« La Chica zombie » de Laura Fernández

La chica zombieAh la bonne lecture jubilatoire ! En demandant ce livre aux Éditions Denoël pour le partenariat de novembre, je ne m’attendais pas à autant m’éclater en le lisant ! La Chica zombie, premier roman édité en France de l’auteur espagnole Laura Fernández, est un concentré de dynamisme qui m’a laissé sur le cul.
Contrairement à ce que je pensais, il ne s’agit pas réellement d’un roman sur les zombies… et pas plus de littérature pour ados malgré le fait que ses héros soient des profs et des lycéens ! A la croisée des genres, voici un roman contemporain sous perfusion de grandes œuvres de l’horreur, mâtiné de culture pop américaine… Un vrai coup de cœur !

Pas facile d’avoir 16 ans, que ce soit à Elron dans les années 90 que partout ailleurs et en tout temps… C’est l’amère expérience qu’Erin Fancher, élève au lycée Robert Mitchum, va faire.
Elle vient de se taper un 0,5 en grammaire à cause de la prof remplaçante Velma Ellis, sa meilleure amie Shirley la « force » à sucer Reeve dans les toilettes du lycée… Et pour ne rien arranger, ce matin elle se réveille morte, putréfiée… zombifiée en somme ! Le plus grave, c’est que ni ses parents, ni Shirley, ni Reeve ne semblent s’en apercevoir ! Le seul qui remarque les vers qui courent le long de ses plaies sous ses tonnes de maquillage, c’est le paria du lycée, le psychopathe Billy Servant.
Comment Erin a-t-elle bien pu se transformer en zombie ? Pourquoi certains feignent d’ignorer son état ? Quelle relations va t-elle maintenir avec ses anciens amis après ce coup du sort ?

Derrière cette histoire de zombie, vous l’aurez deviné, se cache – à moitié – une métaphore de l’adolescence, des relations de domination au lycée qui finissent par décérébrer et stéréotyper le plus gentil des adolescents. Dans ce contexte, chacun a sa méthode pour exister ou survivre : devenir populaire comme Shirley, invisible comme Billy, violent comme Kirby… Et ceux qui se cherchent encore comme Erin finissent souvent par être les marionnettes de leurs camarades de classe.
C’est même toute la société qui est égratignée par Laura Fernández, en pointant par exemple les pressions sociales exercées sur tout un chacun : la chasse à l’obésité, l’obligation de se marier, … Entre jugement et regrets, pas évident d’être adulte non plus à Elron.

Le style de l’auteur et la manière dont elle a traité l’histoire m’ont vraiment emballé. Sa plume est pleine d’humour (noir) et m’a rappelé le côté « what the fuck ? » de l’auteur anonyme du Livre sans nom, ou de Tom Sharpe dans un autre registre… Le côté « hommage aux maîtres du gore » m’a aussi rappelé Thomas Gunzig et ses 10000 litres d’horreur pure… Que du bon, je vous dit !
Les personnages sont inénarrables, oscillant entre le ridicule et le lyrisme… Les plans du directeur du lycée, Sanders, pour séduire la prof remplaçante Velma sont grotesques. Et ceux qu’elle met en place avec un type qui se prend pour le génie de la lampe sont carrément énormes ! Le clou pour moi, c’est le cercle de parole où se réunissent les patients du docteur Droster. Outre Velma qui est harcelée par une robe de mariée toutes les nuits, on retrouve un gars qui se prend pour super Mario… Et une femme qui a déconnecté en se transformant en loutre, engloutissant des kilos de poisson cru.

coup de coeurC’est pour moi à la fois une belle découverte, qui c’est bien vite transformée au fil des pages en coup de coeur ! Outre le fait d’enfin entrevoir un lycée criant de vérité (je ne vais pas dire que je j’y étais… mais presque), les touches surréalistes et trash ajoutées par l’auteur m’ont beaucoup plu. C’est très rock en somme !

Merci Denoël, j’espère bientôt pouvoir lire d’autres roman de cet auteur ! J’en veux plus !

La Chica zombie de Laura Fernández
Éditions Denoël
Traduction : Isabelle Gugnon
2014 – 368 pages

« Contes à l’encre de la nuit » de Thomas Owen

Contes à l'encre de la nuitContes à l’encre de la nuit de Thomas Owen… ce livre doit être dans ma liste à lire depuis bien 3 ans. Des écrivains dans le domaine du fantastique, dont le nom commence par la lettre O, ça ne courent pas tant les rues que cela !
Enfin, voilà c’est fait ! J’ai acheté, lu et refermé ce recueil de nouvelles parues entre 1945 et 1966, qui oscillent entre fantastique et épouvante. Et je crois qu’il ne va pas me laisser un souvenir impérissable…

Pour faire simple, la majorité de ces courtes nouvelles tournent autour d’histoires de fantômes, du point de vue de témoins de ces phénomènes paranormaux. Dans leur quotidien, que ce soit lors de promenade ou dans une maison, ils vont faire une rencontre ou découvrir un fait perturbant… qui va s’avérer après enquête être un esprit en errance (surprise !).

Après avoir lu des monuments du fantastique et de l’horreur (Lovecraft, Edgar Alan Poe, Hawthorne, H. G. Wells…), où la tension monte crescendo dans une ambiance toujours plus sombre, et où les idées mêmes d’apparitions spectrales glacent le dos… Ben ici je suis restée sur ma faim ! C’est bien écrit, on sent une pointe d’humour et tout… mais franchement, quel ennui !

J’aurai du me fier à l’édition : Zone J de Mijade est la collection pour jeunes ados de 9 à 15 ans. Ben, voilà, tout s’explique ! Je suis tombée sur de la littérature pour enfants… Enfin je ne voudrais pas dire, mais à cet âge j’avais lu Le Horla et Les contes de la Bécasse de Maupassant, quand même plus flippants… de mémoire ;)

Bref, vite lu, vite oublié ! Pas franchement mauvais, mais vraiment pas essentiel pour moi !
Heureusement, il me permet de remplir mon objectif pour le Challenge ABC des Littératures de l’Imaginaire.

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« Le puits » d’Iván Repila

Le puitsGrâce au partenariat des éditions Denoël, j’ai pu sortir un peu la tête de mon marathon fantasy / SF de ces dernières semaines (fort sympathique au demeurant, mais il faut savoir varier les plaisir ;)). J’ai donc choisi un peu au hasard Le puits, premier roman d’un auteur espagnol, Iván Repila. Sur le papier, ce livre avait comme principal avantage d’être court, et ensuite de raconter une histoire de survie en huis clos, ce qui m’attire toujours.

Deux frères sont tombés dans un puits naturel profond, en pleine forêt. Le Grand est fort et est un adolescent, et le Petit est faible et est encore un enfant. Malgré tous leurs efforts pour essayer de sortir ou d’appeler les secours, ils doivent se rendre à l’évidence : ils sont bel et bien coincés au fond de ce trou, et vont devoir compter sur eux même pour survivre. Il y a pourtant bien le sac de provision de la mère des enfants qui est tombé dans le puits avec eux… mais le Grand interdit au Petit d’y toucher !
Ils vont donc devoir rester là et attendre, se nourrir de larves, boire l’eau des flaques ou mâcher des racines, braver les averses ou la canicule, faire fuir des loups… Et surtout ne pas tomber dans l’apathie ou la folie !
Comment vont-ils pouvoir survivre ? Pourquoi le Grand ne veut pas toucher aux provisions ? Quelqu’un viendra-t-il les aider ?

Je m’attendais avant d’ouvrir ce livre à une histoire en mode survivaliste, en huis clos, un peu comme dans le film Hole de 2001 ou bien le roman glauque Sukkwan Island de David Vann. En fait on est beaucoup plus dans une fable contemporaine à mon sens, bourrée de symboles et de métaphores… bref, dans du fantastique (le marathon continue !). Que ce soit l’image du puits- utérus, la mère destructrice et son sac à provisions, la forêt éloignée de tout, l’attaque par les loups, les fruits interdits, les relations entre ainés et cadets, l’impossibilité de dater ou situer l’histoire… On retrouve des motifs et des thèmes propres aux contes pour un récit à la limite du voyage initiatique.
Pourtant la manière dont l’auteur nous décrit la spirale de la folie qui étreint le Petit, ou les questions que se pose le Grand sont très réalistes. On plonge avec eux dans cette tension, qui tient plus de la rage que de la détresse !

Juste après ma lecture je ne savais pas trop quoi penser de ce roman. Mais finalement à y réfléchir depuis deux jours, je pense que je l’ai apprécié, même si j’ai été gênée par la confusion entre le délire due aux privations des enfants et la réalité… ce qui fait que la fin m’est apparue un peu trop sèche. Mais finalement, si on le considère comme une fable, ça passe… Avec ce parti pris, je ne cherche plus à savoir ce qui tient de la réalité ou de la fiction, et j’en apprécie que mieux ce texte !

Ce roman me permet aussi de cocher la case « bâtiment » du challenge Petit BAC 2014.

Merci encore aux éditions Denoël pour cette lecture !

Le puits d’Iván Repila
Éditions Denoël
Traduction : Margot Nguyen Béraud
2014 – 112 pages

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« Les neuf princes d’Ambre » de Roger Zelazny

Les neuf princes d'AmbreLes neuf princes d’Ambre, premier volume du cycle du même nom, fais figure de grand classique de la fantasy. La série a débuté en 1970, et a encore cours aujourd’hui malgré la mort de Zelazny (oui, c’est bizarre).
Pour le challenge ABC des littératures de l’imaginaire, c’était parfait pour ma lettre Z, comme vous vous en doutez ;)

Un homme se réveille à l’hôpital, plâtré… Que lui est-il arrivé ? Il ne se souvient de rien, même pas de son nom… Un accident de la route et puis plus rien. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il n’est pas vraiment blessé… Il s’échappe donc de sa chambre et en profite pour rechercher qui l’a fait interner. Une certaine Flora, qui semble être sa sœur, paye pour son séjour. Il décide donc de la retrouver chez elle dans le but d’en apprendre plus sur son identité réelle, mais sans lui montrer qu’il est devenu amnésique.
Il ne va pas être déçu du voyage : il apprend son vrai nom, Corwin, et découvre qu’il est un des neuf princes du royaume d’Ambre, issue d’une fratrie qui se déchire pour conquérir le trône. Mais qu’est ce qu’Ambre ? Sa rencontre avec son frère Random va vite lui permettre de le savoir, et de traverser au passage les mondes d’Ombre.

Assez bizarrement, je n’ai pas du tout été emballée par cette lecture, alors que je pense aimer la fantasy.
Je l’ai trouvé à la fois long, malgré ses 250 pages, et trop laconique sur certains passages… Ça donne un effet brouillon par moment assez désagréable. Le récit à la première personne et la vue subjective des situations justifient pourtant cela… mais non ! Je n’ai pas réussi à rentrer dans l’univers, à me projeter dans ce monde onirique. Ça vient peut être aussi du mélange monde magique, médiéval et contemporain, qui m’a rendu ardue la représentation des scènes.
Côté des personnages, je n’ai pas accroché du tout sur Corwin, ni aucun autre protagoniste. Je n’ai rien contre les personnages arrogants comme lui, mais celui-ci manque totalement de charisme je trouve.

Bref, je suis assez déçue, car j’avais envie de découvrir cette saga… Un gros bof !
Le seul truc qui sauve ce roman, c’est qu’à la fin, j’avais envie de savoir si ce pauvre Corwin allait réussir à regagner son trône. Mais de là a me dire que je lirai le deuxième tome… :x

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« Chien du heaume » de Justine Niogret

Chien du heaumeIls sont assez rares, les romans où on trouve une héroïne et non un héros… Et ils sont encore plus rares ceux où j’apprécie vraiment ces protagonistes féminins. Bonheur, Chien du heaume est de ces livres ! Et en plus, il est écrit par une auteur française (cocorico !)… Une belle surprise inspirée, ou plutôt dirigée par mes challenge de l’année : le challenge ABC des littératures de l’imaginaire et le challenge Petit BAC 2014 (pour la ligne « animal »).

Chien du heaume est une mercenaire qui sillonne le pays et prête son bras armé pour survivre. Cette vie elle ne l’a pas vraiment choisie, mais si elle continue à voyager sans attaches, c’est pour réaliser sa quête personnelle : découvrir quel est son véritable nom ! En effet, Chien du heaume est celui qu’elle a adopté sur les champs de batailles… pas celui que ses parents lui ont donné. Grâce à ce nom, elle saura qui était son père qui est mort, dans quel pays elle est née… Bref, quelles sont ses origines. Le seul indice qu’elle possède, sa hache de combat, gravée de serpents entrelacés, que son père lui a laissé.
Sa quête va la mener vers Bruec, le chevalier Sanglier, et son château caché dans les brumes… Elle qui n’a pas d’attaches va trouver en lui un ami. Mais va-t-elle sacrifier la quête d’une vie entière pour rester auprès de lui ? Quelles aventures l’attendent ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce récit, c’est l’équilibre entre heroic fantasy et univers médiéval… On s’y croirait vraiment ! Les élément fantastiques sont peu nombreux, mais donnent un petit côté conte traditionnel à cette histoire. Côté ambiance, j’ai eu l’impression d’être dans le manga Berserk par moment (le début). Des combats, du sang, des démons, des descriptions d’armes et armures réalistes… Ça tatane !
La galerie de personnages est très convaincante… J’ai beaucoup aimé Chien du heaume, une femme pas très jolie, obsédée par son nom et le combat. Bruec le chevalier, Regehir le forgeron, Iyinge le jeune guerrier… Ces personnages lui font un groupe d’amis bien sympathiques. Mais le mieux, se sont les méchants, tels Noalle, la méchante jeune épouse de Bruec, même pas nubile mais déjà pleine de haine et de fiel. A notre première rencontre avec ce personnage, on ne souhaite plus alors que la voir souffrir !

Une bonne découverte… En même temps je ne prenais pas de risques : ce roman a eu plusieurs prix, dont le Grand prix de l’Imaginaire 2010 !
Je vous le conseille donc, fans de fantasy ou non ! Pour ma part je me met de côté dans ma liste d’envies Mordre le bouclier, la suite des aventures de notre guerrière :)

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Challenge petit bac 2014

« Les plus qu’humains » de Theodore Sturgeon

Les plus qu'humainsNouvelle lecture d’un classique de la science-fiction pour le challenge ABC de littératures de l’imaginaire. Je me suis laissée tentée un peu par hasard par ce recueil de trois longues nouvelles éditées entre 1952 et 1953, Les plus qu’humain, de Theodore Sturgeon. .
Au final une lecture qui me laisse un peu perplexe… Mais qui est sans nul doute une œuvre majeure du genre.

L’Idiot vit seul dans les bois, se nourrit comme une bête, ne connaît pas les sentiments… Mais il peut hypnotiser d’un regard. Janis a 6 ans a des pouvoirs télékinésiques qui effraient sa mère, alors que les petites jumelles Beany et Bonnie peuvent se téléporter comme elles le souhaitent. Bébé, le petit dernier, est peut être un mongolien mais il est doté d’une intelligence qui dépasse tout ce que l’humanité a jamais imaginé.
Ce groupe de « monstres » va se retrouver sous la protection de l’Idiot dans sa cabane dans la forêt, et vivre comme un seul individu : l’« homo gestalt », l’homme de demain, le surhomme ! L’un est la tête, l’autre les bras, l’autre son cœur… Et ensemble ils peuvent réaliser de grandes choses !

Plus qu’un simple recueil de nouvelles, il me semble qu’il s’agit d’un roman sous forme d’un triptyque : le premier récit brosse le tableau et installe l’histoire des personnages, le second à la première personne raconte la psychothérapie du nouveau membre du gestalt, Gerry, et le troisième volet les relations entre cette entité et l’humanité.
Beaucoup de questions se posent en lisant ce livre… Loin d’être des super-héros, les membres de ce regroupement de freaks vit pour lui, sans s’inquiéter de la société humaine… et ils y arrivent très bien ! Mais a y regarder de près, ce type de relation symbiotique est assez effrayant. Chaque partie dépend des autres pour vivre : par exemple seule Janis comprend ce que Bébé pense, et sert de traductrice au reste du groupe. Sans elle, plus le reste du groupe n’a plus accès à l’intelligence de Bébé.
Lorsque l’homo gestalt vit en reclus, tout se passe bien… Mais si « sa tête » désire plus de pouvoir, c’est toute notre société qui est en danger. En effet, sans sens moral, il devient un être tout puissant pouvant nous écraser comme des cafards… Comment lui faire comprendre ce qu’est la moralité et l’éthique, lui qui a toujours vécu seul ?

Bref, si j’ai apprécié une partie des questionnements de cette SF, j’ai eu une lecture un peu en dents de scie. Je n’ai pas été emballée par la première partie qui m’a immédiatement fait penser à un conte de fée, dans sa structure et ses motifs. Par la suite, le côté très orienté psychologie, avec beaucoup de références techniques et scientifiques m’ont un peu laissé au bord du chemin. Un roman assez ardu à lire finalement !

Mais bon, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimée, mais je n’ai pas été totalement emballée. Ce roman fait donc parti de ces livres qu’il faut avoir lu et qu’on est content d’avoir parcouru… Mais que je suis bien contente d’avoir refermé ;)

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« Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour » de S.G. Browne

omment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amourÇa faisait un moment que je n’avais pas lu un roman de zombies… Depuis Vivants je crois bien ! Grâce au partenariat Folio de la rentrée, j’ai pu découvrir Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour de S.G. Browne, paru en 2013, une histoire très sympathique, un brin gore, mais qui surtout nous montre les zombies sous un autre angle que celui que les films d’horreur nous servent habituellement.

Deux jours après sa mort dans un accident de la route, Andy, 34 ans, s’est réveillé… Il est devenu un mort-vivant, un zombie, comme une infime minorité de ceux qui trépassent depuis des siècles.
Mais aujourd’hui aux États-Unis comme ailleurs, les zombies ne peuvent plus se cacher. Comme tous ceux de son espèce il n’a plus aucun droits, juste celui d’exister, pour peu qu’il ne fasse pas de vagues.
Obligé de vivre dans la cave de chez ses parents, son odeur putride et son aspect peu ragoûtant n’aident pas aux bonne relations familiales… pourtant il souhaiterait pouvoir s’intégrer et vivre comme avant ! La nourriture n’a plus de saveur pour lui, il a perdu ses cordes vocales, ses amis l’ont abandonné, sa fille croit qu’il est mort… Ses seuls loisirs : regarder la télé et assister aux réunions de son groupe de soutien zombie. Ici il peut se faire des amis comme lui, qui se décomposent lentement et passivement à l’abri des regards de la société.
Mais leur quotidien va changer le jour où ils rencontreront le zombie Ray, et sa viande de chevreuil en bocaux…

Malgré ce que j’ai pu croire un peu au début, on n’est pas dans de la bit-lit zombiesque à la Twilight et ses vampires végétariens… Mais plutôt dans un roman qui emprunterait à la série True Blood.
Les zombies existent depuis toujours et sont une minorité visible de la société, dénuée de droits. Ils pourrissent lentement dans leurs familles si celle-ci veut encore d’eux, ou servent de mannequins de tests pour la sécurité routière, de cobaye dans les fermes des cadavres… s’ils ne sont pas démembrés par des étudiants bourrés. La violence envers les zombies est à la limite du soutenable !
Pour éviter de se décomposer trop vite, ils mangent des produits de beauté remplis de formol, mais bizarrement ils ne dévorent pas d’humains… très « veggie » non ? ;)
Mais le jour où ils découvrent les vertus curatives de la viande humaine, de « respirants », leur point de vu sur leur existence va changer peu à peu… Fini de se laisser faire, il vont prendre leur non-vie en main !
Mais c’est bien le combat pour leur reconnaissance et leur droit d’exister que nous suivons ici, entre les groupes de soutien, les pétitions, manifestions pour les droits civiques…
Forcément le parallèle avec le combat de Rosa Parks et des afro-américains dans les années 50 est évident… la référence est même déclarées ouvertement et sert de fil conducteur à toute l’histoire. Peut-être trop systématique, mais dans un roman d’anticipation comme celui-ci, l’enfonçage du clou passe pas si mal.

Une lecture pas prise de tête donc, très accessible, et finalement assez moral malgré le cannibalisme ambiant… En tout cas j’ai apprécié cette histoire et ces personnages.
Merci à Folio pour ce partenariat !
Et au passage, une lecture pour mon challenge Petit BAC 2014, section « Sphère familiale ».

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« Janua Vera » de Jean-Philippe Jaworski

Janua VeraOn me l’avait vendu depuis de nombreuses années comme une référence de la fantasy française… Il a donc bien fallut que je découvre Jean-Philippe Jaworski, auteur dont on me ventait tant de mérites. Finalement c’est encore un challenge, l’ABC des littératures de l’Imaginaire qui m’a permis de prendre un peu les choses en main et de me lancer dans cette lecture.
Et comme souvent, je devrais un peu plus écouter mes conseillers en lecture et me jeter sans attendre sur leurs propositions ! Ce recueil de nouvelles medieval fantasy est passionnant et est très bien écrit. Un vrai régal !

Ce livre nous plonge dans l’histoire, ou plutôt les histoires, du Vieux Royaume. Au travers 8 nouvelles, nous allons en savoir un peu plus sur cette contrée à différentes périodes et en différents lieux : Ciudalia la capitale animée et sa population hétéroclite, les campagnes de Bromael, les régions barbares d’Ouromagne… et aussi l’évocation des Cinq Vallées où vivent les très discrets elfes…
Des personnages aux motivations et caractères biens différents vont être nos laisser-passer pour découvrir ce monde.
Personnellement je garde un bon souvenir de la nouvelle Le conte de Suzelle, une histoire triste comme il faut : on suit la petite paysanne Suzelle de son enfance à son déclin. Une vie de villageoise troublée par sa rencontre à l’adolescence avec un elfe badin et charmeur, dont elle tombe amoureuse, lui valant une existence d’attente de retrouvailles…
D’autres récits empruntent aux classiques du roman courtois, comme Le services des dames, où le chevalier Ædan va devoir aller venger une dame pour pouvoir traverser ses terres… Une quête qui ne va pas s’annoncer sans périls !
On rencontre aussi quelques fantômes qui hantent les bois dans Un amour dévorant. Cette enquête devra déterminer si les habitants de Noant-le-Vieux voient réellement les « appeleurs« , des esprits maléfiques qui apparaissent à la nuit tombée et plongent ceux qui les voient dans la terreur ou la folie…
Dans la même veine, Le confident nous raconte à la première personne l’histoire d’un prêtre du Desséché, le dieu de la mort, qui a fait vœu d’obscurité et s’est fait enfermer dans une crypte souterraine, où il se remémore son existence… Entre mysticisme et folie la frontière est mince !

Une très belle découverte qui me donne envie d’en lire plus de cet auteur… J’en avais eu un avant goût quand j’étais tombée sur sa nouvelle dans L’O10ssée Folio SF en 10 nouvelles. La bonne surprise s’est donc confirmée.
C’est vraiment sa plume et la manière dont il m’a amené dans son univers qui m’ont séduit… L’univers du Vieux Royaume est très riche et cohérent, mais il sait se faire oublier pour mettre au devant de la scène les différents personnages de ces histoires. On s’attache rapidement à eux, on comprend vite leurs motivations…
Cerise sur le gâteau, le sens de l’humour qu’on ressent entre ces lignes, que ce soit dans les renversements de situation, les fins pleines d’ironie, ou les blagues plus potaches… un régal je vous dit !

Aller, dès que j’ai du temps je m’attaque à la suite des récits du Vieux Royaume : Gagner la guerre !
En attendant, je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur et ce roman :)

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« Rendez-Vous avec Rama » d’Arthur C. Clarke

Rendez-vous avec RamaPour le challenge ABC des littératures de l’imaginaire, le choix était vite fait pour la lettre C !
Bien que j’ai déjà lu quelques romans de cet auteur classique de la SF, je connais assez mal Arthur C. Clarke. Rendez-vous avec Rama, écrit en 1973, est considéré comme un de ses chefs d’oeuvres et c’est donc imposé de lui même.

En 2130 les êtres humains ne vivent plus uniquement sur la Terre, mais ont colonisé la plupart des planètes et satellites de notre système solaire. C’est avec surprise qu’ils voient arriver des confins de la galaxie un astéroïde, nommé par les scientifiques Rama. Celui-ci s’avère être un cylindre métallique de 50km de long ! Un vaisseau extra-terrestre ?
Pour en avoir le cœur net, la « Commission des Planètes Unies » envoi un vaisseau, l’Endeavour, opérer un « rendez-vous » avec Rama… c’est à dire s’accrocher au cylindre et tenter de pénétrer dans celui-ci.
Le commandant du vaisseau, Norton, et son équipage vont vite se transformer en explorateurs : si le vaisseau cylindrique semble dépourvu de toute forme de vie, le monde à l’intérieur de Rama est plein de surprises pour les chercheurs. Une atmosphère, une apesanteur, une mer, des soleils, des semblants de ville… Mais le temps presse pour visiter Rama, car il se dirige doucement mais sûrement droit vers le Soleil…

L’intérêt du roman ne réside pas vraiment dans ses personnages, mais dans l’univers que Clarke nous dépeint au travers de Rama : un monde à l’inverse de notre conception d’une planète. Par exemple, le sol de Rama est disposé tout autour de l’intérieur d’un cylindre… Donc quand on lève les yeux vers le ciel, on voit le sol en face. Tout est fait par trois… ce qui diffère avec le symétrisme terrien, et qui laisse songeur sur la forme des créateurs de ce vaisseau. Ce roman fourmille de détail sur tout les aspect de Rama, qui sont parfois expliqué, et d’autre fois non… et laisse une belle part à notre imaginaire.

J’ai trouvé cette lecture très agréable et surtout accessible pour le la SF spatiale. On est finalement plus devant un roman d’aventure et d’exploration, où Rama se dévoile tout doucement… Et nous laisse avec plus de questions que de réponses ! D’où les 4 séquelles parues par la suite : Rama II, Les jardins de Rama et Rama révélé. Voilà quelques lectures pour les prochaines années ;)

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« Solaris » de Stanislas Lem

SolarisSi un bon livre de science-fiction doit avoir une qualité selon moi, c’est celle de me faire réfléchir à la condition humaine… Et s’il doit avoir encore une autre qualité, ça serait celle de me projeter dans un univers cohérent. Le très classique Solaris de l’auteur polonais Stanislas Lem écrit en 1961 a ces deux qualités, et après une piètre lecture, ça fait bien plaisir de ravoir confiance dans la SF !

Kris Kelvin, psychologue, décolle de la Terre pour rejoindre la base de Solaris, une planète très éloigné du système solaire.
Cette planète un peu étrange à plusieurs particularités. La première, c’est qu’elle gravite autour de deux soleils, un rouge et un bleu. Ensuite, la planète est recouverte entièrement d’un océan qui après des décennies d’études, s’avère être « vivant ». Non pas qu’il contient la vie : cette masse gigantesque serait le seul et unique habitant vivant de cet astre. Le seul objectif des chercheurs alors, c’est de communiquer avec lui, pour confirmer l’hypothèse qu’il est bien un être vivant et intelligent.
Plusieurs générations de chercheurs se sont essoufflés à tenter de communiquer avec cette pseudo-créature… mais elle reste muette. Les seuls preuve de son « intelligence », sa capacité à créer des formes d’écume, souvent colossales, qui prennent l’apparence de structure abstraites rappelant des cathédrales… ou alors imitant grossièrement des objets proposés par les chercheurs solaristes. Forcement, le peu d’enclin qu’a la forme extra-terrestre à communiquer a fini par lasser les humains, et peu de scientifique maintenant s’intéressent aux recherches sur l’océan de Solaris.
En atterrissant à la station de Solaris, Kelvin voit immédiatement que quelque chose ne va pas : aucun des trois chercheurs n’est là pour l’accueillir. Rapidement, il rencontre Snaut, un collègue désespéré…  Qui lui apprendra que le physicien Sartorius refuse de sortir de son labo, et que son ancien professeur Gibarian c’est suicidé quelques jours auparavant !
Mais pourquoi un tel climat de désespoir s’est installé sur cette base spatiale ? Pourquoi Gibarian c’est donné la mort ? Et surtout, les choses qu’il « voit » et qui ne devraient pas être sont elles des hallucinations dues aux gaz de la planète, les prémices de sa folie… ou existent-elles réellement ? Est-ce bien Harey, sa femme suicidée il y a dix ans que Kelvin peut voir et toucher, là ?

Classique oblige, je m’attendais à quelque chose de fouillé… et je n’ai pas été déçue !
On est vraiment dans un roman d’ambiance, un huis clos étouffant où on comprend facilement pourquoi certains protagonistes ont préféré sombrer dans la folie ou le suicide… Ici l’enfer n’est pas les autres, mais bien soi-même !
Ce que j’apprécie, c’est que l’auteur détaille parfaitement Solaris et l’histoire des recherches, théories, hypothèses… autour de cette planète et de son océan vivant. Il amène ça au fur et à mesure, l’air de rien, ce qui fait que c’est très digeste, et surtout passionnant ! On se questionne alors, comme Kelvin : est-ce que l’océan est vraiment vivant ? Est-il plus intelligent que nous ? Sait-il que l’homme est là ? Et surtout comment attirer son attention pour qu’il accepte de « parler », de réaliser ce premier contact avec l’humanité, friande de pouvoir communiquer avec le seul extra-terrestre jamais découvert… et pourquoi pas d’y découvrir un frère, un maître… ?!
Au fur et à mesure, on se rend compte que l’homme se trompe peut-être dans ses interprétations, et qu’il recherche son propre reflet dans l’océan… Et dans cette volonté de contact à tous prix, l’homme ne chercherait-il pas non pas une réponse scientifique, mais une expérience mystique : se créer un nouveau dieu, aussi muet que ses prédécesseurs ?

Pour les fans de SF, et pourquoi pas pour les autres, je conseille vivement cette lecture ! A noter que je n’ai pas vu le film sorti en 2002 tiré de ce livre, et je ne compte pas le regarder (je ne vois pas comment adapter un roman comme celui là en film)… Donc que vous ayez apprécié le film ou non, sachez que le livre, lui, est très très bon :)

Ce roman me permet de lire la ligne « L » du challenge ABC des littératures de l’Imaginaire.

challenge de l'imaginaire ABC 2014