibles envie de high-kicks et coups de boules. Une telle inaction m’est juste insupportable.
On voit donc François torturer mentalement son petit esclave affectif, qui hésite entre l’envie de la faire souffrir parce qu’elle est mariée, et est parfois pris de remords, lui jurant amours éternel etc… Le tout en tergiversant et se faisant des nœuds au cerveau comme il est rarement permis…
Il ne rêve que d’une chose : que le mari ou les parents soient directement confrontés à cette liaison, pour crever l’abcès. Mais bien entendu, il manque de courage et ne fait rien. Et Marthe n’est pas vraiment mieux, puisqu’elle préfère laisser pourrir la situation. Il est a la fois flatté et emmerdé par les conséquence de cette relations (ex : content de lui faire vivre l’ivresse de l’amour, mais quand elle tombe enceinte, ça le perturbe d’avoir en face un mère et non plus une femme… Et bien bravo…).
Très romantique, on comprend dès leurs rencontre a quel destin funeste cette relation est vouée : François n’a qu’une crainte, qu’elle ressemble sur ses vieux jours à sa mère (les belles-mères ont toujours bon dos…).
Une caricature de l’amour adolescent, encore valable aujourd’hui, qui reprend les codes des romans classiques tournant autour de l’amour, du romantisme, du réalisme et de la psychologie (Le Rouge et le Noir, Bel-Ami, L’éducation sentimentale…) car le narrateur n’a que ces référence pour vivre son premier amour (il parait que c’est plutôt le porno maintenant, pas sûre que ce soit beaucoup mieux en même temps). Pour le coup, je préfère Madame Bovary si on doit parler de satyre de l’amour des petits bourgeois, avec ses obligatoires mariages de raison, amants, hypocrisie…

J’imagine très bien pourquoi ce roman a fait tant de bruit à sa sortie : un auteur jeune (17 ans), qui meurt jeune (de Radiguet à Kurt Cobain en passant par James Dean.. mourir jeune, c’est bon pour les ventes), un thème très dérangeant (l’immoralité de cette relation, où le soldats qui sert son pays est trahi), le tout dans un style  classique facile à appréhender (on est loin des surréalistes, même si ce roman est livré comme un coup de poing à la bourgeoisie).

Au final, un roman toujours d’actualité !
Après je me demande de quelle manière il est reçu par des lycéen ?

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