« Opération Mort » de Shigeru Mizuki

Je continue ma découverte de l’oeuvre de Shigeru Mizuki (après NonNonbâ) avec ce manga en parti autobiographique : Opération Mort, écrit et dessiné en 1991.

Cette fois, Mizuki nous délivre une histoire sur la Seconde Guerre Mondiale au Japon, qui a lieu sur une île de Nouvelle-Guinée fin 1943. On y voit des tranches de vie de soldat, entre la vie sur le camps, les combats, la maladie… y sont entremêles la peur, la faim, l’envie de vivre, mais aussi des moment assez drôles, plein d’esprit de camaraderie…
Un récit sombre au final, qui comme beaucoup d’histoires tournant autour de la guerre, dénonce la bêtise des officiers,  trop éloignés de la vie du camp et des soldats pour prendre de bonnes décisions, et finalement agir avec objectivité et sang-froid.

Dans la post-face, l’auteur explique que 90% du manga a vraiment eu lieu lorsqu’il était lui même soldat dans cette région, à la même époque.
La violence des petits chefs, l’obstination des officiers, les soldats réellement considérés comme des objets… où l’apogée est la directive d’une mission suicide « Opération Mort », destinée à donner une fin digne au soldats : l’arme à la main, tués par l’ennemi. Pas de prisonniers dans l’armée japonaise ! Malheureusement (ou heureusement ?), il y aura des survivants, ayant survécu dans la jungle. Ayant désobéis à l’ordre de mourir ils deviennent une épine dans le pieds de l’Etat-Major…

Ce système d’honneur au Japon est enfin critiqué avec ce manga… un pays ou l’individu en tant que tel n’est rien, surtout au milieu du XXème siècle.
Bref, on est dans un récit où le mythe du soldat kamikaze que l’on voir dans les films est plus nuancé…  Un soldat est juste un être humain, dans tous les conflits et dans tous les pays : il ne veut pas mourir.

J’ai aussi retrouvé la patte graphique de ce mangaka avec délice, le dessin épuré à la fois rond et acéré… alternant entre ce style et les planche de facture plus réaliste, de type gravure. La mise en opposition des deux styles donne de la force à des moments clés de l’histoire (les combats, les charniers…).
J’ai découvert en me renseignant un peu sur sa biographie que Mizuki a perdu le bras avec lequel il écrivait lors des combats en Nouvelle-Guinée… mais a surmonté ce traumatisme en apprenant à dessiner et écrire avec le bras restant. J’imagine à quel point cette adaptation a du attiser sa haine de la guerre et des injustices, à chaque fois qu’il prend un crayon dans la main…

On comprend aisément que l’éditeur de ce manga, Cornélius, ait reçu au festival d’Angoulême le prix patrimoine en 2009…
C’est une oeuvre intense et belle, qui nous laisse plein de questions dans la tête une fois refermé… en un mot, j’aime 🙂

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