« Le collier rouge » de Jean-Christophe Rufin

Le collier rougeEn voyant le mois dernier dans le métro sur de grandes affiches la couverture de ce livre, je me disais « Mais c’est quoi ce clébard avec sa tête qui ne me revient pas ? ». Il faut avouer qu’il a le même regard névrosé que feu l’épagneul de mes parents, et c’est vraiment pas entraînant voir de ça avant d’aller bosser.
Quand Folio lors du partenariat d’avril m’a proposé ce roman, j’ai du me rendre à l’évidence que c’était le destin qui me conduisait vers ce livre… Un heureux destin, même !

Été 1919, alors que la Première Guerre Mondiale vient de se terminer, le juge militaire Lantier se rend dans un petit village pour instruire le dossier de Morlac, héros de guerre. Depuis que celui ci est enfermé, son chien aboie sans discontinuer dans la rue.
Durant toute l’enquête, nous allons découvrir avec Lantier le profil du prisonnier, ses faits de guerre… ainsi que ses relations avec ce chien, qui revêt une importance essentielle dans toute son histoire.
Par l’entremise du récit de Morlac et des témoignages de ses proches et voisins, c’est tout le principe de la guerre qui est remis en cause. Mais cela sera-t-il suffisant pour le sauver ?

J’ai été vraiment emballée par ce court roman, dont je ne connaissais pas l’auteur. Bon, je viens de m’apercevoir qu’il est à l’Académie Française, et qu’il a reçu un prix Goncourt… Ce qui prouve mon total manque de culture dans le domaine de la littérature française 😀
J’ai aimé la progression du récit, avec comme question centrale : qu’est-ce que Morlac et son chien on fait de si horrible pour être emprisonné ? L’ancien soldat devra faire un travail de mémoire et d’analyse pour mettre à jour les racines de l’affaire qui l’a mené là. Le juge Lantier, aristocrate à la veille de revenir à sa vie civile, va aussi remettre en cause ses principes durant cette enquête. Ce qui est troublant, c’est que si Lantier fait tout son possible pour faire sortir le héros de guerre de sa cellule, celui-ci ne semble pas vouloir être libéré… Pourquoi ?

Pour information et pour me faire pardonner, le chien sur la photo est un vrai chien de guerre, Jacquot, décoré deux fois de la Croix de Guerre. A priori c’était un chien de liaison dont la charge était de transmettre des messages (comme un pigeon voyageur en somme). La médaille sur l’image de la couverture n’est donc pas un montage… Du coup j’ai appris un truc, j’ignorais que les chiens étaient décorés comme le hommes pour faits de guerre au début du 20ème siècle !

Le style est agréable, on a envie de tourner les pages… et beaucoup d’humanité ! Que demander de plus ?  Essai gagnant avec cet auteur… J’avais déjà repéré son livre Immortelle randonnée sur le thème du chemin de Compostelle (on aime la marche à pied à la maison ;)).

En plus ce livre me permet d’avancer un peu dans mes challenges : ça sera donc l’entrée « couleur » du Petit BAC.

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« Le cauchemar d’Innsmouth » de H.P. Lovecraft

Le cauchemard d'InnsmouthIl fallait bien que je lise un jour une des pierre angulaire du mythe de Cthulhu, écrite par Lovecraft ! Après le recueil de nouvelle Le mythe de Cthulhu, c’est donc à ce mini roman que je me suis attaquée pour le challenge ABC (décidément, que ferais-je sans lui ? :)).

Au début du 20ème siècles, Robert Olmstead, étudiant, décide de profiter de ses vacances pour visiter la région de ses ancêtres dans le Massachussets. Après quelques pérégrinations en Nouvelle-Angleterre, il entend parler d’un ville qui inspire le dégoût à tous ceux qui l’évoque : Innsmouth ! Ses habitants ont la réputation d’avoir une maladie qui leur donne un air étrange et statique, le « masque d’Innsmouth ». Ils posséderaient aussi des bijoux aux motifs repoussants, qui semblent créés par des créatures infernales… 
Notre héros décide d’aller voir ça par lui-même… A ses risques et périls ! Ce qu’il verra dans cette ville damnée va changer à tout jamais son existence !

Écrit à la première personne par Robert Olmstead, ce témoignage à tous les ingrédients d’un histoire fantastique et d’horreur de qualité ! Malgré qu’il ait été écrit en 1931, le récit est très moderne. J’ai entre aperçu les visions de cauchemar du narrateur en lisant ces lignes, qui mélangenot art et architecture baroque et neo-gothique, dans une ambiance sombre et glauque à souhait ! Et je ne parle même pas des légendes et créatures qui hantes ces pages… Même l’odeur de poisson pourri et de marée et bien retranscrite, et met à la limite de la nausée (ceux qui ont vécu pres d’un port me comprendront !).

Bref, une découverte qui m’a emballée, un récit bien ficellé… Que du bon pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’icône qu’est Cthulhu et son univers !  

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Le tag des blogueurs lecteurs

La chèvre grise vient de me taguer pour cette chaine de question, qui a le grand avantage d’être collective ! Chaque blogueur doit rajouter sa propre question à la fin. Commencée à 5 questions, on est a 32 pour l’instant !

  1. Plutôt corne ou marque-page ? Sans hésitation, marque-page. Je n’aime pas abîmer mes livres… Et en plus j’ai reçu lors des SWAP des lecteurs de Livraddict plein de beaux marque-pages que je garde de côté.
  2. As-tu déjà reçu un livre en cadeau ? Oui, et c’est souvent ceux qui me font le plus plaisir ! 
  3. Lis-tu dans ton bain ? Ça c’est bien une chose que je n’ai jamais pu faire, de peur de faire tomber mon livre. De plus je ne suis pas assez patiente pour rester plus de 10 minutes dans une bain !
  4. As-tu déjà pensé à écrire un livre ? Oui… Un roman d’amour entre zombies il y a quelques années… Depuis il y en a qui sont sortis vraiment comme Vivants ! Un jour peut être…
  5. Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ? Si la série est courte comme Hunger Games pourquoi pas… Mais les séries fleuves me font un peu peur en général : j’aime passer d’un univers à un autre régulièrement ! 
  6. As-tu un livre culte ? Non, je ne suis pas le genre de lectrice à relire un livre, et je ne suis pas une groupie d’auteurs… Après il y a des livres qui m’ont vraiment fait des effets coup de poing, ou attendris… Mais pas de culte en soi. 
  7. Aimes-tu relire ? Non comme je le disais au dessus, je ne relis presque jamais un livre… Sauf peut être des mangas ou BD. Mais il y a tellement à lire et si peu de temps pour le faire, que je me tourne souvent vers la nouveauté !
  8. Aimes-tu parler de tes lectures ? Oui et c’est bien pour cela que j’écris dans ce blog :). Dans la vraie vie il est difficile de trouver des fans de lecture, avec qui je peux parler livres… mais quand j’en choppe un c’est la fête pour échanger la dessus !
  9. Comment choisis-tu tes livres ? En general je suis les conseils d’autres lecteurs, ou alors je choisi au titre et au genre pour les partenariats. Je n’ai pas vraiment de schémas prédéterminés !
  10. Une lecture inavouable ? J’ai lu le premier Fifty Shades of Grey…. Pour voir… Ben c’était pas génial quand même :s
  11. Des endroits préférés pour lire ? Le mieux, un parc, la plage… Au grand air quoi ! Dans mon lit je m’endors souvent sur mon livre. Sinon je lis majoritairement dans le métro.
  12. Un livre idéal pour toi serait… un livre où j’aurais l’impression de sortir grandi intellectuellement ou humainement.
  13. Lire par-dessus l’épaule ? Il m’arrive de lire quelques grands titres de journaux comme cela dans les transports en commun, mais ça s’arrête là.
  14. Télé, jeux-vidéos ou livre ? Si mon copain est là, télé et jeux vidéos. Si je suis seule télé souvent et livre parfois… Et toujours jeux vidéos 😉
  15. Lire et manger ? Manger, serious business pour moi haha ! Donc je ne fais presque jamais quelque chose d’autre en même temps :)
  16. Lecture en musique, en silence, peu importe ? La lecture me coupe du monde, je peux le faire en musique, avec la télé, en silence… Sauf quand mon copain papote avec moi !
  17. Que deviendrais-tu sans livres ? Je m’abrutirais avec encore plus de jeux vidéos et de series télé… Pas génial comme programme !
  18. Tu achètes un livre sur le net et tu le reçois un peu abîmé. Que fais-tu ? Un peu abîmé, si c’est un livre de poche je ne dis rien. Si c’est une BD ou un « beau livre » je le renvoi pour échange. 
  19. Quel est l’élément qui t’a donné le goût de la lecture ? J’ai toujours eu un livre dans les mains aussi loin que je me souvienne. Mes meilleurs souvenirs d’enfance et de lecture : les BD qui me faisaient voyager comme Yakari !
  20. Que penses-tu de toutes ces adaptations cinématographiques ? Que les réalisateurs et producteurs ne se prennent pas trop la tête pour inventer des histoires… Bon, il y en a des biens, et d’autres qui ne donnent pas envie de lire le livre, comme Divergente dernièrement. 
  21. Si tu ne devais retenir qu’un seul personnage rencontré dans tes lectures, ce serait lequel ? Je n’ai pas de héros favoris 😉
  22. Quels sont les 5 livres de ta PAL qui te font le plus envie ? Dans le désordre : Neither Here Nor There de Bill Bryson, L’oeuf du dragon de Robert Forward, Racines de Alex Haley, Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, Terreur de Dan Simmons.
  23. Si tu ne pouvais plus lire qu’un seul type de livre, lequel ce serait ? De la fantasy selon la définition anglaise : science-fiction, fantastique et horreur. 
  24. Comment classes-tu tes livres dans ta bibliothèque ? Par formats : BD grands formats d’un côté, manga de l’autre, roman format poche ailleurs. J’ai aussi des étagères pour ma PAL. Enfin tout cela c’est dans l’idéal : je n’ai plus de place pour bien m’organiser et mes livres finissent entassés au hasard :s
  25. Es-tu livre papier ou ebook ? Pas de préférence !
  26. Que fais-tu de tes livres une fois lus ? Je les range où je peux. Parfois je les donne, à ma mère en général.  
  27. Connais-tu la règle de la page 99 ? Et si oui, est ce que tu l’appliques parfois à tes lectures ? Je lis à peine la quatrième de couverture, ça n’est pas pour déflorer de cette manière un livre ! Sacrilège ! 
  28. Quel est, parmi toutes tes lectures, ton « méchant » préféré ? Griffith dans les mangas Berserk. Un personnage assez complexe.
  29. Que penses-tu des challenges littéraires ? J’adore ! J’aime créer mes listes de lectures qui me permettent de vider un peu ma PAL. Ces exercices imposés m’oblige à lire un peu de tout :)
  30. Quel est le livre que tu as le plus détesté ? Le lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann. Chiant… Un des rares livres que je n’ai pas terminé.
  31. Quel livre t’as donné le plus envie de voyager, et dans quel pays ? Spontanément je pense à La colère des aubergines de Bulbul Sharma qui donne envie de visiter l’Inde ! 
  32. Quelle importance donnes-tu à la couverture d’un livre ? Assez peu, si ce n’est le fait que certaines nous appellent et peut être générer un achat en magasin. Par exemple j’aime beaucoup celle de HHhH qui a un côté mystérieux et glauque.

Ma question : Lisez-vous la dernière page d’un livre, et pourquoi ?

Pour la suite je vais défier Nanet, Sofynet et LireauxWC !

« Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés » d’Arto Paasilinna

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimésPour le partenariat Denoël du mois, nous partons en voyage dans les plus improbables dictatures du monde. Un moyen pour moi de découvrir Arto Paasilinna, prolifique auteur finlandais.

En plein milieu des années 80 en Finlande, Viljo Surunen est professeur de philologie et fréquente Immonen une musicienne, membre comme lui d’Amnesty International. Malgré leurs lettres de protestation auprès du dirigeant du Macabraguay, ce dernier refuse de relâcher leur filleul de combat, un professeur d’université, prisonnier politique depuis 6 ans.
Surunen va donc prendre les choses en main et se rendre en Amérique du Sud pour  aller libérer lui même le pauvre prisonnier. Son aventure va le conduire au Macaraguay, une sinistre dictature capitaliste soutenue par les Etats-Unis. Sur son chemin il passera aussi dans les territoires communistes tels Moscou et la Vachardoslavie. Combien d’opprimés Surunen pourra-t-il libérer ?

De part son humour à peine retenu et ses situations cocasses, voire surréalistes, ce livre m’a rappelé ceux de Tom Sharpe. Il faut par dessus cela rajouter une couche de critique sociales et politique, qui flirte parfois avec le symbolisme.
La trame de l’histoire n’est pas déplaisante. On s’amuse des situations folkloriques dans ces dictatures capitalistes et communistes… où forcément l’une n’est pas vraiment mieux que l’autre. Tout est une affaire de style  et de curseur !

Pas le gros coup de coeur, mais pas non plus une déception… je ne suis pas rentrée dans le délire du récit peut-être. Un bon livre pour passer le temps, qui ravive nos bons vieux souvenir des années 80 et des blocs idéologiques qui s’affrontaient en ce temps.

Merci Denoël pour cet envoi !

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés d’Arto Paasilinna
Éditions Denoël & d’ailleurs
Traduction : Anne Colin du Terrail
2015 – 336 pages

« La dernière fugitive » de Tracy Chevalier

La dernière fugitiveDifficile de ne pas succomber à l’appel du dernier roman de Tracy Chevalier lors du partenariat de mars de Folio ! J’avais beaucoup aimé Prodigieuses créatures il y a quelques années, et j’avais envie de découvrir un autre roman de cette auteure… Voilà qui est chose faite ! Maintenant je n’ai qu’une envie, lire ses premiers romans 😉

1850, Honor Bright quitte l’Angleterre avec sa sœur Grace pour rejoindre l’Amerique. Grace doit retrouver son fiancé Adam, un quaker comme elles, pour l’épouser et vivre avec lui en Ohio.
Mais à peine arrivé sur les côtes américaines, Grace tombe malade et succombe d’une mauvaise fièvre… Laissant Honor seule et sans relations ! Heureusement, elle va rencontrer Belle, une modiste dans la petite ville de Wellington. Celle-ci va l’héberger, la nourrir et l’aider à contacter son ex-futur-beau-frère Adam. Mais même s’ils font partis de la même congrégation religieuse, Honor sent bien qu’elle n’est pas à sa place entre Adam et la veuve de son frère… Elle va devoir trouver un échappatoire pour pouvoir vivre et s’épanouir en Ohio. Et si cela prenait la forme du « chemin de fer clandestin« , la route des esclaves en fuite vers le Canada ?

Voilà un roman sur fond historique très intéressant ! Je ne connaissais pas du tout cette partie de l’histoire des Etats-Unis, celle des esclaves en fuite, tentant de rallier le Canada via les les états où l’esclavagisme est banni, tels  ceux du nord du pays. A travers des lois aidant les chasseurs d’esclaves, on se rend compte de toute l’hypocrisie d’un système à cette période : si ces états refusent l’esclavagisme, ils ne sont pas activement impliqués dans son éradication… bien au contraire !
Même les quakers, farouches émissaires de l’égalité entre les hommes, reconnaissent le bénéfice économique de cet état de fait : les esclaves permettent de produire du coton peu cher, que les grossistes d’Ohio peuvent vendre à des prix modiques dans le monde entier… Et l’argent est ce qui permet aux Etats-Unis d’être indépendants.
Les personnes qui aident les esclaves, que se soit dans les états du Sud comme dans ceux du Nord peuvent réellement été considéré comme des héros, vu ce qu’ils encouraient pour un simple geste de compassion !

Outre cet aspect historique, j’ai apprécié l’histoire d’Honor, qui quitte l’Angleterre, sa famille et son amie Biddy pour fuir des fiançailles rompues.
Tout au long de cette histoire, qui mêle récit à la troisième personne et roman épistolaire, Honor cherche sa place… et ne la trouve que quand elle a une aiguille dans la main. En effet, l’art du quilt à une place centrale dans ce roman ! On apprend les différences entre les quilts classiques britanniques, très géométriques et travaillés, et ceux d’Amerique, simples et très colorés. Les passages important de la vie d’Honor sont représentés par les morceaux de tissus qu’elle glane dans l’optique de créer un jour un quilt américain. C’est assez bien vu et touchant ! Ça donne aussi une autre dimension à ces travaux de couture, que j’aurais décris comme kitsch il y a encore une semaine !

Bref, je suis emballée, et je vais conseiller ce livre à mes proches ! Il y a plein de bonnes choses à prendre dans ce livre.
Merci Folio pour ce partenariat ! :)

« Flûte, flûte et flûtes ! » d’Isaac Asimov

flute, flute et flutePour la lettre A du challenge ABC j’ai fait dans le classique : un bon vieux recueil de nouvelles du pape de la SF. Il faut dire que ce n’est pas ce qui manque dans le genre, rien qu’en France il y a plus de vingt ouvrages de ce type écrits par Isaac Asimov !

Dans Flûte, flûte et flûte !, chaque nouvelle s’insère au milieu d’une explication de l’auteur lui-même, mêlant autobiographie et histoire de la conception de la nouvelle. C’est pour moi le gros intérêt de ce recueil : on en apprend un peu plus sur Asimov, ses relations avec ses éditeurs, sa vie familiale, son travail de professeur, l’écriture de ses livres de vulgarisation scientifique… Bref, on s’aperçoit qu’Isaac Asimov était un vrai chercheur doublé d’une personnalité d’artiste ! En plus ces petits textes d’introduction mettent bien en avant son sens de l’humour, et son esprit taquin.

Les nouvelles en revanche ont assez peu d’intérêt je trouve. Le concept du recueil est celui-ci : réunir des textes rarement publiés. Bon, on comprend un peu pourquoi il n’ont eu qu’une seule édition dans des magazines de science-fiction dans les années 50 ! Enfin j’exagère une peu : les nouvelles sont souvent bien écrites, plaisantes parfois… mais ça n’est pas du grand Asimov.
Il est tout de même intéressant de prendre du recul et de redécouvrir les questions que l’auteur se posait sur les technologies atomiques, comme dans La Pause où du jour au lendemain toute trace du nucléaire  disparaît de la Terre, que ce soit les gisement d’uranium, les textes sur la question, ou encore la mémoire humaine sur le sujet…
La nouvelle Tous des explorateurs est sympa aussi, car elle pose la question des voyages sur des autres planètes, et des motivations des extra-terrestres à nous accueillir sur leur sol…

Bref, une lecture pas désagréable mais pas inoubliable !

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« Un océan d’amour » de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Un ocean d'amourSur les conseils de La chèvre grise, je me suis laissée tenter par cette BD de la sélection officielle du festival d’Angoulême, Un océan d’amour… Je ne suis pas trop au fait des sorties BD, surtout dans le domaine franco-belge, donc quand on me vend spontanément une BD, j’y vais gaiement ! Une fois de plus, j’ai bien fait de lui faire confiance : ce livre est un petit bijou de poésie, d’humour et d’amour, et ce sans un seul dialogue !

Comme tous les matin, un marin breton prend la mer pour aller pêcher. Sa femme, une solide bigoudène, lui a fait son petit déjeuner et lui a préparé sa gamelle, comme chaque jour… Mais aujourd’hui, le marin de ne va pas revenir ! Son petit bateau a été pris dans les filets d’un super-chalutier… et il s’en faut de peu pour qu’il puisse s’en libérer. Mais maintenant il est loin des côtes bretonnes, et sa femme l’attend désespérément au port !

C’est une vraie aventure autour du monde que le marin et son épouse vont nous faire vivre dans ces planches : l’homme est perdu en mer, avec comme seule subsistance les boîtes de sardines que sa femme préparait pour ses gamelles quotidiennes, et comme seul amie une mouette sauvées de l’inanition. La femme n’en pouvant plus d’attendre son époux au port, que tous croient mort, va suivre les conseil d’une diseuse de bonne aventure et essayer de le retrouver à Cuba.
Leurs rencontres sont souvent drôles, pleines de clin d’oeil… C’est un vrai plaisir de découvrir comment ils vont tomber de Charybde en Scylla, pour s’en sortir à chaque fois ! Devenir une star people, boire du rhum avec des pirates des Caraïbes, organiser un fest-noz avec Fidel Castro… Les marins bretons, dignes descendants d’Ulysse, n’ont aucune limite, et c’est tant mieux ! 😀
En filigrane, on vit aussi poindre un discours écologique plutôt bien amené sur la pollution des mers, la surpêche, les dégazages sauvages… Pas de tentative de moralisation, mais plutôt un constat bien illustré grâce au personnage de la mouette entre autre (rigolote cette bestiole :))

Un océan d'amour

Les personnages sont biens vus graphiquement et psychologiquement. En quelques traits on comprend parfaitement les liens d’amour, les chamailleries, le désarrois… C’est franchement bien foutu visuellement. Et que dire du scenario qui arrive à nous emmener dans une histoire où aucun mot n’est prononcé ? C’est peut être en cela que le premier truc qui m’est venu en tête en feuilletant les première pages, ce sont Les Triplettes de Belleville. Il y a de ça bien entendu, mais pas que… Il y a un optimisme supplémentaire dans cette histoire d’amour qui m’a donné le sourire, et ça, ça n’arrive pas souvent :)

Amateurs de BD, et les autres, n’hésitez pas : Un océan d’amour est certainement un des titre phare de 2014 !

 

 

 

« Le maître des insectes » de Stuart Prebble

Le maitre des insectesVoici une nouveauté Denoël, acquise grâce au partenariat mensuel avec l’éditeur, qui ravira à coup sûr les amateurs de thriller !

Dans la banlieue de Londres, dans les années 60 – 70, Jonathan et Roger Maguire forment une fratrie inséparable, malgré le retard mental de Roger, le plus âgé des deux. Pour leurs parents, l’avenir de leur ainé est un vrai soucis… et son obsession pour les insectes et son insectarium n’arrangent pas les choses en grandissant.
Alors qu’il est parti étudier à l’université de Newcastle avec sa petite amie Harriet, Jonathan apprend brutalement la nouvelle : ses parents son morts dans l’incendie de la maison familiale… un malheureux accident… Et Roger s’en est sorti en se cachant dans son insectarium !
Dorénavant, la vie de Jonathan ne sera plus la même : comme promis à ses parents, il va s’occuper de son frère, au dépend des ses études, mais aussi de son couple. Si Harriet et lui sont amoureux, vivre à 20 ans un tel éloignement n’est pas chose aisée !
Jusqu’au jour où, un beau matin, il se réveille un tesson de bouteille à la main et le corps d’Harriet à ses côtés sans vie

J’ai apprécié dans ce roman l’écriture à la première personne, avec un ton qui laisse entendre un retour sur tous les évènements de toute une vie. On perçoit bien les sentiments du narrateur, Jonathan, on comprend la psychologie du personnage, son amour pour son frère, sa passion pour Harriet, sa jalousie envers les hommes qu’elle côtoie à la fac… le cocktail idéal pour un crime passionnel en somme !
En même temps on sent bien quelles questions l’auteur veut nous amener à nous poser. Il nous oriente vers des suppositions quant à la manière dont les parents sont morts (accident ou meurtre ?)… et à partir de là sur la réelle déficience mentale de Roger. Est-il si innocent qu’on veut bien le croire ? Est-ce un manipulateur pervers ?

Même si une de mes hypothèses c’est avérée juste quant à la résolution d’une des énigmes du livre, il y en a deux ou trois qui m’ont surprises et qui ont été bien amenées. La dernière page du livre notamment en écho avec le prologue est bien vu, et donne une explication de dernière minute assez élégante !

Une lecture très sympa, pas le thriller du siècle, dans le sens ou ça n’est pas un page-turner au suspense haletant.  Mais c’est un roman qui change de ce que j’ai pu lire ces derniers temps, et ça fait du bien.
Et au passage une lecture pour l’animal du challenge Petit BAC 2015 !
Merci Denoël pour cette découverte !

Le Maître des insectes de Stuart Prebble
Éditions Denoël collection Suspense
2015 – 352 pages

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« HHhH » de Laurent Binet

hhhhOu comment j’ai lu un prix un prix Goncourt du premier roman 2010 sans le savoir ! Comme quoi… Et le mieux, c’est que je l’ai d’autant plus apprécié que je ne m’attendais à rien de spécial, ayant oublié le sujet du roman entre le moment où je l’ai déposé dans ma pile à lire et celui où je l’ai ouvert.
Je suis assez peu habituée à lire des romans historiques, mais là je pense que j’ai fait une bonne pioche avec Laurent Binet et cette enquête tournant autour de l’attentat sur Heydrich en 1942 à Pragues.

« Himmlers Hirn heißt Heydrich », ou HHhH : « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». Tout un programme !
Avant de devenir au sommet de sa gloire la « bête blonde », le « boucher de Prague » Reinhard Heydrich a eu un destin assez exceptionnel qui l’a mené jusqu’à cette date fatidique du 27 mai 1942. Il en est de même pour ces deux parachutistes tchèques, Kubis et Gabčík, envoyés à Prague par la résistance Tchécoslovaque basée à Londres. Leur objectif, tuer un haut dirigeant nazi, et quoi de mieux que le bourreau Heydrich ?
« L’opération anthropoïde » est l’évènement qui va pousser à ces trois personnages de se rencontrer, au détour d’un virage d’une rue de Prague. Les deux résistants pourront-ils mener à bien leur mission ?

Ce qui m’a impressionné dans cette lecture, c’est à la fois la manière dont l’auteur est documenté sur son sujet, et la façon dont il nous livre ces informations historiques sans tomber dans le ton professoral. On est pas du tout dans la fiction, ce que j’ai aussi apprécié.
Chapitre après chapitre, on suit la « grande histoire », les exactions d’Heydrich, la montée en puissance du nazisme, l’entrainement et le parachutage de Kubis et Gabčík… ainsi que l’écriture du roman en lui même via des digressions de l’auteur, ses doutes et interrogations (par exemple de savoir si la Mercedes de Heydrich est verte foncée ou noire en se basant sur des photos en noir et blanc). Bref, toutes les questions qu’un créateur se pose face à son oeuvre : est-elle équilibrée, ou non, la voie choisie est-elle la bonne… ?
Le mélange entre l’œuvre et l’effet miroir qu’elle a sur son auteur est vraiment très intéressant.

Une découverte passionnante et surprenante, moi qui comme un hasard suis dans ma phase « documentaires nazi » à la TV (vive National Geographic !)…
J’ai appris des foules de choses, et pourtant j’étais prise dans le récit, à espérer pour un happy-end tout en sachant que c’était cuit pour nos héros.
J’ignorais qu’Heydrich avait eu autant de fonctions : grand responsable de la Gestapo, des services d’espionnage, de la police criminelle… et surtout il est concepteur de la solution finale… Triste palmarès…
Mais surtout je n’avais jamais entendu parler de « L’opération anthropoïde », qui a pourtant tous les ingrédients d’une terrible histoire sur la résistance !

Voici un livre que je conseille vivement ! Encore une belle expérience grâce au challenge ABC :)

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« Beta… Civilisations, volume I » de Jens Harder 

Beta... CivilisationsQuatre ans après ma découverte passionnée avec Alpha… Directions, Jens Harder publie enfin un second tome à sa trilogie sur l’Histoire du Monde ! Grâce à l’opération de Priceminister « La BD fait son festival » (une chronique et une notation contre une BD sélectionnée à Angoulême), j’ai pu lire et admirer le travail de cet auteur de BD allemand, dont le travail s’apparente autant à de l’art graphique qu’à un travail d’historien.

Nous commençons Beta… Civilisations à l’ère Tertiaire, à la fin du règne des dinosaures. Les mammifères vont vite occuper l’espace laissé libre… Et c’est ainsi que les premiers primates vont évoluer pour devenir des homo sapiens et fonder les civilisations ! Je fais court, car cette BD est un tel monument que chaque chapitre pourrait être détaillé comme un récit autonome.

Je crois que c’est le travail de recherche et de compilation qui m’impressionne le plus dans le travail de cet auteur. Jens Harder se base sur l’histoire de la Terre et de l’humanité, qu’il illustre d’images faisant parti de notre inconscient collectif : œuvres d’art, artisanats préhistoriques, cases d’autres bandes-dessinées, meme Internet, films cultes, photos célèbres… C’est assez amusant de jouer au jeu du « mais d’où provient cette illustration » ? Ce mélange des genres de la peinture institutionnelle aux icônes populaires, donne un ton bien particulier à ce roman graphique.
Peu de textes : on est dans l’évocation et l’imaginaire, autant que dans l’analyse scientifique. En effet, beaucoup de cartes et de graphiques sont là pour nous expliquer cette histoire du monde. Chaque chapitre est séparé d’une petite chronologie, ce qui permet de nous y retrouver plus facilement (et éventuellement de réviser ;)).

Graphiquement, toutes les reproductions sont dessinées par l’auteur, ce qui donne une cohérence à toutes ces sources, en ce lieu réunis. On a donc pas un effet d’accumulation trop prégnant.
Au niveau du jeu des couleur, un ton domine par chapitre. Cela permet de bien séparer les périodes historiques, et surtout de ne pas sur-saturer notre cerveau déjà en effervescence ! Chapeau d’ailleurs pour cette édition, les couleurs argentées ou dorées son magnifiques. Selon la lumière ou l’orientation du livre, elles ont des reflets différents !

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Une superbe suite à Alpha… Directions, même si j’ai tendance à préférer ce premier volume, plus abstrait peut être… et puis j’ai toujours préféré les dinosaures au mammouths :)
En tous cas, vivement la suite qui devrait s’intéresser à l’histoire moderne, à partir de l’année 0 de notre ère ! J’espère juste ne pas avoir à attendre cinq ans !

Merci Priceminister pour ce partenariat ! Et une fois de plus, car je dois bien donner une note : 18/20 !

BDFestival