« Cannibal Holocaust » de Ruggero Deodato

Pour continuer le challenge de Nane, Balade en Italie, j’ai décidé de choisir un film qui est dans mon dossier « à voir » depuis au moins 2007 : Cannibal Holocaust du réalisateur italien Ruggero Deodato, mis en boite en 1980. Les italiens ont eu une réputation d’enfant terrible du gore à la fin des 70’s et début 80’s… ça me semblait être une pas trop mauvaise approche.

Je suis une grande fan de film d’horreur, et je n’avais jamais vu ce film (sacrilège !)… et surtout, je retardais le moment de le voir. J’ai toujours entendu parler de ce film comme étant le summum du gore, le classique absolu, le film qui a traumatisé des milliers de spectateurs, et généré des controverses et censures sans fin… (voir l’article Wikipédia). Je me disais donc qu’il valait mieux que je sois « dans l’ambiance » pour le voir.
D’un autre côté, je me disais aussi que vu que ce film à 30 ans, il avait du prendre un sacré coup de vieux…

Et bien que nenni… ce film est une tuerie (au sens propre comme figuré). Il est sans conteste une des oeuvres fondatrice des films d’horreurs. Ses petits-enfants sont nombreux dans le style « reportage caméra sur l’épaule à l’usage du film d’horreur » (Le projet Blair Witch, REC, C’est arrivé près de chez vous, Cloverfield, Dawn of the dead, The Descent…)
Inutile de vous dire que c’est un gros coup de coeur 😉
Bref, je comprend que ce film ait fait tant de bruit à sa sortie : c’est un vrai coup de poing que je me suis pris en le regardant !

Pour faire rapide, ce film se découpe en deux grandes parties :
1- Un professeur spécialisé dans les tribus primitive part à la recherche d’une équipe de 4 reporters portés disparu dans la jungle amazonienne (il devaient tourner un documentaire sur des peuplades cannibales). Il se retrouve accompagné du classique baroudeur bourru qui-connait-la-forêt-comme-sa-poche (un genre de Bear Grylls, mais en plus velu… années 80 obligent) et de son disciple un peu plus jeunot.
Après diverses péripéties qui nous présentent un peu le cadre (la jungle hostile, les autochtones moyennement avenants…), ils découvrent les cadavres des cinéastes perdus, et récupèrent les bobines de films qu’ils ont pu tourner avant de mourir.

2- Une fois rentré à New-York, le professeur et les producteurs TV des reporters décédés regardent le reportage tournés par ceux ci, où les images sont livrées brutes, sans montages, en mode caméra sur l’épaule et son pourri… et là, on découvre ce qui c’est passé, et on relit intérieurement la première partie de film différemment… Cette partie est la plus dure des deux.

Côté analyse perso, je me suis d’abord dit en regardant le début de la première partie que j’étais face à un nanard un peu mal joué, utilisant des codes un peu trop vus… Mais rapidement on est scotché, non pas par le gore comme dans des films comme Saw, mais par une ambiance malsaine.
Dès qu’on attaque la seconde partie, on rentre vraiment dans le vif du sujet, et dans ce qui a fait la célébrité du film : un parti pris sans concession, et une critique du journalisme et du voyeurisme véhiculé par les médias
Tout est décortiqué par l’oeil de Deodato : la manière dont le montage d’un reportage donne une vision tronquée et orienté de la réalité, comment les journalistes préfèrent le monde des images (et de la gloire quelle rapportent) au respect de l’autre, le manque de pitié une fois l’oeil rivé à une caméra, le jeu d’acteur dès qu’on est devant l’objectif…
On rajoute la dessus beaucoup de violence et du sexe (scènes de viols non censurées, animaux tués réellement,…) pour faire monter la sauce et la pression sur le spectateur : on en vient à haïr profondément cette équipe de reporters, vision du monde de surconsommation d’images et d’informations dont nous sommes les victimes consentantes.  Bref, on attend qu’une chose, que ces écoeurants personnages se fassent bouffer ! (catharsis, quand tu nous tiens…).
C’est là où c’est fort : on n’a aucune empathie pour les personnages principaux du film, qui sont dépeins (rapidement certes, c’est pas une analyse psychologique) comme des immondes connards. D’où les questions qu’on se pose pendant toute la seconde partie : Qui est réellement le barbare ? Qui est on quand on est plongé dans un milieu qui n’est plus le notre ? Et qui est cet autochtone que l’on juge avec nos codes venus d’ailleurs ?
Et la grande question du final, qui nous met, spectateur et citoyen, dans le même sac que ces 4 cinéastes : A t’on tellement besoin de sensationnel et d’images percutantes pour vibrer ? Faut il montrer l’enfer pour qu’on croit enfin en notre bonheur ?
Pour moi, Cannibal Holocaust est un film sur la volonté de vivre en paix, accepter les différence, et apprendre à comprendre l’autre avec notre point de vu propre.

Je vais m’arrêter là, comme beaucoup de films que j’aime, je pourrais en parler des heures et écrire des pages la dessus 😉
Tout ça pour dire qu’il a tout du bon film d’horreur : la violence des images sert une vraie réflexion. Et ça, j’adore !

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