« La dernière fugitive » de Tracy Chevalier

La dernière fugitiveDifficile de ne pas succomber à l’appel du dernier roman de Tracy Chevalier lors du partenariat de mars de Folio ! J’avais beaucoup aimé Prodigieuses créatures il y a quelques années, et j’avais envie de découvrir un autre roman de cette auteure… Voilà qui est chose faite ! Maintenant je n’ai qu’une envie, lire ses premiers romans ;)

1850, Honor Bright quitte l’Angleterre avec sa sœur Grace pour rejoindre l’Amerique. Grace doit retrouver son fiancé Adam, un quaker comme elles, pour l’épouser et vivre avec lui en Ohio.
Mais à peine arrivé sur les côtes américaines, Grace tombe malade et succombe d’une mauvaise fièvre… Laissant Honor seule et sans relations ! Heureusement, elle va rencontrer Belle, une modiste dans la petite ville de Wellington. Celle-ci va l’héberger, la nourrir et l’aider à contacter son ex-futur-beau-frère Adam. Mais même s’ils font partis de la même congrégation religieuse, Honor sent bien qu’elle n’est pas à sa place entre Adam et la veuve de son frère… Elle va devoir trouver un échappatoire pour pouvoir vivre et s’épanouir en Ohio. Et si cela prenait la forme du « chemin de fer clandestin« , la route des esclaves en fuite vers le Canada ?

Voilà un roman sur fond historique très intéressant ! Je ne connaissais pas du tout cette partie de l’histoire des Etats-Unis, celle des esclaves en fuite, tentant de rallier le Canada via les les états où l’esclavagisme est banni, tels  ceux du nord du pays. A travers des lois aidant les chasseurs d’esclaves, on se rend compte de toute l’hypocrisie d’un système à cette période : si ces états refusent l’esclavagisme, ils ne sont pas activement impliqués dans son éradication… bien au contraire !
Même les quakers, farouches émissaires de l’égalité entre les hommes, reconnaissent le bénéfice économique de cet état de fait : les esclaves permettent de produire du coton peu cher, que les grossistes d’Ohio peuvent vendre à des prix modiques dans le monde entier… Et l’argent est ce qui permet aux Etats-Unis d’être indépendants.
Les personnes qui aident les esclaves, que se soit dans les états du Sud comme dans ceux du Nord peuvent réellement été considéré comme des héros, vu ce qu’ils encouraient pour un simple geste de compassion !

Outre cet aspect historique, j’ai apprécié l’histoire d’Honor, qui quitte l’Angleterre, sa famille et son amie Biddy pour fuir des fiançailles rompues.
Tout au long de cette histoire, qui mêle récit à la troisième personne et roman épistolaire, Honor cherche sa place… et ne la trouve que quand elle a une aiguille dans la main. En effet, l’art du quilt à une place centrale dans ce roman ! On apprend les différences entre les quilts classiques britanniques, très géométriques et travaillés, et ceux d’Amerique, simples et très colorés. Les passages important de la vie d’Honor sont représentés par les morceaux de tissus qu’elle glane dans l’optique de créer un jour un quilt américain. C’est assez bien vu et touchant ! Ça donne aussi une autre dimension à ces travaux de couture, que j’aurais décris comme kitsch il y a encore une semaine !

Bref, je suis emballée, et je vais conseiller ce livre à mes proches ! Il y a plein de bonnes choses à prendre dans ce livre.
Merci Folio pour ce partenariat ! :)

« Flûte, flûte et flûtes ! » d’Isaac Asimov

flute, flute et flutePour la lettre A du challenge ABC j’ai fait dans le classique : un bon vieux recueil de nouvelles du pape de la SF. Il faut dire que ce n’est pas ce qui manque dans le genre, rien qu’en France il y a plus de vingt ouvrages de ce type écrits par Isaac Asimov !

Dans Flûte, flûte et flûte !, chaque nouvelle s’insère au milieu d’une explication de l’auteur lui-même, mêlant autobiographie et histoire de la conception de la nouvelle. C’est pour moi le gros intérêt de ce recueil : on en apprend un peu plus sur Asimov, ses relations avec ses éditeurs, sa vie familiale, son travail de professeur, l’écriture de ses livres de vulgarisation scientifique… Bref, on s’aperçoit qu’Isaac Asimov était un vrai chercheur doublé d’une personnalité d’artiste ! En plus ces petits textes d’introduction mettent bien en avant son sens de l’humour, et son esprit taquin.

Les nouvelles en revanche ont assez peu d’intérêt je trouve. Le concept du recueil est celui-ci : réunir des textes rarement publiés. Bon, on comprend un peu pourquoi il n’ont eu qu’une seule édition dans des magazines de science-fiction dans les années 50 ! Enfin j’exagère une peu : les nouvelles sont souvent bien écrites, plaisantes parfois… mais ça n’est pas du grand Asimov.
Il est tout de même intéressant de prendre du recul et de redécouvrir les questions que l’auteur se posait sur les technologies atomiques, comme dans La Pause où du jour au lendemain toute trace du nucléaire  disparaît de la Terre, que ce soit les gisement d’uranium, les textes sur la question, ou encore la mémoire humaine sur le sujet…
La nouvelle Tous des explorateurs est sympa aussi, car elle pose la question des voyages sur des autres planètes, et des motivations des extra-terrestres à nous accueillir sur leur sol…

Bref, une lecture pas désagréable mais pas inoubliable !

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« Un océan d’amour » de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Un ocean d'amourSur les conseils de La chèvre grise, je me suis laissée tenter par cette BD de la sélection officielle du festival d’Angoulême, Un océan d’amour… Je ne suis pas trop au fait des sorties BD, surtout dans le domaine franco-belge, donc quand on me vend spontanément une BD, j’y vais gaiement ! Une fois de plus, j’ai bien fait de lui faire confiance : ce livre est un petit bijou de poésie, d’humour et d’amour, et ce sans un seul dialogue !

Comme tous les matin, un marin breton prend la mer pour aller pêcher. Sa femme, une solide bigoudène, lui a fait son petit déjeuner et lui a préparé sa gamelle, comme chaque jour… Mais aujourd’hui, le marin de ne va pas revenir ! Son petit bateau a été pris dans les filets d’un super-chalutier… et il s’en faut de peu pour qu’il puisse s’en libérer. Mais maintenant il est loin des côtes bretonnes, et sa femme l’attend désespérément au port !

C’est une vraie aventure autour du monde que le marin et son épouse vont nous faire vivre dans ces planches : l’homme est perdu en mer, avec comme seule subsistance les boîtes de sardines que sa femme préparait pour ses gamelles quotidiennes, et comme seul amie une mouette sauvées de l’inanition. La femme n’en pouvant plus d’attendre son époux au port, que tous croient mort, va suivre les conseil d’une diseuse de bonne aventure et essayer de le retrouver à Cuba.
Leurs rencontres sont souvent drôles, pleines de clin d’oeil… C’est un vrai plaisir de découvrir comment ils vont tomber de Charybde en Scylla, pour s’en sortir à chaque fois ! Devenir une star people, boire du rhum avec des pirates des Caraïbes, organiser un fest-noz avec Fidel Castro… Les marins bretons, dignes descendants d’Ulysse, n’ont aucune limite, et c’est tant mieux ! :D
En filigrane, on vit aussi poindre un discours écologique plutôt bien amené sur la pollution des mers, la surpêche, les dégazages sauvages… Pas de tentative de moralisation, mais plutôt un constat bien illustré grâce au personnage de la mouette entre autre (rigolote cette bestiole :))

Un océan d'amour

Les personnages sont biens vus graphiquement et psychologiquement. En quelques traits on comprend parfaitement les liens d’amour, les chamailleries, le désarrois… C’est franchement bien foutu visuellement. Et que dire du scenario qui arrive à nous emmener dans une histoire où aucun mot n’est prononcé ? C’est peut être en cela que le premier truc qui m’est venu en tête en feuilletant les première pages, ce sont Les Triplettes de Belleville. Il y a de ça bien entendu, mais pas que… Il y a un optimisme supplémentaire dans cette histoire d’amour qui m’a donné le sourire, et ça, ça n’arrive pas souvent :)

Amateurs de BD, et les autres, n’hésitez pas : Un océan d’amour est certainement un des titre phare de 2014 !

 

 

 

« Le maître des insectes » de Stuart Prebble

Le maitre des insectesVoici une nouveauté Denoël, acquise grâce au partenariat mensuel avec l’éditeur, qui ravira à coup sûr les amateurs de thriller !

Dans la banlieue de Londres, dans les années 60 – 70, Jonathan et Roger Maguire forment une fratrie inséparable, malgré le retard mental de Roger, le plus âgé des deux. Pour leurs parents, l’avenir de leur ainé est un vrai soucis… et son obsession pour les insectes et son insectarium n’arrangent pas les choses en grandissant.
Alors qu’il est parti étudier à l’université de Newcastle avec sa petite amie Harriet, Jonathan apprend brutalement la nouvelle : ses parents son morts dans l’incendie de la maison familiale… un malheureux accident… Et Roger s’en est sorti en se cachant dans son insectarium !
Dorénavant, la vie de Jonathan ne sera plus la même : comme promis à ses parents, il va s’occuper de son frère, au dépend des ses études, mais aussi de son couple. Si Harriet et lui sont amoureux, vivre à 20 ans un tel éloignement n’est pas chose aisée !
Jusqu’au jour où, un beau matin, il se réveille un tesson de bouteille à la main et le corps d’Harriet à ses côtés sans vie

J’ai apprécié dans ce roman l’écriture à la première personne, avec un ton qui laisse entendre un retour sur tous les évènements de toute une vie. On perçoit bien les sentiments du narrateur, Jonathan, on comprend la psychologie du personnage, son amour pour son frère, sa passion pour Harriet, sa jalousie envers les hommes qu’elle côtoie à la fac… le cocktail idéal pour un crime passionnel en somme !
En même temps on sent bien quelles questions l’auteur veut nous amener à nous poser. Il nous oriente vers des suppositions quant à la manière dont les parents sont morts (accident ou meurtre ?)… et à partir de là sur la réelle déficience mentale de Roger. Est-il si innocent qu’on veut bien le croire ? Est-ce un manipulateur pervers ?

Même si une de mes hypothèses c’est avérée juste quant à la résolution d’une des énigmes du livre, il y en a deux ou trois qui m’ont surprises et qui ont été bien amenées. La dernière page du livre notamment en écho avec le prologue est bien vu, et donne une explication de dernière minute assez élégante !

Une lecture très sympa, pas le thriller du siècle, dans le sens ou ça n’est pas un page-turner au suspense haletant.  Mais c’est un roman qui change de ce que j’ai pu lire ces derniers temps, et ça fait du bien.
Et au passage une lecture pour l’animal du challenge Petit BAC 2015 !
Merci Denoël pour cette découverte !

Le Maître des insectes de Stuart Prebble
Éditions Denoël collection Suspense
2015 – 352 pages

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« HHhH » de Laurent Binet

hhhhOu comment j’ai lu un prix un prix Goncourt du premier roman 2010 sans le savoir ! Comme quoi… Et le mieux, c’est que je l’ai d’autant plus apprécié que je ne m’attendais à rien de spécial, ayant oublié le sujet du roman entre le moment où je l’ai déposé dans ma pile à lire et celui où je l’ai ouvert.
Je suis assez peu habituée à lire des romans historiques, mais là je pense que j’ai fait une bonne pioche avec Laurent Binet et cette enquête tournant autour de l’attentat sur Heydrich en 1942 à Pragues.

« Himmlers Hirn heißt Heydrich », ou HHhH : « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». Tout un programme !
Avant de devenir au sommet de sa gloire la « bête blonde », le « boucher de Prague » Reinhard Heydrich a eu un destin assez exceptionnel qui l’a mené jusqu’à cette date fatidique du 27 mai 1942. Il en est de même pour ces deux parachutistes tchèques, Kubis et Gabčík, envoyés à Prague par la résistance Tchécoslovaque basée à Londres. Leur objectif, tuer un haut dirigeant nazi, et quoi de mieux que le bourreau Heydrich ?
« L’opération anthropoïde » est l’évènement qui va pousser à ces trois personnages de se rencontrer, au détour d’un virage d’une rue de Prague. Les deux résistants pourront-ils mener à bien leur mission ?

Ce qui m’a impressionné dans cette lecture, c’est à la fois la manière dont l’auteur est documenté sur son sujet, et la façon dont il nous livre ces informations historiques sans tomber dans le ton professoral. On est pas du tout dans la fiction, ce que j’ai aussi apprécié.
Chapitre après chapitre, on suit la « grande histoire », les exactions d’Heydrich, la montée en puissance du nazisme, l’entrainement et le parachutage de Kubis et Gabčík… ainsi que l’écriture du roman en lui même via des digressions de l’auteur, ses doutes et interrogations (par exemple de savoir si la Mercedes de Heydrich est verte foncée ou noire en se basant sur des photos en noir et blanc). Bref, toutes les questions qu’un créateur se pose face à son oeuvre : est-elle équilibrée, ou non, la voie choisie est-elle la bonne… ?
Le mélange entre l’œuvre et l’effet miroir qu’elle a sur son auteur est vraiment très intéressant.

Une découverte passionnante et surprenante, moi qui comme un hasard suis dans ma phase « documentaires nazi » à la TV (vive National Geographic !)…
J’ai appris des foules de choses, et pourtant j’étais prise dans le récit, à espérer pour un happy-end tout en sachant que c’était cuit pour nos héros.
J’ignorais qu’Heydrich avait eu autant de fonctions : grand responsable de la Gestapo, des services d’espionnage, de la police criminelle… et surtout il est concepteur de la solution finale… Triste palmarès…
Mais surtout je n’avais jamais entendu parler de « L’opération anthropoïde », qui a pourtant tous les ingrédients d’une terrible histoire sur la résistance !

Voici un livre que je conseille vivement ! Encore une belle expérience grâce au challenge ABC :)

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« Beta… Civilisations, volume I » de Jens Harder 

Beta... CivilisationsQuatre ans après ma découverte passionnée avec Alpha… Directions, Jens Harder publie enfin un second tome à sa trilogie sur l’Histoire du Monde ! Grâce à l’opération de Priceminister « La BD fait son festival » (une chronique et une notation contre une BD sélectionnée à Angoulême), j’ai pu lire et admirer le travail de cet auteur de BD allemand, dont le travail s’apparente autant à de l’art graphique qu’à un travail d’historien.

Nous commençons Beta… Civilisations à l’ère Tertiaire, à la fin du règne des dinosaures. Les mammifères vont vite occuper l’espace laissé libre… Et c’est ainsi que les premiers primates vont évoluer pour devenir des homo sapiens et fonder les civilisations ! Je fais court, car cette BD est un tel monument que chaque chapitre pourrait être détaillé comme un récit autonome.

Je crois que c’est le travail de recherche et de compilation qui m’impressionne le plus dans le travail de cet auteur. Jens Harder se base sur l’histoire de la Terre et de l’humanité, qu’il illustre d’images faisant parti de notre inconscient collectif : œuvres d’art, artisanats préhistoriques, cases d’autres bandes-dessinées, meme Internet, films cultes, photos célèbres… C’est assez amusant de jouer au jeu du « mais d’où provient cette illustration » ? Ce mélange des genres de la peinture institutionnelle aux icônes populaires, donne un ton bien particulier à ce roman graphique.
Peu de textes : on est dans l’évocation et l’imaginaire, autant que dans l’analyse scientifique. En effet, beaucoup de cartes et de graphiques sont là pour nous expliquer cette histoire du monde. Chaque chapitre est séparé d’une petite chronologie, ce qui permet de nous y retrouver plus facilement (et éventuellement de réviser ;)).

Graphiquement, toutes les reproductions sont dessinées par l’auteur, ce qui donne une cohérence à toutes ces sources, en ce lieu réunis. On a donc pas un effet d’accumulation trop prégnant.
Au niveau du jeu des couleur, un ton domine par chapitre. Cela permet de bien séparer les périodes historiques, et surtout de ne pas sur-saturer notre cerveau déjà en effervescence ! Chapeau d’ailleurs pour cette édition, les couleurs argentées ou dorées son magnifiques. Selon la lumière ou l’orientation du livre, elles ont des reflets différents !

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Une superbe suite à Alpha… Directions, même si j’ai tendance à préférer ce premier volume, plus abstrait peut être… et puis j’ai toujours préféré les dinosaures au mammouths :)
En tous cas, vivement la suite qui devrait s’intéresser à l’histoire moderne, à partir de l’année 0 de notre ère ! J’espère juste ne pas avoir à attendre cinq ans !

Merci Priceminister pour ce partenariat ! Et une fois de plus, car je dois bien donner une note : 18/20 !

BDFestival

« Le Cherche Bonheur » de Michael Zadoorian

Le cherche bonheurIl y a quelques années, alors que je me baladais chez Book-Off, le libraire d’occasion, je suis tombée sur ce roman de Michael Zadoorian. Un auteur en « Z » ça n’est pas si commun et c’est bien utile pour les challenges littéraires !
Je l’avais donc acheté, emmené chez moi, rangé… et un peu oublié. Heureusement, le challenge ABC m’a permis de le ramener à mon bon souvenir ! Et c’est une très bonne chose…ce roman m’a laissée toute chose ce matin, alors que je le refermais.

Ella et John vivent à Detroit et sont mariés depuis 60 ans. Leurs enfants sont grands, et leurs petits-enfants aussi. Mais comment vivre sereinement sa retraite quand la maladie guette ? John est sénile… une belle tournure pour dire que la maladie d’Alzheimer dévore ses souvenirs. Ella a des gênes… le cancer la fait souffrir. Mais le pire, c’est que cette maladie incurable en fait un objet d’expérimentation pour les médecins. Afin de leur échapper, elle se soustrait à la vigilance de ses enfants et elle prend la route avec John, à bord de leur camping car, le « Cherche Bonheur ». Direction la Californie et Disneyland, via la route 66 !

Nous suivons le couple d’octogénaires dans son périple, qui prend tour à tour la teinte d’aventures pleines d’humour, de drame, ou de tragédie. Il n’y a pas a dire, on rit autant qu’on pleure dans le même chapitre. Les situations passent très rapidement du ridicule à l’émotion, du sourire à la peur pour nos héros.
Il faut dire que le couple à tout pour se faire remarquer : Ella est l’archétype de la mamie obèse américaine qui se promène en déambulateur à roulettes, et est incapable de se relever seule tant elle est usée et grosse… Mais elle nous touche dans sa sensibilité et son regard malicieux sur le monde, malgré la douleur, la maladie, et la perspective de l’inéluctable. John lui navigue dans le brouillard. Il ne vit que de rituels, et est rendu lunatique et sale de par son Alzheimer… mais son regard plein d’amour pour sa femme est touchant.
Un roman qui nous apprend beaucoup sur la vie forcément. On se dit que rien n’est plus important que l’amour finalement, car il ne reste plus que le couple et les souvenirs communs à la fin. Le voyage du « Cherche Bonheur », ancien véhicule des bons moments en famille, devient le moyen de se souvenirs du passé, des amis qui sont partis, de ce qui a été fait et qui est maintenant un simple élément de l’histoire de deux vies.

Je lis rarement des romans de ce type mais j’ai été touchée par l’émotion qui s’en dégage. Forcément on pense à sa propre famille, à ses parents et grands-parents (du coup j’en ai retrouvé certains dans ces deux personnages…) Mais on a aussi à l’esprit ce que nous, on sera et fera dans 50 ans !
Je le conseille donc vivement, je ne pense pas qu’il vous laissera indifférent :)

ABC-2015

« Petit joueur » de Jason Starr

Petit joueurPour le partenariat Denoël de février, pour une fois, je me suis laissée tenter par un roman noir. Je lis rarement ce type d’histoire, et c’est peut être bien dommage finalement ! Ce roman sorti aux États-Unis en 2003 m’a fais passer un bon moment en ce début de week-end.

En 1984 à Brooklyn, New-York, Mickey Prada travaille dur comme poissonnier pour se payer son entrée à l’Université, afin de réaliser son rêve, devenir comptable et gagner de l’argent. Il doit aussi aider son père qui est atteint par la maladie d’Alzheimer.
Son quotidien et ses plans vont changer quand il va rencontrer au magasin Angelo et accepter de d’avancer pour lui un pari chez son bookmaker. Mais comment refuser ce pari à 50 dollars à cet homme, qui semble faire parti de la mafia ?
A partir de cet instant, la vie de ce jeune homme sans histoires va basculer. Et les semaines qui vont suivre seront une longue descente en enfer : conflits, trahisons, délits… et même des morts…

La spirale infernale de l’échec, illustrée dans ce roman, m’a emballée : j’ai lu ce livre quasiment d’une traite hier. Il faut dire que le malheur à toujours un côté fascinant ! Et celui de Mickey Prada en est un bon exemple. Un mauvais choix, quelques mauvaises fréquentations, une chance qu’il ne saisit pas… Et voilà son avenir qui semble lui glisser ente les doigts !
Le personnage de Mickey ne m’a pas été particulièrement sympathique, je me suis donc demandé jusqu’où il allait bien pouvoir s’enfoncer. Comme le souligne la quatrième de couverture, le récit dresse le « portrait d’un jeune homme qui se noie ». On est tout à fait la dedans ! Quoi que Mickey fasse pour essayer de sortir du problème initial (le prêt de 50 dollars) et de ses conséquences,  il retombe un peu plus profond, inexorablement.
Et ce n’est pas sa rencontre avec la femme de ses rêves qui va arranger les choses… Son obsession pour elle va au final le conduire à sa perte. Mais bon, comme on dit, quand on touche le fond, on ne peut que remonter à la surface !

Une lecture sympa, rapide, bien écrite… Bref, une expérience à renouveler !
Je regrette juste de ne pas avoir eu par moment des notes du traducteur ou de l’éditeur sur certains jeux de mots (genre Mickey qui montre ses biceps quand une cliente lui demande des moules… Je pense qu’il joue sur les homophones « muscle » et « mussel » en anglais). Mais bon, je chipote !

Merci Denoël pour cette découverte !

Petit joueur de Jason Starr
Editions Denoël collection Sueurs Froides
2015 – 256 pages

 

« Elric, tome 1 : Elric des Dragons » de Michael Moorcock

Elric tome 1Ou quand challenge rime avec découverte des grands classiques ! Grâce au challenge ABC, j’ai enfin pu ouvrir le premier tome de la saga d’Elric, une des séries de fantasy les plus connues ! Neuf tomes au total, édités entre 1972 et 1984… j’ai de quoi faire :)

Elric de Melniboné est l’Empereur de l’Île aux Dragons. Pendant des milliers d’années, ses aïeux ont dominé de monde… mais depuis quelques siècle l’Empire de Melniboné s’est réduit à cette île. Beaucoup de monde aimerait voir Elric partir à l’assaut des Jeunes Royaumes et les conquérir, afin de redonner à l’Empire sa superbe d’antan… Comme son cousin Yyrkoon, qui convoite son Trône de Rubis, par exemple. Mais Elric ne voit pas les choses comme cela, et il préfère l’introspection au combat, et passer du temps avec son amante, Cymoril, la soeur d’Yyrkoon. Dévoré par la jalousie et la haine, ce dernier va tout faire pour prendre le pouvoir… quitte à invoquer de puissants démons ! Est-ce qu’Elric, impuissant s’il ne boit pas régulièrement des potions, pourra lui tenir tête ?

J’avais un peu peur en ouvrant ce livre d’être déçue, comme je l’ai été avec Les neuf princes d’Ambre de Roger Zelazny. Mais cette lecture a été agréable. J’ai apprécié le personnage d’Elric, certes torturé, mais progressiste… et la manière dont il affronte l’air de rien son méchant cousin Yyrkoon. L’univers est très sympa, la lecture dynamique, pas trop de personnages avec des noms à coucher dehors à retenir, des créature fantastiques facilement identifiables (élémentaires, dragons…). Du classique côté narration, mais dans le bon sens du terme !

Je suis donc partante pour un tome supplémentaire !

ABC-2015

« Démokratía, tome 1  » de Motorô Mase

Demokratia tome 1Il y a maintenant deux ans, les éditions Kazé mettaient un point final à la version française de la série de manga évènement de Motorô Mase, Ikigami. Grâce à cette série, les français avaient pu découvrir qu’un manga pouvaient être destiné aux adultes, proposer de bonnes histoires « sérieuses » tout en proposant des dessins maitrisés.
Du coup notre niveau d’exigence est forcément très haut pour la nouvelle série de l’auteur… Mais avec Démokratía, le challenge devrait être relevé sans trop de difficultés ! Ce premier tome offre un récit de science-fiction intelligent, qui laisse présager une série passionnante !

Étudiants en robotique et en informatique, Hisashi Iguma et Taku Maezawa s’associent pour créer une œuvre sans précédent : une femme robot, dirigée par une intelligence collective. Grâce au logiciel conçu par Taku Maezawa, un groupe d’internautes choisis au hasard peuvent décider ensemble, sous forme de votes, quels seront les actions du robot… Une entité mue par la démocratie en somme ! Si tout se déroule correctement dans le laboratoire des deux ingénieurs, qu’en sera-t-il quand leur création va partir seule à la découverte de la ville ?

Ce que j’adore dans ce livre, c’est le concept même de logiciel qui permet à un panel de 3000 internautes d’influer sur les gestes du robot. Pour la faire mouvoir, parler… il suffit de proposer une action : les trois plus représentées sont soumises au vote, ainsi que deux propositions uniques… des petites « folies » qui empêchent un comportement trop formaté. De quoi créer une intelligence artificielle au comportement quasi-humain !
L’expérience n’est pas sans rappeler le Twitch Plays Pokemon (des milliers de joueurs dirigeant un seul personnage dans le jeu Pokémon), mais avec plus d’intelligence derrière, et moins de trolls pour la faire échouer !
Le test sociologique présenté est aussi très intéressant : est-ce que 3000 cerveaux valent mieux qu’un ? Est-ce que le robot prendra des décisions meilleures, voire plus humaines qu’un seul être de chair et de sang ? Est-ce qu’on pourra voir émerger un surhomme ?

planche demokratia

Une histoire qui s’annonce géniale donc… la seule crainte serait de voir celle-ci tourner en rond ou devenir trop idéaliste… ce qui à mon avis ne devrait pas être le cas, si on voit comment Ikigami a été développé ! Vivement la suite ! :D